Évangile selon Saint Matthieu


Explications
1. Le Temple d'Hérode, merveille du monde
En quittant le Temple, les disciples en admirent « les constructions ». Le Temple d'Hérode était l'une des merveilles du monde antique : une esplanade colossale (la plus vaste de l'époque), des murs de pierres blanches énormes, une façade rehaussée d'or que le soleil faisait étinceler. L'historien Flavius Josèphe en décrit la splendeur. Annoncer qu'« il ne restera pas pierre sur pierre » était donc une parole stupéfiante — accomplie en l'an 70, lorsque les Romains de Titus prirent et rasèrent Jérusalem et son Temple.
2. La double question des disciples
Sur le mont des Oliviers, face au Temple, les disciples posent une question double : « Quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde ? » Ils mêlent deux événements — la ruine du Temple et la fin des temps — que la réponse de Jésus va, elle aussi, entrelacer.
3. Le genre apocalyptique
Le discours emprunte le langage de l'apocalyptique juive (surtout au livre de Daniel) : bouleversements cosmiques, « abomination de la désolation », « Fils de l'homme venant sur les nuées » (Dn 7). Le lecteur moderne doit le savoir : ce n'est pas un bulletin météorologique ou astronomique à prendre à la lettre, mais un langage symbolique et prophétique, codifié, qui dit par des images la fin d'un monde et l'irruption de Dieu dans l'histoire.
4. L'« abomination de la désolation »
L'expression vient de Daniel (9, 27 ; 11, 31) : elle désignait d'abord la profanation du Temple par Antiochus IV en 167 av. J.-C. (autel et statue païens dressés dans le sanctuaire, 1 M 1) — souvenir brûlant. Réappliquée par Jésus, elle annonce une nouvelle profanation (les événements de 70). « Que le lecteur comprenne », note le texte : invitation à déchiffrer. L'ordre de « fuir dans les montagnes » s'est vérifié : la tradition (Eusèbe) rapporte la fuite des chrétiens de Jérusalem à Pella avant la catastrophe.
1. Deux horizons entrelacés
Le discours télescope deux réalités : la ruine de Jérusalem (an 70, événement proche) et la venue finale du Fils de l'homme (la fin des temps). Ce raccourci prophétique est habituel dans la Bible : les prophètes voient souvent, en une seule perspective, un événement proche et son accomplissement ultime. La ruine du Temple devient ainsi le type (la figure anticipée) du Jugement dernier.
2. « Que personne ne vous égare »
L'avertissement central est répété : ne pas se laisser égarer par les faux messies, les faux prophètes, les annonceurs de la fin (« le voici ! », « il est là ! »), ni s'affoler des « guerres et rumeurs de guerres » — « ce n'est pas encore la fin ». La consigne est la persévérance : « celui qui tiendra jusqu'au bout sera sauvé », à l'heure où « la charité du grand nombre se refroidira ». Et : « l'Évangile sera proclamé dans le monde entier… alors viendra la fin. »
3. La venue du Fils de l'homme
Au terme, « comme l'éclair… ainsi sera la venue du Fils de l'homme », « sur les nuées du ciel » — citation de Daniel 7, 13-14 (la figure glorieuse à qui est donnée la royauté). Le Christ reviendra dans la gloire, manifeste à tous, pour rassembler ses élus. C'est l'objet de l'espérance chrétienne (« il reviendra dans la gloire », professe le Credo).
Ne pas se laisser égarer
Texte pour les temps troublés : ne pas se laisser égarer par les annonceurs de catastrophes ou de « sauveurs », ni courir après ceux qui fixent la date de la fin (« la fin du monde, c'est pour… »). Jésus prévient expressément contre ces égarements. La foi ne s'affole pas des « guerres et rumeurs de guerres ».
Tenir « jusqu'au bout »
La consigne maîtresse est la persévérance, surtout quand « la charité du grand nombre se refroidit ». Tenir dans la foi et la charité au milieu des épreuves et de la tiédeur ambiante : c'est là que se joue le salut (« celui qui tiendra jusqu'au bout »).
L'espérance de son retour
Enfin, par-delà les images, une certitude lumineuse : le Christ reviendra dans la gloire ; l'histoire a un sens et un terme. Cette espérance soutient l'action et la patience du chrétien — et l'invite à hâter, par l'annonce de l'Évangile « à toutes les nations », la venue du Royaume.
Explications
1. Le figuier, calendrier naturel
« Du figuier apprenez la parabole : dès que ses branches deviennent tendres et que poussent les feuilles, vous savez que l'été est proche. » Détail concret : à la différence de l'olivier (toujours vert), le figuier perd ses feuilles l'hiver ; ses bourgeons et ses jeunes feuilles, au printemps, sont un signe fiable que la belle saison approche. C'était, pour les gens du pays, un repère naturel des saisons.
2. « Cette génération » et « le jour »
« Cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive » — parole diversement comprise (la génération qui verra la ruine de Jérusalem ? le peuple, ou l'humanité, jusqu'à la fin ?). Puis : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » Et l'affirmation capitale : « Quant au jour et à l'heure, personne ne les connaît, pas même les anges, ni le Fils, mais seulement le Père. »
1. Lire les signes, ignorer la date
La double leçon est en tension féconde : on peut lire les signes de la proximité (comme le figuier annonce l'été), mais la date demeure cachée. C'est l'inverse de la fièvre des calculs : Dieu donne des indices pour veiller, non une échéance pour calculer.
2. La permanence de la Parole
« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » : tout l'univers est périssable ; seule la Parole du Christ demeure à jamais. Voilà le roc sur quoi bâtir, quand tout le reste s'effondre.
3. « Pas même le Fils »
Le verset — « ni le Fils » ne connaît le jour — a beaucoup occupé les Pères. Il ne nie pas la divinité ni l'omniscience du Fils : il signifie, expliquent-ils, que cette connaissance n'est pas à révéler — le Fils, dans son humanité et dans l'économie du salut, n'a pas mission de la communiquer. Dieu veut nous garder dans la veille, non dans le calcul.
Attentif aux signes, sans calculer
Tenir les deux bouts : être attentif aux signes de Dieu (dans le monde, dans sa vie) sans tomber dans la curiosité fébrile des dates et des prédictions. L'ignorance volontaire du « jour » est une grâce : elle nous garde éveillés en tout temps, plutôt que de différer la conversion à une échéance supposée.
Bâtir sur la Parole qui demeure
« Mes paroles ne passeront pas » : dans un monde où tout est provisoire et passe, s'appuyer sur la Parole de Dieu comme sur le seul fondement stable. C'est elle qui demeure quand « le ciel et la terre » s'en vont — de quoi y enraciner sa vie.
Explications
1. « Comme aux jours de Noé »
Jésus compare sa venue aux jours de Noé : « on mangeait, on buvait, on se mariait… et l'on ne se doutait de rien jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; le déluge vint et les emporta tous ». Le point n'est pas une méchanceté particulière, mais l'insouciance : absorbés par la vie ordinaire (des activités en soi légitimes), les contemporains de Noé étaient aveugles au danger.
2. Deux au champ, deux à la meule
« Deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé ; deux femmes moudront à la meule : l'une est prise, l'autre laissée. » Détails de la vie quotidienne : les hommes au travail des champs, les femmes moulant le grain au moulin à bras (tâche domestique journalière, souvent à deux sur une grande meule). La séparation survient au cœur de l'ordinaire, sans préavis.
3. Le voleur dans la nuit
« Si le maître de maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait… » L'image du voleur — l'effraction nocturne et imprévue — dit l'imprévisibilité de l'heure. Elle reviendra ailleurs dans le Nouveau Testament (1 Th 5, 2 ; 2 P 3, 10 ; Ap 16, 15) comme figure du jour du Seigneur.
1. Le danger : non le vice, mais la distraction
Les gens de Noé n'étaient pas des criminels notoires : ils étaient distraits, « absorbés » par manger, boire, se marier — au point d'oublier l'essentiel. Tel est le péril dénoncé : non d'abord le mal éclatant, mais l'insouciance qui endort, l'absorption dans le quotidien qui fait perdre de vue Dieu et l'heure de sa venue.
2. « Veillez » et « tenez-vous prêts »
D'où l'impératif répété : « Veillez… tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. » La vigilance n'est pas l'angoisse, mais l'état de qui vit prêt — orienté vers le Seigneur, quelle que soit l'heure.
Le péril de la distraction
Le danger dénoncé n'est pas le vice éclatant, mais la distraction : se laisser absorber par « manger, boire, se marier » — par le tourbillon des choses, même bonnes — au point d'oublier l'essentiel. Une mise en garde très actuelle, à l'heure des mille sollicitations qui dissipent.
Vivre prêt, non dans la peur
« Tenez-vous prêts » : non dans la crainte anxieuse de la fin, mais dans une fidélité quotidienne qui ne redoute aucune « heure », parce qu'elle attend le Seigneur. Vivre chaque jour comme si c'était le dernier — non par angoisse, mais par amour et désir de sa venue. La meilleure préparation à la mort et au retour du Christ est une vie fidèle aujourd'hui.
Explications
1. L'intendant de la maisonnée
La parabole met en scène un serviteur (un esclave) que le maître a « établi sur sa maisonnée » pour « distribuer la nourriture en temps voulu ». C'est la fonction d'intendant ou de majordome : un esclave de confiance placé au-dessus des autres serviteurs, chargé de gérer la maison et de répartir les rations en l'absence du maître. Une institution courante des grandes maisonnées.
2. L'abus de l'autorité en l'absence du maître
Le mauvais serviteur, lui, se dit : « Mon maître tarde », et il se met à frapper ses compagnons et à festoyer avec les ivrognes — abus typique de l'autorité quand le maître est loin et qu'on se croit sans contrôle. Le maître revient à l'improviste ; le châtiment est sévère — « il le écartèlera » (dichotomêsei, image d'une punition brutale connue) et lui assignera sa place « avec les hypocrites », là où il y a « pleurs et grincements de dents ».
1. La fidélité dans le temps de l'« absence »
Le critère est simple : « Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train de le faire ! » La béatitude est dans la fidélité continue, exercée précisément pendant l'absence du maître — c'est-à-dire le temps de l'Église, entre l'Ascension et le Retour.
2. « Mon maître tarde » : la racine du relâchement
Le mal commence par une pensée : « Mon maître tarde. » C'est en pariant sur le délai — en agissant comme si le maître ne revenait pas, ou pas de sitôt — que le serviteur se corrompt. La tentation n'est pas tant l'incroyance que l'oubli pratique : vivre comme si Dieu était absent ou indifférent.
3. La responsabilité de ceux qui ont charge
Le serviteur est établi sur les autres : la parole vise donc d'abord ceux à qui une charge est confiée — et que l'on jugera sur l'usage qu'ils en font (servir les autres, ou en abuser).
Fidèle quand nul ne regarde
La vraie fidélité se mesure dans le temps de l'absence, quand le Maître semble « tarder » et que nul ne regarde. Continuer de servir, d'aimer, de tenir son poste comme si le Maître pouvait revenir à tout instant — voilà le « serviteur heureux ». La tentation est de profiter du délai ; la sagesse, de se tenir « en train de le faire » à toute heure.
Toute charge est un service
Toute autorité, toute responsabilité reçue (sur une famille, une communauté, une tâche, des personnes) est un service à exercer fidèlement — non un pouvoir à exploiter pour soi. La parole avertit spécialement ceux qui « ont charge » : ils répondront de la manière dont ils ont servi ou dominé. La place reçue est un dépôt, non une jouissance.