Marc 1, 8
Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Moi, je vous ai baptisés... Troisième idée, qui établit une comparaison entre les deux
baptêmes, pour relever celui du Christ aux dépens de celui du Précurseur. Les particules μὲν, δὲ (« moi,
lui ») du texte grec rendent l’antithèse plus frappante : il est vrai qu’elles manquent dans les manuscrits B, L,
Sinait. — Dans l’Esprit-Saint. Le Saint-Esprit est comme le fleuve mystique et vivifiant dans lequel les
chrétiens sont plongés au moment de leur baptême. S. Matthieu et S. Luc ajoutent « et dans le feu », mot
important qui sert à mieux déterminer les effets supérieurs du baptême de Jésus. Ainsi donc, le Christ
apportera au monde des bienfaits spirituels que le Précurseur était incapable de lui donner. — Quelle
humilité dans S. Jean ! Elle est au niveau de sa mortification. Rien de semblable n’avait été entendu depuis
l’époque des Prophètes. Qui méritait mieux d’être, selon le langage de Tertullien, « le prédécesseur et le
préparateur des voies du Seigneur » [148] ? Il est intéressant de rapprocher de la narration évangélique les
lignes bien connues dans lesquelles l’historien Josèphe, décrit le portrait moral et le ministère de S.
Jean-Baptiste : « C’était un homme parfait, qui ordonnait aux Juifs de s’exercer à la vertu, à la justice les uns
à l’égard des autres, à la piété envers Dieu, et de se réunir afin de recevoir le baptême. En effet, disait-il, le
baptême ne saurait être agréable à Dieu qu’à la condition qu’on évitera soigneusement tous les péchés. À
quoi servirait-il de purifier le corps, si l’âme n’était auparavant purifiée elle-même par la justice ? Un
immense concours se faisait autour de lui et la foule était avide de l’entendre » [149].
Ou bien encore: Quoique le baptême de Jean ne pût remettre les péchés, cependant il les conduisait à la pénitence. Il prêchait donc son baptême de pénitence, et cette prédication conduisait à la rémission des péchés. En d'autres termes, ceux qui recevaient Jésus-Christ avec des sentiments de pénitence, le recevaient pour la rémission de leurs péchés.
Ou bien: Le vêtement de poils de chameau était le signe extérieur de la douleur qui, comme l'insinue Jean-Baptiste, doit pénétrer un coeur pénitent, car le sac ou le cilice est le symbole de la douleur. La ceinture signifiait la mortification du peuple juif. La nourriture de Jean n'est pas seulement la preuve de son abstinence, mais encore de l'aliment spirituel dont le peuple se nourrissait alors, non qu'il pût encore élever bien haut ses pensées, mais il essayait de s'élever et il retombait bien vite à terre. Ainsi en est-il de la sauterelle qui saute et retombe aussitôt. Le peuple se nourrissait à ta vérité d'un miel composé par les abeilles, c'est-à-dire, par les prophètes, mais sans être préparé et à l'état sauvage, car les Juifs avaient bien les Écritures, comme un miel précieux, mais ils n'en avaient qu'une faible intelligence.
On peut encore l'entendre ainsi: Tous ceux qui venaient trouver Jean-Baptiste et qui recevaient son baptême, étaient délivrés des liens de leurs péchés par la pénitence, et en vertu de leur foi en Jésus-Christ. Jean-Baptiste dénouait donc les cordons, c'est-à-dire les liens du péché» mais il ne put dénouer la chaussure de Jésus-Christ parce qu'il ne trouva pas en lui l'ombre même du péché.
La GloseIl tient ce langage pour combattre l'opinion de la foule qui croyait qu'il était le Christ, et il annonce que le Christ est plus puissant que lui, parce qu'il remettrait les pêches, ce qu'il ne pouvait faire lui-même.
Il est évident que Jean n'a pas seulement prêché le baptême de la pénitence, mais qu'il l'a administré à un certain nombre; mais il n'a pu donner le baptême pour la rémission des péchés, car la rémission des péchés ne nous est accordée que dans le baptême de Jésus-Christ. Il est donc écrit: «Il prêchait le baptême de la pénitence» pour la rémission des péchés, parce que ne pouvant donner le baptême qui remet véritablement les péchés, il en était du moins le prédicateur; et de même qu'il était le précurseur du Verbe incarné par sa prédication, ainsi il précédait et figurait par son baptême, qui ne pouvait remettre le péché, le baptême de la pénitence où les péchés nous sont pleinement remis.
Ce qui suit: «Confessant leurs péchés», enseigne clairement, à ceux qui désirent le baptême, l'obligation de confesser leurs péchés, et de promettre de mener une vie plus sainte.
Saint Jean ne proclame point encore la divinité, la filiation divine du Seigneur, mais il le présente seulement comme un homme plus puissant que lui; car ses auditeurs, encore gr ossiers, ne pouvaient pénétrer les profondeurs d'un si grand mystère et comprendre que le Fils éternel de Dieu eût daigné se faire homme dans le sein d'une vierge, et prendre une seconde naissance pour venir dans le monde; mais il fallait les initier peu à peu, par la connaissance de son humanité glorifiée, à la foi de son éternelle divinité. Néanmoins, il leur déclare en termes voilés que celui qu'il annonce est véritablement Dieu, en leur disant: «Je vous baptise dans l'eau; mais lui vous baptisera dans le Saint-Esprit», car qui peut douter qu'un autre que Dieu puisse donner la grâce de l'Esprit saint.
Nous sommes baptisés dans l'Esprit saint, non seulement lorsqu'au jour du baptême nous sommes purifiés de nos péchés dans cette source, de vie, mais chaque jour, lorsque, parla grâce de ce même Esprit, nous sommes enflammés d'un saint zèle pour l'accomplissement de la volonté de Dieu.
Ou bien, par ce genre de nourriture, Jean-Baptiste figurait le Seigneur dont il était le précurseur. En effet, lorsqu'il est venu p our nous racheter, la gentilité stérile jusqu'alors, fut à sa bouche comme un miel sauvage, et lorsqu'il s'est incorporé la nation juive, il s'est nourri en quelque sorte de sauterelles qui s'élancent par bonds subits et retombent soudain à terre. Les Juifs, en effet, semblaient vouloir s'élancer lorsqu'ils promettaient d'accomplir les préceptes du Seigneur, mais ils retombaient à terre, lorsque par leurs oeuvres, ils reniaient ces divins oracles, c'est-à-dire qu'ils bondissaient en paroles, et qu'ils retombaient à terre par leurs oeuvres.
La chaussure se fait avec la dépouille d'animaux morts: ainsi le Seigneur venant dans le monde, par son incarnation, apparaît pour ainsi dire avec cette chaussure, Lui qui a élevé jusqu'à sa divinité la dépouille de notre nature mortelle corruptible. Dans un autre sens: c'était un usage chez les anciens que lorsqu'un homme refusait de recevoir pour épouse celle qui lui revenait de droit, son plus proche parent l'épousait alors par droit de parenté, et lui déliait la chaussure. Jean-Baptiste se déclare donc à juste titre indigne de dénouer le s cordons de la chaussure du Sauveur, comme s'il disait ouvertement: Je ne puis délier la chaussure du Christ, parce que je me reconnais indigne de prendre le titre d'époux.
Quel est celui qui est plus puissant que la grâce qui lave et efface les péchés (et dont Jean est le symbole), celui qui remet les péchés septante fois
sept fois ( Mt 18, 21; 3; Ap 7, 4; 14, 1). La grâce du baptême apparaît la première, il est vrai, mais elle ne remet les péchés qu'une fois, tandis que la miséricorde s'exerce à l'égard des pécheurs depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ pendant soixante-dix-sept générations et sur cent quarante-quatre mille personnes.
La chaussure se place à l'extrémité du corps: ainsi le Sauveur s'est incarné pour accomplir toute justice, à l'extrémité des temps. C'est pour cela que le Prophète dit ( Ps. 49; 107): «J'étendrai mes pas jusqu'à l'Idumée».
Quel rapport y a-t-il donc entre l'eau et le Saint-Esprit qui était porté sur les eaux? ( Gn 1) L'eau, c'est le signe mystérieux de l'homme; l'Esprit, c'est le signe mystérieux de Dieu.