Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
27
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Jésus livré à Pilate
Jésus est condamné à mort
Jésus est condamné à mort
1 Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. 32 Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur. 4
Explications
Contexte historique et social

1. La séance du matin

« Le matin venu », les grands prêtres et les anciens tiennent une nouvelle séance pour entériner la décision de la nuit et lui donner forme légale. Puis ils ligotent Jésus et le livrent au gouverneur.

2. Pilate, préfet de Judée

Ponce Pilate était le préfet romain de Judée (de 26 à 36), résidant d'ordinaire à Césarée maritime mais montant à Jérusalem pour les grandes fêtes — avec des troupes, pour maintenir l'ordre. Les sources (Josèphe, Philon) le décrivent dur et méprisant des sensibilités juives.

3. Pourquoi livrer Jésus aux Romains ?

Sous l'occupation, le sanhédrin n'avait pas le droit d'exécuter (le « droit du glaive » appartenait à Rome ; cf. Jn 18, 31 : « il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort »). Pour obtenir une condamnation capitale, il fallait donc passer par Pilate — et reformuler l'accusation en termes politiques (un prétendu « roi », donc une sédition contre César), car le « blasphème » n'aurait pas ému un magistrat romain.


Lecture biblique et exégétique

Le verset accomplit l'annonce de Jésus : le Fils de l'homme « livré aux païens » (Mt 20, 19). Juifs et Romains se trouvent ainsi associés dans le drame — figure de l'humanité entière devant le Christ. Et Jésus, ligoté, est mené comme l'Agneau conduit à l'abattoir (Is 53, 7), sans résistance.


Pour la vie spirituelle et pratique

Contempler ce silence et cette docilité : Jésus, enchaîné, se laisse livrer par amour, sans révolte. Lui qui pourrait tout, il se remet entre les mains des hommes — pour se remettre, à travers eux, entre les mains du Père. L'Agneau s'avance, et c'est notre salut qui s'accomplit.


Mort de Judas
3 Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. 34 Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » 55 Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. 36 Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » 97 Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. 38 Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. 49 Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, 210 et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. 12
Explications
Contexte historique et social

1. Le remords de Judas

Voyant Jésus condamné, Judas est « pris de remords » (grec metamelêtheis : il regrette, mais ce n'est pas la metanoia, la conversion). Il rapporte les trente pièces aux grands prêtres : « J'ai péché en livrant un sang innocent. » Réponse glaciale : « Que nous importe ? Cela te regarde. » Il jette l'argent dans le sanctuaire (le naos) et va se pendre.

2. Le « champ du potier », champ du sang

Les grands prêtres ne peuvent verser cet argent au trésor (le korbanas), car c'est un prix du sang. Ils achètent le « champ du potier » (un terrain argileux, sans valeur) comme lieu de sépulture pour les étrangers (les pèlerins morts à Jérusalem). Ce champ fut appelé « Champ du sang » (Hakeldama, Ac 1, 19) « jusqu'à ce jour ».

3. L'accomplissement des prophètes

Matthieu y voit l'accomplissement d'une parole prophétique (attribuée à Jérémie, mais combinant Zacharie 11, 12-13 — les trente pièces jetées au potier — et des motifs de Jérémie, le potier et le champ).


Lecture biblique et exégétique

1. Judas témoin de l'innocence de Jésus

Détail poignant : c'est Judas lui-même qui proclame « un sang innocent ». Le traître atteste l'innocence de celui qu'il a livré — comme le feront Pilate et sa femme.

2. Remords sans repentir : le désespoir

Le drame de Judas n'est pas seulement la trahison (que Pierre, lui aussi, a en quelque sorte commise), mais le désespoir qui suit. Son remords se tourne vers les hommes (les prêtres) et vers lui-même (le suicide), non vers la miséricorde de Dieu. Sa faute n'était pas plus grande que le pardon offert ; mais il a refusé de le demander. C'est l'exact contraire de Pierre, qui pleure et revient.


Pour la vie spirituelle et pratique

Remords et repentir

Le remords seul peut tuer ; le repentir sauve. Toute la différence est de savoir vers qui se tourner après la faute : vers soi-même et le désespoir (Judas), ou vers Dieu et sa miséricorde (Pierre). Aucun péché n'est trop grand pour le pardon — sauf celui qu'on renonce à lui présenter.

Ne désespérer jamais

Face à ses propres chutes, ne jamais désespérer : c'est le piège mortel. La porte de la miséricorde reste ouverte tant qu'on peut se tourner vers Dieu. Et le « cela te regarde » des prêtres avertit aussi contre la dureté de ceux qui, complices, abandonnent le pécheur à son désespoir : la charité, elle, relève.


Procès chez Pilate
11 On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. » 412 Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. 413 Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » 314 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. 915 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. 316 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. 417 Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » 318 Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. 219 Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » 720 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. 321 Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! » 222 Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! » 323 Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » 324 Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » 525 Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » 526 Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié. 19
Explications
Contexte historique et social

1. « Es-tu le roi des Juifs ? »

Devant Pilate, l'accusation est devenue politique : « Es-tu le roi des Juifs ? » — car se dire roi, c'était se poser en rival de César, donc en séditieux. Jésus répond simplement (« Tu le dis ») puis se tait devant les accusations, au grand étonnement du gouverneur (le silence de l'Agneau, Is 53).

2. La coutume d'amnistie et Barabbas

« Pour la fête », Pilate avait coutume de relâcher un prisonnier au choix de la foule — geste de bienveillance à la Pâque. Il propose Barabbas, « un prisonnier fameux » (selon Marc et Luc, un émeutier coupable de meurtre, un agitateur de type zélote). Le nom est lourd d'ironie : Bar-Abbas signifie « fils du père » — la foule va préférer ce « fils du père » au véritable Fils du Père.

3. Le songe de la femme de Pilate

Pendant le procès, la femme de Pilate lui fait dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste ; aujourd'hui, en songe, j'ai beaucoup souffert à cause de lui. » Nouvelle attestation de l'innocence de Jésus — et, une fois encore chez Matthieu, un songe au service du dessein de Dieu.

4. Le lavement des mains et la flagellation

Manipulée par les chefs, la foule réclame Barabbas et la croix pour Jésus. Pilate se lave les mains — un geste juif de déclaration d'innocence (Dt 21, 6-8) qu'un Romain accomplit non sans ironie : « Je suis innocent de ce sang. » Puis il relâche Barabbas, fait flageller Jésus (la terrible flagellation romaine, au flagellum garni d'os ou de métal, qui précédait souvent la crucifixion) et le livre.


Lecture biblique et exégétique

1. La lâcheté de Pilate

Se laver les mains n'efface pas la responsabilité de qui livre un innocent qu'il sait innocent (sa femme, lui-même, l'ont reconnu). Pilate cède à la pression et au respect humain : convaincu de l'innocence de Jésus, il le condamne pour ne pas déplaire. C'est le drame de l'homme qui sait le bien et fait le mal.

2. Barabbas préféré au Christ

Le choix est emblématique : le monde relâche le coupable (le meurtrier) et condamne le Juste ; on préfère le faux « fils du père » au vrai Fils. C'est, en raccourci, le mystère du péché : choisir contre Dieu.

3. « Que son sang soit sur nous »

Le cri « que son sang soit sur nous et sur nos enfants » a été, dans l'histoire, tragiquement détourné pour accuser le peuple juif. La foi chrétienne le retourne : ce sang, loin d'être une malédiction, est versé « pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28) — c'est un sang qui sauve. L'Église enseigne expressément qu'on ne peut imputer la mort du Christ ni à tous les Juifs d'alors, ni aux Juifs d'aujourd'hui (concile Vatican II, Nostra aetate 4). Au Calvaire, c'est l'humanité entière, et chacun de nos péchés, qui est en cause.


Pour la vie spirituelle et pratique

Ne pas « se laver les mains »

Deux tentations à fuir. D'abord se laver les mains (Pilate) de ce qui nous engage : par peur, conformisme ou respect humain, savoir le bien et ne pas le faire, laisser condamner l'innocent pour ne pas déplaire. La conscience droite n'est pas quitte par un geste : elle agit.

Ne pas « préférer Barabbas »

Ensuite, préférer Barabbas : choisir la facilité, l'erreur séduisante, le « fils du père » trompeur, contre la vérité exigeante du Christ. Chaque péché est, d'une certaine manière, ce choix-là.

Son sang versé pour nous

Enfin, contempler ce sang que Pilate croit pouvoir esquiver et que la foule appelle sur elle : il est versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. Le silence de Jésus devant l'injustice enseigne la paix ; son sang nous dit pour qui il a accepté ce procès — pour nous.


Les outrages
27 Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. 328 Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. 429 Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » 330 Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. 1231 Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier. 4
Explications
Contexte historique et social

1. Le prétoire et la cohorte

Les soldats emmènent Jésus dans le prétoire (la résidence du gouverneur) et rassemblent autour de lui « toute la cohorte ». La brutalité des soldats envers un condamné était un phénomène connu : le supplicié devenait l'objet de leurs moqueries.

2. La parodie des insignes royaux

Tout est une parodie des honneurs royaux et impériaux : on revêt Jésus d'un manteau rouge (le manteau militaire, imitant la pourpre royale) ; on lui pose une couronne d'épines (à la place du diadème) ; on lui met un roseau dans la main (en guise de sceptre). Puis on s'agenouille en criant « Salut (Ave !), roi des Juifs ! » — comme on acclamait un empereur —, avant de cracher sur lui et de le frapper avec le roseau. C'est un couronnement de dérision.


Lecture biblique et exégétique

1. L'ironie sacrée

Par dérision, les soldats proclament une vérité : Jésus est Roi. La couronne d'épines, le manteau de pourpre, le sceptre de roseau composent — à leur insu — l'image du vrai Roi, qui règne non par la force mais par l'humiliation et l'amour. La moquerie devient confession.

2. Le Serviteur outragé

La scène accomplit le Serviteur souffrant : « J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient… je n'ai pas dérobé ma face aux outrages et aux crachats » (Is 50, 6). Jésus subit sans se révolter ce que l'homme lui inflige.


Pour la vie spirituelle et pratique

Adorer le Roi couronné d'épines

Voici le renversement chrétien de la gloire : le Roi couronné d'épines. Adorer ce visage défiguré, c'est reconnaître que la vraie royauté n'est pas dans la puissance, mais dans l'amour qui s'abaisse et souffre. La dévotion à la Sainte Face et à la Passion s'enracine ici.

Nos péchés dans la moquerie

Reconnaître que, dans ces outrages, ce sont aussi nos mépris et nos péchés qui frappent le Christ. Devant ce visage souffleté et raillé, se tenir en silence, en compassion, et en réparation — non en spectateur, mais en pécheur aimé qui contemple le prix de son salut.


La crucifixion
Jésus porte sa croix
Jésus porte sa croix
32 En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. 733 Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), 434 ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. 1235 Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; 336 et ils restaient là, assis, à le garder. 237 Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » 738 Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche. 15
La crucifixion de Jésus
La crucifixion de Jésus
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; 340 ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » 641 De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : 242 « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! 443 Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” » 344 Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière. 13
Explications
Contexte historique et social

1. Simon de Cyrène porte la croix

À la sortie, on réquisitionne (le droit romain de l'angareia) un passant, Simon de Cyrène (ville de Libye ; Simon est un pèlerin juif, dont saint Marc nomme les fils, Alexandre et Rufus, connus de la communauté), pour porter la croix — car le condamné portait lui-même la poutre transversale (patibulum), et Jésus, épuisé par la flagellation, n'en peut plus.

2. Le Golgotha et le vin mêlé de fiel

On arrive au Golgotha (« lieu du Crâne », Calvaire en latin), un escarpement rocheux hors des murs, près d'une route. On offre à Jésus du vin mêlé de fiel — sans doute une boisson stupéfiante proposée par pitié pour atténuer la douleur ; il y goûte mais refuse : il boira la coupe jusqu'au bout, en pleine conscience (cf. Ps 69, 22).

3. La crucifixion, supplice infamant

La crucifixion était le supplice romain le plus atroce et le plus infamant, réservé aux esclaves, aux rebelles et aux non-citoyens : on y mourait lentement, par asphyxie et épuisement, sous les yeux de tous, hors de la ville, à titre de dissuasion. Au-dessus de la tête, l'écriteau (titulus) portait le motif de la condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » — ironie qui dit la vérité. Les soldats se partagent ses vêtements au sort (leur droit ; accomplissant Ps 22, 19). Deux bandits (lêstai, des insurgés) sont crucifiés à ses côtés.


Lecture biblique et exégétique

1. « Il ne peut se sauver lui-même »

Les moqueries (des passants, des chefs, des bandits) disent, à leur insu, la vérité la plus profonde : oui, « il ne se sauve pas lui-même » — précisément pour nous sauver. C'est en ne descendant pas de la croix qu'il accomplit le salut. La condition qu'ils posent (« qu'il descende, et nous croirons ») est l'inverse de la foi : la vraie foi naîtra de ce qu'il reste sur la croix.

2. Simon de Cyrène, figure du disciple

Simon, contraint de porter la croix derrière Jésus, devient l'image de tout disciple : « qu'il prenne sa croix et me suive » (Mt 16, 24). Ce qu'on lui impose deviendra, selon la tradition, un chemin de foi (sa famille est chrétienne).

3. Le Psaume 22 accompli

Les détails — le partage des vêtements, les moqueries (« il a mis sa confiance en Dieu, que Dieu le délivre »...) — accomplissent le Psaume 22, qui décrit par avance la passion du juste persécuté. Tout se déroule « selon les Écritures ».


Pour la vie spirituelle et pratique

Le mystère du salut

Le cœur de la foi est ici : l'amour qui renonce à se sauver pour sauver autrui. « Qu'il descende, et nous croirons » : mais Dieu nous sauve précisément en ne descendant pas. Demeurer au pied de la croix, sans exiger de prodige, et y reconnaître l'amour le plus grand.

Porter sa croix avec Simon

Simon « subit » d'abord la croix, avant — selon la tradition — d'y trouver la foi : nos croix imposées, portées derrière le Christ, peuvent devenir un chemin de grâce. Demander de porter la nôtre comme Simon, à la suite de Jésus.

Contempler le Crucifié

Gazer sur le Crucifié — non comme un spectateur des moqueurs, mais comme le bon larron (à venir) qui reconnaît en lui le Roi. La Croix est la chaire d'où le Christ enseigne l'amour ; s'y arrêter, en silence, est le cœur de la prière chrétienne.


La mort de Jésus
45 À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. 746 Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » 747 L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! » 248 Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. 649 Les autres disaient : « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. » 250 Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. 1951 Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. 552 Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, 753 et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. 354 À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » 7
Explications
Contexte historique et social

1. Les ténèbres de midi à trois heures

« De la sixième heure (midi) à la neuvième (15 h), il y eut des ténèbres sur toute la terre. » L'obscurité en plein jour est, dans la Bible, un signe de deuil cosmique et de jugement (« je ferai coucher le soleil en plein midi », Am 8, 9) : la création elle-même s'assombrit à la mort de son Seigneur.

2. « Éli, Éli, lema sabactani ? »

Le grand cri de Jésus est le premier verset du Psaume 22, prononcé en araméen/hébreu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Les assistants comprennent de travers (« il appelle Élie ») ; on lui tend une éponge de vinaigre (Ps 69, 22). Puis Jésus, poussant « de nouveau un grand cri », rend l'esprit (litt. « il remit l'esprit » — librement).

3. Le voile déchiré, le séisme, les tombeaux

À sa mort, le voile du Sanctuaire (le rideau qui séparait le Saint des saints) « se déchira en deux, du haut jusqu'en bas » ; la terre trembla, les rochers se fendirent, des tombeaux s'ouvrirent et « beaucoup de saints ressuscitèrent ». Devant ces signes, le centurion (l'officier romain) et sa garde, saisis de frayeur, confessent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » — confession d'un païen.


Lecture biblique et exégétique

1. Le cri : non le désespoir, mais le Psaume 22

Le cri de Jésus n'est pas un désespoir : c'est la prière du Psaume 22, qui, parti de la détresse, s'achève dans la confiance et la louange de toutes les nations. Le Fils assume notre abandon — il prend sur lui le cri de tout homme accablé — pour le racheter de l'intérieur. Il prie notre déréliction pour la sauver.

2. Le voile déchiré : l'accès rouvert

Le voile déchiré « du haut jusqu'en bas » (donc par Dieu, non par une main d'homme) signifie que, par la mort du Christ, l'accès au Saint des saints — à Dieu — est désormais ouvert : l'ancien culte est achevé, le chemin vers le Père est rouvert (cf. He 10, 19-20). Les saints ressuscités sont les prémices de la victoire du Christ sur la mort.

3. Le centurion, prémices des nations

Que le premier à confesser « Fils de Dieu » au pied de la croix soit un centurion païen annonce l'Église des nations : la Croix conduit les païens à la foi. Le Calvaire, lieu de la mort, devient le lieu de la première profession de foi pascale.


Pour la vie spirituelle et pratique

Le cri d'abandon sanctifié

Dans nos heures d'abandon — quand Dieu paraît absent —, ce cri de Jésus sanctifie le nôtre : on peut crier vers Dieu sa détresse, c'est encore une prière, et elle débouche sur la confiance (comme le Psaume 22). Le Christ a connu cette nuit pour nous y rejoindre ; nous n'y sommes jamais seuls.

Le voile déchiré : entrer auprès du Père

Par la mort du Christ, plus rien ne nous sépare du Père, sinon notre refus. La Croix a rouvert le chemin : nous pouvons « entrer dans le sanctuaire » avec assurance (He 10, 19). De quoi vivre dans une proximité filiale, sans la crainte du voile.

La confession du centurion

La Croix conduit à reconnaître, dans ce crucifié, le Fils de Dieu. Contempler la mort du Seigneur — au Vendredi saint, dans le chemin de croix, devant le crucifix — pour faire nôtre, avec le centurion, cette confession : « Vraiment, celui-ci est Fils de Dieu. »


Les femmes, témoins de la mort et de la mise au tombeau
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. 556 Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. 14
L'ensevelissement de Jésus
L'ensevelissement de Jésus
57 Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. 358 Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. 559 Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, 560 et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. 561 Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. 12
Explications
Contexte historique et social

1. Les femmes, témoins fidèles

« De nombreuses femmes » qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée « en le servant » regardent « de loin » : Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, la mère des fils de Zébédée. Tandis que les disciples (les hommes) ont fui, ce sont elles qui demeurent — fidèles jusqu'au pied de la croix et jusqu'au tombeau.

2. Joseph d'Arimathie réclame le corps

Joseph d'Arimathie, « homme riche » et disciple (selon Marc, un membre estimé du conseil ; selon Jean, disciple « en secret, par peur »), ose réclamer le corps à Pilate. Le geste est courageux : d'ordinaire, les corps des crucifiés étaient laissés sans sépulture ou jetés à la fosse commune — le refus de sépulture faisait partie de l'infamie. Obtenir le corps d'un condamné était une faveur.

3. Une sépulture juive, en hâte

Joseph enveloppe le corps d'un linceul (sindôn) propre et le dépose dans son tombeau neuf, taillé dans le roc (une chambre avec une banquette), qu'il ferme d'une grande pierre roulée. Tout se fait en hâte, avant le sabbat qui commence au coucher du soleil. Les femmes (Marie-Madeleine et « l'autre Marie ») restent assises en face, observant le lieu — détail qui prépare le matin de Pâques.


Lecture biblique et exégétique

1. La fidélité des « petits » quand les forts ont fui

Le contraste est saisissant : les Apôtres ont fui, mais les femmes et Joseph demeurent. Ce sont les humbles et les fidèles qui restent près du Christ à l'heure sombre — et c'est à elles que sera d'abord confiée la nouvelle de la Résurrection.

2. « Avec un riche dans sa mort »

La sépulture honorable, dans le tombeau neuf d'un homme riche, accomplit Isaïe 53, 9 : « on lui a donné un sépulcre avec les riches dans sa mort. » Le tombeau neuf, encore inutilisé, convenait à Celui qui allait le sanctifier par sa résurrection.


Pour la vie spirituelle et pratique

Rester quand d'autres fuient

À l'heure sombre où d'autres se sont enfuis, ce sont les petits et les fidèles qui demeurent : les femmes qui « restent », Joseph qui ose se déclarer. Leçon de persévérance dans l'épreuve, et de courage à reconnaître le Christ quand cela coûte — précisément quand il ne « rapporte » plus rien, humainement.

Veiller au tombeau (le Samedi saint)

Les femmes « assises en face du tombeau » nous apprennent à demeurer près du Christ même dans la mort, le silence et l'attente — l'attitude du Samedi saint, où l'on veille dans l'espérance, sans encore voir. Rester fidèle dans les temps où Dieu semble enseveli et silencieux.


La garde du tombeau
62 Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, 363 en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : “Trois jours après, je ressusciterai.” 464 Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : “Il est ressuscité d’entre les morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première. » 365 Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! » 1066 Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde. 4
Explications
Contexte historique et social

1. La démarche des chefs auprès de Pilate

Le lendemain (le sabbat), grands prêtres et pharisiens vont trouver Pilate : « Cet imposteur a dit, de son vivant : Après trois jours, je ressusciterai. Sécurise donc le tombeau jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : Il est ressuscité — cette dernière imposture serait pire que la première. »

2. La garde et le sceau

Pilate répond : « Vous avez une garde (koustôdia, mot latin désignant un détachement) ; allez, gardez le tombeau comme vous l'entendez. » Ils s'en vont et sécurisent le tombeau en scellant la pierre (on apposait un sceau — cire ou argile et cordon, estampillé — qui rendait toute effraction détectable) et en y postant la garde.


Lecture biblique et exégétique

1. L'ironie providentielle

L'ironie est totale : par leurs précautions — le sceau, les gardes —, les adversaires rendent impossible le vol du corps, et deviennent ainsi, malgré eux, les témoins que le tombeau vide ne s'expliquera pas autrement que par la Résurrection. Ce qui devait étouffer la foi en devient, à rebours, une preuve.

2. « Cet imposteur a dit… »

Fait notable : les ennemis de Jésus se souviennent de sa promesse de ressusciter le troisième jour — alors que les disciples, eux, semblent l'avoir oubliée ou n'y pas croire. La précaution des chefs atteste que Jésus avait bien annoncé sa résurrection.


Pour la vie spirituelle et pratique

On ne scelle pas le Christ dans un tombeau

Nulle précaution humaine ne contient l'œuvre de Dieu. Là où l'on croit avoir tout verrouillé, scellé, fini — un tombeau, une situation sans issue, une mort —, Dieu fait lever la vie. Le sceau et la garde n'empêcheront pas le matin de Pâques.

Dieu retourne la malice en bien

L'épisode console : Dieu sait retourner contre le mal les armes mêmes du mal. Ce que les adversaires dressent pour étouffer la vérité sert, à leur insu, à la manifester. De quoi garder la confiance quand tout semble se liguer contre le bien : la Résurrection a le dernier mot.