Évangile selon Saint Marc

Explications
Les aromates et le repos du sabbat
Le sabbat fini (le samedi soir), Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Salomé achètent des aromates pour aller embaumer le corps. Le repos sabbatique avait empêché tout soin funéraire ; elles attendent donc le premier jour de la semaine. Ce geste de piété — oindre le corps d'un proche — est un dernier acte d'amour, sans la moindre attente d'un tombeau ouvert.
Le matin du premier jour
Elles partent « de grand matin, le soleil levé ». Ce « premier jour de la semaine » — le lendemain du sabbat — deviendra le jour du Seigneur (dies dominica, le dimanche), jour de la Résurrection et, dès l'âge apostolique, jour du rassemblement de l'Église pour la fraction du pain.
La pierre du tombeau
En chemin, leur souci : « Qui nous roulera la pierre ? » Les tombeaux taillés dans le roc étaient fermés par une lourde pierre ronde, qu'une femme seule ne pouvait déplacer. Or, en levant les yeux, elles voient que la pierre, « pourtant très grande », est déjà roulée.
Le tombeau ouvert et vide
Marc ne décrit pas la Résurrection elle-même — nul n'en fut témoin —, mais ses signes : la pierre ôtée, le corps absent, l'annonce céleste. Le tombeau vide n'est pas une preuve à lui seul (on pourrait l'expliquer autrement), mais joint à la parole de l'ange et aux apparitions, il atteste que Dieu a relevé son Fils.
Le jeune homme vêtu de blanc
Dans le tombeau, un jeune homme assis à droite, « vêtu d'une robe blanche » : un messager céleste (la blancheur dit le monde de Dieu, comme à la Transfiguration). Sa première parole est celle de toute rencontre angélique : « Ne vous effrayez pas. »
L'annonce pascale
Le cœur du passage est le kérygme, la première proclamation de Pâques : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié : il est ressuscité (ēgerthē — Dieu l'a relevé), il n'est pas ici ; voici l'endroit où on l'avait déposé. » Le Crucifié et le Ressuscité sont le même : la croix n'est pas effacée, elle est glorifiée. Puis l'envoi : « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée » — accomplissement de la promesse de 14, 28. Que Pierre soit nommé à part, lui qui a renié, dit déjà le pardon offert.
La finale abrupte (v. 8)
Dans les meilleurs manuscrits (Sinaïticus, Vaticanus), l'évangile s'achève au verset 8 : saisies de tremblement et de stupeur, les femmes s'enfuient et « ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Fin déroutante — l'évangile s'arrête sur la crainte et le silence. Beaucoup y voient un procédé voulu : le récit reste ouvert, renvoyant le lecteur à la Galilée, c'est-à-dire au commencement (1, 1) et à sa propre mission — c'est désormais à lui d'annoncer ce que les femmes, d'abord, n'ont pu dire.
Chercher le Vivant
« Vous cherchez Jésus… il n'est pas ici. » On ne trouve pas le Christ en restant tourné vers la mort et le passé : il est vivant, il précède. Toute vie chrétienne est de chercher, et de trouver, le Vivant.
« Il vous précède »
Le Ressuscité marche devant les siens — en Galilée, c'est-à-dire dans la vie ordinaire, le travail et la mission. Nous ne courons pas après un absent : nous suivons Celui qui nous devance et nous attend.
« Et à Pierre »
La miséricorde nomme celui qui est tombé. La Résurrection ne relève pas seulement le Christ : elle relève les pécheurs, restaure les reniements, rouvre un avenir à qui croyait tout perdu.
Vaincre la peur pour annoncer
La crainte des femmes nous ressemble : l'Évangile peut faire peur, et l'on se tait. Mais le tombeau vide attend des témoins. Demander la grâce de surmonter la peur et de dire, à notre tour : « Il est ressuscité. »

Explications
La « finale longue » et sa réception
Ces versets, dits « finale longue », sont absents des plus anciens manuscrits grecs (Sinaïticus, Vaticanus) et présentent un style un peu différent ; la critique les tient pour une conclusion ajoutée dès le IIe siècle pour ne pas laisser l'évangile sur le silence du v. 8. L'Église catholique les reçoit néanmoins comme Écriture canonique et inspirée : le concile de Trente a fixé la canonicité des livres « avec toutes leurs parties » telles qu'on les lit dans la Vulgate. On les lit donc en toute confiance, tout en sachant honnêtement leur histoire textuelle.
Un abrégé des apparitions pascales
La finale longue se présente comme un résumé des apparitions rapportées ailleurs : Marie de Magdala (cf. Jn 20), les deux disciples en chemin (les pèlerins d'Emmaüs, cf. Lc 24), enfin les Onze à table. Elle ramasse en quelques lignes l'expérience pascale de toute l'Église primitive.
Les apparitions et l'incrédulité persistante
Un fil traverse le passage : l'incrédulité des disciples. Le témoignage de Marie : ils « ne crurent pas » ; celui des deux marcheurs : « ils ne les crurent pas davantage » ; et Jésus, apparaissant aux Onze, « leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur ». Marc, fidèle à lui-même, ne farde pas la lenteur des disciples à croire — ce qui rend leur conversion en hardis témoins d'autant plus crédible.
L'envoi universel et le baptême
Vient alors le mandat missionnaire : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » L'Évangile, jusqu'ici réservé à Israël et tenu secret (le « secret messianique »), devient universel. Ce verset majeur lie foi et baptême au salut : l'Église y lit le fondement de sa mission et de la nécessité du baptême (cf. CEC 1257).
Les signes qui accompagnent
« Voici les signes qui accompagneront ceux qui croiront : en mon nom, ils chasseront les démons, parleront en langues nouvelles, saisiront des serpents, et si… ils ne subiront aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci seront guéris. » Ces signes — attestés aux Actes (Paul et la vipère, Ac 28) — confirment la prédication apostolique. Ils se lisent avec sobriété : non pas défi présomptueux à Dieu, mais force du Nom de Jésus à l'œuvre dans ses témoins.
L'Ascension et la session à la droite de Dieu
La conclusion est solennelle : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu » (cf. Ps 110, 1) — son exaltation et sa royauté. Et l'évangile se referme sur l'Église en marche : « Eux partirent prêcher partout ; le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes. » De « commencement de l'Évangile » (1, 1) à l'Évangile annoncé jusqu'aux extrémités : la boucle est bouclée, et elle s'ouvre sur nous.
De l'incrédulité à la foi
Les Onze eux-mêmes ont douté ; le Ressuscité a dû les arracher à leur incrédulité. Réconfort pour nos propres lenteurs à croire : le Christ ne se lasse pas, il reproche avec tendresse, puis envoie. La foi est un don qu'il fait grandir patiemment.
Envoyés à toute la création
Pâques débouche sur la mission. L'Évangile n'est pas un trésor à garder pour soi : tout baptisé est envoyé, à sa mesure, en porter l'annonce « dans le monde entier ». L'Église est missionnaire par nature.
« Le Seigneur agissait avec eux »
Nous n'annonçons jamais seuls : le Christ travaille avec ses témoins et confirme leur parole. Cette assurance libère de la peur des résultats : la fécondité de la mission vient de lui, pas de nos forces.
Monté au ciel, mais présent
L'Ascension n'est pas une absence : assis à la droite du Père, le Christ règne et demeure agissant au cœur de son Église. Nous vivons sous ce regard et dans cette présence — jusqu'à ce qu'il revienne.