Évangile selon Saint Marc

Chapitre
10
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Controverse sur la répudiation
1 Partant de là, Jésus arrive dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De nouveau, des foules s’assemblent près de lui, et de nouveau, comme d’habitude, il les enseignait. 3
L'enseignement sur le mariage
L'enseignement sur le mariage
2 Des pharisiens l’abordèrent et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » 13 Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » 24 Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » 15 Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. 26 Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. 17 À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, 38 il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. 59 Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » 510 De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. 111 Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. 312 Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. » 13
Explications
Contexte historique et social

Le débat sur le divorce au temps de Jésus

La Loi (Dt 24, 1) permettait à un homme de renvoyer sa femme en lui donnant un acte de répudiation. Toute la discussion portait sur les motifs : l'école stricte de Shammaï n'admettait que l'adultère, l'école large de Hillel autorisait à répudier « pour n'importe quel grief ». La question posée à Jésus le situe dans ce débat — et, en territoire d'Hérode (où Jean est mort pour avoir critiqué un mariage), elle a tout d'un piège.

La vulnérabilité de la femme

Dans le droit juif, seul l'homme pouvait répudier ; la femme renvoyée se retrouvait sans protection. Que Jésus parle aussi d'une femme qui « répudie son mari » (v. 12) reflète le monde gréco-romain des lecteurs de Marc, où l'épouse pouvait divorcer. Dans tous les cas, l'enseignement de Jésus protège le lien et la dignité de chacun.

Lecture biblique et exégétique

De la concession de Moïse au dessein du Créateur

Jésus ne s'arrête pas à ce que Moïse a permis : « C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il a écrit cette règle. » La permission du divorce était une concession à la faiblesse humaine, non la volonté première de Dieu. Jésus remonte donc « au commencement de la création ».

Les deux textes de la Genèse

Il cite coup sur coup : « Dieu les fit homme et femme » (Gn 1, 27) et « l'homme quittera son père et sa mère, et les deux ne feront qu'une seule chair » (Gn 2, 24). De là sa conclusion : « ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » Le mariage n'est pas un simple contrat révocable, mais une union voulue et scellée par Dieu, indissoluble. L'Église y reconnaît le fondement de la doctrine du mariage et de son indissolubilité (cf. CEC 1602-1605 ; 1614-1615).

Une dignité égale

En appliquant l'exigence aussi bien à l'homme qu'à la femme, Jésus relève la condition de l'épouse, souvent traitée comme inférieure : tous deux sont liés par la même fidélité.

Pour la vie spirituelle et pratique

La grandeur du mariage

L'enseignement de Jésus révèle la beauté du mariage : non un arrangement précaire, mais une alliance voulue par Dieu, image de sa propre fidélité. Les époux chrétiens sont appelés à vivre cette fidélité indéfectible, soutenus par la grâce du sacrement.

« À cause de la dureté de votre cœur »

Jésus nomme l'écart entre l'idéal de Dieu et la faiblesse humaine. Cet écart n'est pas une excuse, mais un appel à demander la grâce d'un cœur capable d'aimer fidèlement. Là où la dureté brise, la grâce du Christ peut guérir et tenir.

Respecter ce que Dieu a uni

« Que l'homme ne sépare pas. » Au-delà du couple, cette parole invite au respect des liens que Dieu tisse — fidélité aux engagements, refus de tout ce qui divise ce qui est appelé à l'unité.

Jésus et les enfants
Jésus et les enfants
Jésus et les enfants
13 Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. 114 Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. 515 Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » 416 Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains. 6
Explications
Contexte historique et social

Le statut de l'enfant

Là encore (cf. Mc 9, 36), il faut se défaire de notre attendrissement moderne. Dans l'Antiquité, l'enfant n'a ni statut, ni droits, ni poids social : il représente celui qui ne compte pas et ne peut rien revendiquer. Que les disciples veuillent écarter ces petits est, à leurs yeux, tout naturel : Jésus a mieux à faire.

Bénir par l'imposition des mains

On amène les enfants « pour qu'il les touche ». Jésus les embrasse et leur impose les mains pour les bénir — geste paternel de bénédiction. Sa tendreté contraste avec la rudesse des disciples.

Lecture biblique et exégétique

L'indignation de Jésus

Fait notable : Jésus se fâche contre ses disciples qui font obstacle. Nul ne doit empêcher d'accéder à lui, surtout pas les plus petits. « Laissez-les venir » : l'accès au Christ est pour tous, et d'abord pour ceux que l'on tient à l'écart.

Recevoir le Royaume « comme un enfant »

« Le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent… qui ne reçoit pas le Royaume comme un enfant n'y entrera pas. » Il ne s'agit pas d'une naïveté ou d'une puérilité, mais de l'attitude de l'enfant qui reçoit tout sans pouvoir le mériter ni l'exiger : dépendance confiante, ouverture, absence de prétention. On n'achète pas le Royaume ; on le reçoit comme un don, les mains ouvertes.

Pour la vie spirituelle et pratique

Se faire petit pour recevoir

Le grand renversement évangélique se redit ici : devant Dieu, ce qui ouvre n'est pas le mérite ni le rang, mais l'humble confiance de l'enfant. Cesser de vouloir tout gagner par ses forces, consentir à tout recevoir gratuitement — voilà le chemin du Royaume.

Conduire les petits au Christ

« Ne les empêchez pas. » Parents, éducateurs, communautés : la première responsabilité est de ne pas faire obstacle, mais de conduire les enfants — et tous les « petits » — au Christ, par la prière, la bénédiction, l'exemple. Jésus veut les toucher.

La tendresse de Dieu

Jésus embrasse les enfants. Cette image révèle un Dieu tendre, qui prend dans ses bras, bénit, accueille. De quoi nourrir la confiance : nous sommes regardés par lui comme des enfants aimés.

L'homme riche
Jésus et le jeune homme riche
Jésus et le jeune homme riche
17 Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » 518 Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. 419 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » 120 L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » 121 Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » 322 Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. 323 Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » 224 Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! 125 Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » 326 De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » 127 Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » 1628 Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » 529 Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre 230 sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. 431 Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. » 5
Explications
Contexte historique et social

La richesse, signe de bénédiction ?

Beaucoup, au temps de Jésus, voyaient dans la richesse un signe de la bénédiction divine ; le riche semblait donc proche du salut. C'est pourquoi la parole de Jésus — « qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le Royaume » — stupéfie les disciples : si même les bénis de Dieu peinent, « qui peut être sauvé ? »

« Le trou d'une aiguille »

L'image du chameau (le plus gros animal de la région) passant par le chas d'une aiguille (la plus petite ouverture) est une hyperbole d'impossibilité. (La légende d'une « porte de l'aiguille » à Jérusalem est tardive et sans fondement : Jésus dit bien l'impossible.) Le propos est radical : par ses seules forces, le riche attaché à ses biens ne peut entrer.

Les commandements

Jésus rappelle les commandements de la « seconde table » (envers le prochain : ne pas tuer, voler, mentir, honorer ses parents…). L'homme les observe « depuis sa jeunesse » : c'est un homme droit, sincère, religieux.

Lecture biblique et exégétique

« Nul n'est bon que Dieu seul »

À l'appellation « Bon Maître », Jésus répond : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. » Loin de nier sa bonté, il renvoie à Dieu la source de tout bien — et invite, en filigrane, à mesurer qui il est lui-même.

Le regard d'amour et l'appel

Le cœur de la scène : « Jésus le regarda et l'aima ». L'appel à tout quitter n'est pas une condamnation, mais un acte d'amour, une invitation à aller plus loin. « Une seule chose te manque » : non un commandement de plus, mais le don total de soi — se déprendre de ses biens, les donner aux pauvres, et suivre Jésus. C'est l'appel au disciple.

La tristesse et l'obstacle des richesses

L'homme « s'en alla tout triste, car il avait de grands biens ». Ses richesses, qu'il croyait posséder, le possèdent. L'attachement, plus que la possession elle-même, ferme au Royaume.

« À Dieu, tout est possible »

Devant l'effroi des disciples, Jésus ouvre l'espérance : « Aux hommes, c'est impossible, mais non à Dieu ; car à Dieu tout est possible. » Le salut n'est pas une conquête humaine, mais un don de Dieu. Nul ne se sauve par ses seules forces — ni le riche, ni personne.

Le centuple et le renversement

À Pierre qui rappelle « nous avons tout quitté », Jésus promet le centuple « dès maintenant » (maisons, frères, sœurs… la nouvelle famille de la communauté) — mais « avec des persécutions » — et « dans le monde à venir, la vie éternelle ». Et il conclut : « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers premiers » : le renversement des valeurs du Royaume.

Pour la vie spirituelle et pratique

Le regard du Christ qui appelle

« Il le regarda et l'aima. » Tout appel de Dieu naît d'un amour qui nous précède. Entendre « une seule chose te manque » n'est pas un reproche, mais une invitation à la liberté plus grande du don. Quelle est, pour moi, cette « seule chose » qui me retient ?

Le danger de l'attachement

Les richesses — argent, sécurités, possessions — peuvent fermer le cœur sans qu'on s'en aperçoive. L'Évangile n'exige pas de tous la vente de tous leurs biens, mais de tous la pauvreté de cœur : ne pas se faire posséder par ce qu'on possède, et partager (cf. CEC 2544-2547).

Le salut, don de Dieu

« À Dieu, tout est possible. » Contre la tentation de se sauver soi-même par ses œuvres ou ses mérites, cette parole rappelle la gratuité du salut. On l'accueille, on ne le fabrique pas. Cela libère de l'angoisse et rend humble.

Troisième annonce de la Passion: Incompréhension de Jacques et de Jean
Jésus annonce sa Passion
Jésus annonce sa Passion
32 Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem ; Jésus marchait devant eux ; ils étaient saisis de frayeur, et ceux qui suivaient étaient aussi dans la crainte. Prenant de nouveau les Douze auprès de lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : 333 « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort, ils le livreront aux nations païennes, 234 qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. » 435 Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » 136 Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 337 Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » 138 Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisé du baptême dans lequel je vais être plongé ? » 639 Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. 440 Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » 9
Explications
Contexte historique et social

« Ils montaient à Jérusalem »

Géographiquement, on monte vers Jérusalem, perchée dans les hauteurs de Judée. Mais cette montée est aussi celle de la Passion. Marc note l'atmosphère : Jésus marche devant, résolu, et les disciples le suivent « effrayés » — pressentant le drame.

La coupe et le baptême

« La coupe » évoque, dans la Bible, le destin que Dieu réserve, souvent la coupe de la souffrance (et du jugement). « Le baptême » (une immersion) image l'engloutissement dans l'épreuve et la mort. Jésus emploie ces deux figures pour dire ce qui l'attend.

Lecture biblique et exégétique

La troisième annonce, la plus précise

C'est la troisième et dernière grande annonce (après 8, 31 et 9, 31), et la plus détaillée : le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, condamné, livré aux païens, bafoué, couvert de crachats, flagellé, mis à mort — « et trois jours après, il ressuscitera ». Tout le récit de la Passion est déjà là.

L'ambition de Jacques et Jean

Juste après cette annonce bouleversante, les deux frères demandent à siéger « à ta droite et à ta gauche, dans ta gloire ». L'incompréhension est totale : Jésus parle de mourir, eux pensent aux trônes. Ils veulent la gloire sans la croix.

« Pouvez-vous boire la coupe ? »

Jésus ne les rabroue pas, mais les ramène au réel : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? » Ils répondent, présomptueux : « Nous le pouvons. » Et de fait, ils la boiront (Jacques sera le premier apôtre martyr, Ac 12 ; Jean traversera bien des épreuves) — mais les places d'honneur ne dépendent pas d'une faveur : elles sont « pour ceux à qui elles ont été préparées » par le Père.

Pour la vie spirituelle et pratique

Suivre Celui qui marche devant

Jésus marche devant, vers la croix, tandis que les siens le suivent dans la crainte. Telle est la condition du disciple : avancer à la suite du Christ, même quand le chemin effraie, en lui faisant confiance.

Désirer la gloire sans la croix

La demande de Jacques et Jean est une tentation permanente : vouloir les fruits (les places, la reconnaissance, la consolation) sans le chemin (le don de soi, l'épreuve). L'Évangile rappelle que l'on ne reçoit la gloire qu'en buvant la coupe avec le Christ.

Accepter de boire la coupe

« Pouvez-vous boire la coupe ? » À chacun, le Seigneur pose la question. Accepter sa « coupe » — les épreuves de la vie unies aux siennes — n'est pas du dolorisme, mais l'union d'amour à Celui qui a bu la nôtre jusqu'à la lie.

L'autorité comme service
41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. 242 Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. 243 Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. 144 Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : 245 car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » 14
Explications
Contexte historique et social

Le pouvoir selon le monde

Jésus décrit sans détour la logique des « chefs des nations » : ils « dominent » et « font sentir leur pouvoir ». C'est le modèle des grands de ce monde — romains, hellénistiques — fondé sur la domination et le prestige. Le pouvoir y est synonyme d'autorité sur les autres.

Serviteur et esclave

Pour décrire la grandeur selon le Royaume, Jésus emploie deux mots du bas de l'échelle sociale : diakonos (le serviteur, qui sert à table) et doulos (l'esclave). Renversement total : le premier doit se faire l'esclave de tous.

La « rançon »

Le mot grec lytron désigne le prix versé pour racheter un esclave ou un captif, lui rendre la liberté. Il évoque, en arrière-fond, le Serviteur souffrant d'Isaïe, qui « livre sa vie » et « porte le péché des multitudes » (Is 53, 10-12).

Lecture biblique et exégétique

« Il n'en est pas ainsi parmi vous »

À l'indignation des dix (eux aussi gagnés par l'esprit de rivalité), Jésus oppose une règle inverse pour sa communauté : « Il n'en est pas ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous. » L'autorité chrétienne ne se mesure pas à ce qu'on domine, mais à ce qu'on sert.

Le sommet de la route vers Jérusalem

Le verset 45 est l'un des plus importants de Marc, le couronnement de tout l'enseignement sur le chemin : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jésus est lui-même le modèle de ce qu'il enseigne : sa vie est un service qui va jusqu'au don total. Et il en révèle le sens : sa mort n'est pas un échec, mais une rançon qui libère — la rédemption de la multitude. Toute la théologie de la croix de Marc tient dans cette parole.

Pour la vie spirituelle et pratique

Une autorité qui sert

Pour tous ceux qui exercent une autorité — parents, responsables, pasteurs —, cette parole est la charte : non dominer, mais servir. Le modèle n'est pas le chef qui se fait servir, mais le Christ qui lave les pieds et donne sa vie. La grandeur véritable s'incline.

Servir jusqu'au don

« Servir et donner sa vie. » Le service chrétien ne s'arrête pas aux gestes commodes : il va jusqu'au don de soi. Uni à celui du Christ, ce don a une fécondité rédemptrice : il libère, il sauve, il fait vivre.

Contempler la rançon

« En rançon pour la multitude. » Se savoir racheté à ce prix change tout : on n'est pas son propre maître, on a été acquis par un amour qui s'est livré. La gratitude pour cette rédemption est la source de toute vie donnée à son tour.

Guérison de l'aveugle de Jéricho
Jésus guérit l'aveugle Bartimée
Jésus guérit l'aveugle Bartimée
46 Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. 547 Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » 248 Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »49 Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »50 L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. 151 Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » 352 Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. 16
Explications
Contexte historique et social

Jéricho, dernière étape avant Jérusalem

Jéricho, dans la vallée du Jourdain, est la dernière ville avant la rude montée vers Jérusalem. Sur le bord de la route, un mendiant aveugle, Bartimée (« fils de Timée »), est assis : sans vue, sans travail, il vit de l'aumône. Il représente le pauvre par excellence.

« Fils de David »

Bartimée crie un titre messianique : « Jésus, Fils de David, prends pitié de moi ! » C'est la première fois, dans Marc, que Jésus est ainsi appelé en public — et c'est juste avant l'entrée royale à Jérusalem. L'aveugle, lui, voit déjà ce que les voyants ne reconnaissent pas.

Le manteau jeté

Le manteau du mendiant est sans doute son unique bien, étalé devant lui pour recueillir les pièces. Qu'il le rejette d'un bond pour courir vers Jésus est tout un symbole : il laisse tout pour répondre à l'appel.

Lecture biblique et exégétique

Le disciple modèle, à l'opposé des Douze

Ce récit encadre, avec celui de l'aveugle de Bethsaïde (8, 22-26), toute la grande section du chemin. Mais ici, contraste éclatant : alors que les disciples, voyants, demeurent aveugles au sens de la croix et se disputent les places, Bartimée, aveugle, voit juste : il confesse Jésus « Fils de David », persévère dans la foi, et, guéri, « le suit sur le chemin » — c'est-à-dire sur la route de Jérusalem et de la Passion. Bartimée est le vrai disciple.

La foi qui persévère

La foule le rabroue pour le faire taire ; il crie « de plus belle ». Sa foi ne se laisse pas décourager par les obstacles. Et Jésus s'arrête : « Appelez-le. » La parole qu'on lui transmet est celle de tout évangile : « Confiance, lève-toi, il t'appelle. »

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Jésus lui pose la même question qu'à Jacques et Jean (10, 36). Mais là où les deux frères réclamaient des trônes, Bartimée demande l'essentiel : « Rabbouni, que je voie. » Et Jésus : « Va, ta foi t'a sauvé. » La guérison est immédiate ; et le verbe « sauver » dit, là encore, plus que la vue recouvrée.

Pour la vie spirituelle et pratique

La prière de Bartimée

« Jésus, Fils de David, prends pitié de moi. » Cette supplication est à la racine de la célèbre prière de Jésus (« Seigneur Jésus, prends pitié de moi, pécheur »). Brève, humble, confiante, elle peut devenir le souffle d'une vie de prière.

Crier malgré les obstacles

On voulut faire taire Bartimée ; il cria plus fort. Bien des choses, en nous ou autour de nous, cherchent à étouffer notre appel vers Dieu (le respect humain, le découragement, le bruit). La foi persévère, jusqu'à ce que Jésus s'arrête.

Voir, puis suivre

Bartimée, guéri, ne repart pas vaquer à ses affaires : il suit Jésus sur le chemin. Telle est la fin de toute grâce reçue : non rester sur place, mais se mettre à la suite du Christ, jusque sur le chemin de la croix. Demander « que je voie », c'est demander aussi de pouvoir le suivre.