Matthieu 26, 25

Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »

Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »
Louis-Claude Fillion
Prenant la parole. Le traître, foudroyé d'abord plus que personne par la révélation inattendue de Jésus, v. 21, n'avait point pris part à la question des autres, v. 22. Il craint maintenant que son silence ne dévoile sa faute. Il demande donc à sont tour, avec les dehors du plus profond respect : Est-ce moi ? On s'indigne à la vue de sa froide impudence. Mais on admire la douceur de Jésus. Tu l'as dit, se contente-t-il de répondre, employant une formule d'adhésion fréquemment usitée chez les Juifs, les Grecs et les Romains. Oui, c'est toi, tu le sais bien. Ces mots furent prononcés à voix basse de manière à n'être entendus que de Judas, ainsi qu'il ressort du récit plus complet de S. Jean, 13, 28-29.
Rabanus Maurus
Saint Matthieu désigne ce plat par l'expression in parop side, saint Marc, par cette autre, in catino. Or, le premier est un plat quadrangulaire sur lequel on sert les mets solides, et qui est ainsi appelé des quatre côtés égaux dont il est composé ( paribus assibus); et le second est un vase de terre destiné à contenir les mets liquides. Or, il est très-possible qu'il y eût sur la table un plat de terre, de forme quadrangulaire.

Judas put encore faire cette question et Jé sus lui répondre de la sorte pour ne point attirer l'attention des autres Apôtres sur ce qui venait d'avoir lieu.
Saint Léon le Grand
Il montre par là que la conscience du traître lui était connue. Il ne le confond point par un repro che sévère et direct, mais il se contente de lui donner un avertissement indirect et plein de dou ceur, pour amener plus facilement à se repentir de ses criminels desseins celui que le mépris n'aurait pas encore flétri.
Saint Rémi
Et voyez par quel rapprochement touchant Notre-Seigneur, selon le récit de l'Évangéliste, se met à table lorsque le soir fut venu; car c'était vers le soir que l'agneau de vait être immolé.

Ce qui peut s'entendre de la sorte: C'est vous qui le dites, et vous dites vrai, ou bien, c'est vous qui le dites et non pas moi. Jésus offrait ainsi à Judas l'occasion de se repentir, en ne dévoilant pas entièrement la perversité de ses desseins.
Saint Augustin
Et si quelqu'un prétend qu'il y a une vie antérieure à celle-ci, il sera forcé de convenir qu'il n'était pas avantageux de naître non-seulement pour Judas, mais pour aucun autre. Ou bien, Jésus dit-il qu'il ne lui était pas avantageux de naître au démon, c'est-à-dire pour le péché? Ou était-il bon pour Judas de ne pas naître en Jésus-Christ par sa vocation, pour ne pas devenir un apostat ?
Saint Jérôme
Judas se conduit en tout de manière à éloigner de lui le soupçon de trahison.

Il ne faut cependant pas conclure de ces paroles que Judas ait pu exister avant de naître, par la raison que le bien ne peut arriver qu'à celui qui existe; le Sauveur veut donc dire simplement qu'il vaut beaucoup mieux ne pas exister, que de vivre d'une vie livrée au mal.

O patience admirable de Jésus-Christ ! Il avait commencé par dire: «Un de vous me trahira»,le traître persévère dans ses criminels desseins, il le désigne plus clairement, sans toutefois le nommer. Et cependant, alors que tous les autres sont attristés, qu'ils retirent leur main, et n'osent porter les mets à leur bouche, judas pousse la témérité et l'impudence qui doivent bientôt faire de lui un traître, jusqu'à mettre la main dans le plat avec son Maître, pour se couvrir audacieusement de l'apparence hypocrite d'une bonne conscience.
Saint Jean Chrysostome
L'Évangéliste nous fait remarquer que c'est pendant qu'ils étaient à ta ble, que Jésus parle de la trahison de Judas, pour faire ressortir la noirceur de ce traître par les circonstances du temps, et de ce repas auquel il participe lui-même. «Et pendant qu'ils man geaient, il leur dit: «Je vous dis en vérité que l'un d'eux doit me trahir», etc.

Pour moi, je crois que le Sauveur a permis que Judas portât la main avec lui dans le plat, pour lui inspirer une salutaire confusion, et réveiller dans son coeur le sentiment de l'amour qu'il lui devait.

Son dessein, en parlant de la sorte, est de consoler ses disciples et de prévenir la pensée qu'il souffrait par faiblesse et par impuissance. Il veut aussi convertir le traître Judas; car bien que la passion de Jésus fut prédite, Judas n'en est pas moins coupable; en effet, ce n'est pas la trahison de Judas qui a opéré notre salut, mais la sagesse de Jésus-Christ qui se servait de la méchanceté des hommes pour notre bien, aussi ajoute-t-il: «Mais malheur à l'homme par le moyen duquel il sera trahi», etc.

Le Seigneur aurait pu lui dire: Vous êtes convenu de la somme d'argent que vous devez recevoir, et vous osez encore me faire cette question? Mais Jésus plein d'une ineffable dou ceur ne lui dit rien de semblable, pour nous tracer à nous-même la ligne de conduite et les rè gles que nous devons suivre: «Il lui répondit: Vous l'avez dit».
Origène
C'est le caractère particulier des hommes parvenus aux dernières limites du mal, de dresser après un repas pris en commun, des embûches à des hommes qui n'ont jamais nourri contre eux aucun sentiment de haine; c'est ainsi qu'après cette cène toute spirituelle, vous verrez éclater toute la noirceur de la malice du traître Judas, qui trahit son Maître sans se souvenir de son amour qui lui avait tant de fois prodigué, d'un côté ses bienfaits extérieurs, de l'autre ses divins enseignements. Tels sont dans l'Église tous ceux qui tendent des embûches à leurs frères après s'être approchés souvent avec eux de la même table du corps de Jésus-Christ.

Après que tous les Apôtres eurent interrogé le Sauveur, et qu'il eut désigné indirecte ment le traître, Judas hasarde la même question dans une intention pleine de fourberie, et pour cacher son projet de trahison, en interrogeant Jésus comme les autres Apôtres, car la vraie tristesse ne peut souffrir de retard: «Judas qui fut celui qui le trahit, p renant la parole, dit: Est-ce moi, maître ?»

Ou bien, il s'exprime ainsi par esprit de moquerie, appelant Maître celui qu'il croyait indigne de porter ce nom.