Matthieu 12, 18

Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je trouve mon bonheur. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement.

Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je trouve mon bonheur. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement.
Catéchisme de l'Église catholique
Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9 ; cf. Mt 12, 18-21 ; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16 ; cf. Mt 3, 17 ; Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit Saint pour vivifier la multitude : non pas de l’extérieur, mais en épousant notre " condition d’esclave " (Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.
Louis-Claude Fillion
Isaïe décrit trois choses : 1° la vocation du Messie, 2° sa conduite, 3° les résultats obtenus par lui. Il est question de la vocation du Christ au v. 18. - Voici mon serviteur. Dans le texte latin, « Puer », peut désigner indistinctement le fils ou le serviteur de la famille : le texte hébreu parle très explicitement du serviteur de Jéhova. Mais celui dont le nom revient si fréquemment dans la seconde partie du livre d’Isaïe, ch. 40-56, n’est autre que le Messie, considéré dans ses humiliations volontairement acceptées pour notre salut. Cf. Phil. 2, 7. Les Rabbins le reconnaissaient presque tous. Aussi, dans la paraphrase chaldaïque, lisons nous la traduction suivante de notre passage : voici mon serviteur, le Messie ! - Que j'ai choisi. Jéhova, qui est censé prononcer ces paroles, affirme à la face du ciel et de la terre que, de toute éternité, il a choisi son Christ pour en faire le régénérateur de l’humanité. - En qui mon âme a mis toutes ses complaisances. La voix qui retentit à l’heure du baptême de Jésus, 3, 17, celle qui retentira au moment de sa Transfiguration, 17, 5, exprimaient précisément la même pensée, le même amour de complaisance absolue. - Dans le texte grec, l'emploi de l’accusatif est plus expressif et indique une tendance perpétuelle de l’affection divine vers son Christ. - Mon esprit : « il ne faut point s'étonner qu'on se serve du mot « âme » pour exprimer les affections de Dieu, puisque dans un sens moral, et selon les différentes manières d'expliquer l’Écriture sainte, on lui attribue aussi toutes les parties du corps humain », S. Jérôme, Lettre 121 à Algasia. - J'ai mis ; dans l’hébreu le verbe est au parfait : « j’ai placé » (Cf. Is. 12, 1). « L'esprit, observe encore S. Jérôme, Comm. in h.l., est mis non sur le Verbe de Dieu ni sur le Fils unique qui procède du Père, mais sur celui de qui il est dit : Voici mon serviteur ». - Et il annoncera la justice... Le Messie a été choisi, préparé ; maintenant commence l’exposition de son rôle. Mais quel est ce jugement que le Christ doit annoncer aux païens, tout aussi bien qu’aux Juifs ? Est-ce la justice proprement dite, en ce sens que le Messie a été réellement institué par Dieu juge suprême des bons et des méchants ? Est-ce, d’une manière plus générale, « ce qui est juste et bon », la vérité, la seule vraie religion ? Ces deux interprétations, qu’on a tour à tour adoptées, nous semblent l’une et l’autre contenues dans le rôle du Messie : aussi n’essayerons-nous pas de les séparer.
Saint Thomas d'Aquin
1411. Et il faut savoir que certains apôtres présentent les autorités dans leur version hébraïque, d’autres dans la version des Septante, et que d’autres ne formulaient que le sens des paroles. [Isaïe] fait trois choses : premièrement, il décrit la nature humaine, lorsqu’il dit : VOICI MON ENFANT, car [Jésus] a été un enfant, Lc 2, 43 : Mais l’enfant Jésus resta au temple. Il est appelé enfant, soit en raison de la pureté, car il n’a pas commis de péché et sa bouche n’a pas proféré de tromperie, etc., 1 P 2, 22 ; soit parce qu’on appelle enfant un serviteur. Ainsi, VOICI MON ENFANT, [mon] serviteur par sa condition servile, Ph 2, 7 : Il s’abaissa jusqu’à prendre la forme d’un esclave.

1412. L’élu QUE J’AI CHOISI. Il faut remarquer qu’en chaque homme saint se trouvent trois choses : l’élection divine, l’amour et l’effet, qui est la grâce, et cela, de manière différente chez l’homme et chez Dieu. Chez l’homme, la grâce précède ; en deuxième lieu, il aime ; en troisième lieu, il choisit. Chez Dieu, c’est l’inverse. Et cela vient de ce que, chez l’homme, la volonté ne cause pas cet effet, qui est la grâce, mais que l’amour et la volonté de Dieu sont la cause de la grâce. C’est pourquoi Il choisit d’abord celui qu’Il veut être bon ; en deuxième lieu, Il l’aime et, ensuite, Il lui ajoute la grâce. Ainsi donc, conformément à cela, [Isaïe] présente trois choses. Premièrement, l’élection, etc. Dans l’original, on ne trouve pas CHOISI.

1413. [Isaïe] dit donc : VOICI MON ENFANT QUE J’AI CHOISI, etc., et cela, en raison d’une double élection, qui convient tout à fait au Christ selon sa nature humaine. En effet, il a été choisi pour deux choses, à savoir, pour être le Fils de Dieu, comme on lit en Rm 1, 4 : Qui a été prédestiné comme Fils de Dieu, etc., et Ps 64[65], 5 : Bienheureux celui qui tu as choisi et assumé. Il a aussi été choisi en vue de l’œuvre de la rédemption des hommes, comme [on lit] en Jn 3, 16 : Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique, etc. De même, il [l’]a choisi afin de l’aimer ; c’est pourquoi il est dit : MON BIEN-AIMÉ. En effet, s’Il en aime d’autres, Il aime encore plus son Fils unique. Ainsi, Jn 3, 34 : L’Esprit ne lui a pas été compté. Et s’Il en aime d’autres, [Il aime] cependant celui-ci d’un amour particulier. [Isaïe] dit donc : QUI A PLU EN TOUT À MON CŒUR, c’est-à-dire à ma volonté. Et cela est un amour particulier, car la volonté ne se repose que là où elle trouve ce qui lui plaît. Or, rien ne plaît que par l’effet de la grâce, et aucune grâce n’a fait défaut au Christ. Ainsi, plus haut, 3, 17 : Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu.

1414. Ensuite, [Isaïe] présente le don de la grâce : Je placerai sur lui mon Esprit, comme on lit en Jl 2, 28 : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Mais, dans le Christ, Il a répandu non seulement de l’Esprit, mais tout l’Esprit, comme on lit en Jn 3, 34 : L’Esprit ne lui a pas été compté, et Is 11, 2 : L’Esprit du Seigneur reposera sur lui. Et cela, pour autant qu’il a la forme de l’esclave. Et que fera-t-il ? Aura-t-il une fonction ? IL ANNONCERA LE DROIT AUX NATIONS, c’est-à-dire qu’il enseignera aux nations les jugements de Dieu. Dans le passé, les Juifs s’enorgueillissaient d’être le peuple particulier de Dieu ; ils disaient donc : Il n’a pas agi ainsi pour toutes les nations, et Il ne leur a pas manifesté ses jugements. Mais cela a été dit aux nations. Ainsi, IL ANNONCERA AUX NATIONS, d’une manière matérielle, car il a reçu le pouvoir de juger les nations. Ac 10, 42 : C’est lui que Dieu a établi comme juge des vivants et des morts, et Jn 5, 22 : Le Père a confié tout jugement au Fils.
Saint Rémi
Notre-Seigneur est appelé le serviteur du Dieu tout-puissant, non pas comme Dieu, mais suivant l'économie de son incarnation; car par la coopé ration du Saint-Esprit il a pris dans le sein de la Vierge une chair exempte de la tache du péché. Quelques exemplaires portent: «L'élu que j'ai choisi»; car il a été choisi, c'est-à-dire pré destiné par Dieu le Père, pour être non pas son fils adoptif, mais son propre fils.
Saint Jérôme
L'Esprit saint repose non pas sur le Verbe de Dieu, sur ce Fils unique qui sort du sein du Père ( Jn 1,18 Jn 8,4 ), mais sur celui dont il a été dit: «Voici mon serviteur». Que doit-il opérer par son ministère? Écoutez la suite: «Il annoncera la justice aux nations».
Saint Jean Chrysostome
De peur que ces actes de folie, incroyables dans les pharisiens, ne vous jettent dans le trouble, Jésus apporte le té moignage du Prophète. Car l'exactitude des prophètes est si grande en ce qui concerne le Christ, qu'ils ont rapporté les moindres détails de sa vie, ses voyages, ses marches, et jus qu'aux intentions qui le faisaient agir, pour vous montrer que toutes ces choses leur étaient dictées par l'Esprit saint. Il est impossible, en effet, de connaître les pensées d'un homme, à plus forte raison les intentions du Christ, à moins que l'Esprit saint ne les révèle. L'Évangéliste ajoute donc: «Afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie: «Voici mon serviteur»,etc.

Le Prophète a com mencé par l'énumération de ces deux caractères, pour vous indiquer que tout ce qui suit s'est fait selon le bon plaisir du Père; car celui qui est aimé agit conformément à la volonté de celui qui l'aime. De même celui qui est élu ne détruit pas la loi par opposition à celui qui l'a choisi, il ne se présente pas comme l'ennemi du législateur, mais comme en parfaite harmonie avec lui. Or, c'est parce qu'il est mon bien-aimé que «je ferai reposer mon esprit sur lui».