Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
4
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Tentations de Jésus au désert
La tentation au désert
La tentation au désert
1 Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. 102 Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. 183 Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » 74 Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » 125 Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple 36 et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » 117 Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » 188 Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. 69 Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » 210 Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » 511 Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. 25
Explications
Contexte historique et social

1. Le désert de Judée

Le « désert » où Jésus est conduit est une région bien réelle : l'aride désert de Judée, qui descend en pentes rocheuses et brûlées de Jérusalem vers la mer Morte et le Jourdain (la tradition situe la scène près de Jéricho, au « mont de la Quarantaine »). C'était un lieu inhabité et dangereux, repaire de bêtes sauvages (saint Marc note qu'« il était avec les bêtes sauvages », Mc 1, 13) et, dans la croyance juive, séjour des esprits mauvais. Mais le désert est aussi, dans toute la Bible, le lieu de l'épreuve purifiante et de la rencontre avec Dieu — là où Israël passa quarante ans, où Moïse et Élie marchèrent.

2. Le jeûne de quarante jours

Le jeûne — l'abstention de nourriture — était une pratique pénitentielle et spirituelle courante. « Quarante jours et quarante nuits » désigne moins une durée chronométrée qu'une durée symbolique et extrême, qui évoque aussitôt, pour un Juif, les quarante jours de Moïse au Sinaï (Ex 34, 28) et d'Élie vers l'Horeb (1 R 19, 8), et les quarante ans d'Israël au désert (Dt 8). « Il eut faim » : au terme d'un tel jeûne, la faim est réelle et tenaillante — c'est sur ce besoin élémentaire que portera la première tentation.

3. Le tentateur

Le récit le nomme « le diable » (diabolos, « le diviseur, le calomniateur »), « le tentateur » (ho peirazôn), puis « Satan » (l'« adversaire »). Dans la pensée juive du temps, il est l'accusateur qui éprouve et détourne, agissant par la suggestion, non par la contrainte. Fait notable : au deuxième assaut, il cite lui-même l'Écriture (Ps 91) — preuve qu'on peut manier la Parole de Dieu pour égarer.

4. Les trois décors : le désert, le pinacle, la montagne

Chaque épreuve a son cadre concret. Le désert et la faim (changer les pierres en pains). Le pinacle du Temple : le point culminant de l'esplanade ; selon Flavius Josèphe, l'angle sud-est surplombait la vallée du Cédron d'un à-pic vertigineux (plus de cent mètres), à la vue de la foule du Temple — d'où la tentation de se jeter dans le vide pour forcer un prodige spectaculaire. Enfin une « très haute montagne » d'où l'on montre « tous les royaumes du monde » : à l'heure où Rome domine « tous les royaumes », c'est la tentation du pouvoir politique et de sa gloire.


Lecture biblique et exégétique

1. Jésus, nouvel Israël et nouvel Adam

La clé du récit est dans les réponses de Jésus : à chaque assaut, il cite le Deutéronome — Dt 8, 3 (« l'homme ne vit pas seulement de pain »), Dt 6, 16 (« tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu »), Dt 6, 13 (« c'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, lui seul »). Or ce sont précisément les textes qui commentaient les épreuves d'Israël au désert : la faim et la manne (Ex 16), la mise à l'épreuve de Dieu à Massa (Ex 17), la tentation de l'idolâtrie. Là où le peuple avait succombé, Jésus tient bon. Et là où le premier Adam avait cédé à la triple convoitise (Gn 3), le nouvel Adam triomphe.

2. « Si tu es le Fils de Dieu… »

Les deux premières tentations commencent par « si tu es le Fils de Dieu » — reprise directe de la voix du baptême (« Celui-ci est mon Fils », 3, 17). Le tentateur sonde la filiation : il s'agit de pousser Jésus à vivre sa condition de Fils en dehors de la volonté du Père — user de sa puissance pour lui-même (le pain), forcer la main de Dieu par un prodige (le pinacle), recevoir la gloire sans la croix (les royaumes).

3. L'Écriture contre l'Écriture mal employée

Au pinacle, le diable cite le Psaume 91 (« il donnera pour toi des ordres à ses anges… ») : l'Écriture peut être détournée. Jésus ne discute pas le verset ; il oppose un autre texte qui en révèle le vrai sens : « tu ne mettras pas Dieu à l'épreuve ». Leçon herméneutique : la Parole se lit dans sa cohérence d'ensemble, non en versets isolés.

4. L'ordre des tentations et la montagne

L'ordre diffère chez saint Luc, qui s'achève au Temple ; Matthieu, lui, culmine sur la montagne et le refus de l'idolâtrie du pouvoir (« Retire-toi, Satan ! »). Ce choix sert sa théologie : le diable offre « tous les royaumes » en échange d'une adoration ; mais c'est du Père, et sur une montagne, que le Ressuscité recevra « tout pouvoir au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18) — non du tentateur, et au prix de la Croix.

5. Une typologie des trois convoitises

La tradition a rapproché les trois tentations de la triple convoitise de 1 Jean 2, 16 : la convoitise de la chair (le pain), la convoitise des yeux (les royaumes et leur gloire) et l'orgueil de la vie (le prodige spectaculaire). Adam fut vaincu sur ces trois points ; le Christ y triomphe pour nous.


Pour la vie spirituelle et pratique

Le grand texte du combat spirituel

Cette page est l'évangile du premier dimanche de Carême et le modèle du combat spirituel. Elle enseigne d'abord que la tentation atteint même les meilleurs moments : être éprouvé n'est pas être abandonné — c'est l'Esprit lui-même qui conduit Jésus au désert.

Une méthode : répondre par la Parole

Jésus ne dialogue pas avec le tentateur ; il oppose, à chaque fois, une parole de l'Écriture intériorisée d'avance. Leçon pratique : ne pas « négocier » avec la tentation, mais lui opposer la Parole de Dieu, ce qui suppose de la connaître et de l'avoir méditée avant l'épreuve.

La carte de nos propres tentations

Les trois assauts dressent une carte universelle : l'avoir (le pain, les biens), le paraître (le prodige, la vanité), le pouvoir (les royaumes, la domination). Chacun peut y reconnaître ses points faibles. Le jeûne, la vigilance et la prière demeurent les armes que le Christ nous montre en personne.

Adorer Dieu seul

La parole finale — « c'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, lui seul » — donne le principe de toute vie droite : remettre Dieu à la première place, refuser les idoles (l'argent, le succès, le pouvoir) qui réclament notre adoration. Le combat de Jésus est, au fond, le combat pour la vérité de l'adoration.


Les débuts en Gallilé
Première annonce du Royaume
12 Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. 513 Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. 514 C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :15 Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! 316 Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. 1217 À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » 16
Explications
Contexte historique et social

1. L'arrestation de Jean, signal du commencement

« Quand Jésus apprit que Jean avait été livré, il se retira en Galilée. » L'arrestation du Précurseur par Hérode Antipas marque la passation : la mission de Jean s'achève, celle de Jésus commence. Le verbe « livré » (paradothênai) annonce déjà, en sourdine, le sort du Maître lui-même.

2. Capharnaüm, sur la route des nations

Jésus quitte Nazareth et vient habiter Capharnaüm (Kfar Nahum), bourg de pêcheurs sur la rive nord-ouest du lac de Galilée. Le lieu n'est pas anodin : situé sur la grande route commerciale, la Via Maris, c'était un carrefour de passage (avec un poste de douane et une garnison), donc un lieu d'audience et de brassage. Capharnaüm deviendra le « quartier général » du ministère galiléen.

3. « Galilée des nations »

Matthieu situe tout cela « au pays de Zabulon et de NephtaliGalilée des nations ». La Galilée, région mêlée, entourée de territoires païens (Phénicie, Décapole), était méprisée des Judéens à cause de ce voisinage. Historiquement, Zabulon et Nephtali furent les premières tribus déportées par l'Assyrie au VIIIe siècle av. J.-C. — les premières plongées dans la « ténèbre » de l'exil : c'est le contexte même de l'oracle d'Isaïe que Matthieu va citer.


Lecture biblique et exégétique

1. La citation d'Isaïe 8, 23 – 9, 1

Matthieu voit dans l'installation à Capharnaüm l'accomplissement d'Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays et l'ombre de la mort, une lumière s'est levée. » Le renversement est saisissant : la région la première frappée par les ténèbres (la déportation assyrienne) est la première à voir poindre la lumière du Messie. Dieu commence par les périphéries méprisées, non par Jérusalem.

2. « Galilée des nations » : l'horizon universel

En soulignant la « Galilée des nations », Matthieu rouvre l'horizon universel déjà présent dès le premier verset (« fils d'Abraham », Mt 1, 1) : la lumière qui se lève sur cette terre mêlée annonce le salut destiné à tous les peuples, qui s'épanouira à la fin de l'évangile (Mt 28, 19).

3. « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche »

Le message inaugural de Jésus (v. 17) reprend mot pour mot celui de Jean (3, 2). Mais ce qui était imminent devient désormais présent, car le Roi est là, en personne. La formule « À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer » est un marqueur de structure cher à Matthieu (cf. 16, 21). On notera l'expression propre à l'évangéliste, « Royaume des cieux » : par révérence juive pour le Nom divin, il évite de dire « de Dieu ».


Pour la vie spirituelle et pratique

Le premier mot du Christ : se convertir

Le premier mot du Christ dans sa vie publique n'est pas une doctrine, mais un appel au retournement : « convertissez-vous ». Conversion sans cesse à reprendre, qui n'est pas un événement unique mais un mouvement de toute la vie vers Dieu.

Le Royaume « tout proche »

Le Royaume n'est ni un lieu lointain, ni une simple promesse d'au-delà : il est « tout proche », offert ici et maintenant dans la personne de Jésus. L'accueillir, c'est le laisser régner aujourd'hui sur nos pensées, nos choix, nos relations.

La lumière dans notre « Galilée des ténèbres »

À chacun de discerner sa propre « Galilée » plongée dans l'ombre : la zone blessée, l'habitude installée, le coin de vie resté à l'écart de la lumière. C'est , précisément, dans la périphérie méprisée de notre cœur, que le Christ veut faire lever le jour. Dieu commence toujours par ce que nous jugeons indigne de lui.


Appel des premiers disciples
L'appel des premiers disciples
L'appel des premiers disciples
18 Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. 919 Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » 620 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 221 De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. 622 Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. 44
Explications
Contexte historique et social

1. La mer de Galilée et la pêche

La « mer de Galilée » est en réalité un lac d'eau douce (environ 21 km sur 13), au cœur d'une région vivant largement de la pêche : on y salait le poisson pour l'exporter. C'est un métier dur, organisé en entreprises familiales. Simon (Pierre) et André jettent l'amphiblêstron, le filet circulaire qu'on lance depuis le bord ; Jacques et Jean réparent leurs filets dans la barque de leur père Zébédée — lequel, selon Marc, emploie des ouvriers : la famille n'est donc pas indigente.

2. Un appel qui renverse les usages

Un trait étonne tout lecteur du Ier siècle : d'ordinaire, c'est le disciple qui choisit son maître et se présente à lui. Ici, à l'inverse, c'est Jésus qui appelle, le premier, par une parole souveraine — « Venez à ma suite » —, et la réponse est immédiate. L'exigence est radicale : quitter le métier (le gagne-pain) et, pour Jacques et Jean, « la barque et leur père » (les liens familiaux).


Lecture biblique et exégétique

1. La structure du récit d'appel

Le récit suit un schéma sobre et puissant : l'initiative de Jésus (« Venez à ma suite »), la promesse (« je vous ferai pêcheurs d'hommes »), la réponse immédiate (« aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent »). Le doublement (deux couples de frères) et la répétition de l'adverbe « aussitôt » (eutheôs) soulignent la promptitude et la totalité du don.

2. « Pêcheurs d'hommes »

L'image de Jésus détourne leur métier vers la mission : ils prendront désormais les hommes pour les amener à la vie. L'expression a un arrière-plan prophétique (Jr 16, 16, où Dieu envoie des « pêcheurs »). Le métier n'est pas renié, il est transfiguré : ce qu'ils savaient faire pour les poissons, ils le feront pour les âmes.

3. Quitter « le filet » et « le père »

Pierre et André laissent les filets (le moyen de subsistance) ; Jacques et Jean, « la barque et leur père » (les biens et les liens). Matthieu décrit ainsi, en quelques mots, le double détachement du disciple : à l'égard de ses sécurités matérielles et de ses attaches, lorsque l'appel de Dieu le requiert. Ces quatre pêcheurs seront les premières pierres du collège apostolique.


Pour la vie spirituelle et pratique

Dieu appelle dans la vie ordinaire

La vocation se joue ici en pleine vie ordinaire : Jésus ne convoque pas ses premiers apôtres au Temple, mais sur leur lieu de travail, au milieu des filets et du poisson. Dieu appelle dans le quotidien, et nul métier n'est trop humble pour devenir le point de départ d'une mission.

La disponibilité : répondre « aussitôt »

Le secret de ces pêcheurs est la disponibilité : répondre sans tout comprendre d'avance, sans attendre toutes les garanties. L'« aussitôt » répété est un appel à ne pas remettre indéfiniment la réponse à Dieu (« plus tard, quand j'aurai… »).

Suivre suppose de quitter

Suivre le Christ implique de lâcher quelque chose — un filet, une sécurité, parfois une attache légitime — non par mépris du don reçu, mais pour le recevoir autrement, ordonné à plus grand que soi. Et, comme les premiers disciples, tout baptisé est appelé à devenir, à sa mesure, « pêcheur d'hommes » : à attirer d'autres vers le Christ.


Enseignement et premiers miracles
23 Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. 424 Sa renommée se répandit dans toute la Syrie. On lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés. Et il les guérit. 325 De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de l’autre côté du Jourdain. 4
Explications
Contexte historique et social

1. La synagogue, lieu de l'enseignement

Jésus « enseignait dans leurs synagogues ». La synagogue était, dans chaque bourg, le lieu de la réunion du sabbat, de la lecture de la Loi et des Prophètes et de leur commentaire. Un maître reconnu pouvait y prendre la parole : c'est le cadre habituel où Jésus s'insère d'abord, avant de déborder vers les foules en plein air.

2. Une renommée qui dépasse les frontières

« Sa renommée se répandit dans toute la Syrie », et des foules accoururent « de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de la Transjordane » (v. 24-25). C'est dire l'ampleur du mouvement, et son caractère déjà partiellement païen : la Décapole et la Syrie sont des territoires mêlés. L'écho universel du premier verset (« fils d'Abraham ») se vérifie dans la géographie des foules.


Lecture biblique et exégétique

1. La triade : enseigner, proclamer, guérir

Ces versets résument tout le ministère par une triade : Jésus enseigne (didaskôn) dans les synagogues, proclame (kêryssôn) la Bonne Nouvelle du Royaume, et guérit (therapeuôn) toute maladie. Parole et acte sont indissociables : l'enseignement annonce le Royaume, les guérisons le manifestent déjà à l'œuvre. Les guérisons « de toute maladie » accomplissent les signes messianiques annoncés par Isaïe 35.

2. Un sommaire qui structure l'évangile

Ce sommaire est presque identique à celui de Mt 9, 35 : les deux forment une inclusion qui encadre l'ensemble chapitres 5 à 9, c'est-à-dire le Sermon sur la montagne (l'enseignement, ch. 5-7) et le cycle des dix miracles (l'acte, ch. 8-9). Matthieu présente ainsi méthodiquement Jésus comme le Messie en parole et en acte : d'abord ce qu'il dit, ensuite ce qu'il fait.

3. Les foules, vers le discours

La mention finale des « grandes foules » qui le suivent (v. 25) plante le décor du chapitre suivant : « Voyant les foules, Jésus gravit la montagne » (5, 1). Le sommaire est donc un portique : la Parole a d'abord attiré, et c'est à ce peuple rassemblé que Jésus va livrer la charte du Royaume.


Pour la vie spirituelle et pratique

Le Christ guérit l'homme entier

Jésus « guérissait toute maladie et toute infirmité » : rien de l'humain ne lui est étranger. On peut lui présenter sans crainte nos maux — du corps, du cœur, de l'esprit — car il veut sauver l'homme entier, et non une âme désincarnée.

Se laisser d'abord attirer

On notera la dynamique du passage : la Parole annoncée attire les foules, et les foules attirées deviennent, au chapitre 5, le peuple à qui Jésus livre les Béatitudes. Se laisser d'abord attirer — venir à lui tels que nous sommes — est le premier pas ; l'enseignement et la guérison font le reste.

Annoncer et soulager, ensemble

Enfin, la triade « enseigner, proclamer, guérir » demeure le modèle de toute mission chrétienne authentique : elle tient ensemble la Parole qui éclaire et le service qui soulage. Évangéliser sans soigner, ou soigner sans annoncer, ce serait rompre l'unité même du ministère du Christ.