Marc 1, 20

Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.
Louis-Claude Fillion
À quelque distance de là (« un peu », est une particularité de S. Marc), une scène identique se renouvelle pour un autre couple de frères, S. Jacques et S. Jean. — Raccommodant leurs filets. Cf. Matth. 4, 21. Tandis que les fils de Jona étaient occupés à jeter leurs filets dans le lac, ceux de Zébédée raccommodaient les leurs dans la barque de leur père. Ils étaient les uns et les autres dans le plein exercice de leur métier. — Et ayant laissé leur père. Sacrifice aussi rapide et plus généreux encore, en un sens, que celui de Pierre et d’André ; car ceux-ci n’avaient pas eu à quitter un père bien-aimé ; rien du moins ne l’indique dans le récit. — Avec les ouvriers. S. Marc a seul mentionné cette circonstance qui, bien qu’elle semble insignifiante à première vue, a pour nous en réalité un grand intérêt : soit parce qu’elle prouve que Zébédée vivait dans une certaine aisance, puisqu’il faisait la pêche plus en grand ; soit surtout, comme beaucoup d’interprètes aiment à le dire, parce qu’elle nous montre que Jacques et Jean pouvaient se séparer de leur père sans blesser la piété filiale, attendu qu’ils ne le laissaient pas complètement seul. L’Évangéliste aurait donc noté ce détail pour adoucir ce que l’acte de Jésus ou des deux fils semblerait avoir de dur envers un père. Plus tard, probablement après la mort de Zébédée, nous verrons Salomé, mère des Fils du tonnerre, s’attacher elle-même à Jésus. Cf. Matth. 20, 20 et ss. — Voilà donc quatre Apôtres conquis en un seul jour par le divin Maître ! Jésus est véritablement le Roi des cœurs !
Saint Théophylacte d'Ohrid
On pont dire encore que celui qui représente l'action est appelé le premier, ensuite, celui qui figure la contemplation. Pierre signifie la vie active, Jean représente la vie contemplative. Pierre, en effet, fut remarquable par son ardente ferveur, par une sollicitude plus grande que celle de tous les autres; comme Jean fut le théologien par excellence.
Saint Bède le Vénérable
Or, ce sont des pêcheurs, des hommes illettrés que Jésus envoie pour prêcher l'Évangile, afin que la foi des croyants fût regardée comme un effet de la puissance divine, et non comme le fruit de l'éloquence et de la sagesse humaines.

On pourrait demander ici comment Jésus appelle et tire de leurs barques ces pécheurs deux par deux, d'abord Pierre et André, et après s'être avancé quelque peu, deux autres, c'est-à-dire les fils de Zébédée; tandis que d'après saint Luc ( Lc 5), Jacques et Jean furent appelés pour aider Pierre et André; que c'est à Pierre seul que Jésus adressa cette parole: «Ne craignez point, vous serez désormais un pécheur d'hommes»; et que tous ensemble cependant; ayant tiré leurs barques sur le rivage, ils le suivirent. Il faut donc comprendre que tout ce que rapporte saint Luc se passa lors de la première vocation des Apôtres, et qu'étant ensuite retournés à leurs filets et à leurs occupations ordinaires, Jésus les appela de nouveau, comme le raconte ici saint Marc. C'est alors que sans tirer leurs barques à terre, comme s'ils eussent eu l'intention d'y revenir, ils suivirent tout de bon le Seigneur qui les appelait, et leur commandait de marcher à sa suite.
Saint Rémi
En effet, c'est dans les filets de la sainte prédication, qu'ils ont retiré les poissons, c'est-à-dire les hommes des profondeurs de la mer, c'est-à-dire de l'infidélité, pour les amener à la lumière de la foi. Pèche vraiment digne d'admiration; car à peine les poissons sont-ils hors de l'eau, qu'ils meurent, tandis que les hommes trouvent la vie dans les filets de la prédication, où ils sont pris.
Saint Jérôme
Dans le sens mystique, ces quatre pêcheurs figurent un char à quatre chevaux qui nous enlève aux deux, comme autrefois Elie ( 2S 4 Ct 1,4 ). Ce sont les quatre angles, sur lesquels est bâtie la sainte Eglise. Dans ces quatre lettres hébraïques, nous reconnaissons les quatre lettres dont est composé le nom du Seigneur. L'exemple des Apôtres nous apprend qu'il faut répondre à la voix de Dieu qui nous appelle, oublier ce monde de vices qui nous entoure, quitter et la maison paternelle, et notre genre de vie primitive, (qui n'est que folie aux yeux de Dieu); et ces filets, ces toiles d'araignées dans lesquelles l'air nous louait suspendus dans le vide comme des moucherons exposés à une chute certaine; détester enfin le genre de vie ou nous étions tristement embarqués. Adam, notre père selon la chair, est revêtu de la dépouille de bêtes mortes; mais pour nous qui avons dépouillé le vieil homme avec ses actes, et qui marchons sur les traces de l'homme nouveau, nous sommes revêtus des riches fourrures de Salomon, vêtement splendide dont l'Epouse se glorifie et qui rehausse sa beauté. Simon signifie obéissant ; André, viril ; Jacques, qui supplante: Jean signifie grâce. Les quatre vertus figurées par ces quatre noms, nous transforment en l'image de Dieu, l'obéissance pour l'écouter, le courage viril pour combattre, la ruine de nos ennemis pour persévérer, la grâce pour assurer notre salut. Ces quatre vertus se rapportent aux quatre vertus cardinales. En effet, la prudence nous rend l'obéissance facile; la justice nous fait agir avec énergie; la tempérance foule aux pieds le serpent infernal; la force nous fait mériter la grâce de Dieu.