Marc 16, 8

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.
Fulcran Vigouroux
A personne ; c’est-à-dire à aucune des personnes qu’elles rencontrèrent car il est constant, par saint Matthieu et par saint Luc, qu’elles en firent le rapport aux apôtres, selon le commandement qu’elles avaient reçu.
Louis-Claude Fillion
Les saintes femmes se hâtent d’obéir. S. Marc, à propos de leur départ, note plusieurs circonstances particulières. D’abord, trait pittoresque, il nous montre ce départ se transformant aussitôt en une vraie fuite, elles s’enfuirent ; la Recepta dit d’une manière encore plus expressive : « elles s’enfuirent au plus vite ». Pourquoi fuyaient-elles ainsi ? Le contexte l’indique : le tremblement et la peur les avaient saisies. Le mot grec traduit ici par peur signifie : « égarement de l’esprit », d’où il suit que les amies de Jésus étaient hors d’elles-mêmes d’épouvante. De là leur fuite précipitée, pour échapper au domaine du surnaturel. Voyez dans S. Matthieu, Matth. 28, 8, une nuance non moins intéressante. — Elles ne dirent rien à personne. Ces mots ne signifient point que les saintes femmes négligèrent d’exécuter les ordres de l’Ange, puisque nous savons, d’après le premier Évangile, qu’« elles allèrent en courant porter la nouvelle aux disciples ». Ils veulent dire, ainsi que l’admettent de concert la plupart des exégètes anciens et modernes, qu’elles gardèrent, le long du chemin, toujours par suite de la frayeur qui les animait, un silence complet sur les événements extraordinaires dont elles venaient d’être témoins. Cf. Euthymius, Fr. Luc, Grotius, etc., h. l.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Quelques auteurs prétendent que les femmes dont parle saint Matthieu sont différentes de celles dont il est question dans saint Marc, mais Marie-Madeleine les accompagnait toutes dans l'impatience de sa ferveur et l'ardeur de son amour.

Il ne roug it point de la croix, car la croix est la cause du salut des hommes, et le principe de la béatitude des cieux.

Cette frayeur était produite à la fois par la vue de l'ange, et par l'étonnement où les jetait la résurrection du Sauveur. - sévère. L'ange est assis sur le sépulcre, tandis que les femmes s'enfuient loin du sépulcre; nous voyons d'un côté la confiance que donne une nature céleste, de l'autre, le trouble inhérent à la condition d'une nature terrestre. L'ange qui n'est point sujet à la mort, ne craint point le tombeau; les femmes, au contraire, tremblent à la vue du fait dont elles sont témoins, et la présence du tombeau réveille dans leur âme la frayeur de la mort naturelle aux mortels.

Ce fut ou par crainte des Juifs, ou sous l'impression de la frayeur de ce qu'elles avaient vu, qu'elles gardèrent le silence sur ce qui leur avait été dit.
Saint Bède le Vénérable
Saint Matthieu nous a suffisamment expliqué comment la pierre avait été renversée par l'ange. Cette pierre enlevée figurait au sens allégorique, que les mystères du Christ couverts comme d'un voile par la lettre de la loi écrite sur la pierre étaient maintenant pleinement dévoilés, a Cette pierre était fort grande». - séver. Elle était plus grande par sa destination que par sa forme, puisqu'elle suffit à couvrir et à enfermer le corps du Créateurs de l'univers.

Elles virent un jeune homme assis à la droite, à la partie méridionale de l'endroit où le corps avait été déposé. En effet, ce corps étendu sur le dos dans le sépulcre, ayant la tête à l'Occident, devait avoir nécessairement la droite au Midi.
Saint Grégoire le Grand
Pour nous qui croyons en celui qui est mort, nous venons à son tombeau avec des parfums, si nous le cherchons tout parfumés de la bonne odeur des vertus et avec la conscience de nos bonnes oeuvres.

La gauche est ici l'emblème de la vie présente; et la droite le symbole de la vie éternelle. Or, comme notre Rédempteur avait traversé cette vie corruptible, c'est avec raison que l'ange qui venait annoncer son entrée dans la vie éternelle, se tenait à droite. - sévère. Une autre raison pour laquelle ils aperçoivent ce jeune homme assis à la droite, c'est que dans la résurrection glorieuse il n'y a point de gauche. Elles le virent revêtu d'une robe blanche; cette robe blanche n'est point un tissu fait avec la laine d'une toison, c'est l'oeuvre d'une puissance pleine de vie, sa couleur n'a rien de la terre, et emprunte tout son éclat aux cieux, selon ces paroles du prophète: «Il est revêtu de la lumière comme d'un manteau» ( Ps 103), et ces autres du Sauveur en parlant des justes: «Alors les justes brilleront comme le soleil ( Mt 13).

Ou bien encore, il apparut revêtu d'une robe blanche, parce qu'il nous annonce les joies de cette grande fête, car la blancheur des vêtements est le symbole de cette grande et éclatante solennité.

C'est-à-dire: Laissez la crainte à ceux qui n'aiment point la visite des habitants des cieux, laissez la frayeur à ceux qui, accablés sous le poids des désirs de la chair, désespèrent de pouvoir jamais arriver dans leur société; mais pour vous, pourquoi craignez-vous la vue de vos concitoyens?

Or, plusieurs ont pu être appelés Jésus de nom seulement, et sans qu'ils le fussent en réalité. L'ange ajoute: «De Nazareth», pour préciser de quel Jésus il voulait parler, et il indique le motif pour lequel les saintes femmes le cherchaient, par ce mot: «Qui a été crucifié».

Si l'ange n'avait pas désigné nommément celui qui avait renié son divin Maître, il n'aurait pas osé reprendre sa place parmi ses disciples, il l'appelle donc par son nom pour l'arracher au désespoir où aurait pu jeter son renoncement.

Le mot Galilée signifie transmigration ; déjà notre Rédempteur était passé des souffrances de sa passion à la gloire de là résurrection, de la mort à la vie; et nous aussi nous jouirons un jour du spectacle de sa résurrection, si nous sortons ici de la fange des vices pour nous élever aux sommets de la vertu. Celui qu'on disait être dans le sépulcre, nous apparaît passant de la mort à la vie. Ainsi celui qui se fait remarquer par la mortification de la chair donne aux autres le spectacle de l'heureuse transmigration de son âme.
Saint Augustin
«De grand matin», dit saint Luc; «le matin, quand les ténèbres régnaient encore», dit saint Jean. Saint Marc exprime la même pensée, en disant: «De grand matin, le soleil étant déjà levé», c'est-à-dire, lorsque le soleil commençait à blanchir du côte de l'Orient, c'est ce qui a lieu à l'approche du lever du soleil, on donne à ces premières lueurs le nom d'aurore. Saint Jean a donc pu dire sans contradiction: «Quand les ténèbres régnaient encore, car lorsque le jour paraît, les ténèbres se dissipent insensiblement et disparaissent à mesure que le soleil se lève sur l'horizon». Ces paroles: «Le soleil étant déjà levé», ne veulent pas dire qu'il dardait pleinement ses rayons sur la terre, mais qu'à mesure qu'il approchait, il commençait à blanchir et à éclairer le ciel de ses rayons naissants.

Nous pouvons aussi admettre que saint Matthieu a gardé le silence sur l'ange que les femmes virent en entrant dans le tombeau, et saint Marc, sur celui qu'elles ont vu assis sur la pierre. Dans cette hypothèse, elles en ont vu deux, et ont entendu de chacun d'eux séparément les paroles que rapportent les Évangélistes. Ou bien encore, le tombeau dans lequel elles entrèrent, doit s'entendre d'une place libre entourée de murs qui formaient comme une enceinte destinée à défendre à une certaine distance le roc dans lequel le sépulcre était creusé. On comprend parfaitement alors qu'elles aient vu dans le même lieu, assis du côté droit, celui qui, d'après saint Matthieu, était assis sur la pierre.

Ces paroles: «Il vous précédera en Galilée», semblent indiquer que Jésus ne devait apparaître à ses disciples, après sa résurrection, qu'en Galilée; apparition que saint Marc lui-même n'a point rapportée; car les apparitions qu'il raconte en ces termes: «Le premier jour de la semaine, au matin, il apparut à Marie-Madeleine, et puis ensuite à deux d'entre eux qui s'en allaient à la campagne», ont eu lieu à Jérusalem le jour même de la résurrection, et il arrive aussitôt à la dernière manifestation du Sauveur ressuscité sur le mont des Oliviers, non loin de Jérusalem; saint Marc ne nous montre donc nulle part l'accomplissement de la prédiction de l'ange qu'il nous fait connaître. Quant à saint Matthieu, il ne mentionne d'autre apparition du Sauveur à ses disciples, après sa résurrection, que celle qui eut lieu en Galilée, selon la prédiction de l'ange. Mais comme cet Évangéliste n'indique point le temps précis de cette apparition, et qu'il ne précise point davantage ni le jour où les disciples se sont rendus sur une montagne dans la Galilée, ni l'ordre des faits, sa narration n'est point en contradiction réelle avec celle des autres Évangélistes, et donne toute facilité pour les interpréter et les expliquer. Mais pourquoi le Seigneur fait-il annoncer qu'il ne leur apparaîtra pour la première fois que dans la Galilée, où il ne se manifesta que plus tard. C'est un secret qui excite l'attention de tout fidèle, et le porte à demander quel mystère est renfermé dans ces paroles.

Ces paroles signifient que la grâce de Jésus-Christ devait quitter le peuple d'Israël pour passer ou pour émigrer chez les Gentils, qui n'eussent jamais reçu la prédication des Apôtres, si Dieu lui-même ne leur avait préparé la voie dans les coeurs des hommes. Et c'est là le sens de ces paroles: «Je vous précéderai en Galilée, c'est là que vous le verrez», c'est-à-dire là vous trouverez ses membres.

Mais comment concilier ce que dit ici saint Marc avec le récit de saint Matthieu: «Ces femmes sortirent aussitôt du sépulcre avec crainte et grande joie, et elles coururent porter cette nouvelle aux disciples ?» On peut dire qu'elles n'osèrent adresser la parole soit à aucun des anges (c'est-à-dire rien répondre à ce qu'elles avaient entendu), soit aux gardes qu'elles virent étendus à terre; car la joie dont elles étaient pénétrées, selon saint Matthieu, ne contredit pas le sentiment de crainte dont parle saint Marc. Nous devrions même admettre que leur âme fut livrée à ces deux émotions si différentes, lors même que saint Matthieu ne les représenterait point sous l'impression de la crainte. Mais comme il dit expressément qu'elles sortirent du sépulcre avec crainte et grande joie, il ne peut plus y avoir de difficulté. - sévère. C'est peut-être à dessein que l'Évangéliste remarque que les femmes ne dirent rien à personne, parce que le devoir des femmes est d'écouter et non de parler, d'apprendre et non pas d'enseigner.
Saint Jérôme
À la tristesse du jour du sabbat succède un jour brillant et fortuné, jour qui tient le premier rang parmi les jours, parce qu'il est éclairé des rayons de la lumière par excellence, et qu'il est témoin du triomphe de la résurrection du Seigneur: «Et lorsque le jour du sabbat fut passé, Marie-Madeleine», etc.

L'ange dévoile les mystères de l'immortalité à de simples mortels, pour nous inspirer de justes sentiments d'actions de grâces, et nous faire comprendre ce que nous avons été et ce que nous serons un jour.

Ces paroles sont courtes à ne compter que les syllab es qui les composent, mais elles sont immenses par l'étendue des promesses qu'elles contiennent. Là est la source de notre joie et le principe de notre salut éternel; c'est là que se réuniront tous ceux qui sont dispersés, et que tous les coeurs brisés seront pas tel que vous l'avez vu».

On peut dire encore que c'est ici une figure de la vie future, d'où fuiront à jamais la douleur et les gémissements; car les femmes imitent avant la résurrection générale ce que feront tous les hommes après la résurrection; elles fuient la mort, et tout ce qui leur inspire de l'effroi.