Paraboles et miracles

Jésus a enseigné par des histoires et par des signes : le semeur, le bon Samaritain, le fils prodigue — la tempête apaisée, les pains multipliés, Lazare rappelé du tombeau. Les unes disent le Royaume en paroles, les autres le montrent en actes. Voici les unes et les autres, et où chacun se lit dans les quatre livres.

Chaque fiche donne ce qui s’y passe, ses premiers mots, ce que l’Église y lit, et le passage dans chaque évangile qui le rapporte — un tiret là où il ne le rapporte pas. Le bon Samaritain ne se lit que chez Luc ; la multiplication des pains, chez les quatre.

Les paraboles 43

« Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. » Une parabole est une histoire prise à la vie de tous les jours — un champ, une lampe, un père, un festin — qui dit d’un coup ce qu’un discours ne dirait pas, et qui demande à celui qui l’écoute de se reconnaître dedans.

Le Royaume : la semence qui grandit

Le semeur

La même semence tombe sur quatre terrains

« Voici que le semeur sortit pour semer. » Mt 13, 3

La semence est la Parole de Dieu, et le terrain, le cœur qui la reçoit : la même Parole porte du fruit ou se perd selon l’accueil qu’on lui fait. C’est la seule parabole dont le Seigneur donne lui-même la clé à ses disciples, et les Pères y ont vu la clé de toutes les autres.

Le bon grain et l’ivraie

L’ennemi sème de nuit ; le maître laisse tout pousser jusqu’à la moisson

« Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. » Mt 13, 24

Le champ est le monde, et le bien et le mal y croissent ensemble jusqu’au jugement. La patience du maître n’est pas de l’indifférence : elle laisse à chacun le temps de se convertir, et réserve à Dieu seul le tri de la fin. L’Église, dit saint Augustin, est jusqu’à la moisson un corps mêlé.

Propre à Matthieu

La semence qui pousse toute seule

Que le semeur dorme ou se lève, la terre produit d’elle-même

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : » Mc 4, 26

Le Royaume grandit par une force qui n’est pas la nôtre : le semeur travaille, puis s’en remet à Dieu, qui donne la croissance. C’est la parabole de la confiance et du temps de Dieu, contre l’impatience de ceux qui voudraient voir le fruit dès le jour des semailles.

Propre à Marc

Le grain de moutarde

La plus petite des semences devient un arbre où les oiseaux font leur nid

« Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son… » Mt 13, 31

Le Royaume commence dans ce qu’il y a de plus petit — douze hommes, une parole, une Croix — et devient l’arbre où les nations viennent s’abriter. La disproportion entre le commencement et la fin est la signature de l’œuvre de Dieu.

Le levain

Un peu de levain enfoui fait lever toute la pâte

« Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de… » Mt 13, 33

Le Royaume agit du dedans, sans bruit, et transforme la masse entière : c’est la grâce dans une âme, et l’Évangile dans le monde. Les Pères y lisent aussi l’Église, cachée dans l’humanité comme le levain dans les trois mesures de farine.

Le trésor caché

Un homme trouve un trésor dans un champ et vend tout pour acheter le champ

« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de… » Mt 13, 44

Le Royaume vaut plus que tout ce qu’on possède, et celui qui l’a trouvé donne tout « dans sa joie » : le renoncement chrétien n’est pas une perte, c’est un échange dont on sort gagnant. Le champ, dit saint Jérôme, est l’Écriture, et le trésor, le Christ qui s’y cache.

Propre à Matthieu

La perle de grand prix

Un négociant vend tout ce qu’il a pour une seule perle

« Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. » Mt 13, 45

Sœur du trésor caché, avec une différence : le négociant cherchait. Il y a ceux qui trouvent sans avoir cherché, et ceux qui cherchent longtemps ; pour les uns et les autres, le Royaume est l’unique nécessaire, et tout le reste est monnaie d’échange.

Propre à Matthieu

Le filet

Le filet ramène toutes sortes de poissons ; on trie sur le rivage

« Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes… » Mt 13, 47

Comme l’ivraie, le filet dit que l’Église rassemble en ce monde les bons et les mauvais, et que le tri n’est pas pour maintenant. Le rivage est la fin des temps, et les pêcheurs qui trient sont les anges : ce n’est pas aux hommes de jeter leurs frères hors du filet.

Propre à Matthieu

Le Père et sa miséricorde

La brebis perdue

Le berger laisse les quatre-vingt-dix-neuf pour chercher celle qui manque

« Quel est votre avis ? Si un homme possède cent brebis et que l’une d’entre elles s’égare, ne va-t-il pas… » Mt 18, 12

Dieu ne se résigne à perdre personne : il part lui-même à la recherche, et la joie du retour l’emporte sur tout le reste. Chez Luc, la parabole répond aux pharisiens qui murmurent contre Jésus parce qu’il mange avec les pécheurs ; chez Matthieu, elle défend les « petits » de l’Église.

La pièce d’argent perdue

Une femme allume la lampe et balaie la maison pour une seule pièce

« Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe… » Lc 15, 8

La même joie que pour la brebis, mais cette fois la chose perdue ne peut pas revenir d’elle-même : il faut qu’on la cherche. Saint Grégoire le Grand voit dans la lampe le Christ et dans la femme la Sagesse de Dieu, qui retourne toute la maison pour une seule âme.

Propre à Luc

Le fils prodigue

Le cadet part et revient ; le père court à sa rencontre ; l’aîné reste dehors

« Un homme avait deux fils. » Lc 15, 11

La plus aimée des paraboles, qui est d’abord celle du père : il laisse partir, il guette, il court, il ne laisse pas finir l’aveu, il fait la fête. Le fils aîné, qui n’a jamais désobéi mais ne sait pas se réjouir, est le second appel de la parabole — et il reste sans réponse, parce que c’est à l’auditeur d’y répondre.

Propre à Luc

Le serviteur impitoyable

Remis d’une dette immense, il étrangle son compagnon pour une petite

« Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. » Mt 18, 23

Dix mille talents contre cent pièces d’argent : la disproportion dit ce que nous devons à Dieu et ce que les autres nous doivent. Le pardon reçu oblige à pardonner ; c’est le commentaire en récit de la demande du Notre Père, « comme nous pardonnons aussi ».

Propre à Matthieu

Les deux débiteurs

Chez Simon le pharisien : qui aimera davantage celui qui a remis la dette ?

« Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. » Lc 7, 41

Une pécheresse baigne de larmes les pieds de Jésus, et le pharisien s’en scandalise. La parabole retourne la question : ce n’est pas parce qu’elle a aimé qu’elle est pardonnée, c’est parce qu’elle sait combien elle est pardonnée qu’elle aime tant. Celui qui se croit peu pardonné aime peu.

Propre à Luc

Le pharisien et le publicain

Deux hommes montent au Temple pour prier

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un… » Lc 18, 10

L’un fait son propre éloge, l’autre n’ose pas lever les yeux : c’est le second qui redescend justifié. La parabole ne condamne pas les œuvres du pharisien, mais la prière qui s’en prévaut devant Dieu. « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis » est devenu l’une des prières de l’Église.

Propre à Luc

Les ouvriers de la onzième heure

Le maître de la vigne paie le même salaire aux derniers venus

« En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher… » Mt 20, 1

Dieu n’est pas injuste envers les premiers, il est bon envers les derniers : le salaire du Royaume n’est pas un dû, c’est un don. La parabole console ceux qui viennent tard — les païens après Israël, le pécheur converti au soir de sa vie — et avertit ceux qui comptent.

Propre à Matthieu

Le prochain et les biens de ce monde

Le bon Samaritain

Un homme laissé à demi mort ; un prêtre passe, un lévite, puis un Samaritain

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et… » Lc 10, 30

À la question « qui est mon prochain ? », Jésus répond par une autre : de qui te fais-tu le prochain ? Le prochain n’est pas celui qu’on choisit, c’est celui qu’on rencontre. Les Pères ont lu dans le Samaritain le Christ lui-même, penché sur l’humanité blessée, et dans l’auberge l’Église où il la fait soigner.

Propre à Luc

Le riche insensé

Il bâtit des greniers plus grands, et meurt cette nuit même

« Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. » Lc 12, 16

Il n’a fait de mal à personne ; il a seulement cru que sa vie tenait dans ses biens, et parlé tout seul. La parabole ne condamne pas la richesse mais la sécurité qu’on lui demande : il est insensé de thésauriser pour soi-même sans être riche en vue de Dieu.

Propre à Luc

Le riche et le pauvre Lazare

Le festin du riche, le pauvre à sa porte, puis le renversement

« Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. » Lc 16, 19

Le riche n’est pas accusé d’avoir volé Lazare, mais de ne pas l’avoir vu. La parabole dit qu’il y a un après où les rôles s’inversent, et qu’on n’a pas besoin d’un miracle pour le savoir : « ils ont Moïse et les Prophètes ». Lazare est le seul personnage de parabole à porter un nom.

Propre à Luc

L’intendant habile

Un gérant congédié se fait des amis avec les biens de son maître

« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. » Lc 16, 1

Le maître ne loue pas la malhonnêteté de son gérant, mais sa promptitude : il a compris que l’heure pressait et il a agi. « Les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière » — la parabole demande aux chrétiens la même diligence pour le Royaume, et de faire de l’argent des amis par l’aumône.

Propre à Luc

Les premières places

Ne prends pas la place d’honneur : on pourrait te faire descendre

« Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un… » Lc 14, 8

Une leçon de savoir-vivre qui devient une leçon sur Dieu : « qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ». Et à l’hôte qui l’a invité, Jésus dit qui inviter — les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles — ceux qui ne peuvent pas rendre.

Propre à Luc

La tour à bâtir et le roi qui part en guerre

Qui bâtit s’assied d’abord pour calculer la dépense

« Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et… » Lc 14, 28

Suivre le Christ demande qu’on mesure ce que cela coûte — tout — et qu’on ne s’engage pas à la légère. Les deux images encadrent la parole la plus rude de Luc : « celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ».

Propre à Luc

La prière

L’ami importun

À minuit, trois pains pour un ami de passage

« Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami… » Lc 11, 5

Si un homme se lève à cause du sans-gêne de son ami, combien plus le Père donnera-t-il à ceux qui le prient. La parabole suit immédiatement le Notre Père chez Luc, et précède « demandez, on vous donnera » : elle enseigne la persévérance, et le don que Dieu fait en réponse — l’Esprit Saint.

Propre à Luc

Le juge et la veuve

Elle revient si souvent que le juge sans conscience finit par lui rendre justice

« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. » Lc 18, 2

Le raisonnement va du moins au plus : si un juge inique cède à l’insistance, Dieu, qui est juste, fera-t-il attendre ses élus ? Il faut « toujours prier sans se décourager ». Mais la parabole se ferme sur une question qui reste ouverte : le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi ?

Propre à Luc

Veiller : le Maître qui revient

Le serviteur fidèle et le serviteur mauvais

Heureux le serviteur que son maître, en arrivant, trouvera à son travail

« Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur… » Mt 24, 45

Le maître tarde, et c’est le retard qui révèle le serviteur : l’un continue de nourrir la maison, l’autre se met à frapper ses compagnons. La parabole vise d’abord ceux qui ont charge d’autrui dans l’Église ; « à qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ».

Le voleur dans la nuit

Si le maître de maison savait à quelle heure vient le voleur, il veillerait

« Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » Mt 24, 42

L’image est rude, mais elle est du Seigneur lui-même, et saint Paul et saint Pierre la reprendront : le jour du Seigneur vient comme un voleur. On ne connaît pas l’heure ; il ne reste donc qu’à veiller toujours.

Les serviteurs qui veillent

Restez en tenue de service, la lampe allumée, comme des gens qui attendent leur maître

« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. » Mc 13, 33

Le maître revient des noces, on ne sait quand ; les serviteurs qui l’attendent debout, il les fera asseoir et les servira lui-même — renversement inouï. Chez Marc, c’est la dernière parole du discours sur la fin : « Veillez ».

Les dix jeunes filles

Cinq insensées, cinq prévoyantes ; l’époux tarde, puis la porte se ferme

« Alors, le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe… » Mt 25, 1

Toutes s’endorment, les sages comme les autres : la différence n’est pas la veille, c’est l’huile — les œuvres, disent les Pères, ou la charité, qu’on ne peut pas emprunter au dernier moment. La porte fermée est l’un des avertissements les plus graves de l’Évangile.

Propre à Matthieu

Les talents

Cinq, deux, un : ce que chacun fait de ce qui lui est confié

« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. » Mt 25, 14

Le maître ne demande pas à chacun le même rendement, mais à chacun de faire fructifier ce qu’il a reçu ; le seul condamné est celui qui a enfoui par peur. Le mot « talent », qui désignait une somme d’argent, a pris dans nos langues le sens que la parabole lui a donné.

Propre à Matthieu

Les mines

Un homme de haute naissance confie dix mines avant de partir se faire donner la royauté

« Un homme de la noblesse partit dans un pays lointain pour se faire donner la royauté et revenir ensuite. » Lc 19, 12

Sœur de la parabole des talents, mais dite avant l’entrée à Jérusalem, pour ceux qui croyaient le Royaume imminent : le roi partira, et reviendra. Entre les deux, ses serviteurs ont à travailler, et ses concitoyens qui ne voulaient pas de lui auront à répondre.

Propre à Luc

Le figuier qui bourgeonne

Quand ses branches deviennent tendres, vous savez que l’été est proche

« Laissez-vous instruire par la parabole du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que ses… » Mt 24, 32

Une comparaison plus qu’une histoire, au cœur du discours sur la fin : comme on lit l’été aux bourgeons, on doit savoir lire les signes de la venue du Seigneur. « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

Les brebis et les chèvres

Le jugement des nations : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger »

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de… » Mt 25, 31

Moins une parabole qu’une vision, mais elle se dit en images — le berger, les brebis, les chèvres. Le Christ s’identifie aux plus petits : ce qu’on leur a fait, c’est à lui qu’on l’a fait. L’Église y a lu les œuvres de miséricorde, et le critère du jugement.

Propre à Matthieu

Israël, la vigne et le festin

Les deux fils

L’un dit non et y va ; l’autre dit oui et n’y va pas

« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va… » Mt 21, 28

Dite aux grands prêtres dans le Temple : les publicains et les prostituées, qui avaient dit non par leur vie, ont cru Jean Baptiste ; eux, qui disaient oui, ne l’ont pas cru. Ce n’est pas la parole donnée qui compte, c’est la volonté faite.

Propre à Matthieu

Les vignerons homicides

Ils tuent les serviteurs, puis le fils ; la pierre rejetée devient pierre d’angle

« Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une… » Mt 21, 33

La vigne est Israël, comme chez Isaïe ; les serviteurs sont les prophètes ; le fils est Jésus, qui annonce ici sa propre mort à ceux qui la préparent. La parabole se ferme sur le psaume de la pierre d’angle : le rejeté devient le fondement.

Le festin de noces

Les invités se dérobent ; on fait entrer ceux des chemins

« Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. » Mt 22, 2

Le Royaume est un festin, et les premiers invités n’en veulent pas : on y fait entrer tous ceux qu’on trouve. Chez Matthieu s’ajoute l’homme sans vêtement de noce — être entré ne suffit pas, il faut être revêtu ; chez Luc, les excuses des invités disent les attachements qui ferment à l’appel.

Le figuier stérile

Trois ans sans fruit ; « encore un an, le temps de bêcher et de fumer »

« Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. » Lc 13, 6

Le vigneron intercède pour le figuier, et obtient un délai : c’est la patience de Dieu, mais une patience qui a un terme. Propre à Luc, la parabole tient en quatre versets et dit tout de la conversion : il est encore temps, il n’est pas toujours temps.

Propre à Luc

Les enfants sur la place

« Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé »

« À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en… » Mt 11, 16

Jean ne mangeait pas, on l’a dit possédé ; le Fils de l’homme mange et boit, on l’appelle glouton. La génération qui refuse trouve toujours une raison. « Mais la Sagesse a été reconnue juste par ses œuvres. »

Les images du disciple

La lampe sur le lampadaire

On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. » Mt 5, 14

La lumière reçue est faite pour être vue : les disciples sont la lumière du monde, et ce qui a été dit dans l’ombre doit être proclamé sur les toits. Chez Marc et Luc, l’image suit la parabole du semeur — la Parole n’est pas donnée pour être cachée.

La maison bâtie sur le roc

La pluie, les torrents, le vent : la maison sur le roc tient, celle sur le sable s’écroule

« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant… » Mt 7, 24

La dernière parole du Sermon sur la montagne : écouter ne suffit pas, il faut mettre en pratique. Les deux maisons se ressemblent par beau temps ; c’est l’épreuve qui montre sur quoi une vie est bâtie.

Le vin nouveau et les vieilles outres

Le tissu neuf sur le vieux manteau, le vin nouveau dans les vieilles outres

« Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement, car le morceau ajouté tire sur le… » Mt 9, 16

Interrogé sur le jeûne, Jésus répond par trois images : les invités de la noce ne jeûnent pas tant que l’époux est là ; on ne rapièce pas le vieux avec du neuf ; le vin nouveau demande des outres neuves. L’Évangile n’est pas une réforme de l’ancien, il est une nouveauté qui demande un cœur neuf.

Les serviteurs qui ont fait leur devoir

« Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : nous sommes de simples serviteurs »

« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs … » Lc 17, 7

Le serviteur qui rentre des champs sert encore à table avant de manger, et ne s’en fait pas un mérite. La parabole garde le disciple de compter ses œuvres à Dieu comme un dû : tout ce qu’on fait pour lui, on le lui devait déjà.

Propre à Luc

Les images de Jean

Le bon Pasteur

Il connaît ses brebis, il les appelle par leur nom, il donne sa vie pour elles

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui… » Jn 10, 1

Jean ne raconte pas de paraboles ; il donne des images, et celle-ci est la plus ancienne de l’art chrétien. Le Christ est la porte et le berger : nul ne lui prend sa vie, il la donne. Le mercenaire s’enfuit devant le loup ; lui, il reste.

Propre à Jean

La vraie vigne

« Je suis la vigne, vous êtes les sarments »

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. » Jn 15, 1

Au soir de la Cène : la vie du disciple ne vient pas de lui-même mais du Christ, comme la sève au sarment. Demeurer, le mot revient dix fois ; « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». La taille du vigneron est l’épreuve qui fait porter plus de fruit.

Propre à Jean

Le grain de blé

« S’il meurt, il porte beaucoup de fruit »

« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt… » Jn 12, 24

Des Grecs demandent à voir Jésus, et Jésus répond par l’image de sa Pâque : le grain doit tomber en terre et mourir. C’est la loi de sa vie, et de celle de quiconque le suit — perdre sa vie pour la garder.

Propre à Jean

Les miracles 35

Jean les appelle des « signes » : ils ne sont pas des prodiges pour étonner, mais des actes qui montrent qui est celui qui les fait, et ce qu’est le Royaume qu’il annonce — un monde où l’on voit, où l’on marche, où l’on est délivré, où la mort n’a pas le dernier mot.

Les guérisons

La belle-mère de Pierre

Prise de fièvre à Capharnaüm ; guérie, elle les sert

« Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre. » Mt 8, 14

Le premier miracle domestique : pas de foule, une maison, une malade, une main prise. Et le geste qui suit dit la suite de toute guérison : « elle les servait ». Les Pères y voient l’âme relevée qui se met aussitôt au service.

Le lépreux

« Si tu le veux, tu peux me purifier. » — « Je le veux, sois purifié. »

« Lorsque Jésus descendit de la montagne, des foules nombreuses le suivirent. » Mt 8, 1

Le lépreux était exclu de la ville et du culte ; Jésus le touche, ce que la Loi interdisait, et l’envoie se montrer au prêtre, ce qu’elle prescrivait. La guérison est une réintégration : dans le peuple, et dans le culte de Dieu.

Le paralysé de Capharnaüm

Descendu par le toit ; ses péchés remis avant que ses jambes le portent

« Jésus monta en barque, refit la traversée, et alla dans sa ville de Capharnaüm. » Mt 9, 1

Jésus voit la foi des quatre porteurs et pardonne d’abord, guérit ensuite — pour que l’on sache que le Fils de l’homme a autorité pour remettre les péchés. Le miracle visible est le signe du miracle invisible, qui est le plus grand.

Le serviteur du centurion

« Dis seulement une parole » : la foi d’un païen

« Comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia : » Mt 8, 5

Un officier romain, qui ne se juge pas digne de recevoir Jésus sous son toit, obtient la guérison de son serviteur à distance. Jésus s’émerveille : il n’a pas trouvé une telle foi en Israël. L’Église a mis sa parole sur les lèvres de chaque fidèle avant la communion.

Le fils de l’officier royal

À Cana, guéri à distance, à l’heure même où Jésus parlait

« Ainsi donc Jésus revint à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Or, il y avait un fonctionnaire… » Jn 4, 46

Le second signe de Jean, à Cana comme le premier. Le père croit d’abord sur parole, puis vérifie l’heure et croit tout à fait, « lui et toute sa maison » : le chemin de la foi, qui va de la parole crue au signe reconnu.

Propre à Jean

L’homme à la main atrophiée

Un jour de sabbat, dans la synagogue, sous les yeux de ceux qui guettent

« Il partit de là et entra dans leur synagogue. » Mt 12, 9

« Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? » Jésus guérit d’une parole, sans même toucher, et c’est ce jour-là que les pharisiens décident de le perdre. Le sabbat est fait pour l’homme, et la guérison est le vrai repos.

L’infirme de la piscine de Bethesda

Trente-huit ans de maladie ; « Lève-toi, prends ton brancard et marche »

« Après cela, il y eut une fête juive, et Jésus monta à Jérusalem. » Jn 5, 1

« Veux-tu être guéri ? » : la question de Jésus à un homme qui n’attendait plus rien. C’est un sabbat, et la guérison ouvre le grand discours sur le Fils qui travaille comme le Père. Les Pères ont vu dans la piscine le baptême.

Propre à Jean

La femme qui touche son manteau

Douze ans de pertes de sang ; « ta foi t’a sauvée »

« Et voici qu’une femme souffrant d’hémorragies depuis douze ans s’approcha par-derrière et toucha la frange de… » Mt 9, 20

Elle vient par derrière, dans la foule, sans oser rien demander, et Jésus sent qu’une force est sortie de lui. Il la fait parler devant tous — non pour la confondre, mais pour que sa foi soit reconnue et que sa guérison devienne un salut.

Les deux aveugles

« Croyez-vous que je peux faire cela ? »

« Prends pitié de nous, fils de David ! » Mt 9, 27

Ils suivent Jésus en criant « Fils de David », premier titre messianique que la foule lui donne chez Matthieu. Il ne les guérit qu’une fois entré dans la maison, et leur demande d’abord leur foi : « que tout se passe pour vous selon votre foi ».

Propre à Matthieu

Le muet possédé

Le démon chassé, le muet parle ; « jamais rien de semblable en Israël »

« Ils sortirent donc, et voici qu’on présenta à Jésus un possédé qui était sourd-muet. » Mt 9, 32

Le dernier des dix miracles que Matthieu groupe aux chapitres 8 et 9, et la première fois que les pharisiens attribuent l’œuvre de Jésus au chef des démons. Les foules s’émerveillent, les chefs s’endurcissent : la division commence.

Propre à Matthieu

Le sourd-muet de la Décapole

« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »

« Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en… » Mc 7, 31

En terre païenne, Jésus prend l’homme à l’écart, met les doigts dans ses oreilles, touche sa langue, lève les yeux au ciel et soupire. Le rite du baptême a gardé le geste et le mot : que les oreilles s’ouvrent à la Parole, et la bouche à la louange.

Propre à Marc

L’aveugle de Bethsaïde

Guéri en deux temps : d’abord des arbres qui marchent, puis tout clairement

« Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. Des gens lui amènent un aveugle et le supplient de le toucher. » Mc 8, 22

Le seul miracle en deux temps, et Marc l’a placé juste avant la confession de Pierre, qui verra le Messie sans voir encore la Croix. La foi aussi vient par degrés, et le Seigneur impose deux fois les mains à qui ne voit qu’à moitié.

Propre à Marc

L’aveugle-né

De la boue sur les yeux, la piscine de Siloé, et un procès devant les pharisiens

« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. » Jn 9, 1

Un chapitre entier pour un miracle et son enquête : l’aveugle voit de mieux en mieux — « un homme », « un prophète », « Seigneur, je crois » — tandis que ceux qui voient s’aveuglent. Siloé veut dire « Envoyé » : c’est dans le Christ qu’on est lavé. L’Église le lit aux catéchumènes en Carême.

Propre à Jean

La femme courbée

Dix-huit ans sans pouvoir se redresser, un jour de sabbat

« Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. » Lc 13, 10

Elle ne demande rien ; Jésus la voit, l’appelle, lui impose les mains, et elle se redresse en rendant gloire à Dieu. Au chef de synagogue indigné, il répond qu’on détache bien son bœuf le jour du sabbat — et celle-ci est « une fille d’Abraham ».

Propre à Luc

L’hydropique

Chez un chef des pharisiens, un jour de sabbat, sous les regards

« Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces… » Lc 14, 1

La dernière des guérisons du sabbat chez Luc, et la même question posée par Jésus, qui ne reçoit pas de réponse. Puis, à table, viennent les paraboles des premières places et du grand dîner : la guérison ouvre un repas d’enseignement.

Propre à Luc

Les dix lépreux

Dix guéris en chemin ; un seul, un Samaritain, revient rendre grâce

« Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. » Lc 17, 11

Tous sont guéris, mais un seul est « sauvé » : celui qui revient, se jette aux pieds de Jésus et lui rend grâce — et c’est l’étranger. La guérison est donnée à tous ; le salut est pour qui reconnaît d’où elle vient.

Propre à Luc

Bartimée, l’aveugle de Jéricho

« Fils de David, aie pitié de moi ! »

« Tandis que Jésus avec ses disciples sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre. » Mt 20, 29

Le dernier miracle avant Jérusalem. On le fait taire, il crie plus fort ; Jésus s’arrête, et lui demande ce qu’il veut. Guéri, il ne rentre pas chez lui : il suit Jésus sur le chemin — celui de la Passion. Sa prière est devenue la prière du cœur de tout l’Orient chrétien.

L’oreille du serviteur du grand prêtre

À Gethsémani, le dernier miracle avant la Passion

« Seigneur, et si nous frappions avec l’épée ? » Lc 22, 49

Un disciple frappe, et Jésus guérit l’homme venu l’arrêter : « Laissez, cela suffit. » Le seul miracle raconté pendant la Passion, et le seul dont le bénéficiaire est un ennemi. Jean donne les noms : Pierre, et Malcus.

Propre à Luc

Les délivrances

Le possédé de la synagogue de Capharnaüm

« Tais-toi, sors de cet homme » : le premier exorcisme

« Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. » Mc 1, 21

Le premier miracle chez Marc, et il a lieu dans une synagogue, un jour de sabbat, pendant l’enseignement. Le démon sait qui est Jésus — « le Saint de Dieu » — et Jésus lui impose silence : l’autorité de sa parole se montre sur les esprits comme sur les hommes.

Le possédé de Gérasa

« Légion » ; les porcs se jettent dans le lac

« Comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent d’entre les… » Mt 8, 28

En terre païenne, un homme qui vivait dans les tombeaux, que nul ne pouvait lier. Délivré, il veut suivre Jésus ; Jésus l’envoie chez les siens : « annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi ». Le premier missionnaire de la Décapole est un ancien possédé.

Le possédé aveugle et muet

La foule s’étonne ; les pharisiens parlent de Béelzéboul

« Alors on lui présenta un possédé qui était aveugle et muet. Jésus le guérit, de sorte que le muet parlait et… » Mt 12, 22

Le miracle est bref ; la controverse qu’il déclenche est longue. Attribuer au démon l’œuvre de l’Esprit, c’est le blasphème contre l’Esprit — se fermer soi-même au pardon. « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous. »

La fille de la Cananéenne

« Même les petits chiens mangent les miettes » ; une mère païenne obtient tout

« Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. » Mt 15, 21

Jésus semble refuser, et la femme ne se décourage pas : elle retourne le refus en prière. « Femme, grande est ta foi ! » C’est l’une des deux guérisons à distance, et les deux sont pour des païens — annonce de l’Église des nations.

L’enfant épileptique

Au pied de la montagne de la Transfiguration ; « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

« Quand ils eurent rejoint la foule, un homme s’approcha de lui, et tombant à ses genoux, » Mt 17, 14

Les disciples n’ont pas pu ; le père doute ; Jésus guérit, et explique ensuite : « cette espèce-là ne peut sortir que par la prière ». Le cri du père est resté l’une des prières les plus vraies de l’Évangile — la foi qui demande la foi.

Les signes sur la nature

L’eau changée en vin à Cana

Le premier des signes, à une noce ; « Faites tout ce qu’il vous dira »

« Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. » Jn 2, 1

Six jarres de pierre, cent litres chacune, et le meilleur vin gardé pour la fin. Le premier signe de Jean, à l’intercession de Marie, dans le cadre d’un mariage : les Pères y lisent l’Alliance nouvelle, l’eau de l’ancienne Loi changée en vin de l’Évangile, et déjà l’Eucharistie.

Propre à Jean

La pêche miraculeuse

Toute la nuit sans rien prendre ; « Avance au large »

« Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac… » Lc 5, 1

Simon obéit « sur ta parole », et les filets se déchirent. Il tombe aux genoux de Jésus — « je suis un homme pécheur » — et reçoit sa vocation : « désormais, ce sont des hommes que tu prendras ». Le miracle est un appel, et l’Église y a vu son image.

Propre à Luc

La tempête apaisée

Jésus dort à l’arrière ; « Silence, tais-toi ! »

« Comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. » Mt 8, 23

Dans l’Écriture, seul Dieu commande à la mer. « Qui est-il donc, celui-ci ? » : la question des disciples est la bonne, et le miracle est fait pour la poser. La barque battue par les vagues est devenue l’image de l’Église, qui ne coule pas parce qu’il y est, même endormi.

La multiplication des pains

Cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes ; le seul miracle raconté par les quatre

« Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules… » Mt 14, 13

Jésus prend, bénit, rompt, donne : les quatre gestes de la Cène, et l’Église n’a jamais lu ce miracle autrement que comme la figure de l’Eucharistie. Chez Jean, il ouvre le discours sur le pain de vie. Les douze paniers de restes disent l’abondance de Dieu.

La marche sur les eaux

Au milieu de la nuit, sur le lac ; Pierre s’avance et s’enfonce

« Aussitôt Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il… » Mt 14, 22

« C’est moi, n’ayez pas peur » — en grec, le « Je suis » du nom divin. Chez Matthieu, Pierre marche tant qu’il regarde Jésus et coule dès qu’il regarde le vent ; la main qui le saisit est l’image de toute la foi. Et la barque adore : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ».

La seconde multiplication des pains

Sept pains pour quatre mille personnes, en terre païenne

« Je suis saisi de compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont… » Mt 15, 32

Ce n’est pas un doublon : la première multiplication a lieu en Galilée, celle-ci dans la Décapole, chez les païens ; douze paniers là, sept corbeilles ici. Jésus lui-même, dans la barque, rappellera aux disciples les deux chiffres. Le pain est pour Israël et pour les nations.

La pièce dans la bouche du poisson

L’impôt du Temple, payé pour Jésus et pour Pierre

« Votre maître paye bien les deux drachmes, n’est-ce pas ? » Mt 17, 24

Le Fils n’a pas à payer pour la maison de son Père, mais il paie « pour ne pas scandaliser ». Le plus discret des miracles — on ne le voit même pas s’accomplir —, et une leçon : renoncer à son droit plutôt que de faire tomber les autres.

Propre à Matthieu

Le figuier desséché

Des feuilles et pas de fruit ; le lendemain, il est sec jusqu’aux racines

« Le matin, en revenant vers la ville, il eut faim. » Mt 21, 18

Le seul miracle qui détruise, et il ne frappe qu’un arbre : c’est une parabole en acte, à la veille de la Passion. Le figuier plein de feuilles et sans fruit est le Temple plein de commerce et vide de prière — et tout ce qui a l’apparence de la foi sans en avoir les œuvres.

La pêche de cent cinquante-trois poissons

Au bord du lac de Tibériade, après la Résurrection

« Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. » Jn 21, 1

Encore une nuit sans rien prendre, et un inconnu sur le rivage : « c’est le Seigneur ! » Le filet ne se déchire pas, cette fois ; les Pères ont beaucoup médité les cent cinquante-trois — toutes les espèces de poissons connues, disait saint Jérôme : tous les peuples dans le filet de l’Église. Puis Jésus fait cuire le repas, et confie ses brebis à Pierre.

Propre à Jean

Les morts rendus à la vie

La fille de Jaïre

« Talitha koum » : une enfant de douze ans

« Ma fille est morte à l’instant ; mais viens lui imposer la main, et elle vivra. » Mt 9, 18

Un chef de synagogue supplie pour sa fille ; en chemin, la nouvelle vient qu’elle est morte. « Ne crains pas, crois seulement. » Jésus la prend par la main, lui parle en araméen, et Marc a gardé les mots mêmes. Puis il demande qu’on lui donne à manger — le réalisme des Évangiles.

Le fils de la veuve de Naïm

Jésus touche le cercueil ; « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi »

« Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi… » Lc 7, 11

Personne ne demande rien : Jésus voit la mère, « est saisi de compassion », et agit. Le fils unique d’une veuve, c’était une femme sans plus rien. Il le rend à sa mère, et la foule dit ce que Luc veut faire entendre : « Dieu a visité son peuple ».

Propre à Luc

Lazare

Quatre jours au tombeau ; « Lazare, viens dehors ! »

« Il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. » Jn 11, 1

Le dernier et le plus grand des signes de Jean, et celui qui décide de la mort de Jésus. Il pleure, lui qui va le relever ; il dit à Marthe la parole que l’Église redit à chaque enterrement : « Je suis la résurrection et la vie ». Lazare sort lié de ses bandelettes ; Jésus, lui, les laissera pliées dans le tombeau.

Propre à Jean

Le catalogue ne compte pas la Résurrection du Seigneur, qui n’est pas un miracle parmi d’autres mais ce dont tous sont le signe ; ni la Transfiguration ; ni les sommaires — « il guérit beaucoup de malades » — qui ne racontent rien de singulier. Les titres sont ceux de l’usage ; les premiers mots et les bornes sont ceux de la traduction officielle liturgique, relevés dans le texte du site. Le sens donné est celui que l’Église lit, dans la ligne des Pères et du Catéchisme ; les commentaires des Pères, verset par verset, se trouvent sur la page de chaque passage.