Matthieu 24, 22

Et si le nombre de ces jours-là n’était pas abrégé, personne n’aurait la vie sauve ; mais à cause des élus, ces jours-là seront abrégés.

Et si le nombre de ces jours-là n’était pas abrégé, personne n’aurait la vie sauve ; mais à cause des élus, ces jours-là seront abrégés.
Fulcran Vigouroux
Nulle chair. L’Ecriture emploie souvent le mot chair pour désigner l’homme.
Louis-Claude Fillion
Notre-Seigneur, à la façon des Prophètes, s’exprime comme si les événements qu’il annonce avaient déjà reçu leur accomplissement : de là l’emploi du plus-que-parfait. Ce qu’il dit ici est une lueur d’espoir au milieu de la tempête. Dieu, qui est Père même lorsqu’il châtie, se souviendra donc de sa miséricorde ; c’est pourquoi il diminuera le nombre de ces jours affreux : autrement, tous les Juifs eussent péri. - Nulle chair (hébraïsme pour « tout homme » ; Cf. Gen. 6, 12 et ss. ; Act. 2, 16) doit en effet se restreindre au peuple juif. Nous admettons cependant sans peine, avec M. Schegg, que le regard prophétique de Jésus était aussi dirigé, tandis que sa bouche prononçait ces paroles, sur les catastrophes finales et sur les angoisses des derniers temps qui les réaliseront dans toute leur étendue. Mais elles regardent directement les compatriotes et les contemporains du Sauveur. Alford signale dans son commentaire plusieurs combinaisons providentielles qui abrégèrent d’une manière notable le siège et par suite les maux de Jérusalem. 1° Hérode Agrippa avait entrepris de réparer les fortifications de la ville, de manière à la rendre imprenable ; mais son entreprise fut bientôt arrêtée par l’empereur Claude ; Cf. Jos. Ant. 19, 7, 2. 2° Les Juifs, en proie à des divisions intestines, avaient négligé de se préparer à un siège sérieux. 3° Leurs magasins de blé furent incendiés peu de temps avant l’approche de Titus : ils contenaient, au dire de Josèphe, des provisions pour plusieurs années. 4° Titus commença soudainement l’attaque et les assiégés abandonnèrent d’eux-mêmes une partie des ouvrages fortifiés. Cf. Jos. Bell. Jud. 6, 8, 4. Au reste, le général romain reconnut lui-même le doigt de Dieu dans les incidents du siège : « Dieu a combattu pour nous, et c’est lui qui a privé les Juifs de leurs fortifications : car qu’est-ce qu’auraient pu contre ces tours des bras ou des engins humains ? » - À cause des élus. A coup sûr, ce n’était pas sur les coupables que le cœur divin s’apitoyait ; mais il voulait sauver les bons, les élus, qui eussent partagé, sans les mesures prises par sa Providence, le sort malheureux des méchants ; Cf. Gen. 28, 29 et suiv.
Saint Thomas d'Aquin
2408. Chrysostome demande en raison de quel péché elle est arrivée, car le châtiment de Sodome ne fut pas si grand, de sorte qu’il n’y aurait pas de châtiment plus grave si le péché n’était pas plus grave. Et parce qu’on pourrait dire que cela était arrivé à cause des péchés des chrétiens, [le Seigneur] dit donc que ce n’est pas le cas. De sorte que SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE. Augustin dit que certains ont ainsi interprété que les jours sont alors devenus plus courts, comme [le jour] s’était allongé à l’époque de Josué. Mais, en sens contraire, le Ps 118[119], 91 dit : Les jours durent comme tu en as disposé.

2409. On peut donc dire cela de deux façons. Premièrement, que les jours ont été abrégés en nombre. Si ce temps avait duré, tous auraient donc été tués, car personne n’aurait survécu. Pourquoi ? Parce que les Romains dominaient la terre entière et que les Juifs ont été dispersés dans le monde entier. Si donc ce temps avait duré, ils auraient été tués par toute la terre. Ou bien, on dit que les jours ont été abrégés lorsque les maux ont été abrégés. Et pourquoi sont-ils abrégés ? À CAUSE DES ÉLUS, afin que ne manque pas la parole de Dieu. En effet, un grand nombre a été converti parmi ce peuple, et [ceux-ci] demandaient qu’il reste une semence pour ce peuple. Is 1, 9 : Si le Seigneur ne nous avait laissé une semence, nous serions comme Sodome, etc.

2410. Chrysostome présente alors deux remarques sur la raison pour laquelle cela a été dit, car il y avait là des disciples, et la vie de [l’apôtre] Jean s’est aussi étendue au-delà. Il dit donc que Jean n’a pas mentionné cela dans son évangile parce qu’il a vécu après les faits ; il aurait [ainsi] parlé de choses passés. Mais Matthieu et Luc, qui ont écrit avant [l’événement], l’ont mentionné parce qu’il était alors à venir. Il dit donc que ce fut un miracle évident, lorsque les Romains assaillirent les Juifs et que presque toute la nation des Juifs subit l’extinction, que si peu de Juifs purent aller par toute la terre pour convertir pour ainsi dire le monde entier, et cela fut le fait de l’admirable puissance du Christ.

2411. Hilaire explique que ces paroles se rapportent à la fin du monde. LORSQUE VOUS VERREZ cette ABOMINATION désigne l’Antéchrist. 1 Th 2, 2 : Ne soyez effrayés ni par un esprit, ni par un discours annonçant que le jour du Seigneur est imminent, afin que personne ne vous séduise d’aucune façon. QUE CEUX QUI SONT EN JUDÉE FUIENT DANS LES MONTAGNES, car les Juifs feront défection. Ils fuiront donc le pays des Juifs et se dirigeront vers les montagnes du christianisme. ET QUE CELUI QUI SERA SUR LE TOIT NE DESCENDE PAS PRENDRE QUELQUE CHOSE DANS SA MAISON. Il veut dire que les parfaits ne doivent pas être détournés de leur perfection. [Le Seigneur] touche donc à la vie contemplative, qui est désignée par le toit. Ceux-ci ne doivent donc pas s’écarter de leur contemplation. De même, QUE CEUX QUI SONT AUX CHAMPS : il touche à la vie active. Que ceux-là ne reviennent pas à leur vie antérieure, mais persévèrent dans leur propos. Et que veut-il dire par LES FEMMES QUI ALLAITENT ? Les hommes chargés de péchés. Les hommes qui allaitent sont les hommes imparfaits. Il veut donc dire : «Malheur aux hommes chargés de péchés et non affermis !» Selon Augustin, les femmes enceintes sont ceux qui envisagent de mal agir ; ceux qui allaitent [sont ceux] qui accomplissent en acte. Et que veut-il dire par EN HIVER ET LE JOUR DU SABBAT ? L’hiver indique la tristesse, et le sabbat, la joie. Que cela ne se produise donc pas en hiver en raison d’une tristesse absorbante, ou le jour du sabbat en raison d’une joie qui soulève l’esprit. Ou bien, par le sabbat, [il indique] le loisir d’une bonne action, et par l’hiver, le refroidissement de la charité. ET SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, car cela durera peu ; en effet, si cela durait, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE, c’est-à-dire tout [homme] charnel.

2412. On peut mettre aussi cela en rapport avec l’avènement du Christ par l’Église. Origène dit ainsi que, de même que la parole de l’évangile a été diffusée par son avènement, de même la fausse doctrine sera-t-elle diffusée par l’avènement de l’Antéchrist. Et de même que le Christ a eu ses prophètes, de même [en sera-t-il] pour l’Antéchrist. Alors, QUE CEUX QUI SONT DANS LES VILLES FUIENT DANS LES MONTAGNES, [à savoir], [celles] de la justice parfaite. On appelle FEMMES ENCEINTES ceux qui parcourent encore la parole du salut ; CELLES QUI ALLAITENT, ceux qui ont déjà fait quelque chose.

2413. PRIEZ DONC afin qu’ils n’en soient pas empêchés par l’indolence et l’apathie. IL Y AURA ALORS UNE GRANDE TRIBULATION, car l’enseignement chrétien sera perverti par un faux enseignement. ET SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, à savoir, par l’enseignement de la doctrine, par l’accroissement de la vraie doctrine, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE, c’est-à-dire que tous se seraient convertis à la fausse doctrine.
Saint Rémi
Il est certain que tous ces événements s'accomplirent aux approches de la ruine de Jérusalem. Lorsque les armées romaines s'avancèrent, tous les chrétiens qui étaient dans la Judée, avertis par un signe miraculeux, comme le rapporte l'histoire ecclésiastique, s'enfuirent au loin, et, traversant le Jourdain, ils vinrent dans la ville de Pella, où ils dem eurèrent quelque temps sous la protection du roi Agrippa dont il est parlé dans les Actes des Apôtres. Cet Agrippa était soumis à l'empire romain avec la partie du peuple juif qu'il gouvernait.
Saint Augustin
Nous ne devons pas douter qu'au temps de la ruine de Jérusalem, il n'y eut parmi le peuple juif des élus de Dieu qui avaient passé de la circoncision à la foi chrétienne, ou qui devaient croire dans la suite et que Dieu avait choisis pour ses élus avant la création du monde; c'est en leur faveur que ces jours seront abrégés; afin qu'on puisse en supporter plus facilement les épreuves. Il en est qui prétendent que ces jours seront abrégés par une marche plus rapide du soleil, de la même manière que le jour fut autrefois prolongé à la prière de Josué, fils de Navé ( Jos 10,12-14 )

Il ne nous faut pas croire cependant que la succession des semaines de Daniel ait été dérangée, parce que ces jours ont été abrégés; ou bien qu'elles n'ont pas eu alors leur accomplissement, qui n'aurait lieu qu'à la fin des temps, car saint Luc déclare expressément ( Lc 21,20 ) que la prophétie de Daniel a reçu son accomplissement à l'époque de la destruction de Jérusalem.

Car il faut prendre garde de se laisser vaincre par les tribulations, et de descendre des hauteurs de la vie spirituelle aux bassesses d'une vie toute charnelle, ou bien de se relâcher et de regarder en arrière, après qu'on a fait des progrès en s'avançant vers ce qui était devant soi ( Ph 3 )

Ou bien, la femme grosse est celui qui désire le bien d'autrui, et la femme qui nourrit, celui qui s'est emparé de l'objet de sa convoitise. Malheur à l'un et à l'autre au jour du jugement ! Notre-Seigneur ajoute: «Priez pour que votre fuite n'arrive point durant l'hiver, ni au jour du sabbat», etc.

C'est-à-dire que personne ne soit surpris en ce jour, ou dans la tristesse, ou dans la joie que causent les choses de la terre.

Saint Luc voulant préciser le temps où cette abomination de la désolation aurait lieu, c'est-à-dire lors du siège de Jérusalem, rapporte ici ces paroles du Seigneur: «Lorsque vous verrez Jérusalem entourée par une armée, sachez que sa désolation est proche».

Nous lisons dans saint Luc: «Ce pays sera accablé de maux, et la colère du ciel tombera sur ce peuple; ils passeront par le fil de l'épée, et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations». Or, au rapport de Josèphe qui a écrit l'histoire des Juifs, ce peuple vit fondre sur lui de si grandes calamités, qu'on peut à peine les croire; aussi est-ce avec raison que N otre-Seigneur assure qu'il n'y a point eu de tribulation pareille depuis le commencement du monde, et qu'il n'y en aura jamais. Car, en supposant qu'au temps de antéchrist, l'affliction doive être aussi grande ou même plus grande, il faut entendre ici qu'il n'y en aura point de semblable pour le peuple juif. En effet, si ce peuple doit être le premier à recevoir alors antéchrist, il sera bien plutôt l'auteur que la victime de la tribulation.

Quelques interprètes me paraissent avoir donné l'explication véritable des jours dont il est ici question, et qui signifieraient les calamités elles-mêmes, de même qu'en d'autres endroits de la sainte Écriture, nous voyons cette expression: «Les jours mauvais». ( Gn 47 Ps 94,13 Ep 5,16 ) Car ce ne sont pas les jours qui sont mauvais, mais les événements qui arrivent durant ces jours. Or, le Sauveur dit que ces maux seront abrégés, parce que par une grâce de Dieu qui donnera la force de les supporter, ils seront moins sentis, et pour ainsi dire diminués, comme si on abrégeait leur durée.
Saint Jérôme
Mais ils oublient cette parole des livres saints: «Par votre ordre, le jour subsiste tel qu'il est». Il nous faut donc admettre que ces jours ont été abrégés selon leur nature, c'est-à-dire que ce n'est pas leur étendue, mais leur nombre qui a été abrégé, de peur que des épreuves trop prolongées ne vinssent à ébranler la foi des chrétiens.
Saint Jean Chrysostome
Remarquez ici l'admirable économie de l'Esprit saint; l'Évangéliste saint Jean n'a rien écrit sur ces événements, pour qu'on ne pût dire qu'il avait écrit après les faits accomplis, puisqu'il vécut encore longtemps après la ruine de Jérusalem. Mais les autres Évan gélistes qui sont morts auparavant, et qui n'ont pu voir aucun de ces événements, les ont écrits pour faire éclater de toutes parts, la puissance divine de la prophétie.

C'est ce qui me fait croire que, dans la pensée du Sau veur, cette abomination c'est l'armée elle-même qui désola Jérusalem la ville sainte.

Les Juifs auraient pu dire que c'était la prédication de l'Évangile et les disciples de Jésus-Christ qui étaient cause de tous ces malheurs; le Sauveur leur déclare donc que s'ils n'avaient pas au milieu d'eux ses disciples, ils auraient été entièrement exterminés: «Mais en faveur des élus, ces jou rs seront abrégés».

Notre-Seigneur fait voir ensuite que les calamités qu'il vient de prédire, sont inévitables pour les Juifs, et l'extrémité des malheurs qui les attendait: «Que celui qui sera sur le toit ne descende pas»,etc. Il valait beaucoup mieux se sauver sans son manteau que d'être tué en rentrant pour le prendre; c'est pour cela que le Sauveur ajoute, en parlant de celui qui sera dans les champs: «Et que celui qui sera dans les champs, ne revienne pas», etc. Si ceux qui se trouvent dans la ville doivent s'enfuir, à plus forte raison ceux qui sont au dehors doivent se garder d'y chercher un refuge. Il est facile encore de faire le sacrifice de ses richesses, et ou peut remplacer ses vêtements, mais comment échapper aux incommodités inséparables de la nature? Comment une femme enceinte pourra-t-elle facilement prendre la fuite? Comment celle qui allaite pour ra-t-elle abandonner son nouveau-né? «Malheur aux femmes qui seront grosses ou nourri ces»,etc. Malheur aux premières, parce que le poids de leur grossesse ralentit leur marche et les empêche de fuir; malheur aux autres, parce qu'elles sont retenues par l'amour qu'elles ont pour leurs enfants, et qu'elles ne pourront sauver ceux qu'elles allaitent.

Vous pouvez remarquer ici que c'est aux Juifs que s'adresse ce dis cours; car les Apôtres ne devaient ni observer le sabbat, ni se trouver dans la Judée lorsque Vespasien vint faire le siége de Jérusalem. D'ailleurs plusieurs d'entre eux étaient déjà morts, et si quelques-uns vivaient encore, ils se trouvaient alors dans d'autres parties du monde. Mais pour quelle raison veut-il que l'on ait recours à la prière? La voici: «Car l'affliction de ce temps-là sera si grande»,etc.

Je demanderai aux Juifs quelle est donc la cause de ces maux accablants que la colère divine a fait tomber sur eux, et qui surpassent tous ceux qui ont précédé? Il est évident que c'est le crime audacieux de la croix, et la condamnation prononcée contre Jésus-Christ par le peuple. Mais le Sauveur va plus loin, et leur déclare qu'ils méritaient encore un plus terrible châtiment: «Et si ces jours n'avaient été abrégés, nul homme n'aurait été sauvé». C'est-à-dire si la guerre des Romains contre Jérusalem avait duré plus longtemps, elle eût fait périr tous les Juifs sans exception. Il parle ici de tous les Juifs, de ceux qui habitaient la Judée, et de ceux qui se trou vaient au dehors; car les Romains ne faisaient pas seulement la guerre à ceux qui étaient dans la Judée, mais ils poursuivaient encore tous ceux qui étaient dispersés dans les différentes contrées de l'empire.
Saint Hilaire de Poitiers
Ou bien encore, dans le froid de la mort, que produisent les péchés, ou dans l'oisiveté des bonnes oeu vres; car le châtiment sera bien sévère, heureusement Dieu abrégera ces jours en faveur des élus, de manière que leur courte durée puisse faire triompher de la violence du mal.