L'Évangile du jour

Mercredi 17 mars 2027

Mercredi de la 5e semaine de Carême

S. Patrick, évêque · Mémoire facultative

Mémoire Temps du Carême Année B Ornements violets

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jean 8, 31-42

« Si le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres »

Ta parole, Seigneur, est vérité
et ta loi, délivrance.

Heureux ceux qui ont entendu la Parole
dans un cœur bon et généreux,
qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance.
Ta parole, Seigneur, est vérité
et ta loi, délivrance.

31Jésus disait à ceux des Juifs qui croyaient en lui : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ;32alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »33Ils lui répliquèrent : « Nous sommes la descendance d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Comment peux-tu dire : “Vous deviendrez libres” ? »34Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché.35L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours.36Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres.37Je sais bien que vous êtes la descendance d’Abraham, et pourtant vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas sa place en vous.38Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père, et vous aussi, vous faites ce que vous avez entendu chez votre père. »39Ils lui répliquèrent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez les enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham.40Mais maintenant, vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait.41Vous, vous faites les œuvres de votre père. » Ils lui dirent : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. »42Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même ; c’est lui qui m’a envoyé.

Acclamons la Parole de Dieu.

Lire le chapitre 8 de saint Jean avec ses commentaires

Les lectures de cette messe

  • Lecture Dn 3, 14-20.91-92.95« Dieu a envoyé son ange et délivré ses serviteurs »
  • Cantique Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56

Lire toute la messe sur le site de l'AELF

Comprendre ce passage

Jésus et Abraham : « avant qu'Abraham fût, Je Suis »Jean 8, 31-59

Contexte historique et social

La fierté d'être « race d'Abraham »

Israël tirait une fierté immense d'être la « race d'Abraham » : la descendance du patriarche garantissait, croyait-on, une part assurée à l'Alliance et au salut. Jésus déplace ce privilège du sang vers la foi : être vraiment fils d'Abraham, c'est faire ses œuvres et accueillir la vérité. L'argument touche un nerf : « Nous sommes la descendance d'Abraham, et jamais nous n'avons été esclaves de personne. » La généalogie charnelle ne dispense pas de la conversion du cœur.

La controverse au cœur du Temple

La scène prolonge la fête des Tentes (Jn 7-8) et se déroule, précise l'évangéliste, « dans le Trésor » puis au sortir du Temple (8, 20.59). Ce cadre n'est pas anodin : c'est le lieu même de la Présence de Dieu que Jésus revendique pour lui. Le débat, mené devant des auditeurs juifs d'abord disposés à croire, se déroule selon les codes de la disputation rabbinique, où l'on argumente à partir de l'Écriture, de la paternité et de la filiation pour établir qui est dans la vérité.

Un dialogue qui se durcit en rupture

On part de « ceux qui avaient cru en lui » (v. 31) pour aboutir à une violente controverse, ponctuée d'accusations réciproques : « tu as un démon », « n'es-tu pas un Samaritain ? », l'injure visant un hérétique impur et possédé. La foi initiale, fragile, n'a pas tenu devant l'exigence de demeurer dans la parole. Ce sommet christologique de l'évangile s'achève donc sur une rupture : la lumière, refusée, devient pour ces cœurs un jugement.

Lecture biblique et exégétique

« La vérité vous rendra libres »

« Si vous demeurez (menein) dans ma parole… vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » La liberté promise n'est pas politique ni sociale, mais la libération du péché : « quiconque commet le péché en est l'esclave ». Jésus oppose l'esclave, qui ne demeure pas toujours dans la maison, et le Fils, qui y demeure pour toujours et seul peut affranchir : « si le Fils vous libère, vous serez vraiment libres ». Connaître ici, à la manière biblique, c'est adhérer de tout l'être.

Fils d'Abraham, ou fils du diable

Ils se réclament d'Abraham, mais cherchent à le tuer : la contradiction trahit leur véritable ascendance. « Vous faites les œuvres de votre père… votre père, c'est le diable, et vous voulez accomplir ses désirs. » Jésus le nomme « homicide dès l'origine » et « menteur et père du mensonge », allusion au meurtre d'Abel et à la séduction du jardin (Gn 3-4). Le critère de la filiation n'est donc ni le rite ni la race, mais l'accueil ou le rejet de la vérité que Jésus révèle.

« Avant qu'Abraham fût, Je Suis »

« Abraham, votre père, a exulté dans l'espérance de voir mon Jour ; il l'a vu et fut dans la joie. » L'objection fuse : « tu n'as pas cinquante ans, et tu as vu Abraham ? » La réponse renverse le temps : « avant qu'Abraham fût (genesthai, vînt à l'existence), Je Suis (egō eimi) », non « j'étais », mais un présent qui ne passe pas. Jésus s'attribue le Nom divin révélé à Moïse, « Je Suis » (Ex 3, 14), affirmant ainsi son éternité et sa divinité.

« Ils prirent des pierres »

Les auditeurs ne s'y trompent pas : ils saisissent dans cette parole un blasphème (un homme se faisant Dieu) et « prirent des pierres pour les lui jeter », appliquant la peine de la lapidation (Lv 24, 16). Mais Jésus « se cacha et sortit du Temple ». Cette dérobade n'est pas une fuite craintive : l'Heure de sa Passion n'est pas encore venue, et nul ne lui prend la vie qu'il donnera librement (cf. 10, 18). La rupture est consommée, mais selon le dessein du Père.

Pour la vie spirituelle et pratique

Demeurer dans la parole

La promesse est conditionnelle : la liberté et la connaissance de la vérité viennent à qui demeure dans la parole du Christ. Demeurer, ce n'est pas un assentiment passager mais une fidélité patiente : lire l'Évangile, le méditer, le garder et le vivre jour après jour. La foi qui ne s'enracine pas (comme celle de ces croyants d'un instant) se dessèche à la première épreuve. Notre persévérance dans la Parole est la mesure de notre véritable discipulat.

La vraie liberté

L'homme se croit libre tant qu'il fait « ce qu'il veut » ; Jésus dévoile une servitude plus profonde, celle du péché qui asservit du dedans. La liberté chrétienne n'est donc pas l'absence de contrainte, mais l'être affranchi du mal pour le bien, par le Christ qui seul délivre. Reconnaître nos esclavages cachés (habitudes, passions, mensonges) est le premier pas pour laisser le Fils nous rendre « vraiment libres », d'une liberté qui s'épanouit dans l'amour.

Reconnaître et adorer le « Je Suis »

Au cœur de ce dialogue éclate la révélation du Christ éternel et divin, qui porte le Nom même de Dieu : « Je Suis ». Devant cette parole, deux attitudes restent possibles, celle des pierres ou celle de l'adoration. Le croyant choisit de fléchir le genou devant celui qui est avant tous les siècles. Il entre alors dans la joie d'Abraham, qui « a vu son Jour » de loin et a tressailli : toute l'attente d'Israël trouve en Jésus son accomplissement.

Choisir son « père »

« Votre père, c'est le diable… Moi, je dis la vérité. » Nos œuvres révèlent secrètement de qui nous sommes les fils : la vérité a son Père, le mensonge a le sien. Aimer et pratiquer la vérité, c'est s'inscrire dans la filiation de Dieu ; se complaire dans le mensonge et la haine, c'est ressembler à l'« homicide dès l'origine ». Chaque choix d'honnêteté, de fidélité et de charité est ainsi une manière de renaître d'en haut et d'avouer notre vraie famille.

Cette semaine

  1. Dimanche 14 5e dimanche de Carême Jn 12, 20-33
  2. Lundi 15 Lundi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 1-11
  3. Mardi 16 Mardi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 21-30
  4. Mercredi 17 Mercredi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 31-42
  5. Jeudi 18 Jeudi de la 5e semaine de Carême Jn 8, 51-59
  6. Vendredi 19 Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie Mt 1, 16.18-21.24a
  7. Samedi 20 Samedi de la 5e semaine de Carême Jn 11, 45-57

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