L'Évangile du jour

Mercredi 10 février 2027

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Matthieu 6, 1-6.16-18

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra »

Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.

Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.

1« Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.2Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.3Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,4afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.5Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.6Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

· · ·

16Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.17Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;18ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra.

Acclamons la Parole de Dieu.

Lire le chapitre 6 de saint Matthieu avec ses commentaires

Les lectures de cette messe

  • Première lecture Jl 2, 12-18« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements »
  • Psaume Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
  • Deuxième lecture 2 Co 5, 20 – 6, 2« Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable »

Lire toute la messe sur le site de l'AELF

Comprendre ce passage

L'aumône, la prière et le jeûneMatthieu 6, 1-18

Contexte historique et social

1. Les trois piliers de la piété juive

Ce passage est construit autour des trois œuvres classiques de la dévotion juive : l'aumône (tsedaqah, mot qui signifie à la fois « justice » et « charité »), la prière (tefillah) et le jeûne (tsom). Le livre de Tobie (12, 8) les associait déjà comme les bonnes œuvres par excellence.

2. Les « hypocrites » : des acteurs

Le mot que Jésus emploie pour les faux dévots, hypokritês, désigne au théâtre l'acteur qui joue un rôle derrière un masque. La fausse piété est une comédie jouée pour les spectateurs. « Sonner de la trompette » devant son aumône, prier « aux coins des rues », « prendre un air défait » en jeûnant : autant de mises en scène où la récompense (l'estime d'autrui) est déjà tout entière encaissée (le verbe grec apechousin, « ils ont reçu leur dû », est un terme de comptabilité : tout est payé).

3. Le jeûne et ses usages

Les pharisiens jeûnaient deux fois par semaine (lundi et jeudi). Jésus ne supprime pas le jeûne, mais en récuse l'exhibition : au lieu de « se défigurer le visage » pour être vu, le disciple se parfume la tête et se lave le visage (gestes de fête et de joie), afin que son jeûne reste caché, connu du seul Père.

4. Le cadre de la prière

Le Notre Père (6, 9-13) est donné en contraste avec deux travers : l'ostentation des hypocrites qui prient pour être vus, et le bavardage (battalogia) des païens qui « s'imaginent être exaucés à force de paroles ». La prière chrétienne ne cherche ni le public ni la quantité : « votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez » (v. 8).


Lecture biblique et exégétique

1. La structure en triptyque et le thème central

Les trois œuvres suivent un schéma identique : quand tu fais X, ne fais pas comme les hypocrites qui le font pour être vus, ils ont reçu leur récompense ; toi, fais-le dans le secret, et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Le fil unique est la pureté d'intention : agir pour Dieu (le spectateur secret), non pour l'applaudissement des hommes. Le « Père qui voit dans le secret » est le refrain qui scande tout le passage.

2. Le Notre Père : la prière du Seigneur

Au centre, Jésus donne le modèle de toute prière chrétienne. Sa structure est limpide : une invocation, puis sept demandes réparties en deux séries.

L'adresse, « Notre Père qui es aux cieux » : Dieu est appelé Père (l'Abba de Jésus), dans une intimité inouïe, et pourtant « aux cieux », dans sa transcendance. Le « notre » est communautaire : on prie comme un seul corps, jamais seul.

Les trois premières demandes, tournées vers Dieu :

  1. « Que ton nom soit sanctifié », que Dieu soit reconnu pour ce qu'il est, saint.
  2. « Que ton règne vienne », l'avènement du Royaume.
  3. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », l'accord de la terre au dessein divin.

Les quatre demandes suivantes, pour nous : 4. « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ». 5. « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs ». 6. « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». 7. « Mais délivre-nous du Mal ».

3. Le « pain de ce jour » (epiousios)

Le mot grec traduit par « de ce jour », epiousios, est d'une rareté extrême : on ne le rencontre pratiquement nulle part ailleurs dans la langue grecque. On l'a compris de plusieurs façons : le pain « quotidien », le pain « du lendemain », le pain « nécessaire à la subsistance », ou le pain « au-dessus de toute substance » (supersubstantialem), lecture eucharistique. Saint Jérôme note que l'évangile en hébreu qu'il connaissait portait mahar, « de demain », et choisit super­ substantialem dans le Notre Père de Matthieu, ouvrant à voir dans le vrai « pain de ce jour » le Christ lui-même, pain de vie.

4. La demande du pardon et sa condition

« Remets-nous nos dettes comme nous les remettons » : c'est la seule demande que Jésus commente aussitôt (v. 14-15), « si vous pardonnez aux hommes, votre Père vous pardonnera ; si vous ne pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus ». Non que Dieu marchande, mais qu'un cœur fermé est incapable de recevoir le pardon qu'il refuse de donner.

5. « Ne nous laisse pas entrer en tentation »

La demande (grec mê eisenenkês hêmas eis peirasmon) ne signifie pas que Dieu nous « tenterait » : « Dieu ne tente personne » (Jc 1, 13). C'est pourquoi la traduction liturgique francophone, depuis 2017, dit désormais : « ne nous laisse pas entrer en tentation » (et non « ne nous soumets pas »), plus fidèle au sens : garde-nous de succomber, de tomber dans l'épreuve.

6. « Délivre-nous du Mal » et la doxologie

La dernière demande peut se lire « du mal » ou « du Mauvais » (apo tou ponêrou, le terme grec pouvant désigner Satan en personne). Quant à la doxologie (« car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire ») : elle ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de Matthieu ; c'est un ajout liturgique ancien (déjà dans la Didachè). Dans la liturgie catholique, on la dit à la messe, séparée du Notre Père par une prière (l'embolisme).


Pour la vie spirituelle et pratique

La pureté d'intention

Le fil conducteur est la pureté d'intention : faire le bien pour Dieu, non pour le regard des hommes. La question à se poser n'est pas seulement qu'est-ce que je fais ? mais pour qui, et sous quel regard ? La récompense dépend du destinataire secret de nos actes : si c'est l'estime d'autrui, elle est déjà « encaissée » ; si c'est le Père, il « rend » bien davantage.

Le Notre Père, modèle de toute prière

Le Notre Père nous apprend à nommer Dieu « Père », à désirer d'abord ce qui est à lui (son nom, son règne, sa volonté) avant nos besoins, et à oser lui confier le pain, le pardon, le combat contre le mal. Le prier lentement, demande après demande, est une école de toute la vie chrétienne. Et une exigence y est enchâssée : il est impossible de le prier sincèrement tout en refusant de pardonner.

Les trois œuvres, ossature de la conversion

Aumône, prière, jeûne demeurent l'ossature du Carême et de toute conversion : tournées respectivement vers le prochain (l'aumône), vers Dieu (la prière) et vers la maîtrise de soi (le jeûne). Pratiquées « dans le secret », elles purifient le cœur ; pratiquées pour être vues, elles le corrompent. À chacun de les reprendre, humblement, sous le seul regard du Père.


Cette semaine

  1. Dimanche 7 5e dimanche du Temps ordinaire Mc 1, 29-39
  2. Lundi 8 Lundi de la 5e semaine du Temps ordinaire Mc 6, 53-56
  3. Mardi 9 Mardi de la 5e semaine du Temps ordinaire Mc 7, 1-13
  4. Mercredi 10 Mercredi des Cendres Mt 6, 1-6.16-18
  5. Jeudi 11 Jeudi après les cendres Lc 9, 22-25
  6. Vendredi 12 Vendredi après les cendres Mt 9, 14-15
  7. Samedi 13 Samedi après les cendres Lc 5, 27-32

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