Évangile selon Saint Jean

Chapitre
10
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Jésus, porte et pasteur des brebis
Le Bon Pasteur
Le Bon Pasteur
1 « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. 42 Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. 33 Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. 34 Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. 15 Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » 26 Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. 137 C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. 28 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. 49 Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. 110 Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. 2111 Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. 712 Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. 513 Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. 1414 Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 415 comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. 416 J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. 717 Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. 418 Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. » 719 De nouveau les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles. 120 Beaucoup d’entre eux disaient : « Il a un démon, il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ? » 221 D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? » 13
Explications
Contexte historique et social

La bergerie et le berger en Orient

En Judée, les troupeaux passaient la nuit dans un enclos (aulē) de pierres sèches, parfois commun à plusieurs bergers et gardé par un portier. Au matin, chaque pâtre appelait ses bêtes : habituées à sa voix et même à leur nom, elles sortaient et le suivaient, car il marchait devant elles. La scène était d'une familiarité immédiate, et le contraste évident avec le voleur qui, lui, n'entre pas par la porte mais « par-dessus » le mur.

Le pasteur dans l'Ancien Testament

Le langage pastoral est saturé d'Écriture. Dieu est le pasteur d'Israël qui mène son troupeau (Ps 23 ; Is 40, 11), tandis qu'Ézéchiel dénonce les mauvais pasteurs qui se paissent eux-mêmes : Dieu promet alors de venir paître lui-même son peuple par un pasteur davidique unique (Ez 34). En se disant le bon Pasteur, Jésus s'applique ces oracles : il est à la fois le Dieu qui visite son troupeau et le Messie attendu.

Une parole née du conflit

Le discours prolonge la guérison de l'aveugle-né (Jn 9), que les pharisiens viennent de chasser de la synagogue. Ces chefs aveugles sont en arrière-plan des « voleurs » et des mercenaires qui ne cherchent pas le bien des brebis. La scène se situe à Jérusalem, vers la fête de la Dédicace (10, 22), dans un climat tendu où l'on accuse Jésus d'avoir « perdu la raison ». L'allégorie est aussi un réquisitoire contre les bergers infidèles d'Israël.

Lecture biblique et exégétique

« Je suis la porte »

Voici le premier « Je suis » du chapitre : « je suis la porte des brebis ». Par lui seul on accède au bercail : « si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, il sortira, et trouvera un pâturage ». Les voleurs venus « avant lui » ne visent que le profit — « voler, égorger, détruire » —, tandis que lui vient pour que les brebis aient la vie « en abondance ».

« Je suis le bon Pasteur »

L'adjectif grec n'est pas agathos mais kalos : le pasteur beau et bon, modèle achevé de tout berger. Sa marque est le don : il « donne sa vie (psychē) pour ses brebis » — annonce voilée de la Croix. À l'opposé, le mercenaire, à qui les brebis n'appartiennent pas, fuit dès que paraît le loup : son salaire l'attache au gain, non aux bêtes. L'amour se mesure à l'aune du danger.

Connaître et être connu

« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » : dans la Bible, connaître n'est pas savoir abstrait mais relation vivante, jusqu'à l'alliance. Jésus élève aussitôt cette connaissance à son sommet : « comme le Père me connaît et que je connais le Père ». La connaissance du pasteur et du troupeau est ainsi greffée sur la communion même du Père et du Fils, où la grâce nous introduit.

« D'autres brebis… un seul troupeau »

« J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, je dois les conduire » : au-delà d'Israël, Jésus regarde les nations appelées à la foi. Le grec précise : non un seul enclos, mais « un seul troupeau, un seul pasteur ». L'unité annoncée n'est pas l'uniformité d'un parc, mais la communion d'un peuple rassemblé autour de l'unique berger — l'esquisse de l'Église.

Le don libre de la vie

Jésus écarte toute contrainte : « personne ne me l'enlève, je la donne de moi-même ; j'ai pouvoir de la donner et de la reprendre ». Sa Passion n'est pas une défaite subie mais l'acte souverain et libre d'un amour qui s'offre, déjà tendu vers la résurrection. À ces mots, la foule se divise : les uns crient au démon, d'autres pressentent la voix de Dieu.

Pour la vie spirituelle et pratique

Écouter la voix du Pasteur

Les brebis « connaissent sa voix » et fuient l'étranger. Mille voix sollicitent le croyant ; il faut apprendre à reconnaître celle du Christ et à la suivre, par la prière, l'Écriture méditée et l'enseignement de l'Église. Cette écoute se cultive comme une familiarité. Discerner sa voix, c'est aussi démasquer celle des « voleurs » qui ne veulent pas notre vie, mais notre perte.

Se savoir connu et aimé

Le Bon Pasteur connaît chacun et l'appelle par son nom : nul n'est pour lui anonyme dans la masse. Cette vérité fonde une paix profonde — je suis personnellement voulu et aimé, jusque dans ce que nul autre ne perçoit. Vivre dans cette confiance, c'est se laisser conduire même par les chemins arides, sûr que le berger marche devant et ne se perd pas.

Le Pasteur qui donne sa vie

Au centre de la page brille la Croix, mesure d'un amour qui va jusqu'au bout. Contempler ce Pasteur qui meurt pour nous appelle l'imitation : tout chrétien — et d'abord les pasteurs, mais aussi les parents et tout éducateur — est convié à donner sa vie par amour, au lieu de servir en mercenaire. Le vrai berger ne fuit pas quand vient le loup de l'épreuve.

L'unité du troupeau

Le désir du Christ d'« un seul troupeau, un seul Pasteur » demeure une blessure ouverte tant que les chrétiens restent divisés. À sa suite, prier et œuvrer pour l'unité des disciples n'est pas option mais fidélité. Ce vœu commande aussi le zèle missionnaire, le rassemblement des « autres brebis » : l'Église n'est elle-même qu'en sortant, comme le Pasteur, à la recherche de ceux qui manquent.

Fête de la Dédicace: Jésus, Christ et Fils de Dieu
22 Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. 523 Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. 324 Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » 225 Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. 226 Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. 227 Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.28 Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. 229 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. 330 Le Père et moi, nous sommes UN. » 2231 De nouveau, des Juifs prirent des pierres pour lapider Jésus. 132 Celui-ci reprit la parole : « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes qui viennent du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? » 133 Ils lui répondirent : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. » 234 Jésus leur répliqua : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? 235 Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie. 136 Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai dit : “Je suis le Fils de Dieu”. 1037 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. 138 Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. » 1039 Eux cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il échappa à leurs mains. 240 Il repartit de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où, au début, Jean baptisait ; et il y demeura. 141 Beaucoup vinrent à lui en déclarant : « Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. » 342 Et là, beaucoup crurent en lui. 7
Explications
Contexte historique et social

La fête de la Dédicace (Hanoucca)

La scène se situe à la fête de la Dédicace, en hébreu Hanoukka, qui commémorait la purification du Temple par Judas Maccabée en 164 avant J.-C., après sa profanation par Antiochos IV Épiphane (cf. 1 M 4, 36-59). Célébrée en hiver, durant huit jours, elle s'accompagnait d'illuminations, au point d'être appelée « fête des Lumières ». Que Jean note l'hiver n'est pas anodin : la froideur de la saison fait écho à la froideur des cœurs qui refusent la lumière venue dans le monde.

Le portique de Salomon

Jésus « allait et venait » sous le portique de Salomon, longue galerie à colonnes bordant le côté oriental de l'esplanade du Temple, abritée des vents d'hiver. Ce lieu, chargé de mémoire, deviendra plus tard un lieu de rassemblement de la première communauté (cf. Ac 3, 11 ; 5, 12). Le Temple qu'on fête comme demeure de Dieu encadre ainsi le dialogue, alors même que se tient là celui en qui Dieu habite véritablement et qui se révélera plus grand que le sanctuaire.

« Jusqu'à quand nous tiendras-tu en haleine ? »

« Les Juifs » l'entourent et le pressent : « Jusqu'à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement. » La formule, littéralement « tenir l'âme en suspens », mêle une attente réelle du Messie et un défi soupçonneux. Mais leur idée du Messie reste politique et triomphale ; ils réclament une déclaration claire pour mieux le juger. Jésus a pourtant déjà parlé, en paroles et en signes : ce n'est pas la clarté qui manque, mais la disposition à croire.

Lecture biblique et exégétique

« Mes œuvres me rendent témoignage »

Jésus répond qu'il a déjà parlé et que ses œuvres, accomplies « au nom du Père », rendent de lui un témoignage plus éloquent que tout discours (cf. 5, 36). S'ils ne croient pas, ce n'est faute de preuves, mais « parce que vous n'êtes pas de mes brebis ». L'incrédulité n'est pas d'abord un manque d'évidence : elle révèle un cœur fermé. Reconnaître le Christ suppose une connaturalité, une affinité du cœur avec la vérité, que la suffisance et le calcul rendent impossible.

La main du Pasteur et du Père

Reprenant l'allégorie du Bon Pasteur qui précède, Jésus décrit ses brebis : elles « écoutent ma voix », il les connaît, elles le suivent. À elles il donne « la vie éternelle » ; jamais elles ne périront, et « nul ne les arrachera de ma main ». Puis il ajoute que le Père, qui les lui a données, « est plus grand que tout », et que nul ne peut les ravir « de la main du Père ». Cette double sécurité révèle déjà l'unité d'action du Fils et du Père.

« Le Père et moi, nous sommes un »

La parole Egō kai ho Patēr hen esmen — « le Père et moi, nous sommes un » — emploie un neutre hen (« une seule chose », non « une seule personne ») : elle dit l'unité de nature et de puissance, sans confondre les personnes. Loin d'une simple harmonie de volontés, les auditeurs saisissent une prétention à la divinité : ils prennent des pierres pour le lapider, l'accusant de « se faire Dieu ». Les Pères, contre l'arianisme, ont vu là un fondement majeur de la foi en la consubstantialité du Fils.

« Vous êtes des dieux » et le Fils de Dieu

Pour les confondre, Jésus argumente a fortiori à partir du Psaume 82, 6 : « J'ai dit : vous êtes des dieux. » Si l'Écriture nomme ainsi ceux à qui « la parole de Dieu fut adressée », comment blasphémerait celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, en se disant « Fils de Dieu » ? Il en revient à ses œuvres : « Croyez-les, pour reconnaître que le Père est en moi et moi dans le Père ». Cherchant encore à le saisir, ils n'y parviennent pas ; au-delà du Jourdain, là où Jean baptisait, beaucoup croient en lui.

Pour la vie spirituelle et pratique

La sécurité dans la main du Père

« Nul ne les arrachera de ma main » : promesse d'une confiance inébranlable et d'une paix profonde. Aucune puissance, aucune épreuve ne peut nous séparer du Christ, tant que nous demeurons ses brebis (cf. Rm 8, 38-39). Cette assurance n'autorise pourtant nulle présomption : elle invite à la persévérance, à rester dans cette main qui nous tient. Notre salut repose moins sur notre force que sur la fidélité de Dieu.

Adorer le Fils, un avec le Père

« Le Père et moi, nous sommes un » nous établit au cœur de la foi trinitaire : adorer le Fils comme vrai Dieu, un avec le Père dans une même nature. Cette unité est une communion d'amour, à laquelle nous sommes appelés à participer : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jn 17, 21). La contempler, c'est entrevoir le terme de toute vie chrétienne, où l'Église se trouve rassemblée dans l'amour divin.

Croire par les œuvres

À ceux qui doutaient, Jésus offrait ses œuvres comme signes crédibles de son identité. Aujourd'hui encore, les œuvres du Christ se prolongent dans celles de l'Église et la sainteté des saints, qui attestent sa présence vivante. Plutôt que d'attendre une évidence forçant la liberté, il s'agit de se laisser convaincre par ces signes et de dépasser ses résistances intérieures. La foi naît quand le cœur, désarmé, consent enfin à reconnaître dans ces fruits la main de Dieu à l'œuvre.

Écouter sa voix, demeurer ses brebis

« Mes brebis écoutent ma voix… et elles me suivent. » La vie éternelle est donnée à qui prête l'oreille au Pasteur et marche derrière lui. Dans le tumulte des voix qui sollicitent et égarent, discerner et suivre la voix du Christ demande attention et fidélité. Demeurer ses brebis, c'est rester dans son troupeau, l'Église, nourri de sa Parole et de ses sacrements, attentif à celui qui nous connaît par notre nom et nous conduit vers la vie.