Évangile selon Saint Marc

Explications
Le débat sur le divorce au temps de Jésus
La Loi (Dt 24, 1) permettait à un homme de renvoyer sa femme en lui donnant un acte de répudiation. Toute la discussion portait sur les motifs : l'école stricte de Shammaï n'admettait que l'adultère, l'école large de Hillel autorisait à répudier « pour n'importe quel grief ». La question posée à Jésus le situe dans ce débat — et, en territoire d'Hérode (où Jean est mort pour avoir critiqué un mariage), elle a tout d'un piège.
La vulnérabilité de la femme
Dans le droit juif, seul l'homme pouvait répudier ; la femme renvoyée se retrouvait sans protection. Que Jésus parle aussi d'une femme qui « répudie son mari » (v. 12) reflète le monde gréco-romain des lecteurs de Marc, où l'épouse pouvait divorcer. Dans tous les cas, l'enseignement de Jésus protège le lien et la dignité de chacun.
De la concession de Moïse au dessein du Créateur
Jésus ne s'arrête pas à ce que Moïse a permis : « C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il a écrit cette règle. » La permission du divorce était une concession à la faiblesse humaine, non la volonté première de Dieu. Jésus remonte donc « au commencement de la création ».
Les deux textes de la Genèse
Il cite coup sur coup : « Dieu les fit homme et femme » (Gn 1, 27) et « l'homme quittera son père et sa mère, et les deux ne feront qu'une seule chair » (Gn 2, 24). De là sa conclusion : « ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » Le mariage n'est pas un simple contrat révocable, mais une union voulue et scellée par Dieu, indissoluble. L'Église y reconnaît le fondement de la doctrine du mariage et de son indissolubilité (cf. CEC 1602-1605 ; 1614-1615).
Une dignité égale
En appliquant l'exigence aussi bien à l'homme qu'à la femme, Jésus relève la condition de l'épouse, souvent traitée comme inférieure : tous deux sont liés par la même fidélité.
La grandeur du mariage
L'enseignement de Jésus révèle la beauté du mariage : non un arrangement précaire, mais une alliance voulue par Dieu, image de sa propre fidélité. Les époux chrétiens sont appelés à vivre cette fidélité indéfectible, soutenus par la grâce du sacrement.
« À cause de la dureté de votre cœur »
Jésus nomme l'écart entre l'idéal de Dieu et la faiblesse humaine. Cet écart n'est pas une excuse, mais un appel à demander la grâce d'un cœur capable d'aimer fidèlement. Là où la dureté brise, la grâce du Christ peut guérir et tenir.
Respecter ce que Dieu a uni
« Que l'homme ne sépare pas. » Au-delà du couple, cette parole invite au respect des liens que Dieu tisse — fidélité aux engagements, refus de tout ce qui divise ce qui est appelé à l'unité.

Explications
Le statut de l'enfant
Là encore (cf. Mc 9, 36), il faut se défaire de notre attendrissement moderne. Dans l'Antiquité, l'enfant n'a ni statut, ni droits, ni poids social : il représente celui qui ne compte pas et ne peut rien revendiquer. Que les disciples veuillent écarter ces petits est, à leurs yeux, tout naturel : Jésus a mieux à faire.
Bénir par l'imposition des mains
On amène les enfants « pour qu'il les touche ». Jésus les embrasse et leur impose les mains pour les bénir — geste paternel de bénédiction. Sa tendreté contraste avec la rudesse des disciples.
L'indignation de Jésus
Fait notable : Jésus se fâche contre ses disciples qui font obstacle. Nul ne doit empêcher d'accéder à lui, surtout pas les plus petits. « Laissez-les venir » : l'accès au Christ est pour tous, et d'abord pour ceux que l'on tient à l'écart.
Recevoir le Royaume « comme un enfant »
« Le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent… qui ne reçoit pas le Royaume comme un enfant n'y entrera pas. » Il ne s'agit pas d'une naïveté ou d'une puérilité, mais de l'attitude de l'enfant qui reçoit tout sans pouvoir le mériter ni l'exiger : dépendance confiante, ouverture, absence de prétention. On n'achète pas le Royaume ; on le reçoit comme un don, les mains ouvertes.
Se faire petit pour recevoir
Le grand renversement évangélique se redit ici : devant Dieu, ce qui ouvre n'est pas le mérite ni le rang, mais l'humble confiance de l'enfant. Cesser de vouloir tout gagner par ses forces, consentir à tout recevoir gratuitement — voilà le chemin du Royaume.
Conduire les petits au Christ
« Ne les empêchez pas. » Parents, éducateurs, communautés : la première responsabilité est de ne pas faire obstacle, mais de conduire les enfants — et tous les « petits » — au Christ, par la prière, la bénédiction, l'exemple. Jésus veut les toucher.
La tendresse de Dieu
Jésus embrasse les enfants. Cette image révèle un Dieu tendre, qui prend dans ses bras, bénit, accueille. De quoi nourrir la confiance : nous sommes regardés par lui comme des enfants aimés.

Explications
La richesse, signe de bénédiction ?
Beaucoup, au temps de Jésus, voyaient dans la richesse un signe de la bénédiction divine ; le riche semblait donc proche du salut. C'est pourquoi la parole de Jésus — « qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le Royaume » — stupéfie les disciples : si même les bénis de Dieu peinent, « qui peut être sauvé ? »
« Le trou d'une aiguille »
L'image du chameau (le plus gros animal de la région) passant par le chas d'une aiguille (la plus petite ouverture) est une hyperbole d'impossibilité. (La légende d'une « porte de l'aiguille » à Jérusalem est tardive et sans fondement : Jésus dit bien l'impossible.) Le propos est radical : par ses seules forces, le riche attaché à ses biens ne peut entrer.
Les commandements
Jésus rappelle les commandements de la « seconde table » (envers le prochain : ne pas tuer, voler, mentir, honorer ses parents…). L'homme les observe « depuis sa jeunesse » : c'est un homme droit, sincère, religieux.
« Nul n'est bon que Dieu seul »
À l'appellation « Bon Maître », Jésus répond : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. » Loin de nier sa bonté, il renvoie à Dieu la source de tout bien — et invite, en filigrane, à mesurer qui il est lui-même.
Le regard d'amour et l'appel
Le cœur de la scène : « Jésus le regarda et l'aima ». L'appel à tout quitter n'est pas une condamnation, mais un acte d'amour, une invitation à aller plus loin. « Une seule chose te manque » : non un commandement de plus, mais le don total de soi — se déprendre de ses biens, les donner aux pauvres, et suivre Jésus. C'est l'appel au disciple.
La tristesse et l'obstacle des richesses
L'homme « s'en alla tout triste, car il avait de grands biens ». Ses richesses, qu'il croyait posséder, le possèdent. L'attachement, plus que la possession elle-même, ferme au Royaume.
« À Dieu, tout est possible »
Devant l'effroi des disciples, Jésus ouvre l'espérance : « Aux hommes, c'est impossible, mais non à Dieu ; car à Dieu tout est possible. » Le salut n'est pas une conquête humaine, mais un don de Dieu. Nul ne se sauve par ses seules forces — ni le riche, ni personne.
Le centuple et le renversement
À Pierre qui rappelle « nous avons tout quitté », Jésus promet le centuple « dès maintenant » (maisons, frères, sœurs… la nouvelle famille de la communauté) — mais « avec des persécutions » — et « dans le monde à venir, la vie éternelle ». Et il conclut : « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers premiers » : le renversement des valeurs du Royaume.
Le regard du Christ qui appelle
« Il le regarda et l'aima. » Tout appel de Dieu naît d'un amour qui nous précède. Entendre « une seule chose te manque » n'est pas un reproche, mais une invitation à la liberté plus grande du don. Quelle est, pour moi, cette « seule chose » qui me retient ?
Le danger de l'attachement
Les richesses — argent, sécurités, possessions — peuvent fermer le cœur sans qu'on s'en aperçoive. L'Évangile n'exige pas de tous la vente de tous leurs biens, mais de tous la pauvreté de cœur : ne pas se faire posséder par ce qu'on possède, et partager (cf. CEC 2544-2547).
Le salut, don de Dieu
« À Dieu, tout est possible. » Contre la tentation de se sauver soi-même par ses œuvres ou ses mérites, cette parole rappelle la gratuité du salut. On l'accueille, on ne le fabrique pas. Cela libère de l'angoisse et rend humble.

Explications
« Ils montaient à Jérusalem »
Géographiquement, on monte vers Jérusalem, perchée dans les hauteurs de Judée. Mais cette montée est aussi celle de la Passion. Marc note l'atmosphère : Jésus marche devant, résolu, et les disciples le suivent « effrayés » — pressentant le drame.
La coupe et le baptême
« La coupe » évoque, dans la Bible, le destin que Dieu réserve, souvent la coupe de la souffrance (et du jugement). « Le baptême » (une immersion) image l'engloutissement dans l'épreuve et la mort. Jésus emploie ces deux figures pour dire ce qui l'attend.
La troisième annonce, la plus précise
C'est la troisième et dernière grande annonce (après 8, 31 et 9, 31), et la plus détaillée : le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, condamné, livré aux païens, bafoué, couvert de crachats, flagellé, mis à mort — « et trois jours après, il ressuscitera ». Tout le récit de la Passion est déjà là.
L'ambition de Jacques et Jean
Juste après cette annonce bouleversante, les deux frères demandent à siéger « à ta droite et à ta gauche, dans ta gloire ». L'incompréhension est totale : Jésus parle de mourir, eux pensent aux trônes. Ils veulent la gloire sans la croix.
« Pouvez-vous boire la coupe ? »
Jésus ne les rabroue pas, mais les ramène au réel : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? » Ils répondent, présomptueux : « Nous le pouvons. » Et de fait, ils la boiront (Jacques sera le premier apôtre martyr, Ac 12 ; Jean traversera bien des épreuves) — mais les places d'honneur ne dépendent pas d'une faveur : elles sont « pour ceux à qui elles ont été préparées » par le Père.
Suivre Celui qui marche devant
Jésus marche devant, vers la croix, tandis que les siens le suivent dans la crainte. Telle est la condition du disciple : avancer à la suite du Christ, même quand le chemin effraie, en lui faisant confiance.
Désirer la gloire sans la croix
La demande de Jacques et Jean est une tentation permanente : vouloir les fruits (les places, la reconnaissance, la consolation) sans le chemin (le don de soi, l'épreuve). L'Évangile rappelle que l'on ne reçoit la gloire qu'en buvant la coupe avec le Christ.
Accepter de boire la coupe
« Pouvez-vous boire la coupe ? » À chacun, le Seigneur pose la question. Accepter sa « coupe » — les épreuves de la vie unies aux siennes — n'est pas du dolorisme, mais l'union d'amour à Celui qui a bu la nôtre jusqu'à la lie.
Explications
Le pouvoir selon le monde
Jésus décrit sans détour la logique des « chefs des nations » : ils « dominent » et « font sentir leur pouvoir ». C'est le modèle des grands de ce monde — romains, hellénistiques — fondé sur la domination et le prestige. Le pouvoir y est synonyme d'autorité sur les autres.
Serviteur et esclave
Pour décrire la grandeur selon le Royaume, Jésus emploie deux mots du bas de l'échelle sociale : diakonos (le serviteur, qui sert à table) et doulos (l'esclave). Renversement total : le premier doit se faire l'esclave de tous.
La « rançon »
Le mot grec lytron désigne le prix versé pour racheter un esclave ou un captif, lui rendre la liberté. Il évoque, en arrière-fond, le Serviteur souffrant d'Isaïe, qui « livre sa vie » et « porte le péché des multitudes » (Is 53, 10-12).
« Il n'en est pas ainsi parmi vous »
À l'indignation des dix (eux aussi gagnés par l'esprit de rivalité), Jésus oppose une règle inverse pour sa communauté : « Il n'en est pas ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous. » L'autorité chrétienne ne se mesure pas à ce qu'on domine, mais à ce qu'on sert.
Le sommet de la route vers Jérusalem
Le verset 45 est l'un des plus importants de Marc, le couronnement de tout l'enseignement sur le chemin : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jésus est lui-même le modèle de ce qu'il enseigne : sa vie est un service qui va jusqu'au don total. Et il en révèle le sens : sa mort n'est pas un échec, mais une rançon qui libère — la rédemption de la multitude. Toute la théologie de la croix de Marc tient dans cette parole.
Une autorité qui sert
Pour tous ceux qui exercent une autorité — parents, responsables, pasteurs —, cette parole est la charte : non dominer, mais servir. Le modèle n'est pas le chef qui se fait servir, mais le Christ qui lave les pieds et donne sa vie. La grandeur véritable s'incline.
Servir jusqu'au don
« Servir et donner sa vie. » Le service chrétien ne s'arrête pas aux gestes commodes : il va jusqu'au don de soi. Uni à celui du Christ, ce don a une fécondité rédemptrice : il libère, il sauve, il fait vivre.
Contempler la rançon
« En rançon pour la multitude. » Se savoir racheté à ce prix change tout : on n'est pas son propre maître, on a été acquis par un amour qui s'est livré. La gratitude pour cette rédemption est la source de toute vie donnée à son tour.

Explications
Jéricho, dernière étape avant Jérusalem
Jéricho, dans la vallée du Jourdain, est la dernière ville avant la rude montée vers Jérusalem. Sur le bord de la route, un mendiant aveugle, Bartimée (« fils de Timée »), est assis : sans vue, sans travail, il vit de l'aumône. Il représente le pauvre par excellence.
« Fils de David »
Bartimée crie un titre messianique : « Jésus, Fils de David, prends pitié de moi ! » C'est la première fois, dans Marc, que Jésus est ainsi appelé en public — et c'est juste avant l'entrée royale à Jérusalem. L'aveugle, lui, voit déjà ce que les voyants ne reconnaissent pas.
Le manteau jeté
Le manteau du mendiant est sans doute son unique bien, étalé devant lui pour recueillir les pièces. Qu'il le rejette d'un bond pour courir vers Jésus est tout un symbole : il laisse tout pour répondre à l'appel.
Le disciple modèle, à l'opposé des Douze
Ce récit encadre, avec celui de l'aveugle de Bethsaïde (8, 22-26), toute la grande section du chemin. Mais ici, contraste éclatant : alors que les disciples, voyants, demeurent aveugles au sens de la croix et se disputent les places, Bartimée, aveugle, voit juste : il confesse Jésus « Fils de David », persévère dans la foi, et, guéri, « le suit sur le chemin » — c'est-à-dire sur la route de Jérusalem et de la Passion. Bartimée est le vrai disciple.
La foi qui persévère
La foule le rabroue pour le faire taire ; il crie « de plus belle ». Sa foi ne se laisse pas décourager par les obstacles. Et Jésus s'arrête : « Appelez-le. » La parole qu'on lui transmet est celle de tout évangile : « Confiance, lève-toi, il t'appelle. »
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Jésus lui pose la même question qu'à Jacques et Jean (10, 36). Mais là où les deux frères réclamaient des trônes, Bartimée demande l'essentiel : « Rabbouni, que je voie. » Et Jésus : « Va, ta foi t'a sauvé. » La guérison est immédiate ; et le verbe « sauver » dit, là encore, plus que la vue recouvrée.
La prière de Bartimée
« Jésus, Fils de David, prends pitié de moi. » Cette supplication est à la racine de la célèbre prière de Jésus (« Seigneur Jésus, prends pitié de moi, pécheur »). Brève, humble, confiante, elle peut devenir le souffle d'une vie de prière.
Crier malgré les obstacles
On voulut faire taire Bartimée ; il cria plus fort. Bien des choses, en nous ou autour de nous, cherchent à étouffer notre appel vers Dieu (le respect humain, le découragement, le bruit). La foi persévère, jusqu'à ce que Jésus s'arrête.
Voir, puis suivre
Bartimée, guéri, ne repart pas vaquer à ses affaires : il suit Jésus sur le chemin. Telle est la fin de toute grâce reçue : non rester sur place, mais se mettre à la suite du Christ, jusque sur le chemin de la croix. Demander « que je voie », c'est demander aussi de pouvoir le suivre.