Matthieu 26, 68

en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »

en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
Louis-Claude Fillion
Prophétise-nous. L'insulte amère est ajoutée aux coups. S. Marc et S. Luc racontent que, pour la rendre plus mordante, on avait voilé le visage de Jésus. Le divin Maître qui a consenti, durant l'agonie du jardin, à vider la coupe jusqu'à la lie, accepte tout sans se plaindre, selon la prophétie d'Isaïe 50, 6, 7 : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. »
Saint Thomas d'Aquin
2776. Ils [lui] adressent ensuite des insultes en paroles : FAIS LE PROPHÈTE POUR NOUS, CHRIST ! QUI T’A FRAPPÉ ? Ils disaient cela pour rire de lui, car aucun d’eux ne le considérait comme un prophète, et cela n’était pas nécessaire, car leur infamie était évidente. Aussi [le Christ] n’a-t-il pas voulu leur répondre. Jb 16, 11 : En l’insultant, ils le frappaient au visage.
Saint Jérôme
Comment peut-on les appeler faux témoins, puisqu'ils ne rapportent que ce que le Sauveur a dit lui-même d'après le récit des Évangélis tes? C'est que pour être faux témoin, il suffit de ne pas rapporter les choses dans le sens où elles ont été dites. Le Seigneur avait ainsi parlé du temple de son corps, mais ils dénaturent ses paroles, et à l'aide d'une légère addition, ou d'un léger changement, ils semblent formuler contre lui une accusation fondée. Le Sauveur avait dit: «Détruisez ce temple»; ils dénaturent le sens de ses paroles, et lui font dire: «Je puis détruire le temple de Dieu». Détruisez vous-même ce temple, leur dit-il, ce n'est pas moi qui le détruirai». En effet, il ne nous est pas per mis de nous donner la mort. ils ajoutent ensuite: «Et après trois jours je le rebâtirai», de ma nière que ces paroles parussent se rapporter directement au temple de Jérusalem, tandis que le Sauveur, pour montrer qu'il voulait parler d'un temple vivant et animé, avait dit: «Et dans trois jours je le ressusciterai»; car rebâtir, n'est pas la même chose que ressusciter.

Mais en déchirant ses vêtements, il déclare que les Juifs ont perdu la gloire du sacerdoce, et que le siége de leurs pontifes est désormais vide; car par cette action, il déchire aussi le voile qui recouvrait la loi.

s'accomplissait ce qui avait été prédit: «J'ai présenté ma joue aux soufflets, et je n'ai pas détourné mon visage des outrages et des crachats de l'ignominie». « D'autres lui donnèrent des soufflets en disant: Christ, pro phétise-nous»,etc. C'est pour l'outrager qu'ils lui tiennent ce langage, et parce qu'il avait voulu passer aux yeux du peuple pour un prophète. Il eût été contre la raison de répondre à ceux qui le frappaient, et de deviner qui le souffletait, alors que la rage de ceux qui le maltraitaient était si manifeste.
Saint Jean Chrysostome
Mais pourquoi ne l'accusent-ils pas d'avoir violé le jour du sabbat? C'est parce que bien des fois il les avait confondus sur ce point.

Le grand-prêtre fait cette démonstration pour aggraver le crime dont il veut charger le Sauveur, et confirmer par cet acte la vérité de ses paroles.

Il lui parle de la sorte pour lui arracher une réponse répréhensible, et qui pût être tournée contre lui. Or, il était parfaitement inutile au Sauveur de répondre, puisque personne n'était disposé à l'écouter, c'est pour. quoi l'Évangéliste ajoute: «Mais Jésus se taisait»; car il n'y avait là que les apparences de la jus tice, et en réalité, c'était une troupe de brigands se jetant sur leur proie comme dans une ca verne, et c'est pour cela qu'il garde le silence.

Mais non, ils font éclater leur liesse et leurs transports insensés, comme s'ils avaient rencontré une proie.

Remarquez que l'Évangéliste rap porte avec le plus grand soin les outrages les plus ignominieux, ne dissimulant rien, n'ayant honte de rien, mais regardant, au contraire, comme le comble de la gloire que le souverain Maître de l'univers ait souffert pour nous d'aussi indignes traitements. Méditons donc conti nuellement ces tristes détails, gravons-les dans notre âme, faisons-en le sujet de notre gloire.

Ceux qui lui crachent au visage représentent ceux qui rejet tent la présence de sa grâce; il est encore frappé à coups de poing par ceux qui lui préfèrent leur propre gloire; et ceux qui lui donnent des soufflets sont ceux que la perfidie aveugle, qui nient sa venue, et qui voudraient repousser et détruire sa présence sur la terre.
Origène
Les faux témoignages ne sont possibles que lorsqu'on peut leur donner quelque semblant de vérité. Mais on ne pouvait même pas trouver ces apparences qui seraient venues fortifier les mensonges qu'ils inventaient contre Jésus-Christ, bien qu'il y eût beaucoup de gens qui eussent voulu être agréable en cela aux princes des prêtres. C'est là, du reste, une gloire éclatante pour Jésus, que toutes ses paroles, que toutes ses actions aient été irrépréhensibles jusque là que ces hommes pervers et consommés dans la malice, n'aient pu trouver l'ombre même d'une faute dans sa conduite.

Cet exemple nous apprend à mépriser les calomnies et les faux témoignages, et à ne pas même juger dignes de réponse ceux qui tien nent des discours injustes contre nous, surtout alors qu'il est plus digne de se taire librement et courageusement, que de se défendre sans profit.

Quelle erreur monstrueuse que de pro clamer digne de mort la vie par excellence, et malgré des témoignages si imposants de résur rection, de ne pas reconnaître la source même de la vie, d'où elle se répandait sur toue les hommes.