L'Évangile du jour
Jeudi 2 avril 2026
Jeudi Saint
Solennité Triduum pascal Année A Ornements blancs
Messe du soir EN MÉMOIRE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
« Il les aima jusqu’au bout »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
1Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.2Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer,3Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,4se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;5puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.6Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »7Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »8Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »9Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »10Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. »11Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »12Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ?13Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis.14Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.15C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Première lecture Ex 12, 1-8.11-14Prescriptions concernant le repas pascal
- Psaume 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18
- Deuxième lecture 1 Co 11, 23-26« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur »
Les autres évangiles de ce jour
- Messe Chrismale Luc 4, 16-21
Comprendre ce passage
Le lavement des piedsJean 13, 1-20
« Avant la fête de la Pâque »
Ce verset ouvre solennellement le Livre de la Gloire, seconde grande partie de l'évangile de Jean (chap. 13 à 21). Jésus sait que son Heure est venue de « passer de ce monde au Père » : le mot Pâque signifie justement « passage », et toute la Passion sera lue comme l'exode définitif du Fils vers le Père. La formule « il les aima jusqu'au bout » (eis telos) dit à la fois l'amour porté jusqu'à l'extrême et jusqu'à son terme, achevé sur la Croix.
Laver les pieds : la tâche de l'esclave
Dans le monde méditerranéen, on marchait en sandales sur des chemins poussiéreux ; à l'arrivée, un serviteur lavait les pieds des convives avant le repas pris étendu sur des lits de table. Cette besogne avilissante revenait au dernier des esclaves, et la tradition juive interdisait même de l'imposer à un esclave d'origine israélite, la réservant aux non-Juifs. Que le Maître et Seigneur se charge lui-même de ce geste constitue un renversement inouï des rangs.
Le cadre du repas pascal johannique
Chez Jean, ce dernier repas se tient « avant la fête de la Pâque » : l'évangéliste situe la mort de Jésus au moment où l'on immole les agneaux au Temple, faisant de lui le véritable Agneau pascal (cf. Jn 19, 36). À la différence des synoptiques, Jean ne raconte pas l'institution de l'Eucharistie en ce lieu, mais place ce geste de service au cœur de la Cène : le don du corps livré s'y traduit en acte d'humilité et d'amour fraternel.
Le geste de Jésus
« Il se lève de table, dépose son vêtement, prend un linge, verse de l'eau » : la succession des verbes a une gravité presque liturgique. Le fait de déposer puis de reprendre le vêtement (Jn 13, 12) rappelle ses propres paroles sur le Bon Pasteur qui donne sa vie et la reprend (Jn 10, 17-18) : le lavement préfigure ainsi la kénose de la Passion, l'abaissement de Celui qui, « de condition divine », s'est fait serviteur (cf. Ph 2, 6-8).
Pierre refuse, puis se soumet
Pierre se cabre : « Tu ne me laveras jamais les pieds ! » Sa résistance, sous des dehors de respect, refuse encore le renversement que Dieu opère. La réponse est tranchante : « Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. » Avoir « part » évoque l'héritage et la communion au Christ lui-même. Pierre bascule alors dans l'excès inverse (« la tête aussi ! »), toujours prompt mais lent à entrer dans le mystère qui le dépasse.
Le bain et le lavement des pieds
« Qui s'est baigné n'a besoin que de se laver les pieds. » La tradition chrétienne a tôt lu ici une allusion au baptême, bain unique qui purifie tout l'homme, et au pardon quotidien des fautes légères contractées sur la route, les pieds que la poussière du chemin salit sans cesse. « Vous êtes purs, mais pas tous » : l'ombre de Judas plane déjà, car la pureté offerte exige un cœur qui l'accueille librement.
« Lavez-vous les pieds les uns aux autres »
Revêtu de nouveau, Jésus interprète son acte : « Je vous ai donné l'exemple (hypodeigma) ; faites comme moi. » Le service n'est pas un conseil mais la loi de la communauté nouvelle : « le serviteur n'est pas plus grand que son maître ». S'annonce enfin le traître dans les mots du psaume, « celui qui mange mon pain a levé le talon contre moi » (Ps 41, 10), tandis que retentit la promesse : « qui reçoit celui que j'envoie me reçoit. »
L'amour jusqu'au bout
Avant tout discours moral, ce récit invite à contempler l'amour « jusqu'à l'extrême » du Christ, qui culminera à la Croix. Le lavement des pieds n'est pas d'abord une leçon de morale, mais la révélation du cœur de Dieu qui s'abaisse. La première démarche du disciple est donc de se laisser aimer ainsi, sans mérite ni retour, et de demeurer dans cet amour qui précède toujours notre réponse.
Se laisser laver par lui
Comme Pierre, beaucoup peinent à recevoir : il semble plus noble de servir que d'être servi, plus aisé de donner que de s'avouer pauvre. Or nul n'a « part » avec le Christ s'il ne consent d'abord à être purifié par lui. Accueillir cette grâce dans le Baptême et la Réconciliation, c'est laisser Dieu nous laver les pieds chaque fois que la poussière du chemin alourdit notre marche.
Servir à genoux
« Faites comme moi » : l'exemple devient commandement. À la suite du Maître agenouillé, l'autorité chrétienne se comprend comme service, et nulle tâche n'est trop basse pour la charité. Laver les pieds de ses frères, c'est descendre concrètement vers les plus humbles besoins du prochain, sans chercher les premières places que l'Évangile renverse sans cesse.
« Heureux si vous le faites »
La béatitude finale ne s'attache pas au seul savoir, mais au faire : « Heureux êtes-vous, si vous le faites. » La connaissance de l'amour ne sauve que mise en pratique. Le bonheur promis n'est pas dans la contemplation passive de l'exemple, mais dans son imitation quotidienne, là où le service de l'autre devient le lieu réel de la rencontre avec le Christ.
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