L'Évangile du jour
Lundi 30 mars 2026
Lundi Saint
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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
« Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! »
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
Salut, ô Christ, notre Roi :
toi seul as pris en pitié nos égarements.
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
1Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts.2On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus.3Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum.4Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :5« Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? »6Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait.7Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement !8Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »9Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait réveillé d’entre les morts.10Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare,11parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture Is 42, 1-7« Il ne criera pas, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors »
- Psaume 26 (27), 1, 2, 3, 13-14
Comprendre ce passage
L'onction à BéthanieJean 12, 1-11
Béthanie, six jours avant la Pâque
La scène se déroule à Béthanie, modeste bourgade sur le versant oriental du mont des Oliviers, à une quinzaine de stades de Jérusalem (cf. 11, 18). Jean situe l'événement « six jours avant la Pâque », à l'orée de la semaine décisive : l'horloge de la Passion est déjà lancée. On se trouve chez la famille de Lazare, que Jésus vient de rappeler du tombeau. Marthe sert, fidèle à son rôle (cf. Lc 10, 40), tandis que Lazare est à table : la maison de l'amitié devient l'antichambre du mystère pascal.
Le parfum de nard
Marie répand un nard pur, baume aromatique extrait d'une plante de l'Himalaya, importé à grands frais et conservé dans un flacon scellé. Sa valeur, « trois cents deniers », équivaut à près d'une année de salaire d'un ouvrier, le denier étant la paie d'une journée (cf. Mt 20, 2). Le verser en entier, sans en rien garder, relève d'une prodigalité que le calcul ne saurait justifier. Loin d'un simple agrément, ce parfum représente sans doute une part du patrimoine de la maison, livrée d'un seul élan.
Un geste socialement inconvenant
Oindre et essuyer les pieds de ses cheveux transgresse les convenances. Dénouer sa chevelure en public passait pour indécent chez une femme juive, et toucher les pieds relevait de l'office des esclaves. Marie franchit ces barrières sociales par pur amour, dans une posture d'humilité et de tendresse qui annonce déjà le geste du Maître au Cénacle, lorsqu'il lavera les pieds des siens (13, 5). L'abaissement de la disciple préfigure ainsi l'abaissement du Serviteur.
Le geste de Marie
L'acte de Marie est un amour extravagant et total, qui ne mesure ni la dépense ni le regard d'autrui. La notation johannique « la maison fut remplie de l'odeur du parfum » dépasse le détail sensoriel : elle dit le rayonnement silencieux de la charité, qui imprègne tout l'espace. Jean place volontairement cette onction au seuil de la Passion, comme Marc et Matthieu (Mc 14, 3-9 ; Mt 26, 6-13) : le geste anticipe l'ensevelissement, oignant par avance un corps voué à la mort et à la gloire.
La protestation de Judas
C'est Judas Iscariote que Jean nomme comme l'objecteur : « Pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres ? » L'évangéliste démasque aussitôt le prétexte : « non qu'il se souciât des pauvres, mais il était voleur et, tenant la bourse, prenait ce qu'on y mettait. » Le faux zèle charitable couvre une avidité réelle. Chez Jean, Judas incarne le disciple dont le cœur s'est détaché : l'argent y a déjà pris la place du Maître.
« Pour le jour de ma sépulture »
Jésus défend Marie : « Laisse-la garder cela pour le jour de ma sépulture. » Le geste reçoit ainsi son vrai sens, prophétique et funéraire. La parole « les pauvres, vous les avez toujours avec vous ; moi, vous ne m'avez pas toujours » reprend Dt 15, 11, qui commandait justement la générosité envers l'indigent. Loin de mépriser les pauvres, Jésus affirme la primauté absolue de sa personne et de l'heure unique où l'amour doit s'exprimer sans réserve.
Le complot contre Lazare
La foule accourt à Béthanie, non seulement pour Jésus mais pour voir Lazare ressuscité. Devant ce signe vivant qui amène beaucoup de Juifs à croire, les grands prêtres résolvent de tuer aussi Lazare. L'aveuglement atteint son comble : on veut supprimer le témoin même de la vie pour étouffer la foi. Le ressuscité de Béthanie annonce déjà le Ressuscité de Pâques, et la haine qui le vise préfigure celle qui frappera le Christ.
L'amour « gaspillé » pour le Christ
Le geste de Marie justifie ce que le monde tient pour une dépense inutile : la beauté du culte, la richesse de la liturgie, le don de soi sans retour. L'amour ne calcule pas ; il offre au Christ le meilleur, sans s'arrêter au coût. Ce que la sagesse humaine juge excessif, l'Évangile le nomme adoration : il est des largesses qui n'ont de prix qu'aux yeux de Dieu.
Le faux prétexte des pauvres
Judas invoque les pauvres pour masquer son avarice : avertissement permanent pour le croyant. Il s'agit de démasquer en soi les justifications pieuses qui dissimulent l'égoïsme ou la convoitise. Le vrai amour des pauvres ne s'oppose jamais à l'amour de Dieu : il en découle. Là où la charité sert d'alibi à un cœur partagé, elle se corrompt et devient mensonge.
Reconnaître l'heure
Marie a su saisir le moment unique que les autres ont manqué. La vie spirituelle demande de discerner ces heures de grâce qui ne reviennent pas, et de ne pas remettre à plus tard l'élan de l'amour. Bien des occasions d'aimer le Christ et le prochain passent et ne se retrouvent point : les recevoir aujourd'hui, sans atermoyer, est le propre du disciple attentif.
Le parfum répandu
« La maison fut remplie de l'odeur du parfum » : image de notre amour pour le Christ, qui rayonne et embaume tout alentour. Saint Paul nommait les croyants « la bonne odeur du Christ » (2 Co 2, 15). Une vie donnée par amour ne reste jamais close sur elle-même : elle répand discrètement, autour d'elle, le parfum de la sainteté et attire les âmes vers la source.
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