Évangile selon Saint Jean
Introduction

L'Évangile selon saint Jean est l'évangile spirituel, selon le mot de Clément d'Alexandrie : là où les trois premiers rapportent surtout les faits, Jean en contemple le mystère. Il s'ouvre sur un sommet — « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu… et le Verbe s'est fait chair » (Jn 1, 1.14) — et conduit le lecteur à la foi : « ces choses ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » (20, 31). La Tradition y reconnaît le témoignage de l'apôtre Jean, le « disciple que Jésus aimait ».
Le livre et sa place dans le canon
Quatrième évangile, Jean se distingue nettement des trois synoptiques : autre plan, autre chronologie, autre vocabulaire, longs discours au lieu de paraboles. La Tradition l'appelle l'évangile spirituel : selon Clément d'Alexandrie (rapporté par Eusèbe), Jean, le dernier, « pressé par ses disciples et porté par l'Esprit, composa un évangile spirituel », complétant les autres. Ses vingt et un chapitres couronnent le témoignage évangélique.
L'auteur : l'apôtre Jean, le disciple bien-aimé
La Tradition attribue cet évangile à l'apôtre Jean, fils de Zébédée, que le livre désigne discrètement comme « le disciple que Jésus aimait » et auquel il rapporte lui-même son témoignage (21, 24 ; cf. 19, 35). Le témoignage patristique est solide : saint Irénée — qui avait connu Polycarpe, lui-même disciple de Jean — atteste que Jean, le disciple du Seigneur, publia l'évangile à Éphèse ; Eusèbe et saint Jérôme le confirment. La Commission biblique pontificale (1907) a réaffirmé que l'apôtre Jean en est l'auteur.
L'exégèse moderne parle souvent d'une « école johannique » ou d'un disciple-rédacteur, et discerne parfois des étapes de composition (ainsi le chapitre 21, comme un épilogue), évoquant aussi un « Jean l'Ancien » mentionné par Papias. L'Église tient l'origine et l'autorité apostoliques du livre et laisse ouvertes ces questions littéraires (cf. Dei Verbum, n. 18-19).
Date et lieu de composition
La Tradition situe la rédaction tard, vers les années 90-100, à Éphèse, dans la vieillesse de l'apôtre : Jean serait le dernier des évangélistes, ayant vécu, selon saint Irénée, jusqu'au temps de l'empereur Trajan. Sur ce point, Tradition et critique moderne convergent largement. Un très ancien fragment de papyrus (le P52, début du IIe siècle) montre que l'évangile circulait déjà alors. Le lieu d'Éphèse, grand foyer chrétien d'Asie Mineure, est solidement attesté par la Tradition.
Les destinataires et le but
Jean écrit pour une large audience de croyants et de chercheurs de Dieu, à la fin du Ier siècle. Son but est explicite (20, 31) : conduire à croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour avoir la vie en son nom. Il complète les synoptiques — en rapportant le ministère en Judée, les fêtes juives, de longs entretiens — et, face aux premières erreurs sur la personne du Christ que ses épîtres combattront, il affirme avec force la réalité de l'Incarnation.
La structure : le Livre des signes et l'Heure
Après le Prologue (1, 1-18), hymne au Verbe, l'évangile se déploie en deux grands livres :
- Le Livre des signes (1, 19 – 12, 50) — sept « signes » (les noces de Cana, des guérisons, la multiplication des pains, la marche sur les eaux, l'aveugle-né, la résurrection de Lazare), accompagnés des grands discours en « Je suis ».
- Le Livre de la Gloire, ou de l'Heure (ch. 13-20) — la Cène et les discours d'adieu (13-17, dont la prière sacerdotale, ch. 17), la Passion et la Résurrection ; « l'Heure » de la glorification de Jésus est celle de la croix.
Un épilogue (ch. 21) rapporte l'apparition au bord du lac et la charge pastorale confiée à Pierre : « Pais mes brebis. »
Les grands thèmes théologiques
- Le Verbe fait chair. Le Logos préexistant — « le Verbe était Dieu… et le Verbe s'est fait chair » (1, 1.14) — fonde dans l'Écriture le dogme de l'Incarnation et de la divinité du Christ.
- Les « Je suis ». « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, le bon Pasteur, la résurrection et la vie, le chemin, la vérité et la vie, la vraie vigne » : autant d'échos au Nom divin révélé à Moïse (Ex 3, 14).
- Les signes et la foi. Les miracles sont des « signes » qui manifestent la gloire et appellent à croire.
- La vie éternelle, déjà donnée au croyant : la nouvelle naissance (ch. 3), l'eau vive (ch. 4), le pain de vie — page fortement eucharistique (ch. 6).
- L'amour et l'Esprit. Le commandement nouveau, « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (13, 34), et la promesse de l'Esprit Paraclet (ch. 14-16).
- Portée sacramentelle et mariale. L'eau et l'Esprit (baptême), le pain de vie (Eucharistie), l'eau et le sang du côté ouvert (19, 34) ; et Marie, à Cana (ch. 2) puis au pied de la croix, donnée pour mère au disciple (19, 26-27).
Caractéristiques littéraires
Le style de Jean est symbolique et contemplatif : oppositions de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort, du haut et du bas ; ironie et malentendus ; longs discours plutôt que paraboles. Le vocabulaire est simple, le sens profond. La chronologie diffère des synoptiques (trois Pâques, soit un ministère d'environ trois ans ; la purification du Temple placée au début ; Jésus meurt à l'heure où l'on immole les agneaux pascals). De nombreux détails précis — lieux, heures, noms — trahissent le témoin oculaire.
Lire Jean dans l'Église catholique
L'Église lit Jean chaque année aux grands moments : le Carême (la Samaritaine, l'aveugle-né, Lazare), le Triduum pascal (la Passion selon saint Jean au Vendredi saint) et le temps pascal (les discours d'adieu), en complément de l'année B. Évangile des catéchumènes et des nouveaux baptisés, profondément baptismal et eucharistique, il a nourri la théologie christologique et trinitaire de l'Église (jusqu'au concile de Nicée). La tradition lui donne pour symbole l'aigle, qui s'élève jusqu'au mystère du Verbe. Plus que tout autre, il appelle à la contemplation : le lire, c'est se laisser conduire « vers le sein du Père » (1, 18) par le disciple bien-aimé.