Matthieu 26, 11

Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.

Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Pape Saint Jean-Paul II
Celui qui lit le récit de l'institution de l'Eucharistie dans les Évangiles synoptiques est frappé tout à la fois par la simplicité et par la « gravité » avec lesquelles Jésus, le soir de la dernière Cène, institue ce grand Sacrement. Il y a un épisode qui, en un sens, lui sert de prélude: c'est l'onction à Béthanie. Une femme, que Jean identifie à Marie, sœur de Lazare, verse sur la tête de Jésus un flacon de parfum précieux, provoquant chez les disciples – en particulier chez Judas (cf. Mt 26, 8; Mc 14, 4; Jn 12, 4) – une réaction de protestation, comme si un tel geste constituait un « gaspillage » intolérable en regard des besoins des pauvres. Le jugement de Jésus est cependant bien différent. Sans rien ôter au devoir de charité envers les indigents, auprès desquels les disciples devront toujours se dévouer – « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Mt 26, 11; Mc 14, 7; cf. Jn 12, 8) –, Jésus pense à l'événement imminent de sa mort et de sa sépulture, et il voit dans l'onction qui vient de lui être donnée une anticipation de l'honneur dont son corps continuera à être digne même après sa mort, car il est indissolublement lié au mystère de sa personne.
Louis-Claude Fillion
Tirant des murmures de ses disciples un argument personnel, Notre-Seigneur établit entre les pauvres et lui-même un contraste qui aura pour effet de mettre davantage en relief la faute des mécontents. - Toujours des pauvres … ; ils ont et auront toujours auprès d'eux quantité de pauvres et, s'ils le veulent, ils pourront leur faire du bien. Cf. Marc. 14, 7. - Vous ne m'aurez pas toujours... Litote qui signifie : Je ne suis avec vous que pour bien peu de temps. N'ayant à jouir de la présence visible de leur Maître que pendant un nombre de jours si restreint, ils n'auront plus guère l'occasion de rendre honneur à sa sainte humanité. Pourquoi donc voient-ils avec tant de déplaisir l'hommage qu'on vient de lui rendre ?
Saint Thomas d'Aquin
2624. CAR IL Y AURA TOUJOURS DES PAUVRES PARMI VOUS, etc. Ici est présentée la réponse à l’objection [des disciples], car ceux-ci disaient que [la femme] aurait pu le donner aux pauvres. MAIS MOI, VOUS NE M’AUREZ PAS TOUJOURS. Cela est vrai selon [sa] présence corporelle, mais il est toujours présent selon [sa] présence spirituelle. Ainsi, plus bas, 28, 20, il dit : Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles.
Saint Rémi
Notre-Seigneur leur prouve ici par une raison claire, qu'il ne fallait pas incriminer la conduite de ceux qui l'assistaient de leurs biens pendant le cours de sa vie mortelle; car il y aurait toujours des pauvres dans l'Église, et les fidèles trouveraient toujours l'occasion de leur faire du bien quand ils le voudraient, tandis qu'il devait rester peu de temps avec eux revêtu d'un corps mortel. «Mais pour moi, vous ne m'aurez pas toujours».

Ou bien, cette question peut se résoudre en disant que c'est à Judas seul que Notre-Seigneur a adressé ces paroles, et s'il n'a pas dit: Tu auras, mais: «Vous aurez», c'est que dans la personne de Judas, il a eu en vue tous ses imitateurs. Il dit aussi: «Vous ne m'aurez pas toujours», bien que les méchants ne l'aient même pas pour un temps, parce qu'ils paraissent avoir Jésus-Christ pendant cette vie en se mêlant avec ses mem bres, et en s'approchant de sa table, mais ils ne l'auront pas toujours de cette manière, parce que ce n'est qu'aux seuls élus qu'il dira: «Venez les bénis de mon Père».