L'Évangile du jour
Dimanche 3 janvier 2027
L'Épiphanie du Seigneur
Solennité
Solennité Temps de Noël Année B Ornements blancs
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi
Alléluia. Alléluia.
Nous avons vu son étoile à l’orient,
et nous sommes venus adorer le Seigneur.
Alléluia.
1Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem2et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »3En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.4Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.5Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :6Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »7Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;8puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »9Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.10Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.11Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.12Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Première lecture Is 60, 1-6« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »
- Psaume 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13
- Deuxième lecture Ep 3, 2-3a.5-6« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse »
Comprendre ce passage
La visite des magesMatthieu 2, 1-12
1. Bethléem de Judée
Bethléem (en hébreu Beth-léhem, « maison du pain ») est un bourg situé à environ huit kilomètres au sud de Jérusalem. C'est la cité de David : là, Samuel oignit le jeune David (1 S 16), là se déroule le livre de Ruth, et c'est de là, selon Michée 5, que devait surgir le berger d'Israël. Y faire naître Jésus, c'est l'inscrire dans la patrie même de la royauté davidique.
2. Le roi Hérode le Grand
Hérode (règne 37-4 av. J.-C.) était un roi client de Rome, d'origine iduméenne — donc à demi étranger aux yeux des Juifs —, installé par le Sénat romain. Bâtisseur de génie (reconstruction magnifique du Temple, Césarée, Massada, l'Hérodion), il fut aussi un tyran paranoïaque. Flavius Josèphe (Antiquités juives, livres 15-17) rapporte qu'il fit exécuter sa femme préférée Mariamne, la mère de celle-ci, et trois de ses propres fils (Alexandre, Aristobule, Antipater), par peur d'être détrôné. L'empereur Auguste aurait ironisé qu'il valait mieux être le « porc » d'Hérode que son « fils ». Sa frayeur devant l'annonce d'un « roi des Juifs » rival, et sa ruse meurtrière, sont donc historiquement très vraisemblables. Hérode meurt en 4 av. J.-C., ce qui situe la naissance de Jésus vers 6-4 av. J.-C. : l'« erreur » de quelques années vient du calcul tardif (VIe siècle) de Denys le Petit, qui fixa le début de notre ère.
3. Les mages
Le mot grec magoi désigne une caste sacerdotale perse ou mède (zoroastrienne), versée dans l'astronomie, l'astrologie et l'interprétation des songes (on retrouve les « mages » de Babylone dans le livre de Daniel). Le texte ne dit ni qu'ils étaient rois, ni qu'ils étaient trois : le chiffre trois vient des trois présents, et le titre de roi d'une relecture du Psaume 72 et d'Isaïe 60. Les noms (Gaspard, Melchior, Balthazar) et l'image des « rois mages » sont des développements médiévaux. Ils viennent « de l'Orient » (Perse, Babylonie ou Arabie). À cette époque circulait, jusque dans le monde romain (Tacite, Histoires V, 13 ; Suétone, Vie de Vespasien 4), l'attente d'un souverain venu d'Orient.
4. L'astre
L'« étoile » a suscité de nombreuses hypothèses scientifiques : la conjonction de Jupiter et Saturne dans les Poissons (7 av. J.-C., calculée par Kepler), une comète, une nova ; ou bien un signe proprement miraculeux, car le texte la décrit en mouvement, précédant les mages et s'arrêtant sur un lieu précis (v. 9). L'Église n'impose aucune explication : l'essentiel est que l'astre fut, pour ces hommes, le langage par lequel Dieu les appela.
5. Les présents
Or, encens et myrrhe sont des produits précieux du grand commerce oriental et arabique : l'or (métal royal), l'encens (résine aromatique réservée au culte, venue notamment de Saba/Arabie), la myrrhe (résine d'embaumement et parfum de prix). Le Psaume 72, 10-15 et Isaïe 60, 6 annonçaient précisément que les nations apporteraient « l'or et l'encens » au roi-messie.
6. La « maison »
Au verset 11, les mages entrent dans une maison (et non l'étable de la nuit de Noël) : ils arrivent quelque temps après la naissance. Le fait qu'Hérode fera tuer les enfants « de deux ans et au-dessous » (v. 16) suggère que l'apparition de l'astre, et donc la naissance, pouvaient remonter jusqu'à environ deux ans.
1. Une structure de contraste : deux manières de chercher
Le récit oppose deux quêtes du nouveau-né : les mages le cherchent pour l'adorer (v. 2.11) ; Hérode feint de le chercher pour l'adorer, mais veut le tuer (v. 8.13). Entre les deux, les chefs religieux de Jérusalem savent où naît le Messie (ils citent Michée) mais ne se dérangent pas. Le chapitre met ainsi en scène, dès le berceau, les trois attitudes possibles devant le Christ : l'adoration, l'hostilité, l'indifférence.
2. « Le roi des Juifs » : une inclusion avec la Passion
Le titre « roi des Juifs » (v. 2), sur les lèvres des mages, ne réapparaîtra qu'à la Passion : sur les lèvres de Pilate (27, 11) et sur l'écriteau de la croix (27, 37). Les païens confessent à la crèche ce que l'inscription proclamera au Calvaire : une inclusion royale qui encadre tout l'évangile.
3. L'astre et l'oracle de Balaam
L'astre évoque l'oracle de Balaam (Nb 24, 17) : « Un astre se lève de Jacob, un sceptre s'élève d'Israël. » Or Balaam était lui aussi un devin venu de l'Orient, étranger à Israël : les mages sont comme ses héritiers, des païens que Dieu conduit jusqu'au vrai Roi par le langage des astres.
4. La double conduite : l'astre et l'Écriture
Détail théologique majeur : l'astre conduit les mages jusqu'en Judée, mais c'est l'Écriture (Michée, citée par les scribes) qui localise Bethléem ; puis l'astre reparaît pour les mener au lieu exact. La nature (la création, la conscience, la quête religieuse des païens) mène jusqu'au seuil ; c'est la Parole révélée qui indique précisément le Christ. Les deux se conjuguent sans se confondre.
5. La citation d'accomplissement (v. 6)
Matthieu cite Michée 5, 1, en l'adaptant (« Bethléem… tu n'es certes pas le moindre ») et en y greffant une parole de 2 Samuel 5, 2 : « il sera le berger de mon peuple Israël ». Le Messie attendu est donc un roi-pasteur, thème qui parcourt toute l'Écriture (Ez 34) et que Jésus revendiquera (Jn 10).
6. La portée des trois présents
Le texte ne donne pas leur sens, mais la tradition l'a lu très tôt dans l'Écriture elle-même : l'or revient au Roi, l'encens au Dieu que l'on adore, la myrrhe à celui qui devra mourir et être enseveli. Les trois dons confessent ainsi, à eux seuls, le triple mystère du Christ : roi, Dieu, et homme mortel. Ils accomplissent aussi Isaïe 60, 6 (« tous viendront de Saba, apportant l'or et l'encens »).
7. « Ils se prosternèrent et l'adorèrent » (v. 11)
Le verbe grec prosekynêsan désigne l'adoration, le geste réservé à Dieu. Que des païens adorent l'enfant juif est, pour Matthieu, le signe inaugural de l'universalité du salut : déjà s'accomplit la promesse faite à Abraham, « en ta descendance seront bénies toutes les nations » (Gn 22, 18 ; cf. Mt 1, 1).
8. « Par un autre chemin » (v. 12)
Avertis en songe, les mages « regagnèrent leur pays par un autre chemin ». Au sens littéral, ils évitent Hérode ; au sens spirituel, la tradition y a lu une vérité durable : qui a rencontré et adoré le Christ ne repart jamais par le même chemin.
9. Théologie de l'Épiphanie
Cette page est, par excellence, le récit de l'Épiphanie (« manifestation ») : Dieu se révèle aux nations. Les mages sont les prémices des païens. Et Matthieu souligne un paradoxe douloureux : les étrangers, guidés par une faible lumière, cherchent et trouvent ; les détenteurs de l'Écriture, à Jérusalem, restent immobiles. La lumière vient « chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçue » (cf. Jn 1, 11).
L'itinéraire de la foi
Les mages dessinent tout le chemin du croyant : chercher, se mettre en route, persévérer dans l'obscurité (l'astre disparaît à Jérusalem avant de reparaître), interroger l'Écriture, trouver, adorer, offrir. Leur quête patiente, à travers le doute et la nuit, est le modèle de toute recherche sincère de Dieu — y compris celle des chercheurs venus de loin, hors des frontières visibles de l'Église.
Offrir l'or, l'encens et la myrrhe
La tradition spirituelle invite à offrir à notre tour ces trois présents, entendus comme l'or de la charité, l'encens de la prière et la myrrhe du sacrifice et des renoncements consentis. Adorer n'est pas se contenter de regarder : c'est donner.
Adorer, et repartir transformé
« Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » : toute vraie rencontre du Christ est une conversion. On ne ressort pas indemne de l'adoration ; on ne reprend pas la route d'avant. À méditer : qu'est-ce que ma rencontre du Christ a changé dans mes « chemins » concrets ?
Trois attitudes à discerner en soi
Le récit tend un miroir : devant le Christ, suis-je le mage qui se met en route au prix de la fatigue, l'Hérode qui le perçoit comme une menace pour son pouvoir et ses sécurités, ou le scribe qui sait tout de lui mais ne se dérange pas ? L'Épiphanie demande de choisir l'adoration.
Une fête liturgique
L'Église célèbre l'Épiphanie (6 janvier, ou le dimanche proche), manifestation du Christ aux nations : prolongement de Noël, elle ouvre le salut à tous les peuples. C'est aussi la fête où l'on bénit traditionnellement les maisons (l'inscription C+M+B sur les portes), demandant que le Christ demeure au foyer comme il demeura dans la « maison » de Bethléem.
Cette semaine
- Dimanche 3 L'Épiphanie du Seigneur Mt 2, 1-12
- Lundi 4 Lundi après l'Epiphanie Mt 4, 12-17.23-25
- Mardi 5 Mardi après l'Epiphanie Mc 6, 34-44
- Mercredi 6 Mercredi après l'Épiphanie Mc 6, 45-52
- Jeudi 7 Jeudi après l'Épiphanie Lc 4, 14-22a
- Vendredi 8 Vendredi après l'Épiphanie Lc 5, 12-16
- Samedi 9 Samedi après l'Épiphanie Jn 3, 22-30
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