Matthieu 26, 18
Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” »
Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” »
Le divin Maître,
interpellé comme le chef de la famille apostolique, donne aussitôt ses ordres pour la fête. Sa réponse
concerne surtout le point précis sur lequel on l'avait consulté. - Allez dans la ville : à Jérusalem ; preuve que
Jésus et les siens en étaient alors une certaine distance. C'est dans la capitale juive que devait être célébré le
festin de la Pâque : les ordres de Jéhovah étaient formels là-dessus et remontaient jusqu'aux premiers jours
de la théocratie, cf. Deut. 16, 5-7, comme du reste la plupart des autres ordonnances relatives à cette grande
solennité. - Chez un tel. Parole mystérieuse, qui a bien des fois exercé la sagacité des interprètes. Dans le
grec : « vers un tel ». Jésus n'aurait-il pas prononcé un nom propre au lieu de ce terme vague ? Plusieurs
auteurs l'ont pensé. Ils ajoutent que S. Matthieu le retrancha de son récit pour un motif qu'il ne nous est plus
possible de déterminer (Meyer), ou plus simplement encore parce qu'il l'avait oublié (Henneberg). Mais il
paraît certain que le Sauveur ne dût indiquer aucun nom, puisque, d'après les récits plus complets de S. Marc et de S. Luc, il donna à ses deux envoyés un signe particulier à l'aide duquel ils arriveraient aisément chez
celui qui leur offrirait une chambre pour la cène. Les vraies paroles de Notre-Seigneur sont conservées dans
le second et le troisième Évangile. S. Matthieu, qui voulait abréger, selon sa fréquente habitude, les a
condensées dans la simple phrase « Allez chez un tel ». Mais il en bien gardé l'esprit. Car il est évident que,
si Jésus se servit d'un moyen tout à fait extraordinaire pour faire connaître aux deux disciples délégués la
maison dans laquelle ils devaient préparer la Pâque, il avait pour cela un pressant motif : et ce motif était, du
consentement général des exégètes, la crainte que Judas, connaissant plusieurs heures d'avance le local où
Jésus mangerait l'agneau pascal, n'allât le désigner aux princes des prêtres ; et alors, une arrestation anticipée
aurait pu empêcher ou du moins troubler l'institution de la sainte Eucharistie. Grâce au langage mystérieux
du divin Maître, le traître ne connut la maison que le soir en y entrant, et il était trop tard alors pour avertir
ses complices. Or S. Matthieu, par sa formule abrégée, garde très bien le secret de Jésus. S. Augustin avait
raison d'écrire, de cons. Evang. l. 2, c. 80 : « (S. Matthieu) ajoute de lui-même: «Chez un tel», non que le
Seigneur se soit exprimé de la sorte, mais pour nous faire entendre qu'il y avait un homme dans la ville à qui
le Seigneur adressait ses disciples pour lui préparer la Pâque ». - Le Maître dit : le Maître par excellence ; cf
23, 8, 10. Ces mots supposent que la personne vers laquelle les deux disciples étaient envoyés connaissait
Notre-Seigneur, et qu'elle devait lui offrir volontiers l'hospitalité pour la soirée. Y avait-il eu entre elle et
Jésus quelque arrangement préalable sur ce point ? De graves auteurs l'ont pensé ; d'autres le nient. Il est
certain du moins qu'il y eut un miracle dans la manière dont les envoyés du Sauveur furent conduits au
cénacle. Voir S. Marc, 14, 13-16 et le commentaire. - Mon temps. Non pas « tempus de quo convenimus »
d'après Kuinoel, ni « le temps auquel je dois célébrer la Pâque » d'après Grotius, Neander, etc., car de
pareilles traductions affaiblissent la pensée, mais « le temps de ma mort » ; cf. S. Jean Chrysost. Hom. 81 in
Matth., Maldon., Luc de Bruges, Jansenius, E. Reuss, etc. C'est une manière pressante d'appuyer sa
demande : Je vais mourir bientôt ; accordez-moi cette dernière faveur ! - Chez toi. Quel honneur pour cet
inconnu ! Il y avait alors à Jérusalem plus d'une maison dévouée au Christ, qui l'eût reçu bien volontiers ! Du
reste, à l'occasion des solennités pascales, tous les habitants de la capitale pratiquaient la plus large
hospitalité à l'égard des frères étrangers. Le Dr Sepp prétend, mais sans la moindre apparence de raison, que
le personnage auquel Notre-Seigneur fait tenir ce langage n'était autre que Nicodème. - Je ferai la pâque. Le
présent au lieu du futur : le divin Maître parle avec autorité. « Faire la Pâque » était la formule technique
dont on se servait pour désigner la célébration des rites principaux de la fête ; cf. Ex. 12, 48 ; Num. 9, 4 ;
Hebr. 11, 28. Les classiques en avaient de semblables. - Avec mes disciples. Jésus ne s'invite point à
participer au repas du maître de la maison ; il demande seulement une chambre séparée, dans laquelle il
mangera l'agneau pascal avec ses Apôtres. Car, d'après la tradition, c'est dans le sens très restreint qu'il faut
prendre ici le mot « disciples » : le Sauveur n'eut pas d'autres témoins que les Douze durant ces heures
solennelles du cénacle.
2640. IL DIT. Ici est présenté l’ordre [de Jésus] : premièrement, il annonce l’hôte ; deuxièmement, la passion ; troisièmement, il demande un endroit pour tenir le repas.
[Le Seigneur] dit donc : ALLEZ À LA VILLE, CHEZ UN TEL. Vous devez remarquer qu’il n’était pas reçu dans une ville, mais à Béthanie. Mais que veut dire : UN TEL ? Augustin dit que le Seigneur a donné un nom précis, mais parce qu’il n’était pas nécessaire de le nommer, Matthieu a omis de le nommer. Chrysostome dit que [le Seigneur] dit : «Allez chez un tel», c’est-à-dire chez n’importe qui, car il voulait montrer sa puissance afin que [les disciples] ne soient pas troublés par [sa] passion. En effet, sa renommée était si répandue qu’il était déjà décidé que celui qui le recevrait le ferait en-dehors de la synagogue. Il voulait donc laisser entendre qu’on ne le recevrait pas sans changer son cœur. Pr 21, 1 : Le cœur du roi est dans la main du Seigneur, et celui-ci l’orientera dans le sens qu’il voudra.
2641. ET DITES-LUI, etc. Il annonce d’avance la passion afin que [les disciples] ne soient pas troublés. C’est pourquoi il dit : [MON] TEMPS, non pas n’importe lequel, mais celui qui a été déterminé par le Père. Il parle de cette manière en Jn 7, 6 : Mon temps n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt. «C’EST CHEZ TOI QUE JE VAIS FAIRE LA PÂQUE», c’est-à-dire que je célébrerai le repas pascal chez toi. Et il ajoute : AVEC MES DISCIPLES, pour montrer qu’il ne le ferait pas d.une manière cachée, mais publique. Selon Chrysostome, il dit cela parce qu’il voulait qu’on prépare suffisamment de nourriture pour lui-même et les disciples.
Mais pourquoi lui-même a-t-il célébré [la Pâque], alors que nous ne devons pas la célébrer ? Parce qu’il est dit en Jn 13, 15 : Je vous ai donné un exemple afin que ce que j’ai fait, vous le fassiez vous aussi. À cela Augustin répond que, «de même que le Christ a souffert afin de nous racheter de la mort, de même a-t-il a voulu observer la loi afin de nous délier de la loi».
[Le Seigneur] dit donc : ALLEZ À LA VILLE, CHEZ UN TEL. Vous devez remarquer qu’il n’était pas reçu dans une ville, mais à Béthanie. Mais que veut dire : UN TEL ? Augustin dit que le Seigneur a donné un nom précis, mais parce qu’il n’était pas nécessaire de le nommer, Matthieu a omis de le nommer. Chrysostome dit que [le Seigneur] dit : «Allez chez un tel», c’est-à-dire chez n’importe qui, car il voulait montrer sa puissance afin que [les disciples] ne soient pas troublés par [sa] passion. En effet, sa renommée était si répandue qu’il était déjà décidé que celui qui le recevrait le ferait en-dehors de la synagogue. Il voulait donc laisser entendre qu’on ne le recevrait pas sans changer son cœur. Pr 21, 1 : Le cœur du roi est dans la main du Seigneur, et celui-ci l’orientera dans le sens qu’il voudra.
2641. ET DITES-LUI, etc. Il annonce d’avance la passion afin que [les disciples] ne soient pas troublés. C’est pourquoi il dit : [MON] TEMPS, non pas n’importe lequel, mais celui qui a été déterminé par le Père. Il parle de cette manière en Jn 7, 6 : Mon temps n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt. «C’EST CHEZ TOI QUE JE VAIS FAIRE LA PÂQUE», c’est-à-dire que je célébrerai le repas pascal chez toi. Et il ajoute : AVEC MES DISCIPLES, pour montrer qu’il ne le ferait pas d.une manière cachée, mais publique. Selon Chrysostome, il dit cela parce qu’il voulait qu’on prépare suffisamment de nourriture pour lui-même et les disciples.
Mais pourquoi lui-même a-t-il célébré [la Pâque], alors que nous ne devons pas la célébrer ? Parce qu’il est dit en Jn 13, 15 : Je vous ai donné un exemple afin que ce que j’ai fait, vous le fassiez vous aussi. À cela Augustin répond que, «de même que le Christ a souffert afin de nous racheter de la mort, de même a-t-il a voulu observer la loi afin de nous délier de la loi».
Nous voyons clairement par là, que le Sauveur n'avait à lui, ni maison ni asile, et je suis porté à croire que ses disciples n'en avaient pas non plus; car ils l'eussent prié d'y venir pour y célébrer la Pâque. «Jésus leur répondit: Allez dans la ville chez un tel», etc.
Ou bien en leur disant: «Allez chez un tel», il veut montrer qu'il les adresse à un homme inconnu, et leur apprendre ainsi qu'il était en son pouvoir de ne pas souffrir, car celui qui pouvait déterminer un inconnu à les recevoir, que n'aurait-il pu sur l'esprit de ceux qui devaient le crucifier, s'il avait voulu se soustraire au sup plice de la croix? Pour moi, ce que j'admire dans cet homme, ce n'est pas seulement qu'un homme qui ne connaissait pas Jésus-Christ l'ait reçu chez lui, mais qu'il ait méprisé, en le rece vant, la haine générale à laquelle il s'exposait.
L'intention du Sauveur est ici de rappeler sa passion à ses disciples, et de les exercer pour ainsi dire par ces prédictions répétées de ses souffrances, pour qu'elles devinssent l'objet continuel de leurs méditations, et aussi pour leur prouver que c'était volontairement qu'il allait souffrir: «Je viens faire la Pâque chez vous avec mes disciples», paroles qui montrent d'ailleurs qu'il voulait jusqu'au dernier jour de sa vie se conformer à la loi. Il ajoute: «Avec mes disciples»,afin qu'il fît tous les préparatifs nécessaires, et que cet homme à qui il adressait ses disciples ne s'imaginât pas qu'il avait l'intention de se cacher dans sa maison.
Ou bien, il ne nomme pas celui chez lequel il devait célébrer la Pâque, parce qu'il n'avait pas encore accordé à ceux qui croyaient en lui, la gloire du nom chrétien.
Peut-être voudra-t-on s'autoriser de ce que Jésus a célébré la Pâque selon l'usage des Juifs, pour prétendre que nous, imitateurs de Jésus-Christ, nous devons agir de même. Mais ce serait oublier que Jésus ne s'est pas assujetti à la loi pour laisser sous le joug de la loi, mais, au contraire, pour délivrer de ce joug ceux qui étaient sous la loi ( Ga 4,4 ). A combien plus forte raison donc ne convient-il pas à ceux qui vivaient en dehors de la loi, de se soumettre à ses prescriptions. Les chrétiens doivent donc se contenter d'accomplir d'une manière spirituelle ce que la loi prescrivait d'accomplir extérieurement; et c'est ainsi que nous devons célébrer la Pâque avec les azymes de la sincérité et de la vérité pour nous conformer à la volonté de l'Agneau qui nous dit: «Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous».