L'Évangile du jour

Jeudi 19 novembre 2026

Jeudi de la 33e semaine du Temps Ordinaire

Férie Temps ordinaire Année paire Ornements verts

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Luc 19, 41-44

« Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! »

Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Alléluia.

41Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant :42« Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux.43Oui, viendront pour toi des jours où tes ennemis construiront des ouvrages de siège contre toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés ;44ils t’anéantiront, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »

Acclamons la Parole de Dieu.

Lire le chapitre 19 de saint Luc avec ses commentaires

Les lectures de cette messe

  • Lecture Ap 5, 1-10« Toi, l’Agneau, tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute nation »
  • Psaume Ps 149, 1-2, 3-4, 5-6a.9b

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Comprendre ce passage

L'entrée messianique et la lamentation sur JérusalemLuc 19, 28-44

Contexte historique et social

L'ânon et la royauté pacifique

Jésus envoie deux disciples chercher un ânon « que personne n'a jamais monté », monture neuve et donc digne d'un usage sacré. Le geste accomplit Zacharie 9, 9 : « ton roi vient à toi, humble, monté sur un âne ». Là où l'on attendait un libérateur armé chevauchant un destrier, paraît un roi pacifique : l'âne, en Orient ancien, est la bête des princes en temps de paix (1 R 1, 33), non l'animal de guerre. Toute la mise en scène est ainsi une prophétie en acte, voulue et préparée par Jésus lui-même.

Le mont des Oliviers et la montée pascale

La scène se déroule à la descente du mont des Oliviers, hauteur d'où l'on embrasse le Temple et que la tradition juive liait à la venue du Seigneur au dernier jour (Za 14, 4). Jésus « montait vers Jérusalem » : tout l'évangile de Luc tend depuis 9, 51 vers cette montée où s'accompliront la Pâque, la Passion et la gloire. La cité, perchée à près de huit cents mètres, exigeait des pèlerins une ascension réelle, gravie en chantant les psaumes des montées (Ps 120-134).

La foule des pèlerins et l'hommage royal

Pour la Pâque, Jérusalem voyait affluer des milliers de pèlerins venus de toute la diaspora, dans une ferveur que les autorités romaines surveillaient de près, redoutant l'émeute. Les disciples étendent leurs manteaux sur l'ânon, puis sur la route : ce geste reproduit l'intronisation de Jéhu, acclamé roi quand ses compagnons jettent leurs vêtements sous ses pieds (2 R 9, 13). La foule transforme ainsi le chemin en voie royale et confère à Jésus la dignité messianique que l'institution lui refusait.

Lecture biblique et exégétique

« Béni soit le Roi qui vient »

L'acclamation reprend le Psaume 118, 26, chant des pèlerins entrant au Temple, mais Luc y insère un mot décisif : « le Roi ». Là où Marc et Matthieu gardent l'Hosanna, Luc l'omet pour ses lecteurs grecs et explicite la royauté du Christ. « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » fait écho au Gloria des anges à Bethléem (Lc 2, 14) : l'évangile s'ouvre et culmine sur la même annonce. Mais la paix, ici, se décide d'abord au ciel, dans le dessein de Dieu, avant de se donner à la terre par la Croix.

« Les pierres crieraient »

Quelques pharisiens, gênés, somment Jésus de faire taire ses disciples, comme s'ils pressentaient le danger d'une telle proclamation. Jésus répond par une parole solennelle : « s'ils se taisent, les pierres crieront ». L'image rejoint les prophètes, chez qui la création tout entière est convoquée comme témoin (Ha 2, 11 ; Is 55, 12). La vérité de sa royauté ne peut être étouffée : si l'homme se dérobe à la louange, les éléments muets eux-mêmes s'en chargeront. Ironie tragique : bientôt ces pierres, celles du Temple, ne resteront pas l'une sur l'autre.

Jésus pleure sur Jérusalem

Propre à Luc, ce passage montre Jésus qui pleure (klaiō, des larmes abondantes) en découvrant la ville. Le contraste est saisissant : au cœur de l'ovation, le Roi sanglote. « Si toi aussi, en ce jour, tu avais reconnu ce qui donne la paix ! » Jérusalem, dont le nom même évoque la paix (shalôm), passe à côté de celui qui la lui apporte. Elle « n'a pas reconnu le temps de sa visite » (episkopē) : ce terme désigne dans l'Écriture le moment où Dieu vient sauver son peuple (cf. Lc 1, 68), et qu'on peut laisser fuir.

L'annonce de la ruine

Jésus décrit avec précision le siège futur : un remblai (charax, la palissade des assiégeants), l'encerclement, puis la destruction sans laisser « pierre sur pierre ». Les contemporains de Luc y reconnaissaient la prise de Jérusalem par Titus en l'an 70, où le Temple fut rasé. La cause donnée n'est ni politique ni militaire, mais spirituelle : « parce que tu n'as pas reconnu le temps où tu as été visitée ». Le drame est celui du refus : la ruine n'est pas un châtiment arbitraire, mais le fruit amer d'un salut décliné.

Pour la vie spirituelle et pratique

Accueillir le Roi humble

Le Christ entre dans sa ville sans pompe ni puissance, monté sur un ânon : il veut entrer de même dans nos vies, par la porte basse de l'humilité. L'acclamer, ce n'est pas seulement répéter les Hosanna du dimanche des Rameaux, mais lui ouvrir réellement le seuil de nos décisions, de nos attachements, de nos refus secrets. Étendre nos manteaux sous ses pas, c'est mettre à ses pieds ce que nous avons de plus personnel, pour qu'il règne non sur nos lèvres seulement, mais sur toute notre existence.

La louange que rien ne doit étouffer

À ceux qui voudraient le faire taire, Jésus oppose le cri des pierres : la louange de Dieu est inscrite jusque dans la création. Le chrétien est appelé à confesser le Christ ouvertement, sans céder à la peur du jugement, au respect humain ou au confort du silence. Se taire sur lui par lâcheté, c'est manquer à notre vocation la plus profonde — au risque que les pierres mêmes, et tant d'âmes simples, nous précèdent dans l'adoration que nous aurions dû lui rendre.

Reconnaître « le temps de la visite »

Dieu visite chaque vie à des heures précises : une grâce, une épreuve, une parole, une rencontre. Jérusalem périt pour n'avoir pas su discerner « le jour » (sēmeron, cet « aujourd'hui » cher à Luc) où le salut passait à sa portée. Le danger n'est pas tant le grand péché que la distraction qui laisse l'heure de Dieu s'écouler. Apprendre à discerner ces visites, et à y répondre sans différer, est un art spirituel décisif : la grâce offerte n'attend pas indéfiniment.

Les larmes du Christ

Au sommet de son entrée triomphale, Jésus pleure sur la ville aimée et perdue : ses larmes révèlent un Dieu qui n'est pas indifférent à nos refus, mais en souffre. Contempler cette compassion divine guérit deux tentations contraires : croire que Dieu se venge de nos fautes, ou qu'il s'en moque. À sa suite, le disciple est invité à pleurer lui aussi sur les cœurs fermés, et à intercéder pour eux plutôt qu'à les condamner. Les larmes du Christ sont déjà une prière.

Cette semaine

  1. Dimanche 15 33e dimanche du Temps ordinaire Mt 25, 14-30
  2. Lundi 16 Lundi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 18, 35-43
  3. Mardi 17 Mardi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 19, 1-10
  4. Mercredi 18 Mercredi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 19, 11-28
  5. Jeudi 19 Jeudi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 19, 41-44
  6. Vendredi 20 Vendredi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 19, 45-48
  7. Samedi 21 Samedi de la 33e semaine du Temps Ordinaire Lc 20, 27-40

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