Matthieu 24, 36

Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul.

Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul.
Louis-Claude Fillion
Ce jour, cette heure : le jour et l’heure de l’apparition du Christ pour le jugement dernier, auquel tous les détails se rapportent à peu près exclusivement jusqu’à la fin du discours. Ces deux expressions réunies renforcent l’idée et désignent un temps bien précis, bien exact ; la minute, comme nous dirions en français. - Ce jour, le jour par excellence qui terminera l’innombrable série de tous les autres ; Cf. Luc. 10, 12 ; 1 Thess. 5, 4 ; 2 Tim. 1, 12, 18 ; 4, 8. - Personne ne les connaît : cette connaissance n’a été communiquée à aucune créature. Les anges eux-mêmes, ces esprits pourtant si éclairés, ces amis intimes à qui Dieu fait habituellement part de ses projets, ne la possèdent point. D’après la rédaction de S. Marc. 13, 32, après les mots « pas même les anges des cieux », Jésus-Christ ajouta « pas même le Fils ». Cette restriction sera expliquée en son lieu. Lachmann et d’autres critiques, sur la foi de quelques manuscrits (B. D. a. b. c.) l’ont insérée dans le présent verset de S. Matthieu ; mais à tort, comme le prouvent les témoignages très explicites de S. Jérôme et de S. Ambroise. - Mais le Père seul. Dieu seul connaît donc l’époque précise de la fin du monde : c’est son secret ; par conséquent il serait insensé en même temps qu’il serait impie dans une certaine mesure de vouloir la fixer. L’Église l’a du reste interdit sous des peines sévères.
Saint Thomas d'Aquin
2455. QUANT À CE JOUR ET À CETTE HEURE, PERSONNE NE LES CONNAÎT. Dans cette section, [le Seigneur] tranche à propos de l’incertitude du moment. À ce sujet, il fait deux choses : premièrement, il présente l’incertitude du moment ; deuxièmement, il exhorte par une comparaison ; troisièmement, il montre l’avènement à venir. Le second point [se trouve] en cet endroit : COMME LES JOURS DE NOÉ, etc. [24, 37] ; le troisième, en cet endroit : ALORS DEUX HOMMES SONT AUX CHAMPS [24, 40].

2456. Il dit : ILS VERRONT LE FILS DE L’HOMME. «Tu parles de manière indéterminée. Dis-nous de façon précise si cela est vrai.» QUANT À CE JOUR ET À CETTE HEURE, PERSONNE NE LES CONNAÎT, NI LES ANGES DES CIEUX. Ce qu’il dit au sujet des anges des cieux est clair et ne comporte pas grand doute, car il existe une connaissance naturelle chez eux et elle ne s’étend qu’à ce qui arrive selon le cours de la nature. Mais le jugement n’arrivera que selon la volonté de Dieu. Il existe aussi une autre connaissance, celle de la gloire, et, de cette manière, ceux-là seuls savent à qui le Seigneur a voulu le révéler, et cela, il l’a gardé pour lui. Ml 3, 2 : Voici que le Seigneur viendra, et qui pourra connaître son avènement ? 1 Th 5, 2 : Le jour du Seigneur est comme un voleur dans la nuit : il viendra de cette manière.

2457. Mais une question se pose ici, selon Jérôme, car Mc 13, 26 dit : Pas même le Fils de l’Homme. Ce sur quoi Arius semble avoir appuyé son hérésie, car si le Père sait ce que le Fils ne sait pas, il est donc plus grand que lui. On peut donc dire que le Fils sait et que le jour du jugement a été déterminé selon une certaine raison, et que ce qui a été déterminé par Dieu a été déterminé par son Verbe éternel. Il est donc impossible que le Fils ne sache pas. Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il qu’il ne sait pas ? Augustin et Jérôme disent que, selon la façon habituelle de parler, on dit ne pas connaître quelque chose lorsqu’on ne le fait pas connaître. Ainsi, il est dit en Gn 22, 12 : Maintenant, je sais que tu crains Dieu, c’est-à-dire : «J’ai fait connaître.» On dit ainsi que le Fils ne sait pas parce qu’il ne fait pas savoir. D’une autre façon, Origène dit que le Christ et l’Église sont comme la tête et le corps, car, de même que la tête et le corps sont comme une seule personne, de même en est-il du Christ et de l’Église. Mais le Christ prend parfois la forme de l’Église, comme en Ps 21, 2 : Dieu, mon Dieu, regarde-moi, de sorte que lorsqu’on dit que le Christ ne sait pas, on entend que l’Église ne sait pas. Le Seigneur dit donc en Ac 1, 7 : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments, etc.

2458. Remarquez ce que dit Augustin : [le Seigneur] voulait montrer par certains signes que l’avènement du jugement ne peut être connu de manière précise, parce qu’il ne fixe aucun moment. La démonstration dit que [l’avènement du jugement] ne peut être connu parce qu’il en est des âges du monde comme des âges de l’homme. Comme l’âge ultime d’un homme n’a pas de fin déterminée, mais se prolonge parfois davantage qu’un autre, il faut parler de la même façon de l’étape ultime du monde, qui n’a pas de fin déterminée, et pourra durer plus que toutes les autres étapes.
Saint Jérôme
Dans quelques manuscrits latins on trouve cette addition: «Ni le Fils»; mais elle n'existe ni dans les exemplaires grecs, ni dans ceux d'Origèneet de Pierius. Comme cependant elle se trouve dans quelques exemplaires, il nous faut l'examiner et l'expliquer.
Saint Basile le Grand
J'ai lu dans un certain auteur que le Fils dont il est ici question n'est point le Fils uni que de Dieu, mais le Fils par adoption; car le Sauveur n'aurait point placé comme il le fait les anges avant le Fils unique: «Ni les anges des cieux, ni le Fils».
Saint Hilaire de Poitiers
Ces deux qui sont dans le même lit sont ceux qui prêchent le même repos de la passion du Sauveur (cf. Ps 15,9 Ac 2,25 ); car les hérétiques et les catholiques ont la même foi sur ce point. Mais la foi catholique proclamera que le Père et le Fils ont une même nature, une même divinité, tandis que la fausse doctrine des hérétiques attaquera cette vérité. Ces deux professions de foi subiront donc l'épreuve du jugement de Dieu, qui prendra l'une et rejettera l'autre.
Origène
Ou bien encore, tant que l'Église, qui est le corps de Jésus-Christ, ignore ce jour et cette heure, il est dit du Fils qu'il les ignore lui-même. Le sens propre du mot savoir est ici le sens que lui donnent ordinairement les auteurs sacrés; ainsi l'Apôtre dit que le Sauveur n'a point connu le péché, pour dire qu'il n'a point péché. ( 2Co 5,21 ) Or, le Fils de l'homme ménage la connaissance de ce jour et de cette heure aux cohéritiers de ses promesses, de manière qu'ils sachent tous, c'est-à-dire qu'ils apprennent par leur propre expérience, en ce jour et à cette heure, ce que Dieu a réservé à ceux qu'il aime.