Évangile selon Saint Marc

Chapitre
1
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1 COMMENCEMENT DE L’ÉVANGILE de Jésus, Christ, Fils de Dieu. 6
Prédication de Jean, précurseur de Jésus
Saint Jean-Baptiste
Saint Jean-Baptiste
2 Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. 33 Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. 144 Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. 35 Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. 36 Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. 47 Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. 38 Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » 15
Explications
Contexte historique et social

Le désert de Judée : un lieu chargé de mémoire

Le « désert » de Jean n'est pas un vague no man's land, mais une région précise : les pentes arides qui descendent de la montagne de Juda vers le Jourdain et la mer Morte. Pour un Juif du Ier siècle, ce paysage est saturé de souvenirs. C'est par le désert qu'Israël est sorti d'Égypte et a reçu l'Alliance ; c'est là que Dieu a « fiancé » son peuple (cf. Os 2, 16). Le désert est donc le lieu des commencements et des recommencements : on y retourne pour retrouver la pureté des origines. Tout près du Jourdain vivait précisément, à Qumrân, une communauté (souvent identifiée aux esséniens) qui s'était retirée au désert pour « préparer le chemin du Seigneur » — citant le même verset d'Isaïe que Jean. L'air du temps était à cette attente.

Les bains rituels et la nouveauté du baptême de Jean

La purification par l'eau était familière au judaïsme : les ablutions rituelles (mikvé) se répétaient pour retrouver la pureté légale avant la prière, le Temple ou les repas, et les esséniens multipliaient ces bains. Le judaïsme connaissait aussi le baptême des prosélytes, par lequel un païen se joignait au peuple de l'Alliance. Le geste de Jean s'en distingue sur un point inouï : il appelle des Juifs — déjà membres du peuple élu — à se faire baptiser dans un acte unique, lié à la confession des péchés et à la conversion. C'est traiter Israël comme ayant lui-même besoin de revenir à Dieu ; d'où le choc, et le succès populaire (« tout le pays de Judée » accourt).

Le vêtement et la nourriture du prophète

Le poil de chameau et la ceinture de cuir ne sont pas un détail pittoresque : c'est l'habit même d'Élie (2 R 1, 8). Quiconque connaît l'Écriture comprend aussitôt le message : voici le prophète du dernier temps. Les sauterelles font partie des rares insectes déclarés purs et comestibles par la Loi (Lv 11, 22) ; le miel sauvage est la douceur du désert. Cette nourriture frugale signale la rupture avec le confort, l'austérité de celui qui ne vit que pour l'annonce.

L'attente d'Élie et l'effervescence eschatologique

La dernière page des prophètes promettait le retour d'Élie avant le grand « Jour du Seigneur » (Ml 3, 23-24). Au Ier siècle, beaucoup espéraient une intervention décisive de Dieu, et l'on a vu surgir prophètes et mouvements de réveil dans la région du Jourdain. Jean s'inscrit dans cette ferveur, mais en s'effaçant : il ne retient pas l'attention sur lui ; il désigne un Autre.

Lecture biblique et exégétique

« Commencement de l'Évangile » : un incipit programmatique (v. 1)

Le premier mot grec, archē (« commencement »), fait écho à la Genèse (« Au commencement… ») : la venue de Jésus est une création nouvelle. Le mot euangelion (« évangile, bonne nouvelle ») était employé dans le monde gréco-romain pour les bonnes nouvelles de l'empereur (naissance, victoire) ; Marc le détourne et le réserve à Jésus. Le titre se referme sur deux affirmations décisives : Jésus est le Christ (le Messie, l'Oint) et le Fils de Dieu. Ces mots « Fils de Dieu », absents de quelques manuscrits anciens mais largement attestés, forment une inclusion avec la confession du centurion au pied de la croix : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » (15, 39). Tout l'évangile tient entre ces deux pôles : l'identité annoncée au seuil, dévoilée à la croix.

Une citation composite attribuée à « Isaïe » (v. 2-3)

Marc tisse trois textes : « j'envoie mon messager » (Ex 23, 20 ; Ml 3, 1) et « une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 3). Il attribue l'ensemble à Isaïe, le prophète majeur — procédé juif courant du florilège, qui range une chaîne de citations sous le nom du plus grand. Chez le Second Isaïe, « préparer le chemin » annonçait le retour d'Exil ; Marc l'applique à la venue du Seigneur Jésus : le vrai retour d'Exil, c'est lui.

Jean, nouvel Élie, et l'annonce du Plus Fort (v. 4-8)

La prédication de Jean est résumée d'un trait : « un baptême de conversion pour la rémission des péchés ». Puis vient l'essentiel, l'annonce de Celui qui vient : « plus fort que moi ». Délier la courroie des sandales était la tâche du dernier des esclaves ; Jean s'en déclare indigne, mesurant l'abîme entre le précurseur et le Messie. Enfin l'opposition décisive : « moi, je vous ai baptisés dans l'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint ». Le geste de Jean n'était qu'un seuil ; le don de l'Esprit, voilà ce que Jésus apporte.

Parmi les synoptiques

Matthieu (3, 1-12) et Luc (3, 1-18) développent davantage la prédication de Jean (le feu, la cognée, l'exhortation morale). Marc, fidèle à son style, va au plus court et au plus dense : il garde l'essentiel christologique — Jean tout entier tendu vers Jésus.

Pour la vie spirituelle et pratique

Préparer le chemin

« Aplanir la route » du Seigneur, c'est l'œuvre même de la conversion : combler les ravins de nos lâchetés, abaisser les montagnes de l'orgueil, redresser ce qui est tortueux en nous (cf. Is 40, 4). Le baptême de Jean ne donnait pas encore l'Esprit, mais il ouvrait les cœurs. Notre Avent, notre Carême, nos relectures de vie ont la même fonction : déblayer le passage pour Celui qui vient.

L'humilité du précurseur

Jean est grand parce qu'il s'efface : « il faut qu'il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3, 30). Modèle de tout disciple, de tout éducateur, de tout apôtre : annoncer un Autre, désigner Jésus du doigt, ne pas retenir sur soi la lumière qui n'est pas la nôtre. Le Catéchisme voit en Jean « plus qu'un prophète », le dernier des précurseurs qui inaugure l'Évangile (cf. CEC 523).

Le désert comme école

Le désert n'est pas seulement une géographie, c'est un chemin intérieur : silence, dépouillement, vérité sans fard. Se ménager des déserts — un temps de prière, un jeûne, une retraite — n'est pas fuir la vie, mais y revenir purifié, prêt à reconnaître le Seigneur quand il passe.

Baptême de Jésus par Jean
Le baptême de Jésus
Le baptême de Jésus
9 En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. 410 Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. 311 Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » 11
Explications
Contexte historique et social

Le Jourdain : un fleuve de passages

Le Jourdain n'est pas un grand fleuve, mais il est immense par sa mémoire. C'est en le traversant qu'Israël, conduit par Josué, est entré dans la Terre promise ; c'est là qu'Élie est enlevé et qu'Élisée reçoit son esprit (2 R 2) ; c'est dans ses eaux que Naaman le Syrien est guéri de sa lèpre (2 R 5). Se faire baptiser au Jourdain, c'est donc se placer sous le signe du passage, de l'entrée dans une terre et une vie nouvelles.

Nazareth de Galilée : l'obscurité d'un village

Marc situe Jésus avec une précision presque dédaigneuse : « Nazareth de Galilée ». Nazareth est un bourg minuscule, jamais nommé dans l'Ancien Testament ni par l'historien Flavius Josèphe ; la Galilée elle-même passe pour une province mêlée, suspecte aux gens de Jérusalem (« de Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? », Jn 1, 46). Le Messie ne vient pas du Temple ni du palais, mais d'un village sans renom : c'est déjà l'abaissement qui marquera toute sa vie.

Pourquoi le Sans-péché reçoit-il un baptême de pécheurs ?

Le baptême de Jean était « pour la rémission des péchés ». Que Jésus, qui n'a pas péché, s'y soumette a très tôt étonné (Matthieu rapporte la résistance de Jean, Mt 3, 14). La réponse de la foi : Jésus se range parmi les pécheurs, par solidarité, anticipant la croix où il portera le péché du monde. Il descend dans l'eau comme il descendra dans la mort, pour nous en faire remonter avec lui.

La « voix du ciel » dans la pensée juive

Le judaïsme du Second Temple, estimant la prophétie éteinte, parlait d'une bat qol (« fille de la voix »), un écho céleste par lequel Dieu se faisait parfois entendre. Ici, ce n'est pas un écho affaibli : c'est la voix du Père lui-même, claire et personnelle, qui rompt le silence des cieux.

Lecture biblique et exégétique

« Les cieux se déchirent » (v. 10)

Marc emploie un verbe violent, schizō (« déchirer »), là où Matthieu et Luc disent plus doucement « s'ouvrir ». Ce mot rare revient à un seul autre endroit de l'évangile : à la mort de Jésus, quand le voile du Temple se déchire de haut en bas (15, 38). Deux déchirures encadrent ainsi le récit : au baptême, le ciel s'ouvre pour révéler le Fils ; à la croix, le sanctuaire s'ouvre pour donner accès à Dieu. La séparation entre le ciel et la terre est désormais entamée.

L'Esprit « comme une colombe » (v. 10)

La descente de l'Esprit sous la forme d'une colombe évoque l'Esprit de Dieu « planant » sur les eaux de la création (Gn 1, 2) : avec Jésus commence une création nouvelle. La colombe rappelle aussi celle du déluge, annonçant la paix retrouvée, et, dans la tradition juive, Israël lui-même. Sur Jésus repose désormais, de façon stable, l'Esprit que les prophètes annonçaient sur le Messie (Is 11, 2 ; 61, 1).

La voix du Père : Fils, Bien-aimé, Serviteur (v. 11)

« Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour. » Trois Écritures résonnent dans cette parole : le Psaume royal de l'intronisation du Messie (« Tu es mon fils », Ps 2, 7) ; le premier chant du Serviteur (« mon élu en qui mon âme se complaît », Is 42, 1) ; et peut-être Isaac, le « fils bien-aimé » offert par Abraham (Gn 22, 2). D'un seul mot, le Père dit donc qui est Jésus : le Roi-Messie, et en même temps le Serviteur souffrant qui sauvera en se livrant.

Une scène trinitaire

Le baptême du Christ est l'une des grandes théophanies trinitaires de l'Écriture : le Père qui parle, le Fils baptisé, l'Esprit qui descend. Le Catéchisme y lit la manifestation de Jésus comme Messie d'Israël et Fils de Dieu (CEC 535). Ce que les synoptiques racontent ici, Jean le condensera dans le témoignage du Baptiste (Jn 1, 32-34).

Pour la vie spirituelle et pratique

« Tu es mon bien-aimé » : l'identité avant l'œuvre

Avant d'avoir prêché, guéri ou souffert quoi que ce soit, Jésus s'entend dire : « Tu es mon Fils bien-aimé. » L'amour du Père précède l'action ; il n'en est pas la récompense. C'est la racine de toute vie chrétienne : nous sommes aimés d'abord, gratuitement. La tentation de mériter l'amour de Dieu par nos performances est précisément ce que cette parole vient dissoudre.

Notre baptême, source de notre filiation

Ce que Jésus vit ici, le baptisé le reçoit par grâce : devenir « fils dans le Fils », plongé dans la mort et la résurrection du Christ, marqué par l'Esprit (cf. CEC 1265). Faire mémoire de son baptême — le dater, en bénir Dieu, renouveler ses promesses — n'est pas un geste de dévotion accessoire : c'est revenir à la source de son identité la plus profonde.

Entendre la voix dans la prière

La prière chrétienne consiste, pour une grande part, à se tenir sous cette parole jusqu'à ce qu'elle devienne nôtre : « tu es mon enfant bien-aimé ». Beaucoup de saints ont fait de ce moment du baptême du Seigneur (fêté à la fin du temps de Noël) le cœur d'une contemplation : se laisser regarder et nommer par le Père.

Tentation de Jésus au désert
12 Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert 313 et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. 8
Explications
Contexte historique et social

Le désert, lieu de l'épreuve et du combat

Dans la mémoire d'Israël, le désert n'est pas seulement le lieu de l'Alliance ; c'est aussi celui de la tentation : pendant quarante ans, le peuple y a murmuré, douté, idolâtré (Ex 16-17 ; Nb 14). Le désert est l'espace nu où l'homme, privé de tout appui, se révèle à lui-même et où se joue sa fidélité à Dieu. Lieu réputé hanté par les démons et les esprits impurs, il est tout désigné pour la rencontre frontale avec Satan.

Satan, « l'Accusateur »

Le mot Satan (hébreu śāṭān, « l'adversaire, l'accusateur ») désigne, dans l'Ancien Testament, une figure qui accuse l'homme devant Dieu (Jb 1-2 ; Za 3, 1-2). Au temps de Jésus, la pensée juive avait développé une vive conscience du combat entre Dieu et les puissances du mal. Marc, dès le seuil de son évangile, plante le décor de tout le récit : la vie de Jésus sera une lutte pour arracher les hommes à l'emprise du Mauvais — exorcismes, guérisons, jusqu'à la victoire de la croix.

Les bêtes sauvages et les anges

« Parmi les bêtes sauvages » : pour le lecteur ancien, ces bêtes évoquent à la fois le danger réel du désert et les puissances hostiles. Mais l'Écriture promettait qu'aux temps du salut, le loup habiterait avec l'agneau et l'enfant jouerait sur le nid du serpent (Is 11, 6-9) : la paix de l'Éden retrouvée. Quant aux anges qui « servent » Jésus, ils rappellent l'ange nourrissant Élie au désert (1 R 19, 5-8) et la promesse du Psaume : « il donnera pour toi ordre à ses anges » (Ps 91, 11).

Lecture biblique et exégétique

« L'Esprit le pousse » (v. 12)

Le verbe grec, ekballō, est rude : « jeter dehors, expulser ». C'est le même mot que Marc emploie pour les exorcismes (Jésus « chasse » les démons). Ce n'est pas une promenade : l'Esprit reçu au baptême conduit aussitôt Jésus au front. La tentation n'est donc pas un accident ou un échec de la grâce ; elle fait partie du chemin du Fils, et c'est porté par l'Esprit qu'il l'affronte.

« Quarante jours » (v. 13)

Le chiffre est lourd de mémoire : les quarante ans d'Israël au désert, les quarante jours de Moïse au Sinaï (Ex 34, 28), les quarante jours d'Élie marchant vers l'Horeb (1 R 19, 8). Jésus récapitule et reprend à son compte toute cette histoire. Là où Israël a succombé, le nouvel Israël tient bon.

Le nouvel Adam

La concision de Marc laisse au premier plan un trait qu'il est seul à noter : Jésus « avec les bêtes sauvages ». Une longue tradition y voit le nouvel Adam. Le premier Adam, au paradis, vivait en paix avec les animaux avant de céder au tentateur et d'être chassé ; Jésus, au désert (l'anti-paradis), affronte le tentateur et rétablit la paix des origines, inaugurant la réconciliation de toute la création annoncée par Isaïe. Là où Adam a été vaincu, le Christ est vainqueur.

Marc et les autres synoptiques

Matthieu (4, 1-11) et Luc (4, 1-13) détaillent les trois tentations (les pierres changées en pain, le pinacle du Temple, les royaumes du monde) et la réplique de Jésus par l'Écriture. Marc, lui, ne retient que le cadre — l'Esprit, le désert, Satan, les bêtes, les anges — mais ce dépouillement même fait ressortir la figure d'Adam et la victoire silencieuse du Fils.

Pour la vie spirituelle et pratique

Le combat fait partie du chemin

Être tenté n'est pas un signe d'abandon de Dieu : Jésus lui-même, « en tout semblable à nous hormis le péché » (He 4, 15), a connu l'épreuve. Le Catéchisme médite ces tentations comme le combat du nouvel Adam fidèle (cf. CEC 538-540). Le chrétien ne doit donc ni s'étonner ni se décourager de la lutte : elle est le lieu où se fortifie la fidélité.

Conduits par l'Esprit, même dans l'épreuve

C'est l'Esprit qui mène Jésus au désert. Nos propres « déserts » — épreuves, sécheresses, solitudes — ne sont pas hors du dessein de Dieu ; l'Esprit peut y être à l'œuvre, nous décapant de nos fausses sécurités. Le Carême (quarante jours) fait de ce mystère une école annuelle : jeûne, prière, combat, dans l'espérance de la victoire pascale.

Les anges, le secours discret de Dieu

« Les anges le servaient. » Dans l'épreuve, Dieu ne laisse pas seul : son secours est souvent discret, indirect, mais réel. Reconnaître ces « services des anges » — une présence, une parole, une force qui vient on ne sait d'où — soutient l'espérance au cœur du combat.

Jésus, Christ
La venue du règne de Dieu
Les débuts en Galilée
14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; 315 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » 20
Explications
Contexte historique et social

La Galilée, terre de Jésus

Jésus n'inaugure pas son ministère à Jérusalem, au cœur religieux du judaïsme, mais en Galilée, province du Nord réputée mêlée et un peu méprisée des gens de Judée — « la Galilée des nations » (Is 8, 23). C'est une région fertile et peuplée, vivant de la pêche autour du lac et de l'agriculture, traversée de routes commerciales. Elle relève alors du tétrarque Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand. Que la Bonne Nouvelle commence là, loin du Temple, dit déjà quelque chose de Dieu : il rejoint d'abord les périphéries.

« Après que Jean eut été livré »

Marc date le commencement par un événement sombre : l'arrestation de Jean-Baptiste par Antipas. L'historien Flavius Josèphe confirme l'exécution de Jean dans la forteresse de Machéronte ; les évangiles en donnent le motif (la dénonciation du mariage d'Antipas avec Hérodiade). Le précurseur disparaît au moment même où paraît Celui qu'il annonçait : Jean décroît, Jésus grandit. Le verbe « livré » (paradidōmi) sonne comme un présage : il reviendra pour dire la trahison de Judas et la livraison de Jésus à la Passion.

Qu'évoquait le « Royaume de Dieu » ?

Pour un Juif du Ier siècle, le « Royaume » (ou « règne ») de Dieu n'était pas un lieu, mais l'idée que Dieu règne : qu'il intervienne enfin pour briser l'oppression, juger le mal et rétablir son peuple. Beaucoup en attendaient une délivrance politique, la fin de la domination romaine. L'espérance était nourrie par les Psaumes du Règne (« le Seigneur est roi ! »), par Daniel (le règne qui ne finira pas), par des écrits comme les Psaumes de Salomon. En annonçant le Royaume « tout proche », Jésus touche donc une corde brûlante — qu'il va purifier de ses ambiguïtés.

Lecture biblique et exégétique

« L'Évangile de Dieu »

Marc reprend le mot-programme de son livre (euangelion, cf. 1, 1). « L'Évangile de Dieu » : la bonne nouvelle dont Dieu est la source et le contenu. Jésus ne se contente pas de l'annoncer ; en sa personne, il l'inaugure. Le messager est le message.

Une proclamation en quatre temps (v. 15)

Le résumé de Marc est d'une densité parfaite, articulé en deux affirmations et deux appels :

  • « Le temps est accompli » (peplērōtai ho kairos) : non le temps qui s'écoule (chronos), mais le moment décisif, l'heure fixée par Dieu, désormais arrivée.
  • « Le Royaume de Dieu est tout proche » (ēngiken) : il s'est approché au point de toucher ; il fait irruption dans l'histoire avec Jésus.
  • « Convertissez-vous » (metanoeite) : changez de cœur et de direction, retournez-vous vers Dieu.
  • « Croyez à l'Évangile » : accueillez cette nouvelle dans la foi.

L'ordre est capital : d'abord ce que Dieu fait (le temps accompli, le Royaume qui vient), puis la réponse de l'homme (conversion, foi). La grâce précède l'effort ; on ne se convertit pas pour que Dieu vienne, on se convertit **parce qu'**il vient.

Un Royaume déjà là et encore à venir

Tout l'évangile déploiera cette tension : le Royaume est déjà présent et agissant en Jésus (ses exorcismes, ses guérisons, ses paraboles) et pourtant encore attendu dans sa plénitude (la venue du Fils de l'homme). Le chrétien vit dans cet « entre-deux » : le Règne a commencé, il s'accomplira.

Parmi les synoptiques

Matthieu condense de même (« Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche », Mt 4, 17), tandis que Luc place en ouverture le programme de Nazareth (Lc 4, 16-21). Marc, fidèle à sa concision, offre le sommaire le plus ramassé de la prédication de Jésus — un véritable titre pour toute la suite.

Pour la vie spirituelle et pratique

Vivre l'« aujourd'hui » du salut

« Le temps est accompli. » La foi chrétienne n'est pas tournée vers un passé révolu ni vers un futur indéfini : elle se joue maintenant. Chaque jour est un kairos, une heure offerte. La prière du matin, l'examen du soir aident à ne pas laisser passer cet aujourd'hui où Dieu se rend proche.

La conversion, un retournement de toute la vie

La metanoia n'est pas un simple remords passager, mais un réajustement permanent du cœur vers Dieu. Le Catéchisme rappelle que la conversion est l'œuvre de toute une vie, sans cesse reprise (cf. CEC 1427-1429). Croire à l'Évangile, c'est laisser cette Bonne Nouvelle déplacer peu à peu nos priorités, nos peurs, nos refus.

Croire que le Royaume est proche

Beaucoup vivent comme si Dieu était lointain ou absent. La parole de Jésus affirme l'inverse : son règne « touche » déjà notre vie. L'espérance chrétienne consiste à guetter les signes de ce Royaume — un pardon, une réconciliation, une pauvreté secourue — et à y coopérer, en attendant qu'il s'accomplisse.

Appel des premiers disciples
16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. 417 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » 118 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 119 Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. 120 Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite. 6
Explications
Contexte historique et social

La pêche sur le lac de Galilée

Le lac de Génésareth (la « mer de Galilée ») nourrissait toute une économie de la pêche : barques de bois, filets, salaisons, marchés. Les pêcheurs n'étaient pas des miséreux : Zébédée emploie des ouvriers (v. 20), signe d'une petite entreprise familiale. Quitter ce métier, c'était abandonner un gagne-pain assuré, un patrimoine, une place sociale. L'appel de Jésus a donc un coût très concret.

Maître et disciple : une initiative renversée

Dans le judaïsme, un jeune homme qui voulait étudier la Loi choisissait son maître (rabbi) et le suppliait de l'accueillir. Ici, tout est inversé : ce n'est pas le disciple qui choisit, c'est Jésus qui appelle, souverainement, sur le lieu même du travail. Cette gratuité de l'initiative divine marque toute vocation : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15, 16).

Quitter le père et la barque

« Laissant leur père Zébédée dans la barque » : dans une société où le père était l'autorité, l'héritage et l'identité, partir ainsi était une rupture audacieuse. Suivre Jésus crée une nouvelle famille, fondée non sur le sang mais sur l'écoute de sa parole — ce que Marc dira plus loin : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère » (3, 35).

Lecture biblique et exégétique

« En passant le long de la mer »

Jésus appelle en marche, au milieu des gestes ordinaires du travail. La vocation ne surgit pas dans un sanctuaire à l'écart, mais dans le quotidien, là où les hommes peinent. Marc présente d'abord deux frères, Simon et André, puis deux autres, Jacques et Jean : l'Évangile rassemble par liens et par paires, et il rassemblera bientôt les Douze.

« Venez à ma suite »

L'expression grecque (« derrière moi ») désigne la place du disciple : marcher derrière le maître, sur ses pas. Suivre Jésus n'est pas adhérer à une doctrine, mais s'attacher à une personne et prendre son chemin — qui mènera jusqu'à la croix (« qu'il prenne sa croix et me suive », 8, 34).

« Pêcheurs d'hommes »

L'image joue sur le métier des appelés. Dans l'Ancien Testament, « prendre au filet » était souvent une figure du jugement (Jr 16, 16 ; Am 4, 2 ; Ez 29). Jésus la retourne en image de salut : il s'agira désormais de retirer les hommes des eaux de la mort pour les amener à la vie. La promesse (« je vous ferai devenir ») souligne que c'est lui qui rendra capables ces hommes simples.

« Aussitôt » : la promptitude de la foi

Le mot favori de Marc, euthys (« aussitôt »), revient ici deux fois. La réponse est immédiate, totale, sans calcul : ils laissent filets et barque, et même leur père. Cette promptitude n'est pas de l'inconscience, mais la marque de l'autorité de la parole de Jésus, qui appelle et qui rend capable d'y répondre. Simon-Pierre, nommé le premier, occupera la première place dans le collège des disciples.

Parmi les synoptiques et chez Jean

Matthieu suit Marc de près (Mt 4, 18-22). Luc situe l'appel après la pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11), qui révèle la sainteté de Jésus et l'indignité de Pierre. Jean rapporte une première rencontre antérieure, près du Jourdain, par l'entremise du Baptiste (Jn 1, 35-42) : les disciples connaissaient sans doute déjà Jésus, ce qui éclaire la rapidité de leur réponse.

Pour la vie spirituelle et pratique

L'initiative est à Dieu

Toute vocation — au mariage, à la vie consacrée, au sacerdoce, à une mission — commence par un appel que l'on n'a pas fabriqué. Avant d'être notre choix, elle est un regard posé sur nous, une parole entendue. Se savoir appelé délivre de l'angoisse de se justifier soi-même : il s'agit de répondre, non de se mériter.

Le détachement qui libère

« Laissant leurs filets, ils le suivirent. » Suivre le Christ demande de lâcher des sécurités — non par mépris des biens, mais pour avoir les mains libres. Ce que l'on quitte pour l'Évangile n'est jamais perdu : « personne n'aura quitté maison, frères… sans recevoir le centuple » (10, 29-30).

Pêcheurs d'hommes aujourd'hui

L'appel à « prendre les hommes » pour le Royaume n'est pas réservé aux apôtres : tout baptisé est envoyé. Témoigner, accueillir, accompagner vers la foi, c'est continuer cette pêche. Et la promesse demeure : c'est Jésus qui rend capable — il suffit de se laisser saisir et envoyer.

L'autorité de Jésus manifestée par son enseignement et ses actes
Jésus à la synagogue de Capharnaüm
Jésus à la synagogue de Capharnaüm
21 Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. 422 On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. 223 Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : 224 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » 325 Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » 226 L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. 127 Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » 428 Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée. 11
Jésus guérit un paralysé
Jésus guérit un paralysé
29 Aussitôt sortis de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. 330 Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. 331 Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. 632 Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. 333 La ville entière se pressait à la porte. 134 Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. 835 Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. 436 Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. 137 Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » 138 Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » 339 Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons. 6
Jésus guérit un lépreux
Jésus guérit un lépreux
40 Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 441 Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » 242 À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. 243 Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt44 en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » 345 Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui. 19
Explications
Contexte historique et social

Capharnaüm, « sa ville »

Jésus fait de Capharnaüm, bourg de pêcheurs sur la rive nord du lac, le centre de son ministère galiléen. Carrefour commercial doté d'un poste de douane, la ville avait une synagogue (les fouilles en ont dégagé les vestiges, sous une synagogue plus tardive) et, tout près, une maison vénérée dès les origines comme celle de Pierre. C'est là, dans le quotidien d'une petite ville, que se déploie la puissance du Royaume.

La synagogue et le sabbat

La synagogue n'était pas un temple (un seul Temple existait, à Jérusalem) mais le lieu de la prière, de la lecture de la Loi et des Prophètes, et de leur commentaire, surtout le jour du sabbat. L'enseignant ordinaire — le scribe — argumentait en citant les autorités antérieures (« Rabbi Untel a dit… »). D'où la stupeur devant Jésus, qui enseigne de sa propre autorité, sans s'appuyer sur personne.

Esprits impurs, maladie et exclusion

Le monde de Jésus tenait pour évidente l'action de forces mauvaises, les esprits impurs, dont on attendait la défaite aux temps du salut. La maladie, elle, n'était pas seulement une épreuve physique mais souvent un facteur d'exclusion. C'est au plus haut point le cas de la lèpre : selon le Lévitique (Lv 13-14), le « lépreux » (un terme couvrant diverses affections de la peau) était déclaré impur, devait vivre à l'écart, vêtements déchirés, criant « Impur ! », exclu du culte et de la vie sociale — une sorte de mort vivante. Seul le prêtre pouvait constater la guérison et réintégrer le malade par des rites précis. Et toucher un lépreux rendait soi-même impur : on comprend la portée du geste de Jésus.

Le repos du sabbat et le soir venu

On amène les malades à Jésus « le soir venu, après le coucher du soleil » (v. 32) : c'est que le sabbat s'achevait alors, et qu'on évitait de porter un fardeau ou de se déplacer avant sa fin. Le détail dit la délicatesse de Marc pour les usages du temps.

Lecture biblique et exégétique

Une autorité (exousia) nouvelle (v. 21-28)

Le mot-clé de la section est exousia, « autorité, pouvoir ». Jésus enseigne « comme ayant autorité, et non comme les scribes » (v. 22), puis manifeste cette autorité en acte : il commande à l'esprit impur, qui obéit. Parole et puissance ne font qu'un. Détail typique de Marc : le démon connaît l'identité de Jésus (« le Saint de Dieu ») avant les hommes ; mais Jésus lui impose silence (« Tais-toi ! »). C'est le secret messianique : Jésus refuse une révélation prématurée et arrachée, car son identité ne se comprendra vraiment qu'à la croix.

Une « journée type » à Capharnaüm (v. 21-39)

Marc compose une journée exemplaire : à la synagogue (l'exorcisme), puis à la maison (la belle-mère de Simon, « il la releva », et « elle les servait » — deux verbes lourds de sens : relever est le verbe de la résurrection, servir celui du disciple), puis le soir (toute la ville à la porte, guérisons et exorcismes), enfin au petit matin, « dans un lieu désert », Jésus prie (v. 35). Au cœur de l'activité débordante, la prière solitaire est la source ; et Jésus refuse de s'installer dans le succès : « Allons ailleurs… c'est pour cela que je suis sorti » (v. 38).

Le secret messianique

À plusieurs reprises (v. 25.34.44), Jésus impose le silence aux démons et aux miraculés. Ce trait, propre surtout à Marc, traverse tout l'évangile : la gloire de Jésus ne doit pas être proclamée hors du chemin de la Passion, sous peine d'être mal comprise — un Messie de puissance sans la croix.

Le lépreux : Jésus touche l'intouchable (v. 40-45)

La scène est bouleversante. Le lépreux, qui devrait se tenir à distance, s'approche, supplie à genoux : « Si tu veux, tu peux me purifier. » Jésus, « saisi de compassion » (le grec dit l'émotion des entrailles), étend la main et le touche : « Je le veux, sois purifié. » Là où la Loi craignait la contagion de l'impureté, c'est l'inverse qui se produit : ce n'est pas Jésus qui devient impur, c'est le lépreux qui devient pur. Jésus l'envoie ensuite « se montrer au prêtre » et offrir ce que Moïse a prescrit (Lv 14) : il respecte la Loi et rend l'homme à la communauté. Renversement final : l'homme guéri proclame partout la nouvelle, si bien que Jésus ne peut plus entrer ouvertement dans une ville et se tient « dehors, dans des lieux déserts » — il prend en quelque sorte la place du lépreux, hors des villes, tandis que celui-ci y rentre.

Parmi les synoptiques

Matthieu (8, 1-4 ; 8, 14-17) et Luc (4, 31-44 ; 5, 12-16) reprennent ces épisodes, parfois dans un autre ordre. Marc est le plus vivant et le plus concret : gestes, regards, émotions de Jésus, foule qui presse — la marque, selon la Tradition, du témoignage de Pierre.

Pour la vie spirituelle et pratique

Se laisser enseigner « avec autorité »

La parole de Jésus n'est pas une opinion parmi d'autres : elle a autorité pour libérer, guérir, remettre debout. La prière de la Parole (lectio divina) consiste à accueillir cette parole comme une parole qui agit en nous, capable de chasser nos « esprits impurs » — peurs, mensonges, servitudes.

Guéris pour servir

La belle-mère de Simon, relevée, se met aussitôt à servir. Toute grâce reçue appelle un service : on n'est pas guéri pour soi seul, mais pour se donner. C'est la logique même du disciple, à l'image de Celui qui « est venu non pour être servi, mais pour servir » (10, 45).

La prière, source de l'action

Au plus fort de l'activité, Jésus se retire pour prier dans la solitude, avant le jour. Pour qui veut servir sans s'épuiser ni se chercher soi-même, ce rythme est vital : puiser dans la prière la liberté de ne pas s'installer là où l'on a du succès, mais d'« aller ailleurs », là où le Père envoie.

« Si tu veux… » : la confiance et la compassion

La prière du lépreux est un modèle : pleine de foi en la puissance de Jésus (« tu peux »), et abandonnée à sa volonté (« si tu veux »). La réponse — « Je le veux » — révèle le cœur de Dieu, qui veut notre purification. Et le geste de Jésus, qui touche l'exclu, envoie chaque chrétien vers ses propres « lépreux » : ceux que l'on tient à distance, et que la charité ose approcher et toucher.