L'Évangile du jour
Samedi 6 mars 2027
Samedi de la 3e semaine de Carême
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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
« Le publicain était devenu un homme juste, plutôt que l’autre »
Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
9À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :10« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).11Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.12Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”13Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”14Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture Os 6, 1-6« Je veux la fidélité, non le sacrifice »
- Psaume 50 (51), 3-4, 18-19, 20-21ab
Comprendre ce passage
La parabole du pharisien et du publicainLuc 18, 9-14
Pharisiens et publicains
Le pharisien était un laïc pieux, soucieux d'étendre à toute la vie les règles de pureté : il jeûnait, versait la dîme et étudiait la Loi ; aux yeux du peuple, il incarnait le modèle de la vertu. Le publicain, lui, percevait les taxes pour Rome ; on le tenait pour un collaborateur de l'occupant et un voleur, prélevant sa marge sur le dos des siens. Pour les premiers auditeurs, le contraste entre ces deux figures était maximal, presque caricatural.
Monter prier au Temple
Aux heures de prière (la troisième et la neuvième heure, liées aux sacrifices du matin et du soir), les fidèles affluaient au Temple, lieu de la présence de Dieu et de l'expiation. On y priait debout, les mains levées vers le ciel. Deux hommes « montent » ainsi dans le même espace sacré, mais leurs cœurs y entrent par des chemins opposés : le publicain, significativement, se tient « à distance », comme s'il se jugeait indigne du lieu saint.
Une parabole adressée aux « justes »
Luc précise les destinataires : Jésus parle « pour certains qui se croyaient justes et méprisaient les autres » (18, 9). La cible n'est donc pas une catégorie sociale, mais une attitude du cœur que tout croyant peut adopter. La parabole appartient à la montée vers Jérusalem, où Luc multiplie les leçons sur la prière (la veuve importune, juste avant) et sur le renversement des situations, cher à son évangile depuis le Magnificat.
La prière du pharisien
« Mon Dieu, je te rends grâce de ne pas être comme les autres hommes… ni comme ce publicain. » La formule a l'allure d'une action de grâce, mais se replie sur lui-même : il s'y compare aux autres avec mépris et étale ses œuvres, deux jeûnes par semaine, la dîme de tous ses revenus, bien au-delà de ce qu'exigeait la Loi. Ses actes sont peut-être réels, mais il n'implore rien et ne demande rien : un créancier qui présente ses comptes, non un fils.
La prière du publicain
À l'opposé, le publicain n'ose même pas lever les yeux au ciel ; il se frappe la poitrine, geste de contrition. Sa prière tient en quelques mots : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » Le verbe grec (hilasthēti, « sois-moi propice ») appartient au vocabulaire du sacrifice d'expiation : tandis que se déroulent les rites du Temple, cet homme demande que Dieu lui-même soit son expiation. Tout, en lui, est aveu et appel à la miséricorde.
Redescendre « justifié »
La sentence renverse l'attente : « Celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l'autre. » Être justifié, ce n'est pas être déclaré sans faute, mais être rendu juste par Dieu, gratuitement, par sa grâce et non par le bilan de ses mérites. On reconnaît ici, en germe, le grand thème de saint Paul : « Tous ont péché… mais ils sont justifiés gratuitement par sa grâce » (Rm 3, 23-24). C'est l'humble vérité devant Dieu, non l'addition des œuvres, qui ouvre au salut.
Le renversement final
La parabole se scelle sur un refrain familier à Luc : « Qui s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé » (cf. 14, 11 ; 1, 52). Ce principe traverse l'Écriture : « Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles » (Pr 3, 34 ; Jc 4, 6 ; 1 P 5, 5). L'orgueil ferme le cœur à la grâce parce qu'il se croit déjà comblé ; l'humilité l'ouvre, car elle laisse à Dieu tout donner.
L'humilité, vérité devant Dieu
Prier juste commence par se reconnaître pécheur et mendiant de la grâce. L'humilité n'est pas se rabaisser par fausse modestie, mais se tenir dans la vérité de ce que l'on est devant Dieu : une créature aimée et fragile, qui reçoit tout de lui. Cette lucidité paisible est la racine de toute vraie prière, le terrain où la grâce peut enfin agir.
Le danger de la justice propre
La parabole vise ceux qui se persuadent d'être justes et méprisent les autres. C'est la tentation propre du pratiquant fervent : faire le compte de ses mérites, mesurer sa fidélité à celle d'autrui et s'en rassurer. Le mal n'est pas dans le jeûne ni la dîme, bons en eux-mêmes, mais dans le regard qui en tire orgueil et condamnation du prochain. Une dévotion devient un piège si elle nourrit la suffisance au lieu de l'amour.
La prière du publicain, prière du cœur
« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » : ce cri est devenu, dans la tradition de l'Orient chrétien, la prière de Jésus (« Seigneur Jésus, Fils de Dieu, prends pitié de moi, pécheur »), répétée au rythme du souffle. Il résonne aussi dans le Kyrie eleison de la messe, et le Catéchisme y voit un modèle de l'oraison humble et confiante (CEC 2613, 2667). C'est apprendre à prier avec le cœur plutôt qu'avec l'orgueil des mots.
Ne mépriser personne
Enfin, la parabole invite à cesser de se comparer et à abandonner tout mépris. Devant Dieu, le pharisien et le publicain (et nous avec eux) sont mendiants de la même miséricorde. Le plus grave danger n'est pas la faute reconnue, mais la justice propre qui s'ignore : qui se croit irréprochable se ferme à la grâce, tandis que le pécheur repentant lui ouvre tout grand son cœur.
Cette semaine
- Dimanche 28 3e dimanche de Carême Jn 2, 13-25
- Lundi 1 Lundi de la 3e semaine de Carême Lc 4, 24-30
- Mardi 2 Mardi de la 3e semaine de Carême Mt 18, 21-35
- Mercredi 3 Mercredi de la 3e semaine de Carême Mt 5, 17-19
- Jeudi 4 Jeudi de la 3e semaine de Carême Lc 11, 14-23
- Vendredi 5 Vendredi de la 3e semaine de Carême Mc 12, 28b-34
- Samedi 6 Samedi de la 3e semaine de Carême Lc 18, 9-14
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