Jean 10, 30

Le Père et moi, nous sommes UN. »

Le Père et moi, nous sommes UN. »
Louis-Claude Fillion
Quelle parole ! si brève et si majestueuse ! Les Juifs ont demandé à Jésus de leur révéler clairement et sans ambages sa nature et son rôle : seront-ils satisfaits maintenant ? - Moi et le Père. Moi et Dieu, comme toutes les fois que Notre-Seigneur emploie ainsi le mot Père. - Nous sommes un (ἕν ἐσμεν). Il ne dit pas εις, « un », ce qui signifierait qu'il forme avec Dieu une seule et même personne ; mais ἕν au neutre, une seule chose, une substance identique, un Dieu unique. Que pourrions-nous ajouter de plus ? Voilà le dogme fondamental du christianisme énoncé avec la plus grande netteté et la plus grande énergie. C'est le point culminant de la prédication de N.-S. Jésus-Christ. Le Sauveur va bientôt quitter la terre ; mais auparavant, il aura déclaré sa divinité en termes aussi lumineux que le jour. Sur ce beau texte, rendu plus célèbre encore par les controverses qu'il suscita dans l'antiquité, voyez Tertullien, Adv. Prax., 22 ; Hippol. c. Noct. 7 ; S. Ambroise, De Spiritu sancto, 1, 111, 116 ; S. Aug. Coll. c. Max. 14, etc. Les Ariens osèrent prétendre qu'il désignait seulement une union morale ; mais il fut aisé de mettre en relief l'absurdité d'une pareille interprétation.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Ils célébraient cette fête avec une grande pompe, il leur semblait que la ville de Jérusalem avait recouvré tout son éclat après une si longue captivité. 

Après leur avoir déclaré qu'ils ne sont point de ses brebis, il les engage ensuite à le devenir, et leur en donne le moyen : « Mes brebis, leur dit-il, entendent ma voix. »

Mais comment Judas a-t-il péri ? Parce qu'il n'a point persévéré jusqu'à la fin. Or, Jésus-Christ ne veut parler ici que de ceux qui persévèrent, car si quelques brebis se séparent du troupeau, et cessent de suivre le pasteur, elles s'exposent aussitôt aux plus grands dangers.
Saint Pierre Damien
Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre (Mt 19,27). Quelles paroles solennelles! C'est une grande promesse, c'est une oeuvre sainte et digne de bénédiction de tout quitter et de suivre le Christ. Ces paroles ont entraîné des hommes et des femmes à la pauvreté volontaire, elles ont fait naître les monastères, elles ont rempli les cloîtres et les forêts d'i nnombrables moines et ermites. L'Église se réfère à cette parole quand elle chante: Pour me conduire selon ta parole, j'ai gardé le chemin prescrit (Ps 16,4).

C'est une grande chose, en vérité, de tout quitter, mais une plus grande, de suivre le Christ car, comme nous l'apprenons dans les livres, beaucoup ont tout quitté mais n'ont pas suivi le Christ. Suivre le Christ est notre tâche, c'est notre travail, en cela consiste l'essentiel du salut de l'homme, mais nous ne pouvons suivre le Christ si nous n'abandonnons pas tout. Car il s'élance en conquérant joyeux (Ps 18,6) et nul, s'il est chargé d'un fardeau, ne peut le suivre.

Voilà, dit Pierre, que nous avons tout quitté (Mt 19,27), non seulement les biens de ce monde, mais aussi les désirs de notre âme. Car il n'a pas tout abandonné, celui qui reste attaché ne fût-ce qu'à lui-même. Bien plus, cela ne sert à rien d'avoir abandonné tout le reste à l'exception de soi-même, car il n'y a pas pour l'homme de fardeau plus lourd que le moi. Quel tyran est plus cruel, quel maître plus impitoyable pour l'homme que sa volonté propre? <> Par conséquent, il faut que nous abandonnions nos possessions et notre volonté propre, si nous voulons suivre celui qui n'avait pas d'endroit où reposer la tête (Lc 9,58) et qui est venu non pour faire sa volonté, mais pour faire la volonté de celui qui l'a envoyé (Jn 6,38).

Il faut donc que nous quittions tout pour suivre le Christ seul, que nous nous efforcions de plaire au Christ seul, que nous nous attachions à sa bienveillante volonté avec un soin vigilant. Car il est certain qu'aussitôt nous connaîtrons par expérience ce que la Vérité promet à quiconque abandonne tout et marche à sa suite: Il recevra le centuple, dit-elle, et il aura en héritage la vie éternelle (Mt 19,29). Le don du centuple nous est, en effet, un réconfort pour la marche, et la possession de la vie éternelle fera notre bonheur pour toujours dans la patrie céleste.

Mais quel est ce centuple? Simplement, les consolations de l'Esprit doux comme le miel, ses visites et ses premiers fruits. C'est le témoignage de notre conscience, c'est l'heureuse et très joyeuse attente des justes, c'est la mémoire de la surabondante bonté de Dieu, c'est aussi, en vérité, l'immensité de sa douceur. Ceux qui ont fait l'expérience de ces dons n'ont pas besoin qu'on leur en parle, et qui pourrait les décrire avec de simples mots à ceux qui ne l'ont pas faite?

Mais c'est à notre père et maître saint Benoît que la teneur de cet évangile peut le mieux s'appliquer dans sa totalité. Abandonnant dès l'enfance le monde et son éclat, il se mit à poursuivre très rapidement le Christ lancé dans sa course, et il n'eut de cesse qu'il ne l'ait rejoint. <> Que son intercession nous obtienne le réconfort en cette vie et la possession de la vie éternelle, par la grâce de celui qui est venu pour que nous ayons la vie et que nous

l'ayons en abondance, Jésus Christ notre Seigneur, qui est béni dans les siècles! Amen.
Alcuin d'York
On appelait portique de Salomon, celui où ce roi se tenait ordinairement pour la prière, et qui pour cette raison avait reçu son nom, car ces portiques qui entouraient le temple, tiraient leur nom de la partie du temple qu'ils entouraient. Or, si le Fils de Dieu a voulu fréquenter le temple où l'on n'offrait que la chair des animaux sans raison, combien plus aimera-t-il à visiter notre maison de prière où se fait la consécration de sou corps et de son sang.

Ils reprochent à celui qui était venu sauver les âmes de tenir leur âme en suspens et dans l'incertitude.
Saint Bède le Vénérable
Nous lisons en effet, qu'il fut établi sous Judas Machabée, que l'anniversaire de cette dédicace aurait lieu solennellement tous les ans.

L'Evangéliste précise l'époque de cette fête qui avait lieu en hiver, pour nous faire comprendre que le temps de la passion était proche, car ce fut au printemps suivant qu'eut lieu la passion du Sauveur, et c'est pour cela qu'il se trouvait alors à Jérusalem. 
Saint Grégoire le Grand
On bien encore, il fait mention de la saison d'hiver pour exprimer la froide méchanceté qui avait gagné les cœurs des Juifs.
Saint Augustin
Le motencœnia signifiait la fête de la Dédicace du temple, car le mot grec ?a???? veut dire nouveau, et on appelait encœnia, toute dédicace de chose nouvelle.

Comprenez bien ces deux mots : « Un, » et : « Nous sommes, » et vous ne tomberez ni dans Charybde, ni dans Scylla. En disant : « Un, » il vous délivre d'Arius, et en disant : « Nous sommes, » il vous débarrasse de Sabellius ; s'il y a unité, il n'y a donc point de différence ; si : « Nous sommes, » il y a donc Père et Fils.

Il a dit : « Nous sommes un, » ce qu'il est, je le suis moi-même, quant à la nature, non quant à la relation de personne à personne. 

Comme le feu de la charité s'était éteint dans le cœur des Juifs, et qu'ils brûlaient au contraire de l'ardeur de faire le mal, ce n'est point la foi qui les amenait à Jésus, c'est le désir de le persécuter : « Les Juifs donc l'entourèrent et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-nous-le ouvertement. » Ils lui font cette question, non qu'ils désirent connaître la vérité, mais pour trouver occasion de le calomnier. 

Ils cherchaient à obtenir du Sauveur cet aveu : « Je suis le Christ, » et comme ils n'avaient du Christ que des idées tout humaines, et qu'ils ne comprenaient point sa divinité prédite par les prophètes, s'il leur avait répondu qu'il était le Christ, ils l'auraient accusé d'usurper la puissance royale d'après la croyance où ils étaient que le Christ devait sortir de la race de David.

Il leur tient ce langage, parce qu'il les voyait prédestinés à la mort éternelle et privés à jamais de la vie éternelle qu'il avait acquise par son sang, car ce qui fait les brebis c'est leur foi et leur obéissance à leur pasteur.

Ce sont les pâturages dont il avait dit précédemment : « Il trouvera des pâturages. » Ce pâturage excellent, c'est la vie éternelle, où l'herbe, loin de se flétrir, conserve toute sa verdure, mais pour vous, vous cherchez à me calomnier, parce que vous ne songez qu'à la vie présente : « Et elles ne périront pas à jamais ; » ajoutez ce qu'il sous-entend : Pour vous, vous périrez éternellement, parce que vous n'êtes pas de mes brebis.

Il explique ensuite pourquoi ses brebis ne périssent point ; les brebis dont il est dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, » (2 Tm 2) ni le loup ne les ravit, ni le voleur ne les enlève, ni le larron ne les égorge, celui qui sait le prix qu'elles lui ont coûté est assuré de n'en perdre aucune.

En effet, le Fils qui est né du Père, Dieu de Dieu, n'est point devenu son égal par un accroissement successif, il l'est par sa naissance seule. Voilà donc ce que mon Père m'a donné, et ce qui est plus grand que toutes choses, c'est que je suis son Verbe, son Fils unique, la splendeur de sa lumière. On ne peut donc ravir mes brebis d'entre mes mains, parce qu'on ne peut les ravir d'entre les mains de mon Père : « Et nul ne peut ravir ce qui est entre les mains de mon Père. » Si par la main nous entendons la puissance, le Père et le Fils ont une seule et même puissance, parce qu'ils ont une seule et même divinité ; mais si par la main nous entendons le Fils, c'est le Fils qui est la main du Père, ce qui ne veut point dire que Dieu le Père ait des membres comme ceux du corps de l'homme, mais qu'il a tout fait par son Fils. (Jn 1, 3.) C'est ainsi que les hommes appellent leurs mains ceux de leurs semblables, qui sont les instruments de leurs volontés. Quelquefois même l'œuvre de l'homme est appelée sa main, parce qu'elle est le produit de sa main, c'est ainsi qu'on dit qu'un homme reconnaît sa main lorsqu'il reconnaît son écriture. Dans cet endroit la main doit s'entendre de la puissance du Père et du Fils, de peur qu'en appliquant exclusivement au Fils cette dénomination, une pensée toute charnelle ne nous fasse chercher le Fils du Fils.
Saint Jean Chrysostome
C'était l'anniversaire du jour où le temple fut de nouveau consacré, au retour des Juifs de la captivité de Babylone.

Et afin que vous ne puissiez soupçonner que la puissance du Père vient au secours de la puissance du Fils, pour mettre les brebis en sûreté, Nôtre-Seigneur ajoute : « Mon Père et moi nous sommes un. »
Saint Hilaire de Poitiers
Les hérétiques contraints d'avouer la vérité de ces paroles, s'efforcent de les dénaturer par leurs interprétations mensongères aussi ridicules qu'elles sont impies. Ils cherchent donc à les expliquer dans le sens d'unité parfaite de consentement ; il y a, disent-ils, unité de volonté, mais non unité de nature, c'est-à-dire, que le Père et le Fils sont un, non par leur essence, mais par la conformité parfaite de leur volonté. Ils sont un, non par le mystère d'une économie quelconque, mais par la génération de la nature divine, parce que la nature divine ne dégénère en aucune manière par cette génération. Ils sont un, en ce sens que ce qui ne peut être ravi d'entre les mains du Fils, ne peut être ravi d'entre les mains du Père ; parce que le Père agit en lui et en même temps que lui ; puisqu'il est dans le Père, et que le Père est en lui. Ce n'est point là l'effet d'une création, mais de la naissance ; ce n'est pas la volonté, mais la puissance qui agit ici, ce n'est point une simple unanimité de sentiments qui parle ici, c'est l'unité de nature. Nous ne nions donc pas l'unanimité de sentiments entre le Père et le Fils, ce que les hérétiques nous attribuent à tort en prétendant que nous n'admettons point cette unanimité entre le Père et le Fils, parce que nous voulons voir ici autre chose que l'unanimité. Qu'ils comprennent donc dans quel sens nous affirmons cette unanimité ; le Père et le Fils sont un en nature, en honneur, en puissance, et une même nature ne peut avoir des volontés différentes.