Évangile selon Saint Matthieu

Explications
1. La séance du matin
« Le matin venu », les grands prêtres et les anciens tiennent une nouvelle séance pour entériner la décision de la nuit et lui donner forme légale. Puis ils ligotent Jésus et le livrent au gouverneur.
2. Pilate, préfet de Judée
Ponce Pilate était le préfet romain de Judée (de 26 à 36), résidant d'ordinaire à Césarée maritime mais montant à Jérusalem pour les grandes fêtes — avec des troupes, pour maintenir l'ordre. Les sources (Josèphe, Philon) le décrivent dur et méprisant des sensibilités juives.
3. Pourquoi livrer Jésus aux Romains ?
Sous l'occupation, le sanhédrin n'avait pas le droit d'exécuter (le « droit du glaive » appartenait à Rome ; cf. Jn 18, 31 : « il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort »). Pour obtenir une condamnation capitale, il fallait donc passer par Pilate — et reformuler l'accusation en termes politiques (un prétendu « roi », donc une sédition contre César), car le « blasphème » n'aurait pas ému un magistrat romain.
Le verset accomplit l'annonce de Jésus : le Fils de l'homme « livré aux païens » (Mt 20, 19). Juifs et Romains se trouvent ainsi associés dans le drame — figure de l'humanité entière devant le Christ. Et Jésus, ligoté, est mené comme l'Agneau conduit à l'abattoir (Is 53, 7), sans résistance.
Contempler ce silence et cette docilité : Jésus, enchaîné, se laisse livrer par amour, sans révolte. Lui qui pourrait tout, il se remet entre les mains des hommes — pour se remettre, à travers eux, entre les mains du Père. L'Agneau s'avance, et c'est notre salut qui s'accomplit.
Explications
1. Le remords de Judas
Voyant Jésus condamné, Judas est « pris de remords » (grec metamelêtheis : il regrette, mais ce n'est pas la metanoia, la conversion). Il rapporte les trente pièces aux grands prêtres : « J'ai péché en livrant un sang innocent. » Réponse glaciale : « Que nous importe ? Cela te regarde. » Il jette l'argent dans le sanctuaire (le naos) et va se pendre.
2. Le « champ du potier », champ du sang
Les grands prêtres ne peuvent verser cet argent au trésor (le korbanas), car c'est un prix du sang. Ils achètent le « champ du potier » (un terrain argileux, sans valeur) comme lieu de sépulture pour les étrangers (les pèlerins morts à Jérusalem). Ce champ fut appelé « Champ du sang » (Hakeldama, Ac 1, 19) « jusqu'à ce jour ».
3. L'accomplissement des prophètes
Matthieu y voit l'accomplissement d'une parole prophétique (attribuée à Jérémie, mais combinant Zacharie 11, 12-13 — les trente pièces jetées au potier — et des motifs de Jérémie, le potier et le champ).
1. Judas témoin de l'innocence de Jésus
Détail poignant : c'est Judas lui-même qui proclame « un sang innocent ». Le traître atteste l'innocence de celui qu'il a livré — comme le feront Pilate et sa femme.
2. Remords sans repentir : le désespoir
Le drame de Judas n'est pas seulement la trahison (que Pierre, lui aussi, a en quelque sorte commise), mais le désespoir qui suit. Son remords se tourne vers les hommes (les prêtres) et vers lui-même (le suicide), non vers la miséricorde de Dieu. Sa faute n'était pas plus grande que le pardon offert ; mais il a refusé de le demander. C'est l'exact contraire de Pierre, qui pleure et revient.
Remords et repentir
Le remords seul peut tuer ; le repentir sauve. Toute la différence est de savoir vers qui se tourner après la faute : vers soi-même et le désespoir (Judas), ou vers Dieu et sa miséricorde (Pierre). Aucun péché n'est trop grand pour le pardon — sauf celui qu'on renonce à lui présenter.
Ne désespérer jamais
Face à ses propres chutes, ne jamais désespérer : c'est le piège mortel. La porte de la miséricorde reste ouverte tant qu'on peut se tourner vers Dieu. Et le « cela te regarde » des prêtres avertit aussi contre la dureté de ceux qui, complices, abandonnent le pécheur à son désespoir : la charité, elle, relève.
Explications
1. « Es-tu le roi des Juifs ? »
Devant Pilate, l'accusation est devenue politique : « Es-tu le roi des Juifs ? » — car se dire roi, c'était se poser en rival de César, donc en séditieux. Jésus répond simplement (« Tu le dis ») puis se tait devant les accusations, au grand étonnement du gouverneur (le silence de l'Agneau, Is 53).
2. La coutume d'amnistie et Barabbas
« Pour la fête », Pilate avait coutume de relâcher un prisonnier au choix de la foule — geste de bienveillance à la Pâque. Il propose Barabbas, « un prisonnier fameux » (selon Marc et Luc, un émeutier coupable de meurtre, un agitateur de type zélote). Le nom est lourd d'ironie : Bar-Abbas signifie « fils du père » — la foule va préférer ce « fils du père » au véritable Fils du Père.
3. Le songe de la femme de Pilate
Pendant le procès, la femme de Pilate lui fait dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste ; aujourd'hui, en songe, j'ai beaucoup souffert à cause de lui. » Nouvelle attestation de l'innocence de Jésus — et, une fois encore chez Matthieu, un songe au service du dessein de Dieu.
4. Le lavement des mains et la flagellation
Manipulée par les chefs, la foule réclame Barabbas et la croix pour Jésus. Pilate se lave les mains — un geste juif de déclaration d'innocence (Dt 21, 6-8) qu'un Romain accomplit non sans ironie : « Je suis innocent de ce sang. » Puis il relâche Barabbas, fait flageller Jésus (la terrible flagellation romaine, au flagellum garni d'os ou de métal, qui précédait souvent la crucifixion) et le livre.
1. La lâcheté de Pilate
Se laver les mains n'efface pas la responsabilité de qui livre un innocent qu'il sait innocent (sa femme, lui-même, l'ont reconnu). Pilate cède à la pression et au respect humain : convaincu de l'innocence de Jésus, il le condamne pour ne pas déplaire. C'est le drame de l'homme qui sait le bien et fait le mal.
2. Barabbas préféré au Christ
Le choix est emblématique : le monde relâche le coupable (le meurtrier) et condamne le Juste ; on préfère le faux « fils du père » au vrai Fils. C'est, en raccourci, le mystère du péché : choisir contre Dieu.
3. « Que son sang soit sur nous »
Le cri « que son sang soit sur nous et sur nos enfants » a été, dans l'histoire, tragiquement détourné pour accuser le peuple juif. La foi chrétienne le retourne : ce sang, loin d'être une malédiction, est versé « pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28) — c'est un sang qui sauve. L'Église enseigne expressément qu'on ne peut imputer la mort du Christ ni à tous les Juifs d'alors, ni aux Juifs d'aujourd'hui (concile Vatican II, Nostra aetate 4). Au Calvaire, c'est l'humanité entière, et chacun de nos péchés, qui est en cause.
Ne pas « se laver les mains »
Deux tentations à fuir. D'abord se laver les mains (Pilate) de ce qui nous engage : par peur, conformisme ou respect humain, savoir le bien et ne pas le faire, laisser condamner l'innocent pour ne pas déplaire. La conscience droite n'est pas quitte par un geste : elle agit.
Ne pas « préférer Barabbas »
Ensuite, préférer Barabbas : choisir la facilité, l'erreur séduisante, le « fils du père » trompeur, contre la vérité exigeante du Christ. Chaque péché est, d'une certaine manière, ce choix-là.
Son sang versé pour nous
Enfin, contempler ce sang que Pilate croit pouvoir esquiver et que la foule appelle sur elle : il est versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. Le silence de Jésus devant l'injustice enseigne la paix ; son sang nous dit pour qui il a accepté ce procès — pour nous.
Explications
1. Le prétoire et la cohorte
Les soldats emmènent Jésus dans le prétoire (la résidence du gouverneur) et rassemblent autour de lui « toute la cohorte ». La brutalité des soldats envers un condamné était un phénomène connu : le supplicié devenait l'objet de leurs moqueries.
2. La parodie des insignes royaux
Tout est une parodie des honneurs royaux et impériaux : on revêt Jésus d'un manteau rouge (le manteau militaire, imitant la pourpre royale) ; on lui pose une couronne d'épines (à la place du diadème) ; on lui met un roseau dans la main (en guise de sceptre). Puis on s'agenouille en criant « Salut (Ave !), roi des Juifs ! » — comme on acclamait un empereur —, avant de cracher sur lui et de le frapper avec le roseau. C'est un couronnement de dérision.
1. L'ironie sacrée
Par dérision, les soldats proclament une vérité : Jésus est Roi. La couronne d'épines, le manteau de pourpre, le sceptre de roseau composent — à leur insu — l'image du vrai Roi, qui règne non par la force mais par l'humiliation et l'amour. La moquerie devient confession.
2. Le Serviteur outragé
La scène accomplit le Serviteur souffrant : « J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient… je n'ai pas dérobé ma face aux outrages et aux crachats » (Is 50, 6). Jésus subit sans se révolter ce que l'homme lui inflige.
Adorer le Roi couronné d'épines
Voici le renversement chrétien de la gloire : le Roi couronné d'épines. Adorer ce visage défiguré, c'est reconnaître que la vraie royauté n'est pas dans la puissance, mais dans l'amour qui s'abaisse et souffre. La dévotion à la Sainte Face et à la Passion s'enracine ici.
Nos péchés dans la moquerie
Reconnaître que, dans ces outrages, ce sont aussi nos mépris et nos péchés qui frappent le Christ. Devant ce visage souffleté et raillé, se tenir en silence, en compassion, et en réparation — non en spectateur, mais en pécheur aimé qui contemple le prix de son salut.


Explications
1. Simon de Cyrène porte la croix
À la sortie, on réquisitionne (le droit romain de l'angareia) un passant, Simon de Cyrène (ville de Libye ; Simon est un pèlerin juif, dont saint Marc nomme les fils, Alexandre et Rufus, connus de la communauté), pour porter la croix — car le condamné portait lui-même la poutre transversale (patibulum), et Jésus, épuisé par la flagellation, n'en peut plus.
2. Le Golgotha et le vin mêlé de fiel
On arrive au Golgotha (« lieu du Crâne », Calvaire en latin), un escarpement rocheux hors des murs, près d'une route. On offre à Jésus du vin mêlé de fiel — sans doute une boisson stupéfiante proposée par pitié pour atténuer la douleur ; il y goûte mais refuse : il boira la coupe jusqu'au bout, en pleine conscience (cf. Ps 69, 22).
3. La crucifixion, supplice infamant
La crucifixion était le supplice romain le plus atroce et le plus infamant, réservé aux esclaves, aux rebelles et aux non-citoyens : on y mourait lentement, par asphyxie et épuisement, sous les yeux de tous, hors de la ville, à titre de dissuasion. Au-dessus de la tête, l'écriteau (titulus) portait le motif de la condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » — ironie qui dit la vérité. Les soldats se partagent ses vêtements au sort (leur droit ; accomplissant Ps 22, 19). Deux bandits (lêstai, des insurgés) sont crucifiés à ses côtés.
1. « Il ne peut se sauver lui-même »
Les moqueries (des passants, des chefs, des bandits) disent, à leur insu, la vérité la plus profonde : oui, « il ne se sauve pas lui-même » — précisément pour nous sauver. C'est en ne descendant pas de la croix qu'il accomplit le salut. La condition qu'ils posent (« qu'il descende, et nous croirons ») est l'inverse de la foi : la vraie foi naîtra de ce qu'il reste sur la croix.
2. Simon de Cyrène, figure du disciple
Simon, contraint de porter la croix derrière Jésus, devient l'image de tout disciple : « qu'il prenne sa croix et me suive » (Mt 16, 24). Ce qu'on lui impose deviendra, selon la tradition, un chemin de foi (sa famille est chrétienne).
3. Le Psaume 22 accompli
Les détails — le partage des vêtements, les moqueries (« il a mis sa confiance en Dieu, que Dieu le délivre »...) — accomplissent le Psaume 22, qui décrit par avance la passion du juste persécuté. Tout se déroule « selon les Écritures ».
Le mystère du salut
Le cœur de la foi est ici : l'amour qui renonce à se sauver pour sauver autrui. « Qu'il descende, et nous croirons » : mais Dieu nous sauve précisément en ne descendant pas. Demeurer au pied de la croix, sans exiger de prodige, et y reconnaître l'amour le plus grand.
Porter sa croix avec Simon
Simon « subit » d'abord la croix, avant — selon la tradition — d'y trouver la foi : nos croix imposées, portées derrière le Christ, peuvent devenir un chemin de grâce. Demander de porter la nôtre comme Simon, à la suite de Jésus.
Contempler le Crucifié
Gazer sur le Crucifié — non comme un spectateur des moqueurs, mais comme le bon larron (à venir) qui reconnaît en lui le Roi. La Croix est la chaire d'où le Christ enseigne l'amour ; s'y arrêter, en silence, est le cœur de la prière chrétienne.
Explications
1. Les ténèbres de midi à trois heures
« De la sixième heure (midi) à la neuvième (15 h), il y eut des ténèbres sur toute la terre. » L'obscurité en plein jour est, dans la Bible, un signe de deuil cosmique et de jugement (« je ferai coucher le soleil en plein midi », Am 8, 9) : la création elle-même s'assombrit à la mort de son Seigneur.
2. « Éli, Éli, lema sabactani ? »
Le grand cri de Jésus est le premier verset du Psaume 22, prononcé en araméen/hébreu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Les assistants comprennent de travers (« il appelle Élie ») ; on lui tend une éponge de vinaigre (Ps 69, 22). Puis Jésus, poussant « de nouveau un grand cri », rend l'esprit (litt. « il remit l'esprit » — librement).
3. Le voile déchiré, le séisme, les tombeaux
À sa mort, le voile du Sanctuaire (le rideau qui séparait le Saint des saints) « se déchira en deux, du haut jusqu'en bas » ; la terre trembla, les rochers se fendirent, des tombeaux s'ouvrirent et « beaucoup de saints ressuscitèrent ». Devant ces signes, le centurion (l'officier romain) et sa garde, saisis de frayeur, confessent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » — confession d'un païen.
1. Le cri : non le désespoir, mais le Psaume 22
Le cri de Jésus n'est pas un désespoir : c'est la prière du Psaume 22, qui, parti de la détresse, s'achève dans la confiance et la louange de toutes les nations. Le Fils assume notre abandon — il prend sur lui le cri de tout homme accablé — pour le racheter de l'intérieur. Il prie notre déréliction pour la sauver.
2. Le voile déchiré : l'accès rouvert
Le voile déchiré « du haut jusqu'en bas » (donc par Dieu, non par une main d'homme) signifie que, par la mort du Christ, l'accès au Saint des saints — à Dieu — est désormais ouvert : l'ancien culte est achevé, le chemin vers le Père est rouvert (cf. He 10, 19-20). Les saints ressuscités sont les prémices de la victoire du Christ sur la mort.
3. Le centurion, prémices des nations
Que le premier à confesser « Fils de Dieu » au pied de la croix soit un centurion païen annonce l'Église des nations : la Croix conduit les païens à la foi. Le Calvaire, lieu de la mort, devient le lieu de la première profession de foi pascale.
Le cri d'abandon sanctifié
Dans nos heures d'abandon — quand Dieu paraît absent —, ce cri de Jésus sanctifie le nôtre : on peut crier vers Dieu sa détresse, c'est encore une prière, et elle débouche sur la confiance (comme le Psaume 22). Le Christ a connu cette nuit pour nous y rejoindre ; nous n'y sommes jamais seuls.
Le voile déchiré : entrer auprès du Père
Par la mort du Christ, plus rien ne nous sépare du Père, sinon notre refus. La Croix a rouvert le chemin : nous pouvons « entrer dans le sanctuaire » avec assurance (He 10, 19). De quoi vivre dans une proximité filiale, sans la crainte du voile.
La confession du centurion
La Croix conduit à reconnaître, dans ce crucifié, le Fils de Dieu. Contempler la mort du Seigneur — au Vendredi saint, dans le chemin de croix, devant le crucifix — pour faire nôtre, avec le centurion, cette confession : « Vraiment, celui-ci est Fils de Dieu. »

Explications
1. Les femmes, témoins fidèles
« De nombreuses femmes » qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée « en le servant » regardent « de loin » : Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, la mère des fils de Zébédée. Tandis que les disciples (les hommes) ont fui, ce sont elles qui demeurent — fidèles jusqu'au pied de la croix et jusqu'au tombeau.
2. Joseph d'Arimathie réclame le corps
Joseph d'Arimathie, « homme riche » et disciple (selon Marc, un membre estimé du conseil ; selon Jean, disciple « en secret, par peur »), ose réclamer le corps à Pilate. Le geste est courageux : d'ordinaire, les corps des crucifiés étaient laissés sans sépulture ou jetés à la fosse commune — le refus de sépulture faisait partie de l'infamie. Obtenir le corps d'un condamné était une faveur.
3. Une sépulture juive, en hâte
Joseph enveloppe le corps d'un linceul (sindôn) propre et le dépose dans son tombeau neuf, taillé dans le roc (une chambre avec une banquette), qu'il ferme d'une grande pierre roulée. Tout se fait en hâte, avant le sabbat qui commence au coucher du soleil. Les femmes (Marie-Madeleine et « l'autre Marie ») restent assises en face, observant le lieu — détail qui prépare le matin de Pâques.
1. La fidélité des « petits » quand les forts ont fui
Le contraste est saisissant : les Apôtres ont fui, mais les femmes et Joseph demeurent. Ce sont les humbles et les fidèles qui restent près du Christ à l'heure sombre — et c'est à elles que sera d'abord confiée la nouvelle de la Résurrection.
2. « Avec un riche dans sa mort »
La sépulture honorable, dans le tombeau neuf d'un homme riche, accomplit Isaïe 53, 9 : « on lui a donné un sépulcre avec les riches dans sa mort. » Le tombeau neuf, encore inutilisé, convenait à Celui qui allait le sanctifier par sa résurrection.
Rester quand d'autres fuient
À l'heure sombre où d'autres se sont enfuis, ce sont les petits et les fidèles qui demeurent : les femmes qui « restent », Joseph qui ose se déclarer. Leçon de persévérance dans l'épreuve, et de courage à reconnaître le Christ quand cela coûte — précisément quand il ne « rapporte » plus rien, humainement.
Veiller au tombeau (le Samedi saint)
Les femmes « assises en face du tombeau » nous apprennent à demeurer près du Christ même dans la mort, le silence et l'attente — l'attitude du Samedi saint, où l'on veille dans l'espérance, sans encore voir. Rester fidèle dans les temps où Dieu semble enseveli et silencieux.
Explications
1. La démarche des chefs auprès de Pilate
Le lendemain (le sabbat), grands prêtres et pharisiens vont trouver Pilate : « Cet imposteur a dit, de son vivant : Après trois jours, je ressusciterai. Sécurise donc le tombeau jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : Il est ressuscité — cette dernière imposture serait pire que la première. »
2. La garde et le sceau
Pilate répond : « Vous avez une garde (koustôdia, mot latin désignant un détachement) ; allez, gardez le tombeau comme vous l'entendez. » Ils s'en vont et sécurisent le tombeau en scellant la pierre (on apposait un sceau — cire ou argile et cordon, estampillé — qui rendait toute effraction détectable) et en y postant la garde.
1. L'ironie providentielle
L'ironie est totale : par leurs précautions — le sceau, les gardes —, les adversaires rendent impossible le vol du corps, et deviennent ainsi, malgré eux, les témoins que le tombeau vide ne s'expliquera pas autrement que par la Résurrection. Ce qui devait étouffer la foi en devient, à rebours, une preuve.
2. « Cet imposteur a dit… »
Fait notable : les ennemis de Jésus se souviennent de sa promesse de ressusciter le troisième jour — alors que les disciples, eux, semblent l'avoir oubliée ou n'y pas croire. La précaution des chefs atteste que Jésus avait bien annoncé sa résurrection.
On ne scelle pas le Christ dans un tombeau
Nulle précaution humaine ne contient l'œuvre de Dieu. Là où l'on croit avoir tout verrouillé, scellé, fini — un tombeau, une situation sans issue, une mort —, Dieu fait lever la vie. Le sceau et la garde n'empêcheront pas le matin de Pâques.
Dieu retourne la malice en bien
L'épisode console : Dieu sait retourner contre le mal les armes mêmes du mal. Ce que les adversaires dressent pour étouffer la vérité sert, à leur insu, à la manifester. De quoi garder la confiance quand tout semble se liguer contre le bien : la Résurrection a le dernier mot.