Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
22
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Parabole du festin de noces
L'offrande de la veuve
L'offrande de la veuve
1 Jésus se mit de nouveau à leur parler et leur dit en paraboles : 32 « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. 53 Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. 44 Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.” 55 Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; 36 les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. 27 Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. 38 Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. 49 Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.” 210 Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. 411 Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. 512 Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L’autre garda le silence. 313 Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.” 314 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » 54
Explications
Contexte historique et social

1. La double invitation et l'affront du refus

Aux noces royales, l'usage voulait une double convocation : une première invitation, puis, quand tout était prêt, l'envoi de serviteurs pour appeler les invités à venir. Refuser l'invitation d'un roi aux noces de son fils était un affront d'une extrême gravité — presque un acte de rébellion ; que certains aillent jusqu'à maltraiter et tuer les serviteurs en fait une véritable révolte. La colère du roi (qui détruit les meurtriers et brûle leur ville) a souvent été rapprochée, par la tradition, de la destruction de Jérusalem en l'an 70.

2. L'invitation élargie « aux carrefours »

Devant le refus des premiers invités, le roi envoie chercher « aux carrefours » (les sorties de la ville, les grands chemins) tous ceux qu'on trouve, mauvais et bons : c'est l'appel des exclus et des nations, sans distinction de mérite.

3. Le « vêtement de noces »

Un convive est là sans vêtement de noces : interpellé, il reste muet (sans excuse), et il est jeté « dans les ténèbres du dehors ». Le détail suppose une coutume : on revêtait un habit de fête pour un banquet (et certains pensent que l'hôte fournissait parfois des robes à ses invités) — de sorte que se présenter sans cet habit était un mépris inexcusable. La parabole se clôt sur : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »


Lecture biblique et exégétique

1. Le banquet messianique

Le festin de noces figure le banquet du Royaume, image biblique du salut (« un festin de viandes grasses… pour tous les peuples », Is 25, 6). Le refus des premiers invités vise les chefs d'Israël qui ont décliné l'appel ; l'élargissement « aux carrefours » annonce l'entrée des pécheurs et des nations dans l'Église.

2. Le vêtement de noces : la grâce et la charité

Être invité ne suffit pas : il faut revêtir la disposition qui convient au festin. La tradition lit le « vêtement de noces » comme la charité, la grâce reçue (la robe baptismale), les œuvres bonnes — bref, la conversion du cœur. On ne se présente pas au festin du Royaume en présumant de l'invitation, sans s'être laissé transformer. « Peu d'élus » avertit que l'appel attend une réponse digne.


Pour la vie spirituelle et pratique

Répondre à l'invitation

Dieu invite — largement, gratuitement, « les mauvais comme les bons ». Mais combien déclinent l'invitation pour des soucis « ordinaires » (le champ, le commerce, les affaires) ! Examiner ce qui, en moi, fait décliner l'appel de Dieu au profit de préoccupations terrestres.

Revêtir le vêtement de noces

L'invitation n'est pas un dû automatique : il faut entrer revêtu de la charité, non présumer. Question concrète : je me dis « invité », chrétien, croyant — mais ai-je revêtu le vêtement de noces, c'est-à-dire un cœur transformé par l'amour et la grâce ? La foi sans la charité laisse « muet » et sans excuse devant le Roi.

L'urgence et la gratuité

Enfin, « beaucoup d'appelés » : l'appel est universel et gratuit ; nul n'en est exclu d'avance. Mais cet appel engage : il appelle une réponse, une transformation, une fidélité. Se réjouir d'être invité — et veiller à l'être dignement.


L'impôt dû à César
L'impôt dû à César
L'impôt dû à César
15 Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. 316 Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. 417 Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » 318 Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? 219 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. 320 Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » 121 Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » 1222 À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent. 13
Explications
Contexte historique et social

1. Une alliance contre nature pour piéger

Les pharisiens s'associent aux hérodiens — alliance surprenante : les pharisiens supportaient mal la domination romaine et son impôt, tandis que les hérodiens soutenaient l'ordre hérodien et romain. Leur but commun : piéger Jésus par une question explosive.

2. L'impôt explosif

« Est-il permis de payer l'impôt (le tribut, kênsos) à César ? » Cet impôt personnel, institué quand la Judée devint province romaine (en l'an 6), avait déclenché la révolte de Judas le Galiléen et nourrissait le mouvement zélote : pour eux, payer le tribut, c'était trahir la royauté unique de Dieu sur Israël ; le refuser, c'était la sédition contre Rome. Le piège est donc parfait : dire oui discrédite Jésus aux yeux du peuple (collaborateur) ; dire non le dénonce comme rebelle à Rome.

3. Le denier à l'effigie de César

Jésus demande « la monnaie de l'impôt » : un denier, qui portait l'effigie de l'empereur Tibère et l'inscription « Tibère César, fils du divin Auguste » — donc à la fois une image gravée (heurtant l'interdit juif) et une prétention quasi divine (blasphématoire). Que les interlocuteurs en sortent un de leur bourse montre qu'ils usent eux-mêmes de cette monnaie.


Lecture biblique et exégétique

1. « À qui appartient cette image ? »

« De qui sont cette image et cette inscription ? — De César. — Rendez donc à César ce qui est à César. » La pièce porte l'effigie de César : qu'elle lui revienne. Jésus reconnaît ainsi un devoir légitime envers l'autorité civile, sans en faire un absolu.

2. « Et à Dieu ce qui est à Dieu »

La pointe est dans la seconde partie. Si la pièce porte l'image de César et lui revient, l'homme, lui, porte l'image de Dieu (Gn 1, 27) — c'est donc lui-même, tout entier, qu'il doit « rendre » à Dieu. La réponse n'est pas une simple répartition des domaines : elle rappelle que tout appartient à Dieu, et l'homme d'abord.


Pour la vie spirituelle et pratique

Foi et devoir civique

La foi et la vie civique ne s'opposent pas : le chrétien remplit ses devoirs envers la société (impôts, lois justes, bien commun) et envers Dieu, chacun à sa juste place. La réponse de Jésus fonde une saine distinction — sans confusion ni opposition systématique — entre l'ordre temporel et l'ordre de Dieu (cf. CEC 2242).

Rendre à Dieu son image

Mais la vraie pointe est plus profonde : puisque je porte l'image de Dieu, c'est moi-même que je lui dois. À César la pièce qui porte son effigie ; à Dieu l'homme qui porte la sienne. Que lui rendons-nous de ce qui lui appartient — notre cœur, notre vie, notre liberté ? Telle est la question que Jésus laisse, par-delà l'impôt.


Controverses avec les sadducéens sur la résurrection
23 Ce jour-là, des sadducéens – ceux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : 524 « Maître, Moïse a dit : Si un homme meurt sans avoir d’enfants, le frère de cet homme épousera sa belle-sœur pour susciter une descendance à son frère. 325 Il y avait chez nous sept frères : le premier, qui s’était marié, mourut ; et, comme il n’avait pas de descendance, il laissa sa femme à son frère. 426 Pareillement, le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième,27 et finalement, après eux tous, la femme mourut. 128 Alors, à la résurrection, duquel des sept sera-t-elle l’épouse, puisque chacun l’a eue pour épouse ? » 229 Jésus leur répondit : « Vous vous égarez, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu. 430 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans le ciel. 431 Et au sujet de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu ce qui vous a été dit par Dieu : 432 Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » 733 Les foules qui l’avaient entendu étaient frappées par son enseignement. 21
Explications
Contexte historique et social

1. Qui sont les sadducéens ?

Les sadducéens étaient l'aristocratie sacerdotale, le parti du Temple, conservateur en théologie : ils ne tenaient pour pleinement normatif que la Torah écrite (le Pentateuque), rejetaient la tradition orale des pharisiens, et niaient la résurrection des morts, ainsi que les anges et les esprits (cf. Ac 23, 8). Leur question n'est pas sincère : elle vise à ridiculiser la foi en la résurrection.

2. La loi du lévirat

Le cas qu'ils construisent repose sur la loi du lévirat (Dt 25, 5-10) : si un homme meurt sans enfant, son frère doit épouser la veuve pour « susciter une descendance » au défunt, afin de perpétuer son nom et sa lignée. Les sadducéens imaginent une femme épousée successivement par sept frères (un écho au livre de Tobie, où Sarah perd sept maris) : « À la résurrection, duquel sera-t-elle l'épouse ? » — l'absurdité est censée prouver l'inanité de la résurrection.


Lecture biblique et exégétique

1. « Ni les Écritures, ni la puissance de Dieu »

Jésus retourne le double reproche : ils ignorent les Écritures (qui annoncent la résurrection) et sous-estiment la puissance de Dieu (qui peut donner une vie d'un autre ordre). Leur erreur vient d'une vision trop charnelle de l'au-delà, conçu comme un simple prolongement de la vie présente.

2. « Comme des anges »

« À la résurrection, on ne prend ni femme ni mari : on est comme les anges dans le ciel. » Le mariage sert l'ordre de la génération et de la condition mortelle ; dans la vie ressuscitée, transfigurée, il est dépassé. Ce n'est pas la négation de l'amour, mais son accomplissement dans une condition nouvelle.

3. La preuve tirée de la Torah

Habileté décisive : Jésus prouve la résurrection sur le terrain même des sadducéens — la Torah. Au buisson ardent, Dieu se dit « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » (Ex 3, 6). Or « il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants » : si Dieu est encore le Dieu des patriarches, c'est qu'ils vivent en lui. La résurrection est donc inscrite dans la Loi elle-même.


Pour la vie spirituelle et pratique

Deux erreurs à éviter

La foi guette toujours deux écueils que Jésus signale : ignorer les Écritures (réduire la foi à ses idées), et sous-estimer la puissance de Dieu (mesurer l'au-delà à nos expériences terrestres). L'espérance de la résurrection se nourrit de la Parole et de la confiance en un Dieu qui peut faire toutes choses nouvelles.

Une espérance, non une prolongation

La résurrection n'imagine pas un simple « après » identique à maintenant, mais une vie transfigurée, « comme les anges ». Cela libère des représentations naïves et ouvre à l'espérance d'une plénitude inédite.

Le Dieu des vivants

Quelle consolation : pour Dieu, nos défunts qui sont en lui sont vivants. « Dieu des vivants », il garde dans la vie ceux qui semblent disparus. La mort n'a pas le dernier mot ; la communion avec ceux qui nous ont précédés demeure, en Celui qui est le Dieu des vivants.


Le grand commandement
Le Christ, Fils de Dieu
Le Christ, Fils de Dieu
34 Les pharisiens, apprenant qu’il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, 335 et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : 436 « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » 737 Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. 738 Voilà le grand, le premier commandement. 139 Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 240 De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » 24
Explications
Contexte historique et social

1. La question des 613 commandements

Un docteur de la Loi (un nomikos, spécialiste) demande quel est le « grand commandement dans la Loi ». La question était débattue chez les rabbins : la tradition comptait 613 commandements (mitzvot — 248 positifs, 365 négatifs), et l'on cherchait à distinguer les commandements « lourds » des « légers », voire un principe unique qui résumerait toute la Torah (ainsi Hillel : « ce que tu détestes, ne le fais pas à autrui — c'est toute la Loi »). La question n'a donc rien d'anodin : elle touche au cœur de la Loi.

2. Le Shema, prière quotidienne d'Israël

Jésus cite d'abord Deutéronome 6, 5 — qui appartient au Shema Israël (« Écoute, Israël ! », Dt 6, 4-5), la confession de foi d'Israël, récitée deux fois par jour par tout Juif pieux : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… » C'est la prière la plus centrale du judaïsme. Citer le Shema est irréprochable ; la nouveauté de Jésus est de lui lier inséparablement un second texte.

3. « Tu aimeras ton prochain » (Lévitique 19, 18)

Le second commandement est tiré de Lévitique 19, 18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Jésus le déclare « semblable » au premier, et fait des deux ensemble le sommaire de tout : « De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. »


Lecture biblique et exégétique

1. Le double amour, clé de toute l'Écriture

Jésus ne réduit pas la Loi à une règle minimale : il en donne la clé. Tout — les 613 commandements, « toute la Loi et les Prophètes » — dépend (littéralement « est suspendu à ») de ce double amour. La morale tout entière trouve là son principe et sa mesure.

2. L'inséparabilité des deux amours

En liant Dt 6, 5 et Lv 19, 18, Jésus rend les deux amours inséparables : on ne peut aimer Dieu qu'on ne voit pas sans aimer le frère qu'on voit (cf. 1 Jn 4, 20). L'amour de Dieu se vérifie dans l'amour du prochain ; et l'amour du prochain trouve sa source et sa mesure dans l'amour de Dieu.

3. « Comme toi-même »

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : un amour de soi bien ordonné (vouloir son vrai bien, celui que Dieu veut) devient la mesure de l'amour dû à l'autre. Non l'égoïsme, mais la reconnaissance que l'autre a la même dignité, le même droit au bien, que moi.


Pour la vie spirituelle et pratique

Tout se ramène à aimer

Toute la vie chrétienne se ramène à aimer — Dieu, sans réserve (« de tout ton cœur »), et le prochain comme soi-même. Non deux amours séparés ou concurrents, mais un seul mouvement : c'est le même cœur qui aime Dieu et, en lui, le frère.

Un critère pour toute décision

Le double commandement offre un critère simple pour discerner : cette parole, ce choix, cette action me font-ils grandir dans l'amour de Dieu et du prochain ? Là est « toute la Loi ». Le reste — les pratiques, les règles — est au service de cet amour, jamais à sa place.

Aimer Dieu de « tout »

« De tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit » : l'amour de Dieu réclame tout l'être, sans réserve ni cloisonnement. Une invitation à ne pas compartimenter sa vie (une part pour Dieu, le reste pour soi), mais à unifier toute son existence sous le primat de cet amour.


Dernière controverse sur le Messie
41 Comme les pharisiens se trouvaient réunis, Jésus les interrogea : 342 « Quel est votre avis au sujet du Christ ? de qui est-il le fils ? » Ils lui répondent : « De David. » 243 Jésus leur réplique : « Comment donc David, inspiré par l’Esprit, peut-il l’appeler “Seigneur”, en disant : 244 Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis sous tes pieds” ? 845 Si donc David l’appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ? » 446 Personne n’était capable de lui répondre un mot et, à partir de ce jour-là, nul n’osa plus l’interroger. 7
Explications
Contexte historique et social

1. L'attente du Messie « fils de David »

Après avoir répondu à tous les pièges, Jésus pose sa question : « Le Christ (le Messie), de qui est-il le fils ? » Réponse immédiate et unanime : « De David. » C'était l'attente standard : le Messie serait le roi davidique, descendant de David, restaurant son trône (2 S 7 ; Is 11 ; les Psaumes de Salomon). Le titre « fils de David » était d'ailleurs adressé à Jésus tout au long de l'évangile.

2. Le Psaume 110, texte royal et messianique

Jésus cite alors le Psaume 110, 1 — le psaume le plus cité de tout le Nouveau Testament : « Le Seigneur (YHWH, Dieu) a dit à mon Seigneur (adoni) : Siège à ma droite… » Dieu y parle au Messie-Roi, l'invitant à siéger à sa droite (la place du pouvoir et de l'honneur divins). Or ce psaume était attribué à David lui-même (« David, inspiré par l'Esprit »).


Lecture biblique et exégétique

1. L'argument : fils et Seigneur

Le raisonnement de Jésus est serré : si David lui-même, dans le psaume, appelle le Messie « mon Seigneur », comment le Messie peut-il être simplement son fils (son descendant, donc son inférieur) ? Un père ne nomme pas son descendant « Seigneur ». Il y a donc, dans le Messie, plus que la descendance davidique.

2. Les deux natures pressenties

Jésus ne nie pas qu'il soit « fils de David » (il l'est, selon la chair) ; il montre que ce titre est insuffisant. Le Messie est fils de David (vrai homme, de la lignée royale) et son Seigneur (de condition divine, siégeant à la droite de Dieu). C'est, en germe, la confession des deux natures du Christ : vrai Dieu et vrai homme. Le Psaume 110 enracine ainsi la divinité du Messie.

3. La fin des controverses

« Nul ne put lui répondre un mot, et, à partir de ce jour, personne n'osa plus l'interroger. » Cette question close le cycle des controverses de Jérusalem : Jésus a déjoué tous les pièges, et pose à son tour la question décisive — celle de son identité.


Pour la vie spirituelle et pratique

Qui est Jésus pour moi ?

La vraie question, au terme des controverses, est celle-là : qui est, pour moi, ce Jésus ? Un grand homme, un « fils de David » de plus, un sage parmi d'autres — ou mon Seigneur, vrai Dieu, à qui revient la première place ? Réduire le Christ à un maître humain, c'est encore manquer le mystère.

Le reconnaître Seigneur

Le reconnaître Seigneur (le titre que David lui donne) a des conséquences concrètes : c'est lui céder le gouvernement de sa vie, s'asseoir à ses pieds, lui obéir. La foi ne se contente pas d'admirer le « fils de David » ; elle adore le Seigneur assis à la droite du Père — et lui remet tout.