Matthieu 26, 13
Amen, je vous le dis : partout où cet Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Amen, je vous le dis : partout où cet Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Après la louange, la
récompense. La promesse qui va sortir des lèvres de Jésus est unique en son genre : le divin Maître la
prononce d'une manière emphatique, après l'avoir placée sous la sauvegarde du serment. - Partout où sera
prêché... : c'est-à-dire en tous lieux et dans tous les temps, d'après d'autres paroles de Jésus, cf. 28, 19-20. -
Cet Évangile ; cf. 24, 14. La prédication évangélique ; la vie, les mystères, la doctrine du Fils de l'homme. -
Dans le monde entier ; ces mots déterminent le sens de « partout ». - On racontera... La prophétie s'est
admirablement accomplie. « On sait au contraire par toute la terre, et on le dit encore tous les jours après la
révolution de tant de siècles, qu’une femme pécheresse est venue dans la maison d’un lépreux répandre, en
présence de douze hommes, un parfum de grand prix sur la tête d’un autre homme. La mémoire de cette
action ne s’est jamais effacée. Les Perses, les Indiens, les Scythes, les Thraces, la race des Maures, et les
habitants des îles Britanniques ont appris et racontent partout ce que cette femme fait aujourd’hui en secret
dans la maison d’un pharisien. », S. Jean Chrys., Hom. 80 in Matth. Quelle gloire pour Marie de voir son
nom à tout jamais associé à l'Évangile et à la Passion de Jésus !
2626. On pourrait dire que donner au prochain est une bonne action. Cela est vrai, mais pas au point où celle-ci doive être publiée à la grandeur du monde. C’est pourquoi il dit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : PARTOUT OÙ SERA PROCLAMÉ CET ÉVANGILE DANS LE MONDE ENTIER, [CELA] SERA REDIT À SA MÉMOIRE, à savoir, pour faire son éloge. Jérôme dit que lui qui devait être crucifié annonce à l’avance que l’évangile sera annoncé dans le monde entier, alors que [celui-ci] n’était pas encore divulgué au moment où Matthieu écrivait. Remarquez aussi que nombreux sont ceux qui ont voulu que sa naissance soit divulguée dans le monde entier et dont le souvenir a été effacé, alors que ce fait n’a pas été effacé. Pr 10, 7 : Le souvenir des justes est entouré de louanges. Ps 111[112], 7 : Le souvenir des justes durera éternellement.
L'albâtre est une espèce de marbre blanc veiné de diverses nuances et dont on se sert ordinairement pour des vases destinés à contenir des parfums et qui ont la propriété, dit-on, de les préserver de toute altération.
Le mot grecgßóôéò ( pistis) veut dire foi, d'où vient le mot p éóôßïí ( pisti con), c'est-à-dire fidèle, et ce parfum était fidèle, parce qu'il était pur et sans mélange.
C'est-à-dire dans tous les lieux où s'étendra l'Église, dans tout l'univers on racontera ce qu'a fait cette femme, etc. Ces dernières paroles nous apprennent que de même que Judas eu blâ mant cette action, s'est couvert à tout jamais d'infamie, ainsi cette femme recueille dans tous les siècles la gloire de son pieux dévouement.
Ou bien, il faut dire que saint Luc appelle femme pécheresse cette même femme à qui saint Jean donne le nom de Marie.
Preuve évidente qu'ils avaient dit quelque chose de blessant pour cette femme, Il ajoute cette parole remarquable :«Elle vient de faire une bonne oeuvre envers moi»,c'est-à-dire, ce n'est point là comme vous le dites une perte, mais une bonne oeuvre, un acte de piété et de religion.
Saint Luc raconte un fait semblable, et celui chez qui Notre-Seigneur se trouvait alors à table porte le même nom, puisque saint Luc l'appelle Simon. Cependant, comme il n'est contraire ni à la raison, ni à l'usage que le même nom soit porté par deux personnes différentes, il est plus vraisemblable qu'il y avait à Béthanie un autre Simon, différent de Simon le lépreux, et chez lequel s'est passé cette scène. Je pense donc que la femme dont il est ici question n'est point différente de la pécheresse qui était venue se jeter alors aux pieds de Jésus, mais que c'est la même appelée Marie qui a fait la même action dans deux circonstances différentes; saint Luc a raconté la première et saint Jean lui-même la rappelle, comme trait distinctif de Marie, avant l'arrivée du Sauveur à Béthanie. «Or, il y avait un homme malade nommé Lazare, qui était du bourg de Béthanie, où demeuraient Marie et Marthe sa soeur. Cette Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfums, et qui essuya ses pieds avec ses cheveux, et Lazare, qui était alors malade, était son frère». Marie avait donc déjà répandu une fois des parfums sur le Seigneur, et elle répète cette action une seconde fois, dans une circonstance dont saint Luc ne parle pas, mais qui est racontée par les trois autres évangélistes, saint Jean, saint Matthieu et saint Marc. Saint Matthieu et saint Marc disent, il est vrai, qu'elle répandit ce parfum sur la tête du Seigneur, tandis que saint Jean le lui fait répandre sur les pieds. Mais il n'y a point en cela de contradiction, si nous admettons que cette femme répandit ce parfum, non-seulement sur la tête, mais sur les pieds du Seigneur. Peut-être nous objectera-t-on, dans un esprit de chicane, que, suivant le récit de saint Marc, cette femme brisa le vase d'albâtre avant de répandre le parfum sur la tête du Seigneur, et qu'il est impossible qu'il en soit resté assez dans ce vase brisé pour parfumer ses pieds. Mais que les contradicteurs veuillent bien remarquer qu'elle a pu répandre le parfum sur les pieds du Sauveur avant de briser le vase, et qu'il en est resté assez dans ce vase entier pour répandre sur sa tête lorsqu'elle l'eut brisé.
Personne, pour peu qu'il fasse usage de sa raison, n'ira croire que le Seigneur a permis que cette femme répandit ces parfums sur ses pieds, à l'exemple des hommes sensuels et voluptueux. Dans toutes ces choses, ce n'est point l'usage qui est coupa ble, mais la mollesse voluptueuse de ceux qui s'en servent. Celui qui, dans l'usage qu'il en fait, dépasse les limites que s'imposent les personnes vertueuses au milieu desquelles il vit, ou fait preuve de dépravation, ou annonce que sa conduite a quelque chose de mystérieux. La même chose donc qui, dans les autres, est presque toujours coupable, dans une personne divine ou dans un prophète, peut être un symbole ou une figure; car la bonne odeur figure la bonne ré putation, et celui qui s'en rend digne par les oeuvres d'une vie vertueuse, en suivant les pas de Jésus-Christ, semble répandre sur ses pieds un parfum d'un grand prix.
Il semble qu'il y ait contradiction entre saint Matthieu et saint Marc, qui, après avoir dit que la Pâque se ferait dans deux jours, mentionnent tous les deux que Jésus était à Béthanie, où ce parfum précieux fut répandu sur sa tête, tandis que saint Jean place le même fait six jours avant la fête de Pâque. Mais ceux qui font cette difficulté, ne remarquent pas que c'est par récapitulation que saint Matthieu et saint Marc racontent ce fait; car aucun d'eux, après avoir dit que la Pâque se ferait dans deux jours, ne continue son récit en ajoutant: «Ensuite comme Jésus était à Béthanie».
On peut encore admettre que les autres disciples partagèrent ces mêmes sentiments, et peut-être à la persuasion de Judas; c'est cette impression générale que saint Matthieu et saint Marc ont voulu exprimer. Mais Judas tint ce langage, parce que c'était un voleur, les autres y participèrent par un sentiment de charité pour les pauvres, et saint Jean n'a fait mention que de Judas, parce qu'il a voulu constater à cette occasion l'habitude qu'il avait de voler.
Ce n'est pas qu'il fut encore actuellement lépreux, mais parce qu'il avait été guéri précédemment de la lèpre, et l'Évangéliste lui conserve le nom de lépreux pour rappeler la puissance de celui qui l'avait guéri.
Voyez quelle connaissance de l'avenir, lui dont la passion et la mort devaient avoir lieu dans deux jours,il sait que son Évan gile sera prêché dans tout l'univers.
On peut se demander comment Notre-Seigneur a pu dire à ses disciples après sa résurrection: «Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation du monde» ( Mt 28,20 ), tandis qu'il leur déclare ici qu'ils ne l'auront pas toujours. Je réponds que dans cette dernière circonstance, il veut parler de sa présence sensible dont ils ne devaient plus jouir après sa résurrection, comme ils en jouissaient maintenant en toute intimité dans le commerce habituel de la vie.
Le Sauveur vient de parler de mort et de sépulture, il ne veut pas laisser cette femme sous l'impression de tristesse, que ces paroles devaient lui causer, il la console donc de nouveau en ajoutant: «Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché», etc.
Telles étaient les pensées des disciples, mais le Seigneur, qui voyait l'intention de cette femme, la laisse agir, tant est grande la piété qui l'inspire, et le zèle qui l'anime. Il condescend donc à ses désirs, et lui permet de répandre ce parfum sur sa tête. Le Père céleste avait souffert qu'on lui offrit l'odeur des victimes et la fumée des sacrifices ( Gn 8,2 ), ainsi Jésus-Christ daigne accepter le parfum que cette femme répand sur lui par un sen timen t de religion, tandis que ses disciples la blâment, parce qu'ils ignorent l'intention qui la fait agir. «Mais Jésus, sachant leurs murmures, leur dit: Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ?»
Il ne se borne pas à dire: «Elle a fait une bonne oeuvre envers moi», mais il commence par réprimander ses disciples: «Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ?» parce qu'il veut nous apprendre à encou rager, à exciter celui qui fait une bonne action quelle qu'elle soit, fût-elle d'ailleurs accompa gnée de quelques négligences, et à ne point exiger tout d'abord la perfection. Si on l'avait in terrogé avant que cette femme fit cette action, il ne lui en aurait pas fait une obligation; mais après que ce parfum eut été répandu, le reproche des disciples n'avait plus d'application, et c'est pour ne point étouffer les saints désirs de cette femme qu'il s'exprime ainsi pour sa consolation.
On peut donc admettre que ce n'est pas la même femme, et ainsi disparaît toute contradiction entre les évangélistes. On peut encore résoudre cette difficulté, en tenant compte de la différence des temps et du mérite de cette femme, pécheresse en premier lieu, et femme vertueuse et parfaite dans la seconde circonstance.
Peut-être pourrait-on dire que les évangélistes on parlé de quatre femmes différentes; mais, à mon avis, ils n'ont parlé que de trois: l'une dont saint Matthieu et saint Marc font mention, l'autre dont parle saint Luc, et la troi sième dont parle saint Jean.