Matthieu 22, 22
À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent.
À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent.
Toute l’assistance est émerveillée ; les tentateurs eux-mêmes, car ce sont eux qui semblent
directement désignés, ne peuvent s’empêcher, malgré leurs dispositions hostiles et malgré leur échec,
d’admirer la sagesse de Jésus. Toutefois, ils se retirent silencieux. Quelle réplique pouvaient-ils adresser au
Sauveur ? - Cet épisode était trop caractéristique pour que les meilleurs peintres n’essayassent pas de la
reproduire sur la toile. Valentin, et surtout Titien, se sont rendus célèbres l’un par son « Denier de César »,
l’autre par son « Christo della moneta ».
2255. Vient ensuite l’effet : À CES MOTS, ILS FURENT TOUT SURPRIS ET, LE LAISSANT, ILS S’EN ALLÈRENT. Cela était étonnant, car, après avoir constaté sa sagesse, ils auraient dû aussitôt se convertir. Mais ils ne purent pas comprendre et ils s’en allèrent. Ps 138[139], 6 : Tu as une science qui me dépasse, d’une hauteur que je ne puis atteindre.
La GloseIls viennent avec les hérodiens comme avec des gens inconnus pour le tromper plus facile ment et le surprendre dans ses discours; car ils craignaient trop le peuple pour oser le faire par eux-mêmes.
Il peut arriver qu'un homme dissimule la vérité de trois manières premièrement par une raison personnelle à celui qui enseigne, s'il ne connaît pas ou s'il n'aime pas la vérité, et c'est contre cette supposition qu'ils s'élèvent en disant: «Nous savons que vous êtes vrai»; secondement par une raison tirée de Dieu, lorsque des hommes, perdant la crainte de Dieu, n'annoncent pas dans toute sa pureté la vérité qu'ils connaissent, et ils reconnaissent le contraire en Jésus-Christ: «Et vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité; «troisièmement par une raison tirée du prochain, lorsque, par crainte ou par affection, on n'ose lui dire la vérité, et ils protestent encore contre cette dernière supposition en lui disant: «Et vous n'avez égard à qui que ce soit, car vous ne considérez point la personne dans les hommes.
Cette question si flatteuse, mais pleine de fourberie, tendait à provoquer, de la part du Sauveur, cette réponse qu'il craint plus Dieu que César: «Dites-nous donc, que vous semble-t-il», etc. ( Mt 17,14 ), car, s'il répond qu'on ne doit point payer le tribut, aussitôt les hérodiens se saisiront de lui comme coupable de révolte contre l'empereur romain.
La première marque qu'il leur donne de sa puissance, dans sa réponse, c'est qu'il connaît la pensée de ceux qui l'interrogent, et il les appelle, non pas ses disciples, mais hypocrites; l'hypocrite est donc celui qui veut paraître au dehors ce qu'il n'est pas.
Or ceux qui auraient dû se rendre au témoignage d'une si grande sagesse, se contentent d'admirer comment leur finesse n'a pu réussir à dresser ses pièges. «Et l'ayant entendu, ils furent remplis d'admiration, et, le laissant là, ils se retirèrent», remportant tout à la fois leur incrédulité avec leur étonnement.
Ils envoient leurs disciples conjointement avec les soldats d'Hérode, pour censurer ses paroles quelles qu'elles pourraient être. Mais ils désiraient surtout qu'il se prononçât contre les héro diens; car comme ils n'osaient se saisir de lui par la crainte qu'ils avaient du peuple, ils voulu rent le faire tomber dans le piége en le forçant de déclarer qu'il était soumis à l'impôt public.
Le premier artifice des hypocrites, c'est de louer ceux qu'ils veulent perdre, et c'est pour cela qu'ils commencent par cet éloge: «Maître, nous savons que vous êtes vrai»,etc. Ils l'appellent maître dans l'espérance que, sensible à cet honneur et à cette louange, il leur ouvrira simplement les secrets de son coeur par le désir de se les attacher comme disciples.
Par ces dernières paroles, ils désignaient vaguement Hérode et César.
Ils savaient en effet que d'autres, avant lui ( Ac 5,36-37 ), avaient été punis de mort comme auteurs d'une pareille rébellion, et ils voulaient, par ces questions captieuses faire peser sur lui de semblables soupçons.
Jésus ne répond pas avec douceur à leur question si pacifique et si flatteuse en apparence, mais il s'adresse à leur âme qu'inspire la cruauté, et il leur répond avec sévérité, car Dieu répond bien plutôt à la vo lonté qu'aux paroles.
Il les appelle hypocrites, pour les forcer de reconnaître en lui le Dieu qui pénètre le secret des coeurs et de renoncer à leurs noirs projets. Remarquez que les pharisiens ont recours à la flatterie pour arriver à perdre plus sûrement le Sauveur, tandis que Jésus les couvre de confusion pour les sauver, car la sévérité de Dieu est plus utile à l'homme que la bienveillance de ses semblables.