Évangile selon Saint Luc

Introduction

L'Évangile selon saint Luc est l'évangile de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, de la joie, de la prière et de l'Esprit Saint, des pauvres et des petits, et de la Vierge Marie. Le plus long des quatre, écrit dans le grec le plus soigné, il forme le premier volet d'une œuvre en deux tomes — l'Évangile et les Actes des Apôtres — adressée à un certain Théophile. Luc y présente Jésus comme le Sauveur universel, « venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10).

Le livre et sa place dans le canon

Troisième évangile et le plus étendu (vingt-quatre chapitres), Luc appartient aux synoptiques avec Matthieu et Marc. Il est le premier tome d'un diptyque dont les Actes des Apôtres forment le second : même auteur, même dédicataire (Théophile), même dessein d'écrire « dans l'ordre » une histoire du salut, de Nazareth jusqu'à Rome. Son prologue (1, 1-4), de facture littéraire, en fait l'évangéliste le plus proche des historiens de l'Antiquité.

L'auteur : Luc, le médecin, compagnon de Paul

La Tradition attribue cet évangile à Luc, « le médecin bien-aimé » (Col 4, 14), compagnon de saint Paul dans ses voyages (les passages en « nous » des Actes ; cf. 2 Tm 4, 11 ; Phm 24). Luc n'a pas connu Jésus : il se présente comme un enquêteur soigneux ayant recueilli le témoignage de « ceux qui, dès le début, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole » (1, 2). Le canon de Muratori, saint Irénée, Eusèbe et saint Jérôme s'accordent à reconnaître en lui l'auteur du troisième évangile ; une tradition pieuse en fait aussi un peintre de la Vierge et le dit originaire d'Antioche. La Commission biblique pontificale (1912) a confirmé cette attribution.

L'exégèse moderne, qui retrouve dans ce livre des accents pauliniens (la grâce, le salut offert à tous, le pardon des pécheurs), reçoit largement l'attribution traditionnelle ; la discussion porte surtout sur la date. Ce qui demeure de foi, c'est l'origine apostolique et l'autorité du livre, sous l'inspiration de l'Esprit (cf. Dei Verbum, n. 18-19).

Date et lieu de composition

Un argument traditionnel plaide pour une date précoce : les Actes s'achèvent sur la captivité de Paul à Rome (vers 62), sans mentionner ni sa mort, ni la persécution de Néron, ni la ruine de Jérusalem — comme si l'œuvre était composée avant ces événements ; l'Évangile, premier tome, serait donc antérieur, vers le début des années 60. De nombreux exégètes modernes proposent au contraire les années 80-85, lisant en 21, 20 une allusion à la chute de Jérusalem. L'Église n'impose aucune datation. Le lieu demeure incertain : on a proposé la Grèce (l'Achaïe), Rome ou Antioche ; la dédicace à Théophile oriente vers un milieu de culture grecque.

Les destinataires et le but

Luc écrit pour Théophile et, à travers lui, pour le monde gréco-romain, en particulier les chrétiens venus de la gentilité. Il énonce lui-même son but (1, 1-4) : offrir un récit ordonné et bien fondé, afin que le lecteur « puisse se rendre compte de la solidité des enseignements qu'il a reçus » — une visée à la fois historique et catéchétique. De bout en bout, il manifeste l'universalité du salut : la Bonne Nouvelle est pour tous, et d'abord pour les pauvres, les pécheurs, les femmes, les Samaritains, les exclus.

La structure : la montée vers Jérusalem

Après le prologue (1, 1-4), le livre se déploie en grands ensembles :

  1. L'évangile de l'enfance (ch. 1-2) — le plus développé : Annonciation, Visitation, Nativité, Présentation, avec les cantiques (Magnificat, Benedictus, Nunc dimittis) ; Marie y tient la première place.
  2. Le ministère en Galilée (ch. 3-9).
  3. La grande montée vers Jérusalem (9, 51 – 19, 27) — section propre à Luc, riche des paraboles de la miséricorde (le bon Samaritain, l'enfant prodigue, le riche et Lazare…).
  4. À Jérusalem (ch. 19-24) — enseignement au Temple, Passion, Résurrection, jusqu'aux disciples d'Emmaüs et à l'Ascension, dans la joie et l'attente de l'Esprit (qui ouvrira les Actes).

Les grands thèmes théologiques

  • La miséricorde du Père. Luc est par excellence l'évangile du pardon : le père qui court au-devant du prodigue (ch. 15), la brebis et la drachme perdues, le bon larron (« aujourd'hui, tu seras avec moi », 23, 43), « Père, pardonne-leur » (23, 34).
  • Le salut universel et les pauvres. Les humbles sont élevés (Magnificat) ; les Béatitudes s'adressent aux pauvres ; mises en garde contre la richesse (le riche insensé, Lazare, Zachée) ; appel au partage.
  • La prière. Jésus prie à chaque moment décisif ; il enseigne le Notre Père et la prière confiante (l'ami importun, le pharisien et le publicain).
  • L'Esprit Saint et la joie. De l'enfance à la Pentecôte (dans les Actes), l'Esprit conduit l'histoire du salut ; la joie éclate aux naissances, aux retrouvailles, à la Résurrection.
  • Marie et les femmes. Marie, modèle du disciple par son fiat et parce qu'elle « gardait toutes ces choses en son cœur » (2, 19) ; place remarquable des femmes tout au long du récit.

Caractéristiques littéraires

Luc écrit le grec le plus pur des synoptiques : un prologue de facture classique (1, 1-4), puis un récit de l'enfance au parfum biblique, à la manière de la Septante. Il situe les événements dans l'histoire profane (3, 1-2). Une grande partie de sa matière lui est propre : nombre de paraboles et de scènes parmi les plus aimées (le bon Samaritain, le prodigue, Zachée, Emmaüs). Ses cantiques nourrissent aujourd'hui la Liturgie des Heures. Quant à sa parenté avec Marc et Matthieu, l'explication moderne courante (hypothèse des deux sources : Marc et un recueil de paroles) reste une hypothèse de travail que l'Église laisse libre.

Lire Luc dans l'Église catholique

À la liturgie, Luc est l'évangile de l'année C, et ses récits de l'enfance reviennent à Noël ; ses cantiques (Benedictus, Magnificat, Nunc dimittis) rythment chaque jour l'office. Évangile de la miséricorde, il a profondément marqué la prière et la pastorale de l'Église. Il fonde aussi la dévotion mariale (l'Annonciation, le Magnificat, le « Je vous salue, Marie » tiré de Lc 1, 28.42). La tradition lui donne pour symbole le taureau — l'animal du sacrifice —, car son livre s'ouvre au Temple, auprès du sacrifice de Zacharie. La scène d'Emmaüs (la Parole, puis la fraction du pain) demeure le modèle de toute rencontre du Ressuscité et de toute Eucharistie.

Plan

Préliminaires: Naissance et enfance de Jean et de Jésus
Le "commencement" de l'Évangile
La mission initiale en Galilée
Montée vers Jérusalem
Jésus à Jérusalem: Passion et Résurrection
Ministère de Jésus à Jérusalem
La Passion et la mort
Après la résurrection
Ascension 24, 50