Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
12
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Le maître du sabbat
1 En ce temps-là, un jour de sabbat, Jésus vint à passer à travers les champs de blé, ; ses disciples eurent faim et ils se mirent à arracher des épis et à les manger. 52 Voyant cela, les pharisiens lui dirent : « Voilà que tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat ! » 33 Mais il leur dit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David, quand il eut faim, lui et ceux qui l’accompagnaient ? 14 Il entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l’offrande ; or, ni lui ni les autres n’avaient le droit d’en manger, mais seulement les prêtres. 35 Ou bien encore, n’avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre de faute ? 66 Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. 47 Si vous aviez compris ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice, 48 vous n’auriez pas condamné ceux qui n’ont pas commis de faute. En effet, le Fils de l’homme est maître du sabbat. » 17
Jésus guérit l'homme à la main desséchée
Jésus guérit l'homme à la main desséchée
9 Il partit de là et entra dans leur synagogue. 210 Or il s’y trouvait un homme qui avait une main atrophiée. Et l’on demanda à Jésus : « Est-il permis de faire une guérison le jour du sabbat ? » C’était afin de pouvoir l’accuser. 411 Mais il leur dit : « Si l’un d’entre vous possède une seule brebis, et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne va-t-il pas la saisir pour la faire remonter ? 312 Or, un homme vaut tellement plus qu’une brebis ! Il est donc permis de faire le bien le jour du sabbat. » 413 Alors Jésus dit à l’homme : « Étends la main. » L’homme l’étendit, et elle redevint normale et saine comme l’autre. 1614 Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil contre Jésus pour voir comment le faire périr. 2
Explications
Contexte historique et social

1. Le sabbat et ses interdits

Le sabbat (le repos du septième jour, Ex 20, 8-11) était l'un des piliers de l'identité juive. La tradition orale avait précisé les trente-neuf catégories de travaux interdits (melachot), parmi lesquels moissonner. Arracher des épis et les froisser pour en manger le grain pouvait donc être assimilé à une « moisson » — d'où le reproche des pharisiens aux disciples (v. 1-2).

2. Les arguments de Jésus (v. 3-8)

Jésus répond par l'Écriture : David mangea les pains de l'offrande réservés aux prêtres (1 S 21, 1-6) ; les prêtres eux-mêmes « profanent » le sabbat au Temple (par le service liturgique, Nb 28, 9-10) sans être coupables. Il conclut par trois affirmations majeures : « il y a ici plus grand que le Temple » ; « c'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice » (Os 6, 6) ; et « le Fils de l'homme est maître du sabbat ».

3. L'homme à la main desséchée (v. 9-14)

Dans la synagogue, on guette Jésus : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? » Il répond par le cas concret de la brebis tombée dans un trou qu'on retire le jour du sabbat (les pharisiens l'admettaient ; les Esséniens l'interdisaient) : « Combien un homme vaut plus qu'une brebis ! Il est donc permis de faire le bien le jour du sabbat. » Il guérit — et les pharisiens « tinrent conseil pour le faire périr ». La controverse du sabbat devient mortelle.


Lecture biblique et exégétique

1. Le sabbat, don et non tyrannie

La pointe (explicitée par saint Marc : « le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat », Mc 2, 27) est que le sabbat est un don de Dieu pour le bien de l'homme, non un joug écrasant. Jésus n'abolit pas le sabbat : il en restaure le sens, ordonné à la vie et à la miséricorde.

2. « Plus grand que le Temple » et « maître du sabbat »

Deux revendications d'autorité divine : « plus grand que le Temple est ici » (Jésus est plus que le lieu saint), et « le Fils de l'homme est maître du sabbat » — or Dieu seul est maître du sabbat, qu'il a institué. Jésus parle donc en Seigneur de la Loi.

3. La miséricorde avant le rite

La citation d'Osée 6, 6 (« miséricorde, et non sacrifice »), déjà entendue en 9, 13, pose le primat de la miséricorde sur l'observance rituelle. « Faire le bien » — sauver, guérir, soulager — ne viole jamais la Loi de Dieu : c'est l'accomplir.


Pour la vie spirituelle et pratique

Le légalisme contre la miséricorde

Le légalisme peut transformer un don de Dieu — le jour du repos, signe de l'Alliance — en prison, et rendre aveugle à la détresse du frère (l'homme à la main desséchée, là, devant eux). Jésus rétablit la hiérarchie : l'amour du prochain et la miséricorde passent avant la lettre. Examen utile : mes principes servent-ils la charité, ou l'étouffent-ils ?

Faire le bien, toujours

« Il est permis de faire le bien le jour du sabbat » : aucune règle religieuse ne saurait interdire de soulager, de sauver, d'aimer. Le vrai culte de Dieu et le service du prochain ne s'opposent jamais.

Le sens chrétien du dimanche

Pour le chrétien, le sabbat trouve son accomplissement dans le dimanche, jour du Ressuscité : non un fardeau de prescriptions, mais un don — temps de repos, d'eucharistie, de charité et de joie, où l'on goûte déjà le « repos » que le Christ, maître du sabbat, est venu offrir.


Le serviteur du Seigneur
15 Jésus, l’ayant appris, se retira de là ; beaucoup de gens le suivirent, et il les guérit tous. 216 Mais il leur défendit vivement de parler de lui. 217 Ainsi devait s’accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe : 218 Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je trouve mon bonheur. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. 719 Il ne cherchera pas querelle, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. 220 Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement. 1021 Les nations mettront en son nom leur espérance. 20
Explications
Contexte historique et social

1. Le retrait et le silence

Apprenant le complot (v. 14), Jésus « se retira » ; il continue de guérir les foules, mais leur impose le silence (« il leur défendit de le faire connaître »). Cette discrétion — le « secret messianique » — vise à écarter une exaltation messianique mal comprise, faite d'enthousiasme politique.

2. La plus longue citation de l'Ancien Testament

Matthieu cite alors Isaïe 42, 1-4, le premier chant du Serviteur du Seigneur — la plus longue citation vétérotestamentaire de tout son évangile : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui j'ai mis toute ma faveur. Je ferai reposer sur lui mon Esprit… Il ne contestera pas, il ne criera pas… Il ne brisera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui fume encore… et en son nom les nations mettront leur espérance. »


Lecture biblique et exégétique

1. Le Messie-Serviteur, doux et caché

La citation dessine un Messie à rebours des attentes de puissance : il ne « conteste » pas, ne « crie » pas, n'écrase personne. Sa force est dans l'humilité et le silence. C'est le portrait du Serviteur souffrant qui culminera dans la Passion (Is 53). L'« Esprit » qui repose sur lui fait écho à la théophanie du baptême (Mt 3, 16-17).

2. « Le roseau froissé » et « la mèche qui fume »

Ces deux images désignent ce qui est fragile, blessé, presque éteint : le roseau ployé qu'un rien achèverait, la mèche fumante qu'un souffle éteindrait. Le Serviteur, lui, ne brise pas et n'éteint pas : il relève, ravive, ménage la faiblesse. C'est la délicatesse de Dieu envers les petits et les pécheurs.

3. « Les nations mettront leur espérance en son nom »

La finale ouvre l'horizon universel : le salut du Serviteur est destiné aux nations (en écho au « fils d'Abraham », Mt 1, 1, et annonçant Mt 28, 19). La justice qu'il fera « triompher » n'est pas un verdict écrasant, mais le rétablissement du droit de Dieu, source d'espérance pour tous les peuples.


Pour la vie spirituelle et pratique

Une consolation pour les faibles

Texte de consolation par excellence : si ta foi n'est plus qu'une mèche fumante, si ta vie est un roseau froissé, le Christ ne l'éteindra pas, ne l'achèvera pas — il viendra la ranimer et la relever. Dieu ne se détourne pas de ce qui est faible et blessé ; c'est précisément ce qu'il vient sauver.

Imiter la douceur du Serviteur

Appel, aussi, à imiter cette délicatesse : être doux avec ce qui est fragile chez les autres, ne pas « achever » le roseau déjà froissé par un mot dur, un jugement, une exigence sans miséricorde. Dans nos relations, nos responsabilités, notre manière de corriger, ménager la mèche qui fume encore.

La force dans le silence et l'humilité

Enfin, le Serviteur qui « ne crie pas » enseigne que la vraie force de Dieu passe par le silence, l'humilité et la patience, non par le tapage ni la domination. Une leçon pour tout disciple tenté de faire valoir l'Évangile par la puissance plutôt que par la douceur.


Jésus se défend contre les pharisiens
Jésus chasse un démon
Jésus chasse un démon
22 Alors on lui présenta un possédé qui était aveugle et muet. Jésus le guérit, de sorte que le muet parlait et qu’il voyait. 323 Toutes les foules étaient dans la stupéfaction et disaient : « Cet homme ne serait-il pas le fils de David ? » 424 En entendant cela, les pharisiens disaient : « Il n’expulse les démons que par Béelzéboul, le chef des démons. » 1225 Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient un désert ; toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir. 526 Si Satan expulse Satan, c’est donc qu’il est divisé contre lui-même ; comment son royaume tiendra-t-il ? 1027 Et si c’est par Béelzéboul que moi, j’expulse les démons, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. 328 Mais, si c’est par l’Esprit de Dieu que moi, j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous. 1229 Ou encore, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison de l’homme fort et piller ses biens, sans avoir d’abord ligoté cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison. 830 Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. 831 C’est pourquoi, je vous le dis : Tout péché, tout blasphème, sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. 632 Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir. 1533 Prenez un bel arbre, son fruit sera beau ; prenez un arbre qui pourrit, son fruit sera pourri, car c’est à son fruit qu’on reconnaît l’arbre. 334 Engeance de vipères ! comment pouvez-vous dire des paroles bonnes, vous qui êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. 335 L’homme bon, de son trésor qui est bon, tire de bonnes choses ; l’homme mauvais, de son trésor qui est mauvais, tire de mauvaises choses. 1136 Je vous le dis : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement. 437 D’après tes paroles, en effet, tu seras reconnu juste ; d’après tes paroles tu seras condamné. » 8
Explications
Contexte historique et social

1. La calomnie des pharisiens

Après la guérison d'un possédé aveugle et muet, les foules s'interrogent : « Serait-il le Fils de David ? » (titre messianique). Les pharisiens ripostent par une accusation grave : « C'est par Béelzéboul, le chef des démons, qu'il expulse les démons. » Béelzéboul (du nom d'une ancienne divinité, « Baal-Zeboul ») désigne ici Satan : on attribue donc l'œuvre de Dieu au démon.

2. La réfutation de Jésus

Jésus démonte l'absurdité : « Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine » — Satan ne se combat pas lui-même. Et il retourne l'argument : « Par qui vos fils [vos exorcistes] les expulsent-ils ? » Puis la conclusion lumineuse : « Si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le règne de Dieu est venu jusqu'à vous. » Vient l'image de l'homme fort qu'il faut d'abord ligoter pour piller sa maison.


Lecture biblique et exégétique

1. Le Royaume déjà présent

« Le règne de Dieu est venu jusqu'à vous » : les exorcismes ne sont pas de simples prodiges, mais le signe que le Royaume fait irruption, que Satan recule. En Jésus, la victoire de Dieu sur le mal est déjà à l'œuvre.

2. L'homme fort ligoté

« Comment entrer chez l'homme fort pour piller ses biens, sans l'avoir d'abord ligoté ? » L'homme fort, c'est Satan ; le « plus fort » qui le ligote et libère ses captifs, c'est le Christ. Les délivrances manifestent ce ligotage de l'adversaire et la libération des âmes.

3. Le péché contre l'Esprit Saint

« Tout péché sera pardonné… mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pardonné ni en ce monde ni dans l'autre. » Cette parole redoutable ne signifie pas que la miséricorde de Dieu aurait une limite. Le péché contre l'Esprit consiste à attribuer au démon l'œuvre manifeste de l'Esprit de Dieu — et donc à refuser la source même du pardon. Saint Augustin l'identifie à l'impénitence finale : le refus obstiné, maintenu jusqu'au bout, de la conversion et du pardon offerts. Ce n'est pas que Dieu ne veut pas pardonner ; c'est que le cœur fermé ne reçoit pas le pardon qu'il rejette.

4. L'arbre, le fruit et les paroles

« On reconnaît l'arbre à son fruit » : la qualité de l'être se révèle aux œuvres. Et « c'est du trop-plein du cœur que la bouche parle » : les paroles trahissent le cœur. D'où l'avertissement : « de toute parole sans portée, les hommes rendront compte au jour du jugement ». Le langage n'est pas anodin : il révèle et engage.


Pour la vie spirituelle et pratique

Aucun péché n'est trop grand — sauf le refus du pardon

La bonne nouvelle, à l'envers de l'avertissement, est immense : tout péché peut être pardonné. Le seul « impardonnable » est celui qu'on refuse de présenter à la miséricorde — l'endurcissement qui claque soi-même la porte. Tant qu'on peut encore se tourner vers Dieu, aucune faute n'est sans remède.

Ne pas appeler le bien « mal »

L'épisode met en garde contre l'aveuglement qui, par jalousie ou parti pris, attribue au mal ce qui vient de Dieu. Demander un cœur capable de reconnaître et de bénir l'œuvre de l'Esprit, même là où elle dérange nos jugements.

La gravité des paroles

« De toute parole sans portée, vous rendrez compte » : nos paroles révèlent et façonnent notre cœur. Veiller sur son langage — fuir la médisance, la calomnie, le bavardage qui détruit — c'est veiller sur sa source intérieure. Purifier les paroles, c'est purifier le cœur d'où elles jaillissent.


Le signe de Jonas
38 Quelques-uns des scribes et des pharisiens lui adressèrent la parole : « Maître, nous voudrions voir un signe venant de toi. » 339 Il leur répondit : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. 440 En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits. 1441 Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. 442 Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que cette génération, et elle la condamnera ; en effet, elle est venue des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon. 8
Explications
Contexte historique et social

1. La demande d'un signe

Des scribes et des pharisiens réclament « un signe » — un prodige spectaculaire venu du ciel, une preuve éclatante. Jésus refuse, qualifiant cette génération de « mauvaise et adultère » (« adultère » au sens biblique d'infidèle à l'Alliance, comme une épouse qui trahit).

2. Jonas, les Ninivites et la reine du Midi

Le seul signe sera « celui de Jonas » : « Comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. » Puis Jésus convoque deux figures de païens : les Ninivites, qui se convertirent à la prédication de Jonas, et la reine du Midi (la reine de Saba), qui vint de loin entendre la sagesse de Salomon. Eux « se lèveront au jugement » et condamneront cette génération — « car il y a ici plus que Jonas… plus que Salomon ».


Lecture biblique et exégétique

1. Jonas, type de la Résurrection

Les « trois jours et trois nuits » dans le ventre du monstre marin sont explicitement donnés comme la figure des trois jours du Christ « au sein de la terre » — c'est-à-dire au tombeau. Le seul « signe » accordé sera donc la mort et la Résurrection : non un prodige à la demande, mais le mystère pascal. La foi se joue là, et non dans le merveilleux.

2. La demande de signe, masque de l'incrédulité

Réclamer toujours plus de preuves, alors que les œuvres de Jésus parlent déjà, est ici le masque de l'incrédulité : ce n'est pas la lumière qui manque, c'est la volonté de croire. Le « signe » exigé ne convertirait pas un cœur fermé.

3. Les païens qui condamnent les croyants

Les Ninivites (convertis par un prophète bien moindre) et la reine de Saba (venue de loin pour une sagesse moindre) jugeront « cette génération » : scandale de ceux qui, ayant « plus que Jonas et plus que Salomon » sous les yeux, refusent de croire. Les païens de bonne volonté condamnent les privilégiés endurcis.


Pour la vie spirituelle et pratique

L'unique signe : la Croix et la Résurrection

À l'avidité de « signes », de prodiges et de sensationnel, l'Évangile oppose l'unique signe de la mort et de la Résurrection du Christ : c'est là, et non dans le merveilleux, qu'il faut croire. La foi ne s'appuie pas sur des preuves extraordinaires arrachées à Dieu, mais sur le mystère pascal.

« Plus que Salomon est ici »

Ne cherchons pas ailleurs la sagesse et le salut : « plus que Salomon est ici ». Le Christ présent — dans sa Parole, dans l'Eucharistie, dans son Église — est ce « plus grand » que la reine de Saba serait venue de loin chercher. Sachons reconnaître et accueillir ce trésor qui se tient devant nous.

Se garder de l'incrédulité confortable

Enfin, un avertissement : on peut, comme « cette génération », réclamer sans cesse des preuves pour ne pas avoir à se convertir. La vraie disposition n'est pas l'exigence de signes, mais l'ouverture du cœur à Celui qui s'est déjà manifesté.


Le retour de l'esprit impur
43 Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer, et il ne trouve pas. 344 Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve inoccupée, balayée et bien rangée. 345 Alors il s’en va, il prend avec lui sept autres esprits, encore plus mauvais que lui ; ils y entrent et s’y installent. Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début. Voilà ce qui arrivera à cette génération mauvaise. » 12
Explications
Contexte historique et social

Jésus décrit le parcours d'un esprit impur chassé d'un homme : il erre « dans les lieux arides » (le désert, séjour traditionnel des démons) en quête de repos, n'en trouve pas, puis décide de retourner « dans ma maison ». Il la trouve « vide, balayée, bien rangée » — propre, mais inhabitée — et s'y réinstalle avec « sept autres esprits plus mauvais que lui ; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier ». Jésus applique : « Ainsi en sera-t-il de cette génération mauvaise. »


Lecture biblique et exégétique

1. Le danger de la maison « vide »

Le point décisif est le mot « vide ». La délivrance du mal ne suffit pas : si la place laissée libre n'est pas occupée par Dieu, par la grâce et la vertu, elle devient une invitation au retour du mal — et d'un mal pire (« sept esprits »). La conversion n'est achevée que lorsque la grâce habite le cœur.

2. L'application à « cette génération »

L'avertissement vise « cette génération » : remuée par la prédication de conversion (de Jean, de Jésus), mais qui, ne se remplissant pas de la foi au Christ, risque de retomber dans un état pire. Vider sans remplir, balayer sans accueillir l'hôte divin, c'est se rendre plus vulnérable.


Pour la vie spirituelle et pratique

Ne pas se contenter de vider

Se débarrasser d'un défaut, d'un vice, d'une habitude mauvaise ne suffit pas : il faut remplir le vide par le bien — la prière, la charité, les bonnes œuvres, et surtout la présence de Dieu. Une vie spirituelle qui ne serait que renoncements et interdits, sans amour positif, laisserait la « maison » vide et exposée.

Accueillir l'Hôte divin

La leçon est profondément positive : la sainteté n'est pas d'abord l'absence de mal, mais la présence de Dieu. À la place laissée libre par le péché vaincu, il faut introduire le Christ — par l'Eucharistie, la prière, la charité —, afin que la maison soit non seulement « balayée », mais habitée. C'est l'hôte qui garde la maison.


La vraie famille de Jésus: ses disciples
La vraie famille de Jésus
La vraie famille de Jésus
46 Comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. 547 Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » 248 Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » 349 Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. 450 Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » 19