L'Évangile du jour
Mardi 22 décembre 2026
22 décembre
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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
« Le Puissant fit pour moi des merveilles »
Alléluia, Alléluia.
Viens, Roi de l’univers, pierre angulaire de l’Église !
À l’homme que tu as pétri de la terre
viens apporter le salut.
Alléluia.
46Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,47exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !48Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.49Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !50Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.51Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.52Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.53Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.54Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,55de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »56Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture 1 S 1, 24-28Anne rend grâce pour la naissance de son fils Samuel
- Cantique 1 S 2, 1, 4-5ab, 6-7, 8abcd
Comprendre ce passage
La rencontre de Marie et d'Élisabeth ; le MagnificatLuc 1, 39-56
Le voyage en montagne de Judée
Marie part « en hâte » de Nazareth vers une ville de la montagne de Judée : la tradition situe la scène à Aïn Karim, à l'ouest de Jérusalem, soit une centaine de kilomètres de chemins escarpés à travers la Samarie ou la vallée du Jourdain. Pour une jeune femme, c'est un trajet de plusieurs jours, incertain et fatigant, qu'elle entreprend non par nécessité mais par charité envers sa parente. La hâte de Marie n'est pas l'agitation : elle traduit l'empressement de celle que la grâce met en mouvement, aussitôt qu'elle a reçu le don.
La visite et l'hospitalité
Rendre visite à une proche enceinte, l'assister dans les derniers mois, demeurer auprès d'elle relevait des devoirs familiaux sacrés dans le monde juif, où la solidarité du clan était une loi vivante. Marie reste « environ trois mois », sans doute jusqu'à la naissance de Jean : non une visite de politesse, mais un service discret et prolongé. La jeune fille de Nazareth, déjà mère du Sauveur, se fait servante d'une cousine âgée. Le récit unit ainsi deux maternités improbables, l'une dans la vieillesse stérile, l'autre dans la virginité.
Deux femmes, deux annonces
Le récit relie volontairement les deux annonciations qui précèdent : celle de Zacharie au Temple (1, 5-25) et celle de Marie à Nazareth (1, 26-38). Élisabeth, parente de Marie, appartient à une famille sacerdotale, « des filles d'Aaron » ; Marie, à la maison de David. Leur rencontre fait converger le sacerdoce et la royauté d'Israël, et avec elles toute l'attente de l'Ancien Testament. Au seuil de l'Évangile, ce sont deux femmes, et non les grands de ce monde, que Dieu choisit pour porter son dessein.
La Visitation : Marie, Arche de l'Alliance
À la salutation de Marie, l'enfant tressaille (skirtaō) dans le sein d'Élisabeth — une joie prophétique, comme David dansait devant l'Arche lorsqu'elle montait vers Jérusalem (2 S 6). Le parallèle est voulu jusque dans les mots : « Comment la mère de mon Seigneur vient-elle à moi ? » fait écho à « Comment l'Arche du Seigneur viendrait-elle chez moi ? » (2 S 6, 9), et les trois mois de séjour rappellent les trois mois de l'Arche chez Obed-Édom. Marie est la nouvelle Arche, portant non plus les Tables de la Loi mais la Présence elle-même ; Jean tressaille devant Celui qu'il précédera.
« Bienheureuse celle qui a cru »
Élisabeth, « remplie de l'Esprit Saint », proclame Marie « bénie entre les femmes » et la déclare bienheureuse pour sa foi — exact contraire de l'incrédulité de Zacharie, frappé de mutisme pour n'avoir pas cru (1, 20). Le titre « mère de mon Seigneur » (Kyrios), ce mot qui traduit le nom divin dans la Bible grecque, est une confession précoce de la seigneurie de Jésus. L'Église y reconnaîtra le germe du dogme proclamé à Éphèse en 431 : Marie vraiment Mère de Dieu, Theotokos, parce que celui qu'elle porte est Dieu fait homme.
Le Magnificat
Le cantique de Marie (v. 46-55) est tout tissé de l'Écriture, surtout du chant d'Anne (1 S 2) et des Psaumes : Marie parle le langage des croyants qui l'ont précédée. Deux mouvements le structurent. D'abord Dieu a regardé « l'humilité de sa servante » et fait pour elle « de grandes choses ». Puis il opère le grand renversement : il disperse les orgueilleux, renverse les puissants, élève les humbles, comble les affamés et renvoie les riches les mains vides. Sa miséricorde s'étend « d'âge en âge », fidèle à la promesse faite à Abraham.
La spiritualité des anawim
Ce renversement n'est pas une revanche sociale mais l'expression de la fidélité de Dieu, qui prend toujours le parti des petits. Marie se range parmi les anawim, ces pauvres de Dieu chantés par les prophètes et les psaumes : les humbles qui n'attendent leur salut que de lui. Son chant prolonge l'espérance d'Israël et l'oriente vers son accomplissement dans le Christ. L'Église y entend aussi sa propre voix : tout disciple, devant les merveilles de Dieu, est invité à reprendre ce cantique d'action de grâce et de confiance.
Porter le Christ aux autres
Marie ne garde pas pour elle le don reçu à l'Annonciation : à peine l'a-t-elle conçu qu'elle se met en route pour le porter à autrui, et avec lui la joie et l'Esprit qui font tressaillir Jean. Toute vie chrétienne est appelée à devenir une visitation : non un repli sur la grâce reçue, mais un élan qui la communique à ceux que l'on rencontre, par la présence, le service et la charité concrète. On n'évangélise pas d'abord par des discours, mais en apportant, comme Marie, Celui que l'on porte.
Magnifier le Seigneur
Le Magnificat est devenu le cantique quotidien de l'Église, chanté chaque soir aux Vêpres : ainsi la prière de Marie passe sur les lèvres de tous les croyants. Il apprend à rendre grâce, à « tressaillir de joie en Dieu mon Sauveur », à relire sa propre histoire non comme une suite de hasards mais comme une œuvre de miséricorde. Prier ce chant, c'est se laisser façonner le regard par celui de Marie, qui voit en tout les grandes choses que Dieu accomplit.
Dieu relève les humbles
« Il renverse les puissants, il élève les humbles » : Dieu prend résolument le parti des petits, des pauvres et de ceux qui ne comptent sur aucun appui humain. L'humilité attire la grâce, comme la vallée recueille les eaux ; l'orgueil, au contraire, l'éloigne, car il prétend se suffire. Le Magnificat trace ainsi un véritable programme de vie : préférer la dernière place, espérer contre toute puissance, et reconnaître que tout don vient d'en haut, jamais de nos seuls mérites.
Heureuse d'avoir cru
Élisabeth ne félicite pas d'abord Marie pour sa maternité, mais pour sa foi : « Bienheureuse celle qui a cru. » Le vrai bonheur, suggère l'Évangile, n'est pas dans ce que l'on possède ou accomplit, mais dans la confiance qui s'abandonne aux promesses de Dieu. Marie devient le modèle du croyant qui dit oui sans tout comprendre et avance dans la nuit de la foi. À sa suite, croire que rien n'est impossible à Dieu est la source d'une joie que rien ne peut ravir.
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