Matthieu 12, 8
vous n’auriez pas condamné ceux qui n’ont pas commis de faute. En effet, le Fils de l’homme est maître du sabbat. »
vous n’auriez pas condamné ceux qui n’ont pas commis de faute. En effet, le Fils de l’homme est maître du sabbat. »
Jésus-Christ conclut
l’apologie de ses disciples par une parole énergique, dont Grotius et plusieurs autres commentateurs ont
malheureusement beaucoup affaibli la force, en appliquant les mots Fils de l'homme à tous les hommes sans
exception. Ces écrivains auraient dû remarquer qu’ils obtiennent ainsi une pensée fausse et dangereuse. A
quel titre, en effet, le premier homme venu serait-il le Maître du Sabbat ? Ici, comme partout ailleurs dans
l’Évangile, le Fils de l’homme est donc Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. Cela posé, l’idée devient
aussi simple que vraie. Jésus, en sa qualité de Messie, plus encore en sa qualité de Fils de Dieu, est
réellement le Maître du sabbat ; maître d’en interpréter les obligations, d’en dispenser, de l’ennoblir, ainsi
que le fait Dieu lui-même. Cf. Joan. 5, 18 et 19. Ses disciples, n’eussent-ils pas eu d’autre excuse, sont donc
irréprochables : il avait le droit de leur permettre d’agir ainsi qu’ils l’ont fait. - Les Pharisiens ne répondent
pas : mais qu’auraient-ils pu répondre aux raisonnements indiscutables du Sauveur ? - La particule traduite
par même dans la Vulgate, semble n’être pas authentique.
1387. Il y a aussi un autre argument qui les innocente, à savoir, l’obéissance, puisque je [le] leur prescris, car LE FILS DE L’HOMME (il avait coutume de s’appeler ainsi) EST MAÎTRE DU SABBAT, et le législateur n’est pas soumis à la loi. Is 33, 22 : Il est notre législateur ; il possède donc le pouvoir puisqu’il a l’autorité.
La GloseLes Apôtres font cette action le jour du sabbat, c'est-à-dire dans l'espérance du repos éternel auquel ils invitent tous les hommes.
Ils cueillent des épis, lorsqu'ils attachent les hommes aux désirs de la terre; ils broient ces épis lorsqu'ils dé pouillent les âmes de la concupiscence de la chair; ils mangent les grains, lorsqu'ils incorporent à l'Église les âmes qu'ils viennent de purifier.
On peut dire aussi que ceux qui trouvent leurs délices dans la méditation des Écritures, marchent le long des blés avec le Seigneur; ils ont faim, parce qu'ils ont le désir d'y trouver le pain de vie, c'est-à-dire l'amour de Dieu; ils arrachent les épis et ils les broient lorsqu'ils discutent les témoignages de l'Écriture pour y trouver ce qui est caché sous la lettre, et ils font cela le jour du sabbat, alors qu'ils sont plus libres des pensées tumultueuses du monde.
Or, le Fils de l'homme, c'est lui-même, et voici le sens de ces paroles: Celui que vous regardez comme un simple mortel est Dieu, le Seigneur de toutes les créatures, et le maître du sabbat; il peut donc changer la loi à son gré, puis que c'est lui qui l'a faite.
Il ne défend pas à ses disciples de broyer des épis le jour du sabbat, pour condamner les Juifs d'alors et les Manichéens qui de vaient venir plus tard, et qui n'osent arracher l'herbe, de peur de commettre un homicide.
Personne ne peut faire partie du corps de Jésus-Christ, s'il ne s'est dépouillé de ses vêtements charnels, selon cette recommandation de l'Apôtre: «Dépouillez-vous du vieil homme». ( Col 3 ).
Ce qui suit est raconté par saint Marc ( Mc 2 ) et par saint Luc ( Lc 6 ) sans l'ombre même de contradiction; mais ils ne disent pas: «En ce temps là»; d'où l'on peut conclure que saint Matthieu suit dans sa narration l'ordre des faits, et les autres l'ordre de leurs souvenirs, à moins qu'on ne donne un sens plus large à ces paroles: «En ce temps là», c'est-à-dire dans le temps où toutes ces choses et une foule d'autres faits avaient lieu. Toutes ces choses se seraient donc passées après la mort de Jean; car on croit qu'il fut décapité peu de temps après qu'il eut envoyé ses disciples consulter Jésus-Christ. Cette locution: «Dans ce temps-là», exprimerait alors un temps indéterminé.
L'accusation des Juifs contre les disciples du Seigneur porte plutôt sur la violation du sab bat que sur le vol qu'ils auraient commis; car la loi défendait aux enfants d'Israël, de ne saisir comme voleur dans leurs champs, que celui qui voulait emporter quelque chose avec lui, et ils devaient laisser aller en liberté, et sans lui infliger aucune peine, celui qui n'y avait pris que ce qu'il voulait manger (cf. Dt 23).
Il faut remarquer que Notre-Seigneur emprunte le premier exemple à la puissance royale dans la personne de David, et le second au ministère sacerdotal dans la personne des prêtres qui violent le sabbat pour le service du temple. L'accusation tirée des épis froissés le jour du sabbat ne pouvait donc en aucune manière peser sur lui, qui était vrai roi et le prêtre véritable.
Nous lisons dans un autre Évangéliste, que les disciples, importunés par la foule, n'avaient même pas le temps de manger: ils avaient donc naturellement faim. Ils apaisent cette faim en broyant entre leurs mains des épis de blé, preuve de l'austérité de leur vie; ils n'ont pas besoin d'aliments recherchés, la plus simple nourriture leur suffit.
Remarquez cependant que ni David ni les gens de sa suite ne man gèrent des pains de proposition qu'après avoir affirmé qu'ils étaient purs de tout contact avec les femmes.
Nous avons déjà expliqué plus haut (Mt 9, 13) ce que signifient ces paroles: «J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice».Quant à celles qui sui vent: «Jamais vous n'auriez condamné des innocents», elles doivent s'entendre des Apôtres dans ce sens: «si vous approuvez la commisération d'Achimélech qui donne du pain à David pressé par la faim, pourquoi condamnez-vous mes disciples ?»
Voyez comment il revient de nouveau sur la nécessité de la miséricorde, et comment il prouve que les disciples sont au-dessus du pardon, en déclarant qu'ils sont innocents, comme il l'avait dit plus haut des prêtres. Il donne ensuite une nouvelle raison de leur innocence, en ajoutant: «Le Fils de l'homme est maître même du sabbat».
Notre-Seigneur cite l'exemple de David pour excuser ses disciples, car l'autorité du Roi-Prophète était grande parmi les Juifs. Et ils ne pouvaient lui objecter que Da vid était prophète, car ce titre ne lui donnait aucun droit de manger des pains réservés aux prêtres seuls. Or, plus l'exemple qu'il choisit est grand, plus le motif d'excuse qu'il invoque en faveur de ses disciples est péremptoire. D'ailleurs si David était prophète, les gens de sa suite ne l'étaient pas.
Dans le sens mystique, remarquons tout d'abord que ce dis cours commence par ces paroles: «Dans ce temps-là», c'est-à-dire dans le temps où il rendit grâces à Dieu son Père du salut auquel il appelait les Gentils. Ce champ que traversent les dis ciples, c'est le monde; le sabbat, c'est le repos; la moisson, le progrès de ceux qui doivent embrasser la foi et s'avancer vers la maturité. Donc cette entrée dans le champ le jour du sab bat, c'est l'avènement du Seigneur dans le monde, lorsque la loi était comme frappée d'inactivité; cette faim, c'est le désir qu'il avait du salut des hommes.