Évangile selon Saint Marc

Introduction

Le plus court des quatre évangiles, Marc est aussi le plus direct et le plus vivant : il court d'un épisode à l'autre, au rythme du mot « aussitôt ». Dès sa première ligne, il annonce son sujet — « Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1) — et dévoile peu à peu cette identité à travers les actes puissants de Jésus, jusqu'à ce que la croix la révèle pleinement : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu », confesse le centurion au Calvaire (15, 39). La Tradition y reconnaît l'écho fidèle de la prédication de l'apôtre Pierre.

Le livre et sa place dans le canon

Deuxième des quatre évangiles et le plus bref (seize chapitres), Marc appartient au groupe des évangiles synoptiques avec Matthieu et Luc. La Tradition y voit la mise par écrit de la catéchèse de Pierre à Rome. Son récit nerveux, concret, presque haletant, donne l'impression d'un témoignage de première main. Longtemps tenu pour un abrégé de Matthieu (ainsi saint Augustin), il est aujourd'hui considéré par la plupart des exégètes comme le plus ancien des évangiles, source de Matthieu et de Luc — l'hypothèse de la priorité marcienne, que l'Église laisse libre et qui s'accorde avec l'antiquité que la Tradition lui reconnaît.

L'auteur : Jean-Marc, interprète de Pierre

La Tradition attribue cet évangile à Jean surnommé Marc, ce disciple de Jérusalem dont la mère accueillait l'Église dans sa maison (Ac 12, 12), cousin de Barnabé (Col 4, 10), compagnon de Paul puis surtout de Pierre, qui l'appelle « mon fils » (1 P 5, 13). Le témoignage des Pères est ancien et constant : Papias de Hiérapolis (début du IIe siècle, rapporté par Eusèbe) rapporte que « Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles et des actes du Seigneur » ; saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène et saint Jérôme confirment que Marc a recueilli la prédication de Pierre. La Commission biblique pontificale (1912) a réaffirmé cette position : Marc, disciple et interprète de Pierre, est bien l'auteur du deuxième évangile.

L'exégèse moderne souligne le caractère primitif de ce récit et y voit volontiers le premier évangile rédigé ; elle rejoint ainsi, pour l'essentiel, son origine ancienne et apostolique. Ce qui appartient à la foi, c'est l'origine et l'autorité apostoliques du livre, sous l'inspiration de l'Esprit Saint (cf. Dei Verbum, n. 18-19).

Date et lieu de composition

La Tradition place la rédaction à Rome, dans le sillage de la prédication de Pierre. Deux courants patristiques se complètent : selon Clément d'Alexandrie et Origène, Marc écrivit du vivant de Pierre, qui approuva son œuvre ; selon saint Irénée, ce fut « après le départ » — la mort — de Pierre et de Paul. On aboutit dans les deux cas aux années 60, au temps des persécutions de Néron. Beaucoup d'exégètes modernes retiennent une date voisine, vers 65-70, juste avant ou autour de la ruine de Jérusalem. Le lieu romain est fortement appuyé par la Tradition et par les nombreux latinismes du texte.

Les destinataires et le but

Marc s'adresse à des chrétiens venus de la gentilité, vraisemblablement la communauté de Rome : il explique les coutumes juives (7, 3-4), traduit les mots araméens et emploie des termes latins (denier, légion, prétoire). Écrit sans doute au temps de la persécution, son but est de fortifier les disciples pour qu'ils suivent le Messie souffrant et portent leur croix à sa suite, en reconnaissant dans le Crucifié le Fils de Dieu.

La structure : deux versants autour de la confession de Pierre

Le récit bascule en son milieu, à la confession de Pierre à Césarée de Philippe (8, 27-30) :

  1. « Qui est-il ? » (ch. 1-8) — le ministère en Galilée : miracles, exorcismes, enseignement, et la question grandissante de l'identité de Jésus, jusqu'au cri de Pierre : « Tu es le Christ. »
  2. Le chemin de la croix (ch. 8-16) — la montée vers Jérusalem, scandée par trois annonces de la Passion, puis la Passion et la Résurrection ; la révélation pleine vient du centurion au pied de la croix (15, 39).

Un prologue (1, 1-13 : Jean-Baptiste, le baptême et les tentations) ouvre le livre ; le tombeau vide le referme (ch. 16). La finale longue (16, 9-20), absente de quelques manuscrits anciens, est reçue par l'Église comme Écriture canonique et inspirée (concile de Trente).

Les grands thèmes théologiques

  • Jésus, Fils de Dieu. Le titre encadre tout l'évangile, du baptême (1, 11) à la croix (15, 39), en passant par la Transfiguration (9, 7) : la divinité de Jésus se dévoile dans l'abaissement même de la Passion.
  • Le Messie souffrant. « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup » (8, 31) : Marc refuse tout messianisme glorieux qui ferait l'économie de la croix.
  • Le secret messianique. Jésus impose silence aux démons et aux miraculés : son identité ne se comprend vraiment qu'à la lumière de sa mort et de sa résurrection.
  • Suivre Jésus. « Si quelqu'un veut venir à ma suite… qu'il prenne sa croix » (8, 34). Face à l'incompréhension répétée des disciples, Marc appelle à la foi et à la conversion.
  • Le Royaume de Dieu, inauguré en Jésus et annoncé en paraboles (ch. 4).

Caractéristiques littéraires

Le style de Marc est concret, rapide, imagé : l'adverbe « aussitôt » revient sans cesse, les verbes sont souvent au présent, les détails sont ceux d'un témoin oculaire — ceux de Pierre. Il conserve des mots araméens qu'il traduit aussitôt (Talitha koum, 5, 41 ; Ephphatha, 7, 34 ; Abba, 14, 36) et use de latinismes qui trahissent un auditoire romain. Il aime enchâsser un récit dans un autre (la femme malade au cœur de la résurrection de la fille de Jaïre, ch. 5). Cette vivacité reflète une catéchèse orale : celle de l'Apôtre.

Lire Marc dans l'Église catholique

À la liturgie, Marc est l'évangile de l'année B des dimanches. Évangile de la croix et du disciple, il invite à suivre le Christ serviteur et souffrant. On le lit dans la Tradition vivante, avec les Pères ; sa finale (16, 9-20) y est reçue comme parole inspirée. La tradition lui donne pour symbole le lion — en écho à la « voix qui crie dans le désert » par laquelle s'ouvre son livre. Plus qu'un récit, c'est un appel : reconnaître dans le Crucifié le Fils de Dieu, et le suivre.

Plan

Jésus, Christ
La venue du règne de Dieu
Jésus est ses disciples
L'identité de Jésus peu à peu découverte
Jésus, Fils de Dieu
Vers la passion: Marcher à la suite de Jésus
Jésus et Jérusalem
Passion et mort de Jésus
Épilogue