Matthieu 12, 25

Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient un désert ; toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir.

Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient un désert ; toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir.
Louis-Claude Fillion
Jésus, connaissant leurs pensées. Jésus connaissait par là-même toute l’énormité de leur malice. S’il a autrefois, 9, 34, laissé sans réponse une accusation analogue, il n’est pas possible qu’il permette davantage aux Pharisiens de profiter de son silence pour s’enhardir de plus en plus, et pour ruiner peu à peu son œuvre et son autorité auprès du peuple. Cette fois, il prend la parole pour repousser l’injure si odieuse qu’on venait de lancer contre lui. C’est un véritable plaidoyer pour sa propre cause qu’il nous fait entendre ; il y démontre qu’il n’est nullement, comme on l’en accuse, le confédéré de Satan. « Toutes les qualités que nous avons admirées déjà dans ses discours et dans ses réponses, nous les retrouvons ici réunies : la douceur et l’humilité qu’aucune offense personnelle, pas même l’outrage le plus avilissant, ne peut faire démentir ; le tempérament calme et sublime qui ne rend pas injure pour injure ; la sainte colère du juge en harmonie avec l’amour qui instruit et persuade ; la plénitude de sagesse qui, en toute occasion, révèle les secrets des cœurs et déclare la vérité avec un pouvoir pénétrant, enfin la majesté de sa personne qui s’affirme en toutes choses », Stier, Reden des Herrn Jesu, in h. l. Il y a deux parties dans ce petit discours du divin Maître : l’orateur se tient d’abord sur la défensive et réfute, par une série d’arguments inébranlables, l’accusation grossière des Pharisiens, vv. 25-30 ; puis, devenant lui-même agresseur, il met en relief le crime de ses ennemis et le châtiment qui les atteindra s’ils persistent dans leur indigne conduite, vv. 31-37. - Première partie. La réfutation commence par un raisonnement par l'absurde, vv. 25 et 26. Satan qui chasse Satan, n’est-ce point une véritable absurdité ? Et pourtant, telle est bien l’affirmation des Pharisiens, quand ils assurent que Notre-Seigneur tient du démon le pouvoir qu’il exerce contre le démon. La double comparaison qui sert de développement à cette preuve la rend très vivante et en accroît la force. - Tout royaume divisé... Qui pourrait nier ces deux faits d’expérience dont on est si souvent témoin, et dont la triste et perpétuelle vérité est attestée, chez tous les peuples, par des locutions proverbiales identiques à celles que nous cite Jésus ? « Quelle maison est si solide, disait Cicéron, quelle cité est si fermement établie, qu'elle ne puisse être détruite par la haine, la tricherie, la jalousie ? » Et Salluste : « En effet, par l'union, les petites choses grandissent, mais par la discorde les plus grandes s'effondrent». - Maison désigne métaphoriquement la famille, qui est supposée occuper à elle seule une maison.
Saint Thomas d'Aquin
1426. MAIS JÉSUS, CONNAISSANT LEURS PENSÉES, etc. Dans cette section, le Seigneur repousse ceux qui le rabaissent. Premièrement, il réfute ce qui est dit ; deuxièmement, ceux qui le disent, en cet endroit : AUSSI, JE VOUS LE DIS [12, 31].

1427. [Le Seigneur] réfute ce qui est dit par un quadruple argument. Le deuxième, en cet endroit : SI SATAN [EXPULSE] SATAN, etc. [12, 26] ; le troisième, en cet endroit : COMMENT DONC, etc. [12, 29] ; le quatrième, en cet endroit : QUI N’EST PAS AVEC MOI, etc. [12, 30].

1428. Le premier [argument] est présenté de la manière la plus explicite : TOUT ROYAUME DIVISÉ CONTRE LUI-MÊME COURRA À LA RUINE.

1429. En premier lieu, [le Seigneur] présente la majeure, lorsqu’il dit : TOUT ROYAUME, etc. Il existe une triple communauté : celle du ménage ou de la famille, celle de la cité et celle du royaume. Le ménage est la communauté composée de ceux qui posent des actes qui leur sont communs. Elle comporte donc un triple lien : celui du père et du fils, celui du mari et de l’épouse, et celui du seigneur et du serviteur. La communauté de la cité contient tout ce qui est nécessaire à la vie de l’homme ; elle est donc une communauté parfaite pour ce qui est du strict nécessaire. La troisième communauté est celle du royaume, qui est la communauté achevée. En effet, si l’on craignait des ennemis, une seule cité ne pourrait à elle seule subsister. C’est pourquoi, à cause de la crainte des ennemis, une communauté de plusieurs cités est nécessaire, qui constitue un seul royaume. Ainsi, ce qu’est la vie pour chaque homme, la paix l’est pour le royaume. Et, de même que la santé n’est rien d’autre que l’équilibre des humeurs, de même la paix vient de ce que chacun reste dans son ordre. Et de même que, par le retrait de la santé, l’homme s’oriente vers la mort, s’il se soustrait au royaume, il s’oriente vers la mort. C’est pourquoi le but ultime qu’on recherche est la paix. Le Philosophe écrit ainsi : «Ce qu’est le médecin par rapport à la santé, le défenseur de la communauté l’est par rapport à la paix.» C’est pourquoi [le Seigneur] dit : TOUT ROYAUME DIVISÉ CONTRE LUI-MÊME COURRA À LA RUINE. Is 3, 5 : Le jeune s’agitera contre le vieillard, et le manant contre le noble.
Saint Jérôme
Les pharisiens attribuaient au prince des démons les oeuvres de Dieu; Notre-Seigneur répond non à ce qu'ils disaient mais à ce qu'ils pensaient au-dedans d'eux-mêmes (cf. Ps 7,9 Jr 17,10 ), pour les forcer de croire à la puissance de Celui qui voyait le fond des coeurs. «Or Jésus connaissant leurs pensées», etc.
Saint Jean Chrysostome
Ils avaient déjà accusé plus haut le Seigneur de chasser les démons par Beelzébub, sans qu'il les en eût repris; il voulait laisser à la multitude de ses miracles de leur faire connaître sa puis sance, et à sa doctrine de révéler sa grandeur; mais comme ils persévéraient dans cette inter prétation calomnieuse, il leur en fait des reproches sévères, bien que cette accusation n'eût pas le moindre fondement, car l'envie n'examine pas la nature de ses accusations, pourvu qu'elle accuse. Cependant Jésus ne leur répond point avec mépris, mais ses paroles sont pleines de douceur et de dignité pour nous apprendre à être doux envers nos ennemis, à ne point nous troubler alors même qu'ils nous accuseraient de choses que nous ne reconnaissons pas en nous et qui n'ont aucun fondement. Cette conduite fait même ressortir l'odieux de leurs calomnies, car un possédé du démon n'aurait pu faire ni paraître une aussi grande douceur, ni connaître les pensées des coeurs. C'est du reste parce que leurs accusations étaient dépourvues de toute raison, qu'ils redoutaient la multitude, et qu'ils n'osaient rendre publique cette accusation contre le Christ; ils se contentaient de l'agiter au fond de leur coeur. C'est pour cela que l'Évangéliste dit: «Or, Jésus connaissant leurs pensées». Le Sauveur, dans sa réponse, ne relève point cette volonté qu'ils avaient de l'accuser; il ne divulgue pas leur méchanceté, il se contente de leur répondre, car son désir était d'être utile aux pécheurs et non pas de dévoiler leurs crimes. Il ne se justifie point non plus à l'aide de témoignages de l'Écriture, car ils n'y auraient fait aucune attention et les auraient expliqués dans un autre sens, mais il tire sa ré ponse des choses qui arrivent ordinairement. Les guerres qui viennent de l'extérieur sont bien moins funestes que les guerres civiles: c'est ce qui se vérifie également pour tous les corps comme pour tous les êtres. Mais le Seigneur emprunte ses exemples aux choses qui sont plus connues: «Tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné»,etc. Rien n'est plus puissant sur la terre qu'un royaume, cependant la division est pour lui un principe certain de ruine; que dire après cela d'une ville, d'une maison, divisées contré elles-mêmes. Grand ou petit, tout ce qui combat contre soi-même se détruit nécessairement.
Saint Hilaire de Poitiers
Le sort d'une mai son ou d'une cité est ici le même que celui d'un royaume; c'est pour cela qu'il ajoute: «Toute ville ou toute maison divisée contre elle-même ne pourra subsister».