Évangile selon Saint Matthieu

Chapitre
21
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Jésus à Jérusalem
Entrée triomphale à Jérusalem
L'entrée de Jésus à Jérusalem
L'entrée de Jésus à Jérusalem
1 Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples 62 en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. 33 Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : “Le Seigneur en a besoin”. Et aussitôt on les laissera partir. » 44 Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : 25 Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. 96 Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. 27 Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. 48 Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. 49 Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » 2610 Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » 411 Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » 3
Explications
Contexte historique et social

1. Du mont des Oliviers à la Ville sainte

La scène part de Bethphagé, au mont des Oliviers, la colline qui fait face à Jérusalem, à l'est, par-delà la vallée du Cédron. C'était, selon Zacharie 14, le lieu d'où le Seigneur viendrait ; et c'est de là que les pèlerins descendaient vers la ville. Le décor n'est pas neutre : il a une résonance messianique.

2. L'âne, monture du roi de paix

Jésus organise lui-même son entrée en envoyant chercher une ânesse et son ânon. Le choix est délibéré et lourd de sens : dans l'Orient ancien, le roi montait un âne en temps de paix (ainsi Salomon le jour de son sacre, 1 R 1, 33), tandis que le conquérant paradait sur un cheval de guerre. Monter un âne, c'est se présenter en roi humble et pacifique, accomplissant la prophétie de Zacharie 9, 9 : « ton roi vient à toi, humble, monté sur une ânesse ».

3. Manteaux étendus, rameaux coupés, « Hosanna »

La foule étend ses manteaux sur le chemin : c'était un hommage royal (on en faisait autant pour l'intronisation de Jéhu, 2 R 9, 13). Elle coupe des rameaux (des palmes, selon saint Jean) — symbole de victoire et de libération nationale, agitées aux fêtes et lors des triomphes des Maccabées (1 M 13, 51). Et elle acclame : « Hosanna ! » — du Psaume 118, 25 (hôshia-na, « sauve donc ! »), un cri du Hallel chanté aux grandes fêtes, notamment à la Pâque vers laquelle montaient ces pèlerins.

4. Une entrée à hauts risques

Une telle acclamation messianique, à l'entrée de Jérusalem, au temps de la Pâque — période où la tension était à son comble et où le gouverneur Pilate montait à Jérusalem avec des troupes —, n'était pas sans danger politique. « Toute la ville fut secouée : Qui est-il ? »


Lecture biblique et exégétique

1. Le Roi humble

Tout est ordonné à révéler un Roi — mais à rebours des attentes : non un chef de guerre, mais le doux et humble de Zacharie. Jésus met en scène sa royauté messianique tout en la corrigeant : il vient en paix, monté sur l'âne, non sur le cheval du conquérant que beaucoup espéraient.

2. « Hosanna… Béni soit celui qui vient »

L'acclamation (Ps 118, 26) confesse plus que la foule ne le sait : « Hosanna » signifie « sauve-nous », et « celui qui vient au nom du Seigneur » est une formule messianique. La foule proclame la vérité — mais une versalité la guette : ces mêmes lèvres crieront bientôt « Crucifie-le ! » (Mt 27, 22-23).


Pour la vie spirituelle et pratique

Accueillir le Roi tel qu'il est

L'Église ouvre la Semaine sainte par cette entrée (le dimanche des Rameaux). Elle invite à accueillir le Christ comme Roi — mais tel qu'il est : humble et pacifique, non le souverain de puissance qu'on voudrait parfois. Lui ouvrir vraiment les portes de sa vie, comme la ville lui ouvre les siennes.

Se garder d'une foi d'enthousiasme

La foule des Rameaux deviendra la foule du Vendredi saint. Avertissement contre une foi d'émotion passagère : les mêmes lèvres qui chantent « Hosanna » le dimanche peuvent renier dès l'épreuve venue. Demander une foi fidèle, qui tienne aussi dans la nuit de la Passion.


Controverses de Jésus à Jérusalem
Purification du Temple
Jésus chasse les vendeurs du Temple
Jésus chasse les vendeurs du Temple
12 Jésus entra dans le Temple, et il expulsa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple ; il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes. 813 Il leur dit : « Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière. Or vous, vous en faites une caverne de bandits. » 514 Des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le Temple, et il les guérit. 215 Les grands prêtres et les scribes s’indignèrent quand ils virent les actions étonnantes qu’il avait faites, et les enfants qui criaient dans le Temple : « Hosanna au fils de David ! » 316 Ils dirent à Jésus : « Tu entends ce qu’ils disent ? » Jésus leur répond : « Oui. Vous n’avez donc jamais lu dans l’Écriture : De la bouche des enfants, des tout-petits, tu as fait monter une louange ? » 1717 Alors il les quitta et sortit de la ville en direction de Béthanie, où il passa la nuit. 4
Explications
Contexte historique et social

1. Le commerce dans la cour des païens

Le commerce que Jésus chasse se tenait dans la vaste cour des païens, l'esplanade extérieure du Temple — le seul lieu où les non-Juifs pouvaient prier. Ce trafic, lié au culte, y avait pris une ampleur qui encombrait précisément cet espace de prière.

2. Les changeurs de monnaie

Les changeurs (kollybistai) répondaient à une nécessité : l'impôt du Temple (le demi-sicle) et les achats sacrés devaient se payer en monnaie « pure » (le sicle d'argent de Tyr), car les pièces romaines portaient l'effigie de l'empereur et des inscriptions jugées idolâtriques. Les pèlerins, venus de partout avec des monnaies diverses, devaient donc changer leur argent — moyennant une commission, source d'abus.

3. Les vendeurs de colombes

On vendait aussi les animaux du sacrifice : agneaux, bœufs, et surtout colombes — l'offrande des pauvres (Lv 5, 7 ; 12, 8) et des femmes après l'accouchement. Vendre sur place était commode (le pèlerin ne pouvait amener une bête de loin), mais le négoce, installé dans la cour des païens, détournait le lieu de sa fin.

4. Aveugles et boiteux dans le Temple

Détail significatif : Jésus guérit ensuite « aveugles et boiteux » dans le Temple — or ceux-ci étaient traditionnellement écartés du sanctuaire (cf. 2 S 5, 8). Et des enfants crient « Hosanna ! », au scandale des grands prêtres.


Lecture biblique et exégétique

1. « Maison de prière » contre « caverne de bandits »

Jésus joint deux prophètes : « Ma maison sera appelée maison de prière » (Is 56, 7 — et le texte d'Isaïe ajoute : « pour tous les peuples », ce qui vise justement la cour des païens), « mais vous en faites une caverne de bandits » (Jr 7, 11). Le grief n'est pas le principe du commerce, mais le dévoiement du lieu saint, et l'obstacle mis à la prière — notamment celle des nations.

2. Un geste prophétique d'autorité

Le renversement des tables est un geste prophétique (à la manière des actes symboliques des prophètes) et un acte d'autorité sur le Temple : Jésus s'y comporte en Maître de la maison de son Père (« il y a ici plus grand que le Temple », Mt 12, 6). La louange des enfants (« De la bouche des tout-petits… », Ps 8, 3) confirme la révélation faite aux humbles.


Pour la vie spirituelle et pratique

La maison de Dieu, maison de prière

L'église est « maison de prière » : à protéger de tout ce qui la transforme en lieu de distraction, de bavardage ou de commerce. Un appel à la révérence dans les lieux saints, et au respect du silence et du recueillement qui y ont leur place.

Purifier le temple du cœur

Chacun est aussi un temple de Dieu (1 Co 6, 19). À l'exemple du zèle de Jésus, il s'agit de chasser de son cœur les « trafics » qui s'y installent — les idoles, les calculs, l'argent érigé en maître. Le zèle de Jésus pour la maison de son Père invite au nôtre, d'abord envers nous-mêmes.

Ne pas faire obstacle à la prière des autres

Enfin, le commerce gênait surtout la prière des païens : avertissement à ne jamais faire écran, par nos comportements ou nos exclusions, entre Dieu et ceux qui cherchent à prier — fussent-ils, aux yeux de certains, des « étrangers ».


Le figuier stérile
Jésus maudit le figuier stérile
Jésus maudit le figuier stérile
18 Le matin, en revenant vers la ville, il eut faim. 419 Voyant un figuier au bord du chemin, il s’en approcha, mais il n’y trouva rien d’autre que des feuilles, et il lui dit : « Que plus jamais aucun fruit ne vienne de toi. » Et à l’instant même, le figuier se dessécha. 820 En voyant cela, les disciples s’étonnèrent et dirent : « Comment se fait-il que le figuier s’est desséché à l’instant même ? » 321 Alors Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : si vous avez la foi et si vous ne doutez pas, vous ne ferez pas seulement ce que j’ai fait au figuier ; vous pourrez même dire à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, et cela se produira. 322 Tout ce que vous demanderez dans votre prière avec foi, vous l’obtiendrez. » 23
Explications
Contexte historique et social

1. Le figuier en Israël

Le figuier était, avec la vigne, l'un des arbres les plus familiers et les plus aimés de Palestine. « Chacun sous sa vigne et son figuier » exprimait la paix et la prospérité données par Dieu (1 R 5, 5 ; Mi 4, 4). Et le figuier symbolisait souvent Israël lui-même (Jr 8, 13 ; Os 9, 10 ; Jl 1, 7).

2. Des feuilles sans fruits

Détail d'horticulture utile : un figuier couvert de feuilles laisse normalement attendre au moins des figues précoces (les premières pousses comestibles). Un arbre tout en feuilles mais sans fruit est donc trompeur : il promet et ne donne pas. (Saint Marc note que « ce n'était pas la saison des figues » — signe que le geste de Jésus n'est pas une réaction d'humeur, mais un acte prophétique : la leçon n'est pas botanique, elle est spirituelle.)

3. Un acte prophétique

Maudire le figuier appartient au registre des actes symboliques des prophètes (comme Jérémie brisant une cruche, ou Ézéchiel mimant le siège) : un geste parlant, destiné à enseigner. Placé juste après la purification du Temple, il vise une religion stérile.


Lecture biblique et exégétique

1. La stérilité d'une religion d'apparence

Le figuier aux feuilles sans fruit figure une religion d'apparence — Israël, ou toute âme — qui affiche les « feuilles » de la piété (les rites, les paroles, l'extérieur) sans porter le fruit des œuvres et de la conversion. Le dessèchement est un avertissement : Dieu attend des fruits, non des feuilles.

2. La puissance de la foi

À l'étonnement des disciples, Jésus joint une parole sur la foi : « Si vous avez la foi… vous direz à cette montagne : Ôte-toi de là, et cela se fera ; tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l'obtiendrez. » Du signe de jugement, il tire un enseignement sur la prière confiante.


Pour la vie spirituelle et pratique

Des fruits, non des feuilles

Dieu attend des fruits, non seulement des feuilles — une foi qui se vérifie en actes, non une piété de façade. Examen salutaire : ma vie spirituelle porte-t-elle du fruit (charité, justice, service), ou seulement des apparences ? L'arbre stérile, malgré ses belles feuilles, est jugé sur son absence de fruit.

La foi qui ose demander

L'autre versant est une parole de confiance : la prière faite avec foi est exaucée. Non une formule magique pour obtenir ce que l'on veut, mais l'assurance que Dieu écoute la prière confiante de ses enfants — pourvu qu'elle s'accorde à sa volonté et porte, elle aussi, du fruit.


Controverse avec ceux qui refusent l'autorité de Jésus
23 Jésus était entré dans le Temple, et, pendant qu’il enseignait, les grands prêtres et les anciens du peuple s’approchèrent de lui et demandèrent : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » 524 Jésus leur répliqua : « À mon tour, je vais vous poser une question, une seule ; et si vous me répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela : 425 Le baptême de Jean, d’où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : “Du ciel”, il va nous dire : “Pourquoi donc n’avez-vous pas cru à sa parole ?” 226 Si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. » 127 Ils répondirent donc à Jésus : « Nous ne savons pas ! » Il leur dit à son tour : « Moi, je ne vous dis pas non plus par quelle autorité je fais cela. 6
Explications
Contexte historique et social

1. La question des « titres »

Dans le Temple, « grands prêtres et anciens du peuple » — les autorités qui contrôlaient le sanctuaire — interpellent Jésus : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui te l'a donnée ? » Les « cela » visent l'entrée, la purification du Temple, l'enseignement. La question est, en partie, institutionnelle : un maître reconnu tenait son autorité d'une chaîne remontant à ses propres maîtres (l'« ordination » rabbinique). De quel droit, donc, cet homme de Galilée agit-il ainsi ?

2. La contre-question, une technique rabbinique

Jésus répond par une question — procédé courant dans le débat rabbinique : « Le baptême de Jean, d'où venait-il : du ciel ou des hommes ? » Le piège se referme sur les interrogateurs. S'ils disent « du ciel », il leur répliquera : « pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ? » ; s'ils disent « des hommes », ils craignent la foule, qui tenait Jean pour un prophète. Ils se réfugient dans : « Nous ne savons pas. » — « Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité. »


Lecture biblique et exégétique

1. L'autorité de Jésus et le témoignage de Jean

La contre-question n'est pas une esquive : elle relie l'autorité de Jésus à celle de Jean. Qui refuse de reconnaître le témoignage de Jean (qui désignait Jésus) se ferme à Jésus lui-même. L'autorité du Christ n'est pas déléguée par les hommes : elle vient « du ciel », du Père — ce que les chefs ne veulent pas voir.

2. La mauvaise foi démasquée

Le « nous ne savons pas » est un mensonge : ils savent, mais ne veulent pas en tirer les conséquences. Leur refus n'est pas d'intelligence, mais de volonté : ils cherchent l'avantage, non la vérité. Jésus révèle ainsi que celui qui esquive honnêtement la question de Jean s'est déjà fermé à la sienne.


Pour la vie spirituelle et pratique

L'honnêteté devant la vérité

Devant la vérité, l'enjeu n'est pas d'abord l'intelligence, mais l'honnêteté du cœur. On peut, comme les chefs, esquiver (« je ne sais pas ») pour ne pas avoir à se convertir ou à changer de vie. La droiture consiste à reconnaître ce qu'au fond on a déjà vu — et à en tirer les conséquences.

Ne pas interroger Dieu de mauvaise foi

Cette page met en garde contre une manière de questionner Dieu ou la foi pour ne pas avoir à croire — multiplier les objections comme un refuge. À qui cherche sincèrement, la lumière est donnée ; à qui se protège derrière des questions, elle se dérobe. Demander avec un cœur droit, prêt à recevoir la réponse.


Parabole des deux fils
La parabole des vignerons homicides
La parabole des vignerons homicides
28 Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” 429 Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. 530 Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas. 231 Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. 832 Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. 8
Explications
Contexte historique et social

1. Le travail à la vigne et l'autorité du père

Un père envoie ses deux fils travailler à la vigne — la tâche familiale ordinaire. Le premier refuse (« je ne veux pas »), puis se ravise et y va ; le second répond respectueusement « Oui, Seigneur (kyrie) ! » mais n'y va pas. Dans une société où l'obéissance au père était sacrée, le « oui » poli du second fils, suivi de désobéissance, est une trahison plus subtile que le refus franc du premier.

2. « Publicains et prostituées »

Jésus applique : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume. » Ce sont les deux figures les plus méprisées : le publicain (collecteur d'impôts, collaborateur de l'occupant) et la prostituée (femme en état de péché public, au bas de l'échelle sociale). Les opposer aux chefs religieux est une provocation calculée : les plus indignes, en se convertissant, devancent les plus respectables.


Lecture biblique et exégétique

1. Le dire et le faire

La parabole oppose le dire et le faire : compte non la promesse des lèvres, mais l'obéissance effective. Le premier fils (qui a dit non puis a fait) représente les pécheurs repentis ; le second (qui a dit oui sans agir), les justes de façade. C'est l'éloge de la conversion, toujours possible.

2. « Jean est venu… et vous n'avez pas cru »

Jésus précise la pointe : « Jean est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n'avez pas cru en lui ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. » Les pécheurs (premier fils) ont accueilli l'appel à la conversion de Jean ; les chefs religieux (second fils), tout en professant la piété, l'ont refusé. La foi se mesure à la conversion réelle, non à l'appartenance ou au discours.


Pour la vie spirituelle et pratique

Le « oui » des actes

Le « oui » des lèvres ne suffit pas : Dieu attend le « oui » des actes. On peut se croire en règle (« je vais, Seigneur ») et ne rien faire ; et l'on peut, après un refus, se convertir et accomplir la volonté du Père. Mieux vaut un retournement tardif qu'une piété qui reste en paroles.

Il n'est jamais trop tard

Que « les publicains et les prostituées » précèdent les justes dans le Royaume est une parole d'espérance pour les pécheurs — et un avertissement pour les « bien-pensants ». Nul n'est trop loin pour se convertir, et nul n'est dispensé de le faire par sa respectabilité. La porte du Royaume est la conversion, ouverte à tous.


Parabole des vignerons homicides
33 « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. 734 Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. 535 Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. 436 De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. 337 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” 338 Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !” 639 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. 540 Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » 241 On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » 542 Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! 743 Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. 644 Et tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! » 3445 En entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux. 346 Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète. 6
Explications
Contexte historique et social

1. Le grand domaine et les vignerons métayers

Un propriétaire plante une vigne, l'entoure d'une clôture, y creuse un pressoir, bâtit une tour de guet, puis la loue à des vignerons et part en voyage. Ce cadre était une réalité économique de la Galilée : de grands domaines appartenaient à des propriétaires absents (souvent riches, vivant loin), et étaient exploités par des métayers qui versaient au maître une part de la récolte. Les tensions entre métayers et propriétaires — sur les loyers, sur la terre — étaient réelles et parfois violentes ; l'auditeur reconnaissait là un monde familier.

2. La vigne, image d'Israël (Isaïe 5)

Tout l'arrière-plan est le « Chant de la vigne » d'Isaïe 5, 1-7 : Dieu a planté une vigne — « la maison d'Israël » —, l'a entourée, y a creusé un pressoir, bâti une tour, et en attend du raisin. La clôture, le pressoir, la tour de la parabole citent Isaïe : nul auditeur ne pouvait s'y méprendre. La vigne, c'est Israël ; le maître, c'est Dieu.

3. Les serviteurs, le fils, l'héritage

À la récolte, le maître envoie des serviteurs chercher sa part ; les vignerons les battent et les tuent. Il envoie enfin son Fils — « ils respecteront mon fils » — mais ils le tuent pour s'emparer de l'héritage (selon certaines règles, la terre d'un propriétaire absent ou sans héritier pouvait être revendiquée par les occupants). La transparence est totale : les serviteurs sont les prophètes ; le Fils, c'est Jésus.


Lecture biblique et exégétique

1. Un abrégé de l'histoire du salut

La parabole résume l'histoire d'Israël : Dieu confie sa vigne, envoie ses prophètes (rejetés, maltraités, tués), puis son Fils, mis à mort « hors de la vigne » (comme Jésus sera crucifié hors les murs). « Que fera le maître ? Il fera périr ces misérables et louera la vigne à d'autres » : annonce du passage de la vigne aux nations, à l'Église qui « produira ses fruits ».

2. La pierre d'angle (Psaume 118)

Jésus cite le Psaume 118, 22-23 : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. » Image de construction : la pierre dédaignée par les maçons devient la clé de voûte de l'édifice. C'est le Christ rejeté par les chefs (« les bâtisseurs ») et établi par Dieu comme fondement de l'Église.

3. « Le Royaume vous sera enlevé »

« Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et donné à un peuple qui lui fera produire ses fruits » : non un rejet définitif d'Israël (cf. Rm 11), mais un avertissement à ceux qui, détenteurs de la vigne, ne portent pas de fruit. Les chefs « comprirent qu'il parlait d'eux » et voulurent l'arrêter — mais craignirent la foule.


Pour la vie spirituelle et pratique

La vigne confiée pour qu'elle porte du fruit

La vigne nous est confiée — la grâce, la foi, les dons reçus — pour qu'elle porte du fruit, et nous devrons en rendre compte. Recevoir sans produire, retenir pour soi ce qui appartient au maître, c'est risquer de voir la vigne « donnée à d'autres ». La grâce reçue appelle un rendement.

Accueillir la pierre d'angle

La question décisive est posée : est-ce que j'accueille la « pierre d'angle » — le Fils — ou est-ce que, à ma manière, je la rejette ? Bâtir sa vie sur lui, c'est trouver le fondement qui tient ; le rejeter, c'est buter contre lui. Le Christ rejeté est devenu le fondement : à chacun de s'y appuyer.