L'Évangile du jour
Jeudi 18 mars 2027
Jeudi de la 5e semaine de Carême
S. Cyrille, évêque, docteur de l'Église · Mémoire facultative
Mémoire Temps du Carême Année B Ornements violets
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
« Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour »
Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
51Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. »52Les Juifs lui dirent : « Maintenant nous savons bien que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis : “Si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort.”53Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ? Il est mort, et les prophètes aussi sont morts. Pour qui te prends-tu ? »54Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : “Il est notre Dieu”,55alors que vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais et, si je dis que je ne le connais pas, je serai comme vous, un menteur. Mais je le connais, et sa parole, je la garde.56Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui. »57Les Juifs lui dirent alors : « Toi qui n’as pas encore cinquante ans, tu as vu Abraham ! »58Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. »59Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus, en se cachant, sortit du Temple.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture Gn 17, 3-9« Tu deviendras le père d’une multitude de nations »
- Psaume 104 (105), 4-5, 6-7, 8-9
Comprendre ce passage
Jésus et Abraham : « avant qu'Abraham fût, Je Suis »Jean 8, 31-59
La fierté d'être « race d'Abraham »
Israël tirait une fierté immense d'être la « race d'Abraham » : la descendance du patriarche garantissait, croyait-on, une part assurée à l'Alliance et au salut. Jésus déplace ce privilège du sang vers la foi : être vraiment fils d'Abraham, c'est faire ses œuvres et accueillir la vérité. L'argument touche un nerf : « Nous sommes la descendance d'Abraham, et jamais nous n'avons été esclaves de personne. » La généalogie charnelle ne dispense pas de la conversion du cœur.
La controverse au cœur du Temple
La scène prolonge la fête des Tentes (Jn 7-8) et se déroule, précise l'évangéliste, « dans le Trésor » puis au sortir du Temple (8, 20.59). Ce cadre n'est pas anodin : c'est le lieu même de la Présence de Dieu que Jésus revendique pour lui. Le débat, mené devant des auditeurs juifs d'abord disposés à croire, se déroule selon les codes de la disputation rabbinique, où l'on argumente à partir de l'Écriture, de la paternité et de la filiation pour établir qui est dans la vérité.
Un dialogue qui se durcit en rupture
On part de « ceux qui avaient cru en lui » (v. 31) pour aboutir à une violente controverse, ponctuée d'accusations réciproques : « tu as un démon », « n'es-tu pas un Samaritain ? », l'injure visant un hérétique impur et possédé. La foi initiale, fragile, n'a pas tenu devant l'exigence de demeurer dans la parole. Ce sommet christologique de l'évangile s'achève donc sur une rupture : la lumière, refusée, devient pour ces cœurs un jugement.
« La vérité vous rendra libres »
« Si vous demeurez (menein) dans ma parole… vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » La liberté promise n'est pas politique ni sociale, mais la libération du péché : « quiconque commet le péché en est l'esclave ». Jésus oppose l'esclave, qui ne demeure pas toujours dans la maison, et le Fils, qui y demeure pour toujours et seul peut affranchir : « si le Fils vous libère, vous serez vraiment libres ». Connaître ici, à la manière biblique, c'est adhérer de tout l'être.
Fils d'Abraham, ou fils du diable
Ils se réclament d'Abraham, mais cherchent à le tuer : la contradiction trahit leur véritable ascendance. « Vous faites les œuvres de votre père… votre père, c'est le diable, et vous voulez accomplir ses désirs. » Jésus le nomme « homicide dès l'origine » et « menteur et père du mensonge », allusion au meurtre d'Abel et à la séduction du jardin (Gn 3-4). Le critère de la filiation n'est donc ni le rite ni la race, mais l'accueil ou le rejet de la vérité que Jésus révèle.
« Avant qu'Abraham fût, Je Suis »
« Abraham, votre père, a exulté dans l'espérance de voir mon Jour ; il l'a vu et fut dans la joie. » L'objection fuse : « tu n'as pas cinquante ans, et tu as vu Abraham ? » La réponse renverse le temps : « avant qu'Abraham fût (genesthai, vînt à l'existence), Je Suis (egō eimi) », non « j'étais », mais un présent qui ne passe pas. Jésus s'attribue le Nom divin révélé à Moïse, « Je Suis » (Ex 3, 14), affirmant ainsi son éternité et sa divinité.
« Ils prirent des pierres »
Les auditeurs ne s'y trompent pas : ils saisissent dans cette parole un blasphème (un homme se faisant Dieu) et « prirent des pierres pour les lui jeter », appliquant la peine de la lapidation (Lv 24, 16). Mais Jésus « se cacha et sortit du Temple ». Cette dérobade n'est pas une fuite craintive : l'Heure de sa Passion n'est pas encore venue, et nul ne lui prend la vie qu'il donnera librement (cf. 10, 18). La rupture est consommée, mais selon le dessein du Père.
Demeurer dans la parole
La promesse est conditionnelle : la liberté et la connaissance de la vérité viennent à qui demeure dans la parole du Christ. Demeurer, ce n'est pas un assentiment passager mais une fidélité patiente : lire l'Évangile, le méditer, le garder et le vivre jour après jour. La foi qui ne s'enracine pas (comme celle de ces croyants d'un instant) se dessèche à la première épreuve. Notre persévérance dans la Parole est la mesure de notre véritable discipulat.
La vraie liberté
L'homme se croit libre tant qu'il fait « ce qu'il veut » ; Jésus dévoile une servitude plus profonde, celle du péché qui asservit du dedans. La liberté chrétienne n'est donc pas l'absence de contrainte, mais l'être affranchi du mal pour le bien, par le Christ qui seul délivre. Reconnaître nos esclavages cachés (habitudes, passions, mensonges) est le premier pas pour laisser le Fils nous rendre « vraiment libres », d'une liberté qui s'épanouit dans l'amour.
Reconnaître et adorer le « Je Suis »
Au cœur de ce dialogue éclate la révélation du Christ éternel et divin, qui porte le Nom même de Dieu : « Je Suis ». Devant cette parole, deux attitudes restent possibles, celle des pierres ou celle de l'adoration. Le croyant choisit de fléchir le genou devant celui qui est avant tous les siècles. Il entre alors dans la joie d'Abraham, qui « a vu son Jour » de loin et a tressailli : toute l'attente d'Israël trouve en Jésus son accomplissement.
Choisir son « père »
« Votre père, c'est le diable… Moi, je dis la vérité. » Nos œuvres révèlent secrètement de qui nous sommes les fils : la vérité a son Père, le mensonge a le sien. Aimer et pratiquer la vérité, c'est s'inscrire dans la filiation de Dieu ; se complaire dans le mensonge et la haine, c'est ressembler à l'« homicide dès l'origine ». Chaque choix d'honnêteté, de fidélité et de charité est ainsi une manière de renaître d'en haut et d'avouer notre vraie famille.
Cette semaine
- Dimanche 14 5e dimanche de Carême Jn 12, 20-33
- Lundi 15 Lundi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 1-11
- Mardi 16 Mardi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 21-30
- Mercredi 17 Mercredi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 31-42
- Jeudi 18 Jeudi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 51-59
- Vendredi 19 Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie Mt 1, 16.18-21.24a
- Samedi 20 Samedi de la 5e semaine de Carême Jn 11, 45-57
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