Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
25
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Parabole des dix jeunes filles
1 « Alors, le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. 82 Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : 33 les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, 14 tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. 35 Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. 36 Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.” 77 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. 28 Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” 39 Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.” 210 Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. 811 Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” 312 Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” 213 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. 43
Explications
Contexte historique et social

1. Les noces juives et le cortège de l'époux

La parabole suppose les coutumes nuptiales juives. Après les fiançailles, le jour des noces, l'époux allait, souvent de nuit et en cortège, chercher l'épouse à la maison de son père pour la conduire chez lui, où se tenait le festin. Des jeunes filles d'honneur (les « dix vierges »), compagnes de l'épouse, attendaient avec des lampes pour escorter le cortège et accueillir l'époux à son arrivée.

2. Une attente longue et incertaine

L'heure de l'arrivée était imprévisible : l'époux pouvait être retardé (négociations sur la dot et les présents, usages de politesse…). L'attente se prolongeait donc parfois tard dans la nuit — d'où l'importance de prévoir de quoi tenir.

3. Les lampes et l'huile

Les « lampes » (peut-être des torches faites de chiffons imbibés d'huile au bout d'une perche, ou de petites lampes à huile) devaient rester allumées pour éclairer le cortège : il fallait donc de l'huile, et de l'huile de réserve pour une longue attente. Les « prévoyantes » (phronimoi, sages) en avaient emporté ; les « insensées » (môrai), non.


Lecture biblique et exégétique

1. L'huile qui ne se prête pas

Au cri de minuit (« Voici l'époux ! »), les insensées n'ont plus d'huile et demandent à en emprunter ; les sages refusent — non par égoisme, mais parce que cette huile-là ne se partage pas : chacune doit avoir la sienne. La tradition y voit ce qui ne peut être emprunté ni improvisé au dernier moment : les bonnes œuvres, la charité, la grâce d'une vie de foi. On ne peut être saint à la place d'un autre, ni le devenir d'un coup à l'instant décisif.

2. La porte close

Pendant qu'elles vont acheter de l'huile, l'époux arrive ; les prêtes entrent au festin, et « la porte fut fermée ». Le « Seigneur, ouvre-nous ! — Je ne vous connais pas » dit l'irrévocable du moment : il est une heure où il est trop tard pour se préparer.

3. « Veillez »

La conclusion — « Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » — ne signifie pas « ne dormez jamais » (toutes se sont endormies !), mais : ayez en réserve de quoi tenir jusqu'à la rencontre. La vigilance est faite de prévoyance et de persévérance.


Pour la vie spirituelle et pratique

On ne s'improvise pas prêt

La lampe de la foi a besoin de l'huile d'une vie de charité, accumulée jour après jour. Nul ne peut vivre de la sainteté d'un autre au moment décisif ; nul ne peut, d'un coup, rattraper une vie. La sainteté est personnelle et se prépare dans la durée.

Veiller, c'est avoir de la réserve

Veiller n'est pas ne pas dormir, c'est avoir, en réserve, de quoi tenir jusqu'à la rencontre. Concrètement : entretenir chaque jour la flamme par la prière, les sacrements, les œuvres de charité — pour que, à l'heure imprévue, la lampe brûle encore.

La joie des noces

Enfin, ne pas oublier l'horizon : c'est une noce, un festin de joie. La vigilance n'est pas angoisse, mais attente joyeuse de l'Époux qui vient. Veiller, c'est désirer la rencontre — et se tenir prêt à entrer dans la joie.


Parabole des talens
La parabole des talents
La parabole des talents
14 « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 515 À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, 416 celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. 417 De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. 218 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. 519 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. 220 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” 621 Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” 422 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.” 223 Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” 224 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. 425 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” 426 Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. 227 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. 328 Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. 329 À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. 230 Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” 41
Explications
Contexte historique et social

1. Le talent, une somme considérable

Le talent était à l'origine une unité de poids (de métal précieux), devenue la plus grande unité monétaire : un talent valait environ six mille deniers, soit près de vingt ans de salaire d'un ouvrier. Même un seul talent représente donc une fortune — et une responsabilité énorme. (C'est de cette parabole que le mot « talent », au sens de don ou d'aptitude, tire son origine.)

2. Confier ses biens à des serviteurs

Le maître, partant en voyage, confie ses biens à ses serviteurs (esclaves), « à chacun selon ses capacités ». La pratique était réelle : des esclaves de confiance, doués, géraient les affaires, les domaines, voire les banques de leur maître. Recevoir un tel dépôt était une marque de confiance et un appel à le faire valoir.

3. Faire fructifier — ou enfouir

Les deux premiers « font travailler » l'argent (par le commerce) et le doublent. Le troisième creuse un trou et enfouit le talent. Or enfouir l'argent passait pour un moyen sûr de le garder (et déchargeait même, selon le droit rabbinique, le dépositaire de toute responsabilité en cas de vol). Mais ici, ce geste « prudent » est condamné comme une stérilité née de la peur. Le maître lui reproche de n'avoir pas même placé l'argent « chez les banquiers » (trapezitai) pour qu'il rapporte un intérêt.


Lecture biblique et exégétique

1. Les talents, dons à faire fructifier

Les talents figurent les dons que Dieu confie — grâces, capacités, charges, la foi elle-même — et qui appellent à être mis en valeur, non enfouis. Le service n'est pas de conserver passivement, mais de faire fructifier pour le maître.

2. La stérilité de la peur

Le péché du troisième n'est pas un crime éclatant, mais une stérilité née d'une fausse image de Dieu : « J'ai eu peur… je savais que tu es un homme dur. » Cette image d'un maître exigeant et menaçant paralyse : par crainte, il ne risque rien, ne donne rien. À l'inverse, la confiance ose, entreprend, féconde.

3. « Entre dans la joie de ton maître »

La récompense des fidèles n'est pas seulement « plus de responsabilité » (« je t'en confierai beaucoup ») : c'est « entre dans la joie de ton maître » — la communion avec Dieu, le partage de sa propre joie. La fidélité « pour peu » ouvre à un « beaucoup » qui est Dieu lui-même.

4. « À celui qui a, on donnera »

La sentence (« à celui qui a, on donnera encore… ») dit la dynamique de la vie spirituelle : le don fait valoir se multiplie ; le don enfoui se perd. Et « selon ses capacités » : chacun reçoit différemment, et sera jugé non par comparaison, mais sur ce qu'il a reçu.


Pour la vie spirituelle et pratique

Faire valoir ses dons

Chacun a reçu « selon ses capacités » : la comparaison est vaine ; seule compte la fécondité de ce qu'on a reçu. Le mot « talent » lui-même rappelle l'enjeu : nos dons (intelligence, temps, biens, foi, charismes) sont confiés pour porter du fruit, non pour être thésaurisés ou enfouis.

Vaincre la peur qui paralyse

Le grand danger n'est pas l'échec, mais l'enfouissement par crainte — ne rien risquer, ne rien donner, par une fausse image de Dieu comme « maître dur ». La vie chrétienne demande d'oser la générosité, dans la confiance en un Dieu bon. Mieux vaut risquer et donner que de tout garder par peur.

Entrer dans la joie du Maître

Enfin, la fin promise n'est pas un salaire calculé, mais la joie du Maître partagée. Servir Dieu en faisant fructifier ses dons, c'est se préparer à entrer dans sa joie — la communion éternelle avec Celui qui nous a tout confié.


Le jugement
Le Jugement dernier
Le Jugement dernier
31 « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. 1532 Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : 433 il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. 234 Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. 435 Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; 536 j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” 237 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? 338 tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? 239 tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” 240 Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” 1441 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. 342 Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; 243 j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” 144 Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?” 245 Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” 2546 Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. » 23
Explications
Contexte historique et social

1. Le berger qui sépare brebis et boucs

L'image du berger séparant « les brebis des boucs » est tirée de la vie pastorale quotidienne. Les troupeaux de Palestine mêlaient souvent brebis et chèvres le jour, mais on les séparait le soir : les chèvres (et les boucs), plus sensibles au froid, devaient être abritées pour la nuit, tandis que les brebis pouvaient rester dehors. Séparer les unes des autres était donc un geste familier, accompli chaque soir. Les brebis (souvent claires, plus prisées) sont placées à la droite — le côté favorable ; les boucs à la gauche.

2. Les œuvres de miséricorde

Le critère du jugement est une liste très concrète : « J'avais faim… j'avais soif… j'étais un étranger… j'étais nu… malade… en prison. » Ce sont, pour l'essentiel, les œuvres de miséricorde corporelles, enracinées dans la tradition biblique de la charité (Is 58, 7 : « partage ton pain avec l'affamé, recueille chez toi le pauvre sans abri, couvre celui que tu vois nu » ; livre de Tobie ; l'aumône, tsedaqah, pilier de la piété juive). « Accueillir l'étranger » avait un poids particulier dans une culture où l'hospitalité était sacrée.

3. La surprise des uns et des autres

Détail capital : justes et maudits sont également surpris — « Quand t'avons-nous vu… ? » Ni les uns ni les autres n'avaient reconnu le Christ dans le pauvre qu'ils ont servi ou négligé.


Lecture biblique et exégétique

1. Le Christ identifié au plus petit

La clé est au v. 40 : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Le Roi-Juge s'identifie aux affamés, aux étrangers, aux malades, aux prisonniers. Servir le pauvre, c'est servir le Christ présent en lui — ce que la tradition appellera le « sacrement du frère ».

2. Le critère : l'amour en actes

Le jugement ne porte pas d'abord sur les paroles, les rites ou la profession de foi, mais sur l'amour mis en actes : avoir nourri, accueilli, vêtu, visité. La foi se vérifie dans la charité concrète. Et la surprise des deux groupes montre que l'amour authentique se donne sans calcul — non pour être vu, ni même en sachant qu'on sert le Christ.

3. L'universalité et le sérieux du jugement

« Toutes les nations » sont rassemblées : le critère vaut pour tous. Et l'issue est définitive — « vie éternelle » ou « châtiment éternel ». La page dit, sans détour, le sérieux de l'existence : nos actes envers le prochain ont une portée éternelle.


Pour la vie spirituelle et pratique

Servir le Christ dans le pauvre

L'examen final portera sur les œuvres de miséricorde : nourrir l'affamé, désaltérer l'assoiffé, accueillir l'étranger (le migrant), vêtir celui qui manque, visiter le malade et le prisonnier. Non sur ce que nous avons su ou cru en théorie, mais sur ce que nous avons fait au plus petit — donc à lui. De quoi regarder autrement chaque pauvre, chaque malade, chaque détenu, chaque étranger : c'est le Christ qui se présente, incognito.

La foi se vérifie dans l'amour

Cette page interdit de séparer l'amour de Dieu et l'amour du prochain : on ne sert pas Dieu en négligeant le frère. La foi qui ne se traduit pas en charité concrète est stérile (cf. Jc 2, 14-17). Le « sacrement du frère » est le lieu où se joue, dans le quotidien, notre rencontre avec Dieu.

Le sérieux et l'espérance

Enfin, la portée éternelle de nos actes donne à la vie tout son sérieux — sans écraser : car le même Christ qui jugera est celui qui s'est fait pauvre et affamé pour nous sauver. Aimer les petits, c'est dès maintenant rencontrer et accueillir Celui qui, au dernier jour, dira : « Venez, les bénis de mon Père. »