Évangile selon Saint Matthieu
1Lorsque Jésus eut terminé tout ce discours, il s’adressa à ses disciples : 42« Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié. » 113Alors les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du grand prêtre, qui s’appelait Caïphe ; 44ils tinrent conseil pour arrêter Jésus par ruse et le faire mourir. 45Mais ils se disaient : « Pas en pleine fête, afin qu’il n’y ait pas de troubles dans le peuple. » 9
Explications · Matthieu 26, 1-5Le complot contre Jésus« Vous le savez : dans deux jours, c'est la Pâque, et le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. » (Mt 26, 2)
« Vous le savez : dans deux jours, c'est la Pâque, et le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. » (Mt 26, 2)
À l'approche de la Pâque, tandis que Jésus annonce sereinement sa mort, les chefs trament son arrestation.
1. La Pâque et l'afflux des pèlerins
« Dans deux jours, c'est la Pâque (Pesah) » : la grande fête de pèlerinage qui commémore la sortie d'Égypte. Jérusalem se remplissait alors de dizaines de milliers de pèlerins ; on immolait les agneaux au Temple, et l'on mangeait le repas pascal (le seder) en famille. Que Jésus meure au temps de la Pâque n'est pas indifférent : il est le véritable Agneau (cf. 1 Co 5, 7).
2. Le conseil chez Caïphe
« Les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du grand prêtre, Caïphe », Joseph Caïphe, grand prêtre d'environ 18 à 36, gendre d'Anne. Ils décident d'arrêter Jésus par ruse et de le faire mourir, mais « pas pendant la fête, pour éviter une émeute parmi le peuple » : la crainte des foules de pèlerins, échauffées et nombreuses, et la vigilance romaine accrue à la Pâque, dictent leur prudence.
1. La sérénité de Jésus face au complot
L'évangéliste oppose deux attitudes : la sérénité de Jésus, qui annonce librement l'heure (« le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié »), et l'agitation des comploteurs qui trament dans l'ombre. Lui maîtrise l'événement ; eux croient le manœuvrer.
2. L'Agneau immolé à la Pâque
Les chefs veulent agir « pas pendant la fête » ; or tout s'accomplira précisément à la Pâque. Le dessein de Dieu l'emporte sur leurs calculs : le vrai Agneau sera immolé au temps même où l'on immole les agneaux pascals.
Jésus marche vers sa Passion librement, sans rien subir qu'il n'accepte. Devant le mal qui se trame dans l'ombre, sa paix dit que rien n'échappe au dessein de Dieu, et que Dieu sait retourner la malice des hommes en salut. Contempler cet Agneau qui s'avance, serein, vers l'heure de la Pâque : c'est pour nous qu'il se laisse livrer.
6Comme Jésus se trouvait à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, 77une femme s’approcha, portant un flacon d’albâtre contenant un parfum de grand prix. Elle le versa sur la tête de Jésus, qui était à table. 78Voyant cela, les disciples s’indignèrent en disant : « À quoi bon ce gaspillage ? 49On aurait pu, en effet, vendre ce parfum pour beaucoup d’argent, que l’on aurait donné à des pauvres. » 310Jésus s’en aperçut et leur dit : « Pourquoi tourmenter cette femme ? Il est beau, le geste qu’elle a fait à mon égard. 2
11Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. 512Si elle a fait cela, si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement. 313Amen, je vous le dis : partout où cet Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » 19
Explications · Matthieu 26, 6-13L'onction de Béthanie« Pourquoi ce gaspillage ?… Laissez-la ! C'est une action charitable qu'elle a faite envers moi… En répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour ma mise au tombeau. » (Mt 26, 8.10.12)
« Pourquoi ce gaspillage ?… Laissez-la ! C'est une action charitable qu'elle a faite envers moi… En répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour ma mise au tombeau. » (Mt 26, 8.10.12)
Une femme verse sur Jésus un parfum de grand prix ; il défend ce geste d'amour, que l'on jugeait gaspillage, comme une onction pour sa sépulture.
1. Béthanie, le refuge de la Semaine sainte
La scène se passe à Béthanie, village à environ trois kilomètres de Jérusalem, sur le versant du mont des Oliviers, là où Jésus logeait durant les jours de la Passion (chez Lazare, Marthe et Marie). Ici, c'est « chez Simon le lépreux ». Saint Jean identifie la femme à Marie de Béthanie ; Matthieu la laisse anonyme.
2. Le parfum d'albâtre, un luxe
La femme apporte un flacon d'albâtre (alabastron) d'un parfum très précieux (du nard, selon Marc et Jean, une essence importée, d'un coût énorme : « trois cents deniers », soit près d'une **année de salaire »). Verser un tel parfum sur la tête de Jésus est un geste d'honneur insigne (on parfumait les hôtes de marque, on oignait les rois).
3. L'usage funéraire du parfum
Dans ce monde, on embaumait le corps des défunts avec des parfums et des aromates. La parole de Jésus (« elle l'a fait pour ma mise au tombeau ») prend ce sens : ce geste anticipe l'onction funèbre. (De fait, son corps sera enseveli en hâte ; les femmes viendront l'oindre au matin de Pâques et trouveront le tombeau vide.)
1. L'amour « prodigue » contre le calcul
Les disciples s'indignent : « Pourquoi ce gaspillage ? On aurait pu vendre cela très cher et le donner aux pauvres. » Jésus défend la femme : « Elle a fait une belle action (une action bonne, charitable). » L'amour vrai sait « gaspiller » pour le Christ : il y a une gratuité de la dévotion qui échappe au pur calcul de l'utile. Le geste est d'autant plus mis en valeur qu'il précède immédiatement le marchandage de Judas (v. 14-16).
2. « Les pauvres, vous les avez toujours »
« Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous ; moi, vous ne m'aurez pas toujours. » Ce n'est pas un congé donné au service des pauvres (que l'Évangile commande sans relâche), mais l'affirmation de l'unique moment : la présence corporelle du Christ, qui appelle un hommage que rien ne remplace. « Partout où sera proclamé l'Évangile… on redira ce qu'elle a fait. »
La gratuité de l'amour
L'amour vrai sait « gaspiller » pour Dieu (du temps, de la beauté, du prix), sans tout ramener à l'utile ni au rendement. Contre une vision purement comptable de la vie chrétienne, ce geste rappelle la place de la gratuité, de la louange et de l'adoration : la beauté d'une église, d'une liturgie, d'un don sans calcul, n'est pas du gaspillage, mais de l'amour.
Honorer le Christ et servir les pauvres
L'opposition « culte ou pauvres » est fausse : l'Évangile demande les deux. Honorer le Christ présent (dans l'Eucharistie, la prière, la beauté du culte) et servir les pauvres (en qui il est aussi présent, Mt 25) sont les deux faces d'un même amour. La femme de Béthanie nous apprend à ne pas mesurer notre amour pour le Seigneur.
14Alors, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres 415et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent. 616Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. 10
Explications · Matthieu 26, 14-16La trahison de Judas« Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? » Ils lui versèrent trente pièces d'argent. » (Mt 26, 15)
« Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? » Ils lui versèrent trente pièces d'argent. » (Mt 26, 15)
Aussitôt après le parfum sans prix, le marchandage : Judas vend son Maître au prix d'un esclave.
1. « Que voulez-vous me donner ? »
L'un des Douze, Judas l'Iscariote, va trouver les grands prêtres : « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? » L'initiative et le marchandage viennent de lui : c'est un acte volontaire, motivé : saint Jean signale sa cupidité (Jn 12, 6).
2. Les trente pièces d'argent
On lui « pèse » (selon l'usage ancien) trente pièces d'argent. Le chiffre n'est pas neutre : c'est le prix d'un esclave (Ex 21, 32, l'indemnité due pour un esclave tué). Et il accomplit une prophétie de Zacharie (11, 12-13), où le berger est estimé « trente sicles d'argent », somme dérisoire jetée au potier. Jésus est ainsi évalué au prix d'un esclave.
1. Le contraste : le parfum et les trente pièces
L'évangéliste a voulu la juxtaposition : à l'amour qui répand un parfom de trois cents deniers (la femme de Béthanie) répond la trahison qui livre le Maître pour trente pièces. À la gratuité de l'amour s'oppose le marchandage ; au don sans calcul, le calcul sans amour.
2. Le mystère de la trahison par un intime
Judas n'est pas un étranger : il est l'un des Douze, qui partage la table et la mission. Sa trahison, préparée « dès lors » (il « cherchait une occasion »), ouvre le mystère sombre de l'amitié trahie et de la liberté dévoyée. Jésus est livré par l'un des siens.
Pour quel prix « livrons-nous » le Christ ?
« Que voulez-vous me donner ? » : pour quel petit prix nous arrive-t-il de « livrer » le Christ, un intérêt, un avantage, un respect humain, un plaisir, un confort ? La trahison commence souvent par un calcul minuscule, un cœur qui met un prix sur ce qui n'en a pas.
Veiller sur la racine
L'avarice (le cas de Judas) ou tout attachement désordonné peut, peu à peu, aveugler et conduire à trahir. Veiller sur la racine (ce à quoi notre cœur s'attache au point d'y sacrifier le reste) est une sagesse : on ne tombe pas d'un coup, mais par une lente complaisance.

17Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » 818Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » 819Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. 820Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. 721Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » 2
22Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » 423Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. 424Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » 625Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! » 17

26Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » 2427Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, 428car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. 1529Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. » 19
Explications · Matthieu 26, 17-29Le repas pascal et l'institution de l'Eucharistie« Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis, prenant une coupe… : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » (Mt 26, 26-28)
« Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis, prenant une coupe… : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » (Mt 26, 26-28)
Au cours du repas pascal, Jésus annonce la trahison et institue l'Eucharistie : son corps livré, son sang de la nouvelle Alliance.
1. La Pâque juive et le repas pascal
« Le premier jour des Azymes » (les pains sans levain), les disciples préparent la Pâque. Le repas pascal (le seder) avait un déroulement rituel précis : l'agneau (immolé au Temple), les pains sans levain (matzah), les herbes amères (mémoire de l'amertume de l'esclavage), plusieurs coupes de vin, le récit de la sortie d'Égypte (la Haggada) et le chant du Hallel. On le prenait couché (à demi étendu), signe des hommes libres.
2. La salle et la table
Le repas se tient dans une salle haute (le Cénacle), à Jérusalem. On est étendu autour de la table, selon l'usage du banquet, d'où le disciple « couché contre la poitrine de Jésus » dans le récit de Jean, et le geste de tremper le pain « dans le même plat ».
3. Le traître à la table
« L'un de vous va me livrer. » Le partage du même plat par le traître souligne l'intimité rompue : trahir celui dont on partage la table était, dans cette culture de l'hospitalité, le comble de la perfidie (cf. Ps 41, 10).
1. La Pâque accomplie
Jésus donne à la Pâque juive son accomplissement. Le mémorial de la première libération (la sortie d'Égypte) devient le mémorial de la libération définitive : sa mort et résurrection, nouvel Exode. Lui-même est le véritable Agneau, dont le sang sauve.
2. « Ceci est mon corps… ceci est mon sang »
Au cœur du repas, Jésus institue l'Eucharistie. Prenant le pain, il rend grâce, le rompt et le donne : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Puis la coupe : « Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » Les paroles sont denses :
- « le sang de l'Alliance » reprend l'aspersion du sang au Sinaï (Ex 24, 8), qui scellait l'Alliance, ici, c'est la nouvelle Alliance (cf. Jr 31, 31) ;
- « versé pour la multitude » renvoie au Serviteur d'Isaïe 53 (qui porte le péché « des multitudes »), « la multitude » signifiant, au sens sémitique, tous ;
- « en rémission des péchés » donne le sens rédempteur de sa mort.
3. L'orientation eschatologique
« Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père. » L'Eucharistie est tournée vers le banquet des noces éternelles ; elle est un avant-goût du Royaume.
Le don de soi anticipé
Au seuil de sa mort, Jésus se donne : il fait de sa vie livrée un don à recevoir, sous les espèces du pain et du vin. L'Eucharistie n'est pas d'abord une chose à comprendre, mais un don à accueillir : le Christ qui se livre « pour toi ».
Vivre de la messe
Chaque Eucharistie nous rend présents à ce repas et à cette Alliance « versée pour la multitude ». S'en approcher avec foi et action de grâce (eucharistia), y puiser la force du don de soi, et en faire le centre de sa vie : « faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24).
S'examiner avant de communier
Le traître est à la table : avertissement à recevoir l'Eucharistie avec un cœur droit. Saint Paul en tirera l'appel à s'examiner avant de communier, pour ne pas manger le pain « indignement » (1 Co 11, 27-29). La sainte Communion engage à la fidélité, non à la trahison.
30Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 631Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. 732Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » 333Prenant la parole, Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » 434Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » 3
35Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même. 13

36Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » 437Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. 538Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » 2039Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » 5
40Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? 541Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » 942De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » 343Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. 4
44Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. 1945Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. 546Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. » 11
Explications · Matthieu 26, 30-46La prière à Gethsémani« Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux… Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 39.41)
« Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux… Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 39.41)
Au jardin des Oliviers, saisi d'angoisse, Jésus prie et remet sa volonté au Père, tandis que les disciples dorment.
1. Le chant du Hallel et la sortie vers le mont des Oliviers
« Après avoir chanté les psaumes » : à la fin du repas pascal, on chantait le Hallel (Psaumes 113 à 118), louange de la délivrance. Puis Jésus et les siens sortent vers le mont des Oliviers, dans la nuit de la pleine lune pascale.
2. Gethsémani, le « pressoir à huile »
Gethsémani (de l'araméen Gat-Shemanim, « pressoir à huile ») est un domaine planté d'oliviers sur le versant du mont des Oliviers, où se trouvaient les pressoirs à huile. Le nom est chargé d'une résonance : c'est là que Jésus sera pressé par l'angoisse, comme l'olive sous la meule.
3. Le cercle des trois et l'agonie
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean (les témoins du Thabor, désormais témoins de l'angoisse). Il est saisi de « tristesse et d'angoisse », « mon âme est triste à en mourir ». Il prie, prosterné face contre terre, à trois reprises, et trouve chaque fois les disciples endormis.
1. La vraie angoisse du Christ
Gethsémani manifeste la pleine humanité de Jésus : il connaît l'angoisse réelle devant la mort, la peur, la répugnance devant la « coupe ». Ce n'est pas une feinte : le Fils de Dieu a véritablement tremblé devant la souffrance et la mort, ce qui réconforte tout homme qui les redoute.
2. « Non pas comme je veux, mais comme tu veux »
La prière de Jésus, « que cette coupe (la Passion) passe loin de moi ; cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux », est le modèle parfait de l'obéissance filiale. Sa volonté humaine, qui répugne légitimement à la mort, se remet librement à la volonté du Père : c'est l'exact contraire du « non » d'Adam. (La tradition y verra l'union des deux volontés du Christ, humaine et divine, dans un seul « oui ».)
3. « Veillez et priez »
Aux disciples endormis : « Vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » La veille et la prière sont les armes du combat spirituel ; sans elles, même les meilleurs (Pierre l'a juré !) succombent.
Prier l'angoisse plutôt que la fuir
Dans nos propres « Gethsémani » (les heures d'angoisse, de peur, d'épreuve), Jésus apprend à prier la détresse plutôt qu'à la fuir, et à remettre sa volonté : « que ta volonté soit faite » (la demande du Notre Père, ici poussée à son sommet). La prière ne supprime pas toujours la « coupe », mais elle donne la force de la boire.
Veiller et prier
L'avertissement demeure pour chacun : « veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, car la chair est faible ». La présomption (« moi, jamais ! ») et le sommeil de l'âme nous exposent ; la vigilance et la prière nous tiennent debout à l'heure de l'épreuve.
Tenir compagnie au Christ
« Vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi ? » Cette plainte invite à tenir compagnie au Christ en agonie, par l'adoration, l'oraison, la présence aux souffrants. Ne pas le laisser seul au jardin : c'est le sens de bien des veilles de prière de la tradition (l'heure sainte, l'adoration nocturne).

47Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. 448Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » 349Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l’embrassa. 350Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. 851L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. 5
52Alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. 553Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. 854Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » 1355À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » 4
56Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent. 4
Explications · Matthieu 26, 47-56L'arrestation« Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée… Mais comment s'accompliraient les Écritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi ? » (Mt 26, 52.54)
« Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée… Mais comment s'accompliraient les Écritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi ? » (Mt 26, 52.54)
Judas livre Jésus par un baiser ; Jésus refuse l'épée, se livre librement, et les disciples s'enfuient.
1. La troupe armée, de nuit
Judas arrive avec « une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens ». L'arrestation se fait de nuit, à l'écart des foules, par crainte d'une émeute. La troupe mêle des gardes du Temple (et, selon saint Jean, une cohorte romaine).
2. Le baiser, signe convenu
Judas avait donné un signe : « Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui ; arrêtez-le. » Le baiser était une marque ordinaire de respect et d'affection (le salut d'un disciple à son maître) : ici, il est perverti en signal de trahison. « Salut, Rabbi ! », « Mon ami, fais ta besogne. »
3. Le coup d'épée et la fuite
Un disciple (Pierre, selon Jean) tire l'épée et tranche l'oreille d'un serviteur du grand prêtre. Jésus l'arrête. Puis « tous les disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite » : la débandade des proches devant le danger.
1. « Remets ton épée » : le refus de la violence
À la riposte armée, Jésus oppose un refus net de la violence : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. » On ne défend pas le Christ par les armes. Il ajoute qu'il pourrait, d'un mot, disposer de « plus de douze légions d'anges » : sa toute-puissance est réelle, mais il choisit de ne pas s'en servir.
2. La liberté du don et l'accomplissement des Écritures
« Comment s'accompliraient les Écritures ? » Jésus se livre librement, pour accomplir le dessein de Dieu annoncé par les prophètes, non en victime impuissante, mais en Agneau qui consent. « Suis-je un brigand, que vous veniez m'arrêter avec des épées et des bâtons ? » : l'absurdité de la force déployée contre Celui qui enseignait paisiblement au Temple.
3. La fuite des disciples
« Tous l'abandonnèrent et s'enfuirent » : la solitude du Sauveur commence. Ceux qui avaient juré de mourir avec lui (Pierre le premier) fuient, image de la fragilité humaine devant l'épreuve.
On ne sert pas le Christ par l'épée
« Remets ton épée » : la tentation de défendre Dieu, l'Église ou la vérité par la violence, la force, l'agressivité, est ici écartée. Jésus se livre par amour, librement ; son Royaume ne s'impose pas par les armes. Une parole à méditer chaque fois qu'on serait tenté de « défendre » la foi par des moyens contraires à l'Évangile.
La fragilité des proches
On méditera la fuite des disciples, naguère fervents, maintenant en débandade. Combien il est facile, à l'heure de l'épreuve et du danger, de fuir et de se taire. Reconnaître sa propre fragilité garde de la présomption et appelle à demander la grâce de la fidélité.
Le baiser de Judas
Le baiser détourné de Judas avertit : les signes d'affection peuvent masquer la trahison. La vérité du cœur doit répondre aux gestes, sans quoi le geste le plus tendre devient mensonge.

57Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. 558Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. 1259Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. 460Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, 261qui déclarèrent : « Celui-là a dit : “Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.” » 2
62Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » 363Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » 364Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » 565Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! 4
66Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » 567Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups 268en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? » 14
Explications · Matthieu 26, 57-68Le procès chez le grand prêtre« Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « Tu l'as dit. D'ailleurs, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » (Mt 26, 63-64)
« Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « Tu l'as dit. D'ailleurs, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » (Mt 26, 63-64)
Devant le grand prêtre et le sanhédrin, Jésus, après le silence, confesse solennellement sa divinité, et il est condamné pour blasphème.
1. Le sanhédrin, de nuit
Jésus est mené chez Caïphe, où sont rassemblés scribes et anciens. Il s'agit d'une séance du sanhédrin (le grand conseil), de nuit, ce qui pose des questions de légalité : les règles rabbiniques (codifiées plus tard) interdisaient les procès capitaux la nuit ou la veille d'une fête ; mais ces règles ne s'appliquaient peut-être pas encore, ou ne furent pas observées. L'urgence (avant la fête) a primé.
2. La quête de faux témoignages
On cherche un faux témoignage pour le faire condamner. Deux finissent par déposer : « Cet homme a dit : Je peux détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours », déformation d'une parole de Jésus (cf. Jn 2, 19, où il parlait du « temple de son corps »). Devant ces accusations, Jésus se tait.
3. L'adjuration et la déchirure des vêtements
Le grand prêtre l'adjure « par le Dieu vivant », une sommation solennelle sous serment. À la réponse de Jésus, il déchire ses vêtements : geste rituel marquant qu'on vient d'entendre un blasphème. « Il a blasphémé ! Il mérite la mort. » Puis on crache sur lui, on le frappe, on le raille (« Fais le prophète : qui t'a frappé ? »).
1. Le silence du Christ
Devant les faux témoins, Jésus se tait : il accomplit le Serviteur d'Isaïe, « maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau muet devant ceux qui le tondent » (Is 53, 7). Le silence du Christ devant la calomnie est éloquent.
2. La confession de divinité
Sommé de dire s'il est « le Christ, le Fils de Dieu », Jésus confesse : « Tu l'as dit. Désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » Ces paroles joignent Daniel 7, 13 (le Fils de l'homme sur les nuées) et Psaume 110, 1 (siéger à la droite de Dieu) : c'est revendiquer une dignité divine. D'où l'accusation de blasphème, car, aux oreilles du grand prêtre, un homme s'attribue les prérogatives de Dieu.
3. Le Juge jugé
L'ironie tragique ne peut échapper : Celui qui « viendra sur les nuées » juger le monde est ici jugé et condamné par ses créatures ; le vrai grand prêtre est condamné par le grand prêtre de l'année.
Le silence et la confession
Devant la calomnie et l'injustice, le Christ enseigne le silence paisible : ne pas se défendre par tous les moyens, ne pas répondre à la haine par la haine. Mais sur l'essentiel (qui il est), il témoigne, fût-ce au prix de sa vie. À nous de discerner quand se taire (devant les attaques personnelles) et quand confesser la vérité (sur Dieu, sur la foi), coûte que coûte.
Adorer le Juge jugé
Contempler ce renversement : le Seigneur du ciel, souffleté et raillé, jugé par les hommes, pour nous sauver. Devant l'injustice qui le frappe, se tenir auprès de lui dans la compassion et l'adoration, et reconnaître en ce condamné le Fils de Dieu que confessait sa propre réponse.

69Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » 570Mais il le nia devant tout le monde et dit : « Je ne sais pas de quoi tu parles. » 471Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » 272De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. » 273Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » 3
74Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. 375Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement. 18
Explications · Matthieu 26, 69-75Le reniement de Pierre« Je ne connais pas cet homme ! » Aussitôt un coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite… Il sortit et pleura amèrement. » (Mt 26, 74-75)
« Je ne connais pas cet homme ! » Aussitôt un coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite… Il sortit et pleura amèrement. » (Mt 26, 74-75)
Dans la cour du grand prêtre, Pierre, qui avait juré de mourir avec Jésus, le renie trois fois, puis pleure amèrement.
1. La cour du grand prêtre
Pendant le procès, Pierre est resté « dehors, dans la cour » (l'atrium du palais du grand prêtre, où l'on s'était allumé un feu pour la nuit froide, selon les autres évangiles). Il s'y tient parmi les serviteurs, au plus près du danger.
2. Trois interpellations
Une servante : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Il nie. Une autre, puis des assistants reviennent à la charge. Le dernier indice est révélateur : « Sûrement, tu es des leurs : ton accent te trahit ! » Les Galiléens se reconnaissaient en effet à leur prononciation (ils distinguaient mal certaines gutturales) : l'accent de Pierre le dénonce. Il en vient à jurer et à maudire : « Je ne connais pas cet homme. »
3. Le chant du coq
« Aussitôt un coq chanta », le chant du coq marquait la fin de la veille de nuit (vers l'aube). Il rappelle à Pierre la parole de Jésus : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. »
1. De la présomption à la chute
Pierre avait juré : « Même si tous t'abandonnent, moi, jamais ! » (26, 33). Sa chute illustre le danger de la présomption : c'est en se croyant plus fort qu'on s'expose. Le triple reniement répond, en négatif, à la triple insistance, et bientôt, après Pâques, à la triple question « m'aimes-tu ? » qui le relèvera (Jn 21).
2. Les larmes : le repentir, non le désespoir
« Il sortit et pleura amèrement. » Ces larmes marquent le repentir, et c'est là toute la différence avec Judas : l'un, après sa faute, se tourne vers le désespoir (27, 5) ; l'autre, vers les pleurs du cœur contrit, qui ouvrent au pardon. (Saint Luc ajoute que Jésus, à cet instant, posa sur Pierre son regard : Lc 22, 61.)
Se méfier de la présomption
Même le « roc » tombe quand il s'appuie sur ses propres forces : « moi, jamais ! » est souvent le prélude de la chute. Se défier de soi, demander la grâce de la fidélité, et veiller (« veillez et priez ») : telle est la sagesse du faible qui se sait faible.
Les larmes qui sauvent
Surtout, retenir les larmes de Pierre : après le péché, tout n'est pas perdu. Le chemin n'est pas le désespoir (Judas), mais le repentir qui pleure, se souvient de la Parole et revient. Le regard de Jésus sur Pierre (Lc 22, 61) est celui qu'il pose sur tout pécheur : un regard qui ne condamne pas, mais relève.
Du pénitent, un pasteur
De Pierre tombé et pleurant, le Christ fera le pasteur de son Église (Jn 21, 15-17). Notre faiblesse reconnue et pleurée, loin de nous disqualifier, peut devenir, par la miséricorde, le lieu d'une mission nouvelle. Le pardon reçu rend capable d'aimer et de servir.