Évangile selon Saint Marc




Explications
Le Temple, arène des dernières controverses
Après la purification du Temple, Jésus y enseigne chaque jour. Les autorités, qui cherchent à le perdre, l'attaquent par une série de questions-pièges. C'est l'équivalent, à Jérusalem, des « cinq controverses » de Galilée (Mc 2) — mais cette fois, l'enjeu est mortel : on cherche un motif de le condamner.
Les adversaires successifs
Se présentent tour à tour les grands prêtres, scribes et anciens (l'autorité du Temple), puis des pharisiens et des hérodiens alliés (sur l'impôt), puis les sadducéens (sur la résurrection), enfin un scribe sincère (sur le plus grand commandement). Les sadducéens étaient l'aristocratie sacerdotale : ils ne recevaient que la Torah écrite et niaient la résurrection et les anges, à l'inverse des pharisiens.
Le denier et l'image de César
La question de l'impôt payé à Rome était brûlante : le refuser, c'était la révolte ; l'accepter, trahir l'espérance d'Israël. Le denier romain portait l'effigie et le titre divin de l'empereur — objet quasi idolâtrique pour un Juif pieux. Le piège est parfait : toute réponse semble condamner Jésus.
La vigne et le trésor du Temple
La parabole des vignerons reprend le « chant de la vigne » d'Isaïe (Is 5), figure d'Israël. Quant au trésor du Temple, des troncs en forme de trompette y recueillaient les offrandes ; les plus pauvres y glissaient les leptes, les plus petites pièces de bronze.
L'autorité de Jésus et le baptême de Jean (11, 27-33)
« Par quelle autorité fais-tu cela ? » Jésus renvoie la question : « Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? » Pris au piège (s'ils disent « du ciel », pourquoi n'ont-ils pas cru ? ; s'ils disent « des hommes », ils craignent la foule), ils répondent : « Nous ne savons pas. » Alors Jésus ne répond pas non plus. Refuser de reconnaître Jean, c'est se fermer à reconnaître Jésus.
Les vignerons homicides (12, 1-12)
La parabole est transparente : le maître (Dieu) confie sa vigne (Israël) à des vignerons ; il envoie des serviteurs (les prophètes), battus et tués ; enfin son Fils bien-aimé, qu'ils tuent et jettent hors de la vigne — annonce voilée de la Passion. Mais Jésus cite le Psaume 118 : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. » Le rejet n'aura pas le dernier mot : le Fils mis à mort sera la clé de voûte. Les chefs comprennent que la parabole les vise.
« À César… à Dieu » (12, 13-17)
Sur l'impôt, Jésus demande une pièce : « De qui est cette effigie ? — De César. — Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Réponse admirable : la monnaie de César, marquée de son image, lui revient ; mais l'homme, lui, est marqué de l'image de Dieu (Gn 1, 27) — et c'est donc à Dieu qu'il se doit tout entier. Jésus dénoue le piège et déplace la question vers l'essentiel.
« Le Dieu des vivants » (12, 18-27)
Les sadducéens raillent la résurrection par le cas d'une femme aux sept maris : de qui sera-t-elle l'épouse ? Jésus répond sur deux plans. D'abord : « Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu » — la vie ressuscitée n'est pas un prolongement de celle-ci ; on y est « comme des anges », au-delà du mariage. Ensuite, la preuve scripturaire : Dieu se révèle à Moïse comme « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » ; or « il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants » — les patriarches vivent donc en lui. La résurrection est ancrée dans la fidélité même de Dieu.
Le grand commandement (12, 28-34)
Un scribe, sincère, demande le premier commandement. Jésus unit deux textes : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… » (Dt 6, 4-5) et « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18). Tout y est suspendu. Le scribe approuve : aimer « vaut mieux que tous les sacrifices » ; et Jésus, voyant sa sagesse : « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu. »
Le Messie, Seigneur de David (12, 35-37)
À son tour, Jésus interroge : comment le Christ peut-il être seulement fils de David, alors que David lui-même, inspiré, l'appelle « Seigneur » (Ps 110, 1) ? La question laisse entrevoir que le Messie est plus que le fils de David : il est son Seigneur — indice voilé de la divinité de Jésus.
Les scribes et l'obole de la veuve (12, 38-44)
Jésus met en garde contre les scribes avides d'honneurs (longues robes, premières places, salutations) qui « dévorent les biens des veuves » sous couvert de longues prières : « ils seront jugés d'autant plus sévèrement. » Et aussitôt, par contraste, une veuve glisse au trésor deux piécettes. Jésus déclare qu'elle a « mis plus que tous » : les autres ont donné de leur superflu, « elle, de son indigence, tout ce qu'elle avait pour vivre ». Dieu ne mesure pas la somme, mais le don du cœur.
Rendre à Dieu ce qui porte son image
« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. » Si la pièce porte l'effigie de César, l'homme porte celle de Dieu : c'est donc lui-même, tout entier, que le croyant doit « rendre » à Dieu. La juste autonomie du politique n'efface pas ce don total dû au Créateur.
L'espérance des vivants
« Le Dieu des vivants. » Notre espérance ne repose pas sur nos forces, mais sur la fidélité de Dieu : ceux qui sont liés à lui ne sont pas perdus. Cette parole soutient la foi en la résurrection et console devant la mort de ceux que nous aimons.
Aimer Dieu et le prochain, tout est là
Le double commandement résume la vie chrétienne : un amour indivisible de Dieu et du prochain. Aucun « sacrifice », aucune pratique ne dispense de cet amour ; tout le reste y est ordonné. S'en approcher, c'est s'approcher du Royaume.
La leçon de la veuve
Contre l'ostentation religieuse des scribes, l'humble veuve donne tout. Dieu regarde non la grandeur du don, mais l'amour et la confiance qu'il exprime : donner « de son indigence », sans rien retenir, vaut plus que de grandes largesses prélevées sur le superflu. Mesure de toute générosité véritable.