Évangile selon Saint Marc

Explications
Le débat religieux et les adversaires de Jésus
Le judaïsme du Ier siècle était une religion de la discussion : on débattait sans fin de l'interprétation de la Loi (la halakha), et la « controverse » était un genre reconnu. Les adversaires nommés ici sont les scribes (juristes experts de l'Écriture) et les pharisiens (un mouvement de laïcs pieux, attachés à l'observance scrupuleuse de la Loi et de la pureté). À la fin (3, 6), surgissent les hérodiens, partisans de la dynastie d'Hérode : que ces rivaux politiques s'allient aux pharisiens contre Jésus dit assez la gravité de la menace qu'il représente à leurs yeux.
Le pardon des péchés : une prérogative divine
Pour un Juif, Dieu seul remet les péchés. La maladie était d'ailleurs souvent reliée au péché. Quand Jésus déclare au paralysé « tes péchés sont remis », les scribes l'entendent aussitôt comme un blasphème : il s'arroge ce qui n'appartient qu'à Dieu. Tout l'enjeu de la scène est là.
La maison galiléenne et le toit ouvert
Les maisons de Capharnaüm avaient un toit plat en terre battue sur poutres et branchages, accessible par un escalier extérieur. On comprend alors le geste des porteurs : monter sur le toit, le défaire et descendre le brancard. Détail réaliste qui dit l'audace de la foi, prête à tout pour amener le malade jusqu'à Jésus.
Les collecteurs d'impôts et les « pécheurs »
Lévi est assis au bureau de la douane (la taxe sur les marchandises au bord du lac). Les collecteurs d'impôts (publicains) étaient méprisés : on les tenait pour des collaborateurs de l'occupant, malhonnêtes et impurs, exclus de la société des justes. Partager leur table — geste d'intimité et d'honneur dans cette culture — revenait à se compromettre avec eux. D'où le scandale.
Le jeûne, du devoir à la dévotion
La Loi n'imposait qu'un jeûne, celui du Yom Kippour. Mais les pieux y ajoutaient des jeûnes volontaires : les pharisiens jeûnaient deux fois la semaine, et les disciples de Jean menaient une vie austère. Que les disciples de Jésus ne jeûnent pas étonne : on les croirait moins fervents.
Le sabbat et ses interdits
Le sabbat (du vendredi soir au samedi soir) était le signe de l'Alliance : Dieu lui-même s'était reposé le septième jour. La tradition avait précisé trente-neuf catégories de travaux interdits, dont moissonner. Arracher des épis pouvait passer pour une forme de moisson ; et guérir un malade sans danger de mort relevait, pour les stricts, d'un acte à remettre au lendemain. C'est sur ce terrain — le sens véritable du sabbat — que se joue la dernière controverse.
Une montée du conflit en cinq scènes
Marc compose une suite ordonnée, en crescendo. Au centre, la question du jeûne et l'image de l'Époux ; aux deux extrémités, deux guérisons (le paralysé, la main desséchée) où l'on passe de l'accusation de blasphème (2, 7) au projet de meurtre (3, 6). L'opposition n'a cessé de durcir. Ironie tragique : c'est un jour de sabbat que les pharisiens, scandalisés qu'on « fasse le bien », décident de faire mourir Jésus.
« Le Fils de l'homme a autorité »
Deux fois dans cette section paraît le titre « Fils de l'homme » (2, 10 et 2, 28) — les premières de l'évangile. L'expression, venue de Daniel 7, désigne une figure mystérieuse à qui Dieu donne « domination, gloire et royauté ». Jésus revendique pour ce Fils de l'homme deux prérogatives divines : remettre les péchés (2, 10) et être maître du sabbat (2, 28). La guérison visible du paralysé devient la preuve du pardon invisible : « pour que vous sachiez… ».
« Je suis venu appeler les pécheurs »
À ceux qui s'indignent de le voir manger avec les publicains, Jésus répond par une image de bon sens : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. » Et il dévoile le cœur de sa mission : « Je suis venu appeler non les justes, mais les pécheurs » (2, 17). L'appel de Lévi — quitter sur-le-champ son bureau — illustre cette grâce qui rejoint l'homme là où il est.
L'Époux et la nouveauté
Pourquoi ne pas jeûner ? « L'Époux est avec eux » (2, 19). Dans l'Ancien Testament, Dieu est l'Époux d'Israël ; Jésus s'applique discrètement ce titre : sa présence, c'est la noce, le temps de la joie. Mais aussitôt une ombre : « les jours viendront où l'Époux leur sera enlevé » — première allusion voilée à la Passion ; alors, ils jeûneront. Suivent deux paraboles jumelles : on ne coud pas une pièce d'étoffe neuve sur un vieux vêtement, on ne met pas le vin nouveau dans de vieilles outres (2, 21-22). La nouveauté de l'Évangile ne peut être enfermée dans les cadres anciens : elle les fait éclater.
« Le sabbat a été fait pour l'homme »
Pour défendre ses disciples qui arrachent des épis, Jésus rappelle l'exemple de David mangeant les pains de l'offrande (1 S 21) : la Loi cède devant la nécessité de l'homme. (Marc situe la scène « au temps du grand prêtre Abiathar », alors que le récit nomme son père Ahimélek ; les exégètes y voient une référence large à l'épisode davidique.) Puis le principe lumineux : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat » (2, 27). Le repos est un don de Dieu pour la vie, non un joug qui l'écrase. Dans la dernière scène, Jésus pose la vraie question — « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien… de sauver une vie ? » — et, devant leur silence, « promène sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur » (3, 5). Il guérit ; ils complotent sa mort.
Parmi les synoptiques
Matthieu (9, 1-17 ; 12, 1-14) et Luc (5, 17 – 6, 11) reprennent ces controverses. Matthieu, à propos du repas avec les pécheurs, ajoute la citation d'Osée « c'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice » (Os 6, 6). Marc, lui, garde le récit nerveux et les émotions de Jésus (sa colère, sa tristesse) — trait de son style vivant.
Le pardon, au cœur de la Bonne Nouvelle
La première parole de Jésus au paralysé ne porte pas sur ses jambes mais sur son péché : « tes péchés sont remis ». Le plus grand mal n'est pas la maladie, mais ce qui sépare de Dieu ; et le plus grand don, le pardon. L'Église reconnaît en cette autorité du Christ la source du sacrement de la réconciliation, où il continue de remettre les péchés (cf. CEC 1441-1442).
Une bonne nouvelle pour les pécheurs, non pour les parfaits
« Je suis venu appeler les pécheurs. » Le seul obstacle à la miséricorde est de se croire juste et de n'avoir besoin de rien. Reconnaître sa propre pauvreté, sa « maladie », c'est déjà s'ouvrir au Médecin. La table de Jésus reste ouverte à ceux que la société tient à distance.
Ne pas rapiécer, mais renouveler
Le vin nouveau, l'étoffe neuve : la grâce ne vient pas rafistoler notre vieil homme, elle veut le renouveler en profondeur. La conversion n'est pas un replâtrage de surface, mais une création nouvelle qui demande des « outres neuves » — un cœur disponible, prêt à être transformé.
Le jour du Seigneur, pour faire le bien
« Le sabbat est fait pour l'homme. » Le dimanche chrétien hérite de ce sens : un jour reçu comme un don, pour Dieu et pour l'homme — repos, prière, charité, attention aux autres. Faire le bien, sauver, relever : voilà ce qui honore vraiment le jour du Seigneur.
Le cœur endurci
Jésus est « navré de l'endurcissement de leur cœur ». Le risque religieux par excellence est de tenir si fort à ses règles et à ses certitudes qu'on en vient à se fermer à la vie, voire à la combattre. La prière demande sans cesse un cœur de chair (cf. Ez 36, 26), souple à la nouveauté de Dieu et attentif au bien du prochain.

Explications
Une renommée qui déborde Israël
Marc dresse la carte de l'affluence : on vient de Galilée, de Judée et de Jérusalem, mais aussi de l'Idumée (au sud), de l'autre côté du Jourdain, et de la région païenne de Tyr et de Sidon (au nord-ouest). C'est tout le pays, et même ses marges non juives, qui se met en mouvement. Cette énumération géographique signale l'ampleur du rayonnement de Jésus et annonce déjà l'ouverture du salut au-delà d'Israël.
La barque et la pression de la foule
Jésus demande qu'une barque se tienne prête, « pour qu'on ne l'écrase pas » : les malades se pressent pour le toucher, persuadés qu'une force guérissante émane de lui. Le détail est réaliste — une scène de cohue au bord de l'eau — et la barque, qui permet à Jésus de prendre du champ, jouera bientôt un rôle dans l'enseignement en paraboles (ch. 4) et la traversée du lac.
Les « sommaires » de Marc
Ce passage est un sommaire : un résumé qui condense l'activité habituelle de Jésus (guérisons, exorcismes, foules) sans raconter un épisode précis. Marc en sème plusieurs dans son évangile pour donner le rythme et l'atmosphère du ministère, entre les scènes détaillées.
Le retrait et la communauté des disciples
Au milieu de la pression populaire, Marc note que Jésus se retire « avec ses disciples ». Le peuple admire et réclame des miracles ; mais c'est autour du petit groupe des disciples que se forme la communauté véritable. Ce contraste — la foule avide de prodiges et les disciples appelés à le suivre — traverse tout l'évangile, et prépare le choix des Douze qui suit immédiatement.
Les démons confessent ce que les hommes ignorent
Trait constant de Marc : ce sont les esprits impurs qui proclament l'identité de Jésus — « Tu es le Fils de Dieu » — avant que les hommes ne la reconnaissent. Ce titre fait écho à la voix du Père au baptême (1, 11) et anticipe la confession du centurion à la croix (15, 39). Mais Jésus interdit cette proclamation : c'est le secret messianique. Une vérité criée par les démons, hors du chemin de la croix, serait équivoque ; la véritable confession de foi ne pourra naître qu'au pied du Crucifié.
Le désir de le toucher
La foule pressée de toucher Jésus dit le désir profond de l'homme d'atteindre la source de la vie. Ce désir n'est pas méprisé : Jésus guérit. Mais l'Évangile invitera à passer du contact avide du miracle à la foi qui suit et s'attache. Dans la prière, comme la foule, on peut « tendre la main » vers le Christ — sachant que c'est lui qui guérit en profondeur.
Reconnaître sans crier
Les démons savent qui est Jésus, mais ne l'aiment pas et ne le suivent pas : connaître n'est pas croire. Le secret messianique enseigne la discrétion de la foi : on n'annonce pas le Christ par slogans ou par exploits, mais en le suivant jusqu'à la croix, là où se révèle vraiment son visage.

Explications
La montagne, lieu de la révélation
« Il gravit la montagne. » Dans la Bible, la montagne est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu : c'est au Sinaï que Moïse reçoit la Loi et constitue le peuple des douze tribus. En montant sur la montagne pour appeler les Douze, Jésus se présente comme le nouveau Moïse, qui rassemble un peuple nouveau.
Le nombre Douze : un Israël reconstitué
Le chiffre n'est pas arbitraire. Les douze tribus d'Israël avaient été dispersées et, pour une grande part, perdues. Choisir Douze, c'est annoncer la restauration d'Israël aux derniers temps : Jésus refonde le peuple de Dieu autour de lui. Les Douze ne sont pas d'abord des individus remarquables, mais les patriarches symboliques de cet Israël renouvelé.
Changer le nom, changer la destinée
Jésus renomme : Simon devient Pierre (le Roc), et les fils de Zébédée, Boanergès, « fils du tonnerre » (sans doute pour leur tempérament ardent). Dans l'Écriture, recevoir un nom nouveau de Dieu — comme Abram devenu Abraham, Jacob devenu Israël — signifie une mission nouvelle, une identité reçue d'en haut.
Un groupe improbable
La liste rassemble des hommes que tout séparait : des pêcheurs, un ancien collecteur d'impôts (Matthieu/Lévi), un « Cananéen » ou Zélote (proche des milieux résistants à Rome, donc à l'opposé d'un publicain), et Judas l'Iscariote. Que Jésus fasse vivre ensemble un collecteur d'impôts et un zélote dit assez la force réconciliatrice du Royaume.
« Il appela ceux qu'il voulait » (v. 13)
L'initiative est entièrement à Jésus : il appelle « ceux qu'il voulait », non ceux qui se proposaient. L'élection est gratuite. Le verbe employé pour l'institution (« il fit Douze ») évoque une création, une fondation : c'est un acte solennel, comparable à l'institution d'une nouvelle alliance.
Un triple but : être avec lui, prêcher, libérer (v. 14-15)
Marc énonce trois finalités, dans un ordre éclairant :
- « Pour être avec lui » : avant toute activité, la communion. On est disciple, puis apôtre : être avec Jésus précède et fonde l'envoi.
- « Pour les envoyer prêcher » : la mission, le prolongement de la prédication de Jésus.
- « Avec le pouvoir de chasser les démons » : l'autorité sur le mal, participation à la victoire du Royaume.
Cet ordre est décisif pour comprendre toute vocation : l'œuvre découle de la rencontre, jamais l'inverse.
De Pierre à Judas
La liste est encadrée par deux noms lourds de sens : Simon-Pierre, nommé le premier, qui tiendra la première place dans le collège apostolique ; et Judas, nommé le dernier, avec déjà la note tragique : « celui qui le livra ». Marc ne masque rien de la fragilité du groupe : l'Église naissante porte en elle et la primauté de Pierre, et le mystère de la trahison.
Appelés « ceux qu'il voulait »
Toute vocation repose sur un choix de Dieu qui précède nos mérites. Cela libère de l'anxiété de se rendre digne : on ne s'impose pas à Dieu, on répond à son appel. Et ce choix porte souvent sur des gens improbables — preuve que l'œuvre est de lui.
D'abord « être avec lui »
La tentation de l'apôtre, hier comme aujourd'hui, est de se jeter dans l'action en oubliant la source. L'Évangile rappelle l'ordre juste : demeurer avec le Christ (prière, oraison, sacrements) est la condition de tout fruit. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
L'Église fondée sur les Apôtres
En instituant les Douze, Jésus pose le fondement de son Église, qui demeure « apostolique » (cf. CEC 551, 857-860). S'enraciner dans cette Église, c'est se rattacher à ce premier appel et à la foi transmise depuis les Apôtres.
Judas parmi les choisis
Que Judas figure parmi les élus, et y demeure libre jusqu'au bout, ouvre au mystère de la liberté humaine face à la grâce. Nul n'est dispensé de veiller : être appelé n'est pas être sauvé d'avance ; la fidélité se joue chaque jour.

Explications
« Les siens » le croient hors de sens
À peine rentré « à la maison », Jésus est de nouveau submergé par la foule, au point de ne pouvoir manger. Ses proches (« les siens ») partent alors se saisir de lui, persuadés qu'« il a perdu la tête ». Dans une société d'honneur et de honte, un parent jugé déraisonnable rejaillit sur toute la famille : on veut le ramener, le protéger — et se protéger. L'incompréhension vient ici du cercle le plus proche.
Les scribes venus de Jérusalem
Une délégation de scribes descendus de Jérusalem — le centre religieux — vient enquêter et condamner. Leur verdict est une accusation grave : Jésus « a Béelzéboul », il chasse les démons « par le chef des démons ». Béelzéboul (« le prince », ou « Baal le seigneur ») désigne le démon par excellence, Satan. C'est l'accusation de magie diabolique : sa puissance ne viendrait pas de Dieu, mais du Mauvais.
Exorcisme et discernement des esprits
Au temps de Jésus, la libération d'un possédé était un fait reconnu ; toute la question était la source de la puissance. Attribuer un exorcisme à Dieu ou au démon engageait un discernement décisif. Les scribes, incapables de nier les faits, en pervertissent l'interprétation : ils nomment diabolique ce qui est l'œuvre de Dieu.
La composition « en sandwich »
Marc enchâsse les deux scènes : la famille qui veut se saisir de lui (v. 20-21) encadre la controverse avec les scribes (v. 22-30), et se conclura à l'arrivée de la mère et des frères (v. 31-35). Ce procédé, cher à Marc, fait se répondre deux refus de reconnaître Jésus — celui des proches « du dehors » et celui des autorités —, pour mieux dégager, à la fin, qui est sa vraie famille : ceux qui font la volonté de Dieu.
La réponse en paraboles : le royaume divisé
Jésus démonte l'accusation par le bon sens : un royaume, une maison, divisés contre eux-mêmes, s'effondrent. Si Satan chassait Satan, son règne s'écroulerait. Donc l'exorcisme n'est pas l'œuvre du démon. Puis l'image décisive : pour piller la maison de l'homme fort, il faut d'abord le ligoter. L'« homme fort », c'est Satan ; le Plus Fort qui le ligote, c'est Jésus (cf. « plus fort que moi », 1, 7). Les exorcismes sont les signes que le règne de Satan est attaqué et dépouillé : le Royaume de Dieu fait irruption.
Le péché contre l'Esprit Saint (v. 28-30)
« Tout sera pardonné aux hommes… mais le blasphème contre l'Esprit Saint ne sera jamais pardonné. » Marc en donne aussitôt la clé : « parce qu'ils disaient : Il a un esprit impur. » Le péché irrémissible n'est donc pas un mot magique ni une faute commise par mégarde : c'est l'attitude de ceux qui, voyant l'œuvre libératrice de l'Esprit en Jésus, l'appellent délibérément œuvre du démon — qui nomment ténèbres la lumière même. En refusant ainsi la source de tout pardon, on se ferme volontairement à ce qui pourrait nous sauver. Le Catéchisme l'explique : il n'y a pas de limite à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse sciemment et jusqu'au bout l'Esprit, sa repentance et le pardon, se prive lui-même du salut (cf. CEC 1864). Ce n'est pas Dieu qui ferme la porte, c'est l'homme qui la verrouille de l'intérieur.
Parmi les synoptiques
Matthieu (12, 22-32) et Luc (11, 14-23 ; 12, 10) reprennent la controverse. Tous gardent l'image de l'homme fort ligoté et l'avertissement sur le péché contre l'Esprit — preuve de son importance dans la mémoire de l'Église primitive.
Être incompris, même des siens
Jésus a connu l'incompréhension de ses proches et la calomnie des autorités. Le disciple ne doit pas s'étonner d'éprouver parfois la même chose pour l'Évangile. La paix ne vient pas d'être approuvé de tous, mais de faire la volonté du Père.
Le Plus Fort a déjà vaincu
L'image de l'homme fort ligoté est une source d'espérance dans le combat spirituel : le Christ a lié le Mauvais et pille son domaine. Nos résistances au mal ne sont pas une lutte égale et incertaine, mais une participation à une victoire déjà acquise — qu'il s'agit d'accueillir.
Ne pas appeler le mal bien, ni le bien mal
Le péché des scribes invite à veiller sur notre discernement : reconnaître l'œuvre de Dieu là où elle est, ne pas calomnier le bien, ne pas durcir son cœur jusqu'à confondre la lumière et les ténèbres. C'est l'inverse de la docilité à l'Esprit.
Contre le scrupule
Beaucoup d'âmes délicates s'inquiètent d'avoir commis « le péché irrémissible ». La tradition spirituelle rassure : la crainte même de l'avoir commis prouve qu'on ne l'a pas commis, car ce péché est le refus obstiné et sans repentir de la miséricorde. Désirer le pardon, c'est déjà être ouvert à l'Esprit qui le donne.

Explications
La famille, premier cercle d'appartenance
Dans le monde de Jésus, la famille (au sens large : le clan) était l'identité fondamentale d'une personne — sa place, sa protection, son honneur. Rompre ou relativiser ces liens était impensable et scandaleux. C'est précisément ce que fait ici Jésus : sans renier les siens, il affirme une appartenance plus décisive que le sang, celle du Royaume.
Que sont les « frères de Jésus » ?
Le texte parle des « frères » (grec adelphoi) de Jésus, ailleurs nommés (Jacques, Joset, Jude, Simon ; cf. Mc 6, 3). La foi catholique, constante depuis l'antiquité, comprend ces « frères » non comme des fils de Marie, mais comme de proches parents (cousins, parenté élargie) : en hébreu et en araméen, le mot « frère » désigne couramment des parents au sens large, faute de terme spécifique. L'Église confesse la virginité perpétuelle de Marie (cf. CEC 499-501) ; ainsi Jacques et Joset sont-ils présentés comme fils d'« une autre Marie » (cf. Mc 15, 40). Ce point, discuté entre confessions, est reçu dans la Tradition catholique.
« Du dehors »
La mère et les frères se tiennent « dehors » et font appeler Jésus, tandis que la foule est assise autour de lui. Cette opposition spatiale — dehors / autour — n'est pas neutre : elle prépare le renversement que Jésus va opérer sur la notion de proximité.
La clôture du « sandwich »
Cette scène referme l'ensemble commencé en 3, 20-21 : la famille était partie « se saisir » de Jésus, le croyant hors de sens ; entre-temps, les scribes l'ont accusé ; et voici qu'arrivent la mère et les frères. Marc fait se répondre ces incompréhensions du « dehors » pour mieux définir, par contraste, qui est vraiment proche de Jésus.
« Qui est ma mère ? »
La question de Jésus n'est pas un reniement, mais un déplacement. Promenant son regard sur ceux qui sont assis autour de lui, il déclare : « Voici ma mère et mes frères. » La parenté qui compte aux yeux de Dieu ne vient pas du sang, mais de l'écoute et de l'obéissance : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. » Naît ainsi la famille de Dieu, ouverte à tous, fondée sur l'accueil de sa volonté.
Marie, loin d'être exclue, est la première
Il serait faux de lire ici un rabaissement de Marie. Au contraire : si le critère d'appartenance est de « faire la volonté de Dieu », Marie en est le modèle parfait. C'est elle qui a dit : « Qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38), elle qui « gardait toutes ces choses dans son cœur » (Lc 2, 51). Marie est donc mère de Jésus doublement : selon la chair, et — plus profondément encore, dira la Tradition — selon la foi. Elle inaugure et résume la famille nouvelle que Jésus décrit. Loin de l'écarter, ce passage la révèle comme la première des disciples.
Parmi les synoptiques
Matthieu (12, 46-50) et Luc (8, 19-21) rapportent la même scène. Luc, ailleurs, prolonge la pointe : à la femme qui proclame heureux le sein qui a porté Jésus, il fait répondre : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent » (Lc 11, 28) — ce que Marie, justement, a fait par excellence.
Appartenir à Jésus en faisant la volonté du Père
Le lien le plus fort avec le Christ n'est pas une affaire de naissance, de mérite ou de statut, mais d'obéissance aimante à la volonté de Dieu. Ce critère est à la fois exigeant et libérateur : nul n'est trop loin pour entrer dans la famille de Jésus, il suffit d'accueillir et d'accomplir ce que Dieu veut.
Marie, modèle du disciple
Contempler Marie comme la première qui a « fait la volonté de Dieu » oriente toute la dévotion mariale : non un culte à part, mais l'exemple suprême de la foi. « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5) résume sa pédagogie. La regarder, c'est apprendre à dire oui.
L'Église, famille de Dieu
Cette parole fonde la fraternité chrétienne : dans l'Église, on devient « frères et sœurs » non par le sang mais par le baptême et la foi (cf. CEC 2233, qui voit là la source des vocations à suivre le Christ). Vivre en Église, c'est vivre cette parenté nouvelle, plus large et plus profonde que les liens naturels, sans pour autant les mépriser.