L'Évangile du jour
Vendredi 18 décembre 2026
18 décembre
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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Jésus, engendré en Marie, épouse de Joseph, fils de David
Alléluia, Alléluia.
Viens, Chef de ton peuple Israël !
Toi qui as donné la Loi sur la montagne,
délivre-nous par la vigueur de ton bras.
Alléluia.
18Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.19Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.20Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;21elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »22Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :23Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »24Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse,
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture Jr 23, 5-8« Je susciterai pour David un Germe juste »
- Psaume Ps 71 (72), 1-2, 12-13, 18-19
Comprendre ce passage
L'annonce à Joseph et la naissance de JésusMatthieu 1, 18-25
1. Le mariage juif en deux étapes
Pour comprendre toute la scène, il faut connaître la structure du mariage juif d'alors, en deux temps :
- Les fiançailles (hébreu qiddushin ou erusin) : un engagement juridiquement contraignant, conclu devant témoins, souvent quand la jeune fille était très jeune (autour de douze-treize ans) et l'homme un peu plus âgé. Dès cet instant, les fiancés sont légalement mari et femme : on parle d'« épouse », l'infidélité serait un adultère, et seule la mort ou un acte de répudiation (un get) peut rompre le lien.
- La prise d'épouse (nissuin) : environ un an plus tard, l'époux conduit solennellement la femme dans sa maison, et la vie commune commence.
2. La situation de Marie et de Joseph
Le récit se situe entre les deux étapes : Marie est « accordée à Joseph », mais « avant qu'ils eussent habité ensemble » (v. 18). Or elle se trouve enceinte. Aux yeux du droit, Joseph et Marie sont déjà liés ; la grossesse, survenue dans l'intervalle, place Joseph devant une situation à la fois juridique et profondément humaine.
3. Les sanctions de la Loi et les options de Joseph
La Loi traitait sévèrement l'infidélité d'une fiancée (cf. Dt 22, 23-24). En pratique, à l'époque romaine, la peine de mort n'était plus appliquée par les particuliers, mais le déshonneur et la répudiation demeuraient. Joseph dispose de deux voies :
- une répudiation publique, avec accusation, qui exposait Marie à l'opprobre, voire au danger ;
- une répudiation discrète, par un acte privé remis devant deux témoins, sans publicité.
Le texte précise qu'il choisit la seconde : « ne voulant pas la dénoncer publiquement (grec deigmatisai), il résolut de la répudier en secret » (v. 19).
4. Joseph, « homme juste »
Joseph est qualifié de dikaios, « juste » : un homme fidèle à la Torah, droit devant Dieu. Socialement, c'est un artisan (tektôn, charpentier-bâtisseur, Mt 13, 55), un homme du peuple de Nazareth, modeste bourg de Galilée. La tension de tout l'épisode est dans ce mot « juste » : comment concilier la justice (la fidélité à la Loi) et la délicatesse envers Marie ? La réponse, on le verra, dépendra du sens qu'on donne à sa « justice ».
5. Les songes et l'ange du Seigneur
Dans la Bible, le songe est un canal reconnu de la parole de Dieu, depuis le patriarche Joseph (Gn 37 ; 40-41) et Daniel. Matthieu fait précisément guider son Joseph par quatre songes successifs (1, 20 ; 2, 13 ; 2, 19 ; 2, 22), tissant un parallèle voulu avec le Joseph de la Genèse, lui aussi « homme des songes » et sauveur de sa famille en Égypte. L'« ange du Seigneur » (malak YHWH) est le messager par lequel Dieu communique sa volonté.
6. La coutume de l'imposition du nom
Donner le nom à l'enfant était l'acte du père, et il avait valeur de reconnaissance légale. Quand l'ange ordonne à Joseph : « tu lui donneras le nom de Jésus » (v. 21), il lui confie d'exercer cette paternité juridique : c'est par là que Jésus sera officiellement « fils de Joseph », donc fils de David. Le nom Jésus (grec Iêsous, hébreu Yeshoua / Yehoshoua) signifie « YHWH sauve » ; Emmanuel (Is 7, 14) signifie « Dieu avec nous ».
1. La « genèse » du Christ : un récit lié à la généalogie
Le v. 18 reprend le mot du v. 1 : « Voici quelle fut la genèse (genesis) de Jésus Christ. » La section forme donc un diptyque avec la généalogie : après avoir dit d'où vient Jésus selon la lignée, Matthieu dit comment il est venu. Le récit suit le schéma biblique des annonces de naissance (comme pour Isaac, Samson, Samuel) : l'annonce d'un enfant extraordinaire, l'objection ou la difficulté, le signe. Ici, l'annonce est faite non à la mère (comme chez Luc) mais à Joseph, car l'enjeu, chez Matthieu, est l'insertion légale dans la lignée davidique.
2. « Enceinte par le fait de l'Esprit Saint » : la conception virginale
Dès le v. 18, le narrateur dit au lecteur ce que Joseph ignore encore : l'enfant vient « de l'Esprit Saint » (ek pneumatos hagiou). La conception est l'œuvre de Dieu seul, sans intervention d'homme. C'est l'affirmation de la conception virginale, que l'Église confesse comme vérité de foi (« il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ») : non un mythe d'union charnelle entre Dieu et une femme (comme dans les religions païennes), mais une création nouvelle par la puissance de l'Esprit (cf. Catéchisme n. 484-486, 496-498).
3. « Joseph, son époux, étant juste… » : les interprétations de son dessein
Le v. 19 a suscité une grande tradition d'interprétation, car il est elliptique : pourquoi Joseph veut-il répudier Marie ? Trois lectures coexistent :
- La lecture du soupçon et de la miséricorde. Joseph aurait soupçonné l'infidélité ; mais, étant « juste » au sens de bon et miséricordieux, il refuse d'appliquer la rigueur de la Loi et veut épargner Marie par une répudiation discrète. (Cette ligne est présente chez plusieurs Pères, dont, en partie, saint Jean Chrysostome.)
- La lecture de la révérence. Joseph aurait déjà pressenti ou su la sainteté de Marie et l'origine divine de l'enfant ; « juste », il se jugerait indigne de s'associer à un tel mystère et voudrait se retirer par humilité et respect — non par soupçon. (Origène, une part de la tradition rapportée par saint Jérôme, saint Bernard, et un fort courant oriental.)
- La lecture de la perplexité. Joseph, ne sachant que penser, ne voulant être injuste ni envers Dieu ni envers Marie, choisit la voie discrète en attendant la lumière. (Plusieurs exégètes modernes.)
Dans tous les cas, le terme grec deigmatisai (« exposer, donner en spectacle ») et le choix de la discrétion soulignent la délicatesse de Joseph.
4. Le songe et le message de l'ange (v. 20-21)
L'ange lève le voile : « Joseph, fils de David » — le titre rappelle l'enjeu davidique — « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Trois éléments décisifs : la confirmation de l'origine divine ; l'ordre de nommer l'enfant (paternité légale) ; et l'explication du nom — le salut promis est d'abord du péché, non des ennemis politiques, contre l'attente messianique courante.
5. La citation d'Isaïe 7, 14 : almah / parthénos
Matthieu cite alors Isaïe (v. 22-23) : « La vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel. » Un point philologique est ici essentiel et doit être exposé avec honnêteté :
- Le texte hébreu d'Isaïe 7, 14 porte ha-almah, « la jeune femme » (en âge de procréer), sans préciser la virginité.
- La traduction grecque des Septante (IIIe-IIe siècle av. J.-C.) a rendu ce mot par parthénos, « vierge ». C'est cette version que Matthieu, écrivant en grec, reprend.
- Dans son contexte historique, l'oracle d'Isaïe était un signe donné au roi Achaz (vers 734 av. J.-C.), pendant la guerre syro-éphraïmite : un enfant à naître garantissait la survie de la dynastie davidique.
L'exégèse catholique tient ensemble la donnée philologique et la lecture de foi : l'oracle avait un sens littéral premier dans son temps, mais il portait un sens plénier (sensus plenior), voulu par Dieu et dévoilé par l'événement du Christ, que l'évangéliste inspiré reconnaît. La conception virginale n'est donc pas « prouvée » par la philologie d'Isaïe seule ; elle est un fait révélé (v. 18.20), qu'Isaïe annonçait prophétiquement et que le grec de la Septante a providentiellement explicité.
6. « Emmanuel, Dieu avec nous »
Le nom d'Emmanuel (Is 7, 14 ; 8, 8.10) — « Dieu avec nous » — donne la clé christologique : en cet enfant, Dieu lui-même vient demeurer parmi les hommes. Matthieu en fait une inclusion qui embrasse tout son évangile : il s'ouvre sur « Dieu avec nous » (1, 23) et se referme sur la promesse du Ressuscité : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (28, 20). Toute la Bonne Nouvelle tient dans cette présence.
7. Le nom de Jésus : « il sauvera son peuple de ses péchés »
L'étymologie donnée par l'ange (Yeshoua = « YHWH sauve ») est un sommet théologique : en nommant l'enfant « Dieu sauve » et en précisant « de leurs péchés », le texte annonce dès le seuil la mission rédemptrice qui s'accomplira à la Croix — « mon sang versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 28). Le salut messianique est d'abord libération du péché.
8. « Il ne la connut pas jusqu'à ce que… » : le « jusqu'à » et la virginité de Marie
Le v. 25 dit : Joseph « ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils ». Le verbe « connaître » est l'idiome biblique de l'union conjugale. Deux précisions exégétiques, en lien avec la doctrine catholique de la virginité perpétuelle de Marie (cf. Catéchisme n. 499-501) :
- Le « jusqu'à » (grec heôs hou) marque, dans l'usage biblique, le temps avant un événement, sans rien affirmer de ce qui suit. Saint Jérôme l'a montré (traité Contre Helvidius) par de nombreux exemples : « Mikal n'eut pas d'enfant jusqu'à sa mort » (2 S 6, 23) ne signifie pas qu'elle en eut après ; « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20) n'annonce pas une absence ensuite. Le verset souligne donc la conception virginale (Joseph n'est pour rien dans la naissance), sans nier la virginité ultérieure.
- Les « frères de Jésus » mentionnés ailleurs (Mt 13, 55) s'expliquent, dans la tradition catholique, soit comme des proches parents (cousins ; l'hébreu et l'araméen ah a un sens large — lecture de saint Jérôme, courante en Occident), soit comme des fils de Joseph d'un mariage antérieur (lecture attribuée à Épiphane, courante en Orient). Les deux préservent la virginité perpétuelle de Marie. On notera d'ailleurs que ceux qu'on appelle « frères » Jacques et Joseph sont ailleurs dits fils d'« une autre Marie » (Mt 27, 56 ; 28, 1).
9. La première « citation d'accomplissement » et la paternité légale de Joseph
Le v. 22 (« Tout cela arriva pour que s'accomplît ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète ») inaugure les célèbres citations d'accomplissement de Matthieu (une dizaine), qui montrent systématiquement comment Jésus réalise les Écritures. Enfin, le v. 25 se clôt sur l'acte décisif : Joseph « lui donna le nom de Jésus ». En nommant l'enfant, Joseph l'adopte juridiquement et l'inscrit dans la descendance de David : c'est ainsi que se noue le lien entre la généalogie (section 1) et la naissance (section 2). La paternité de Joseph est réelle — légale et nourricière — sans être charnelle.
Joseph, l'homme du silence et de l'obéissance de la foi
Dans tout l'épisode, Joseph ne dit pas un mot : l'Évangile ne lui prête aucune parole, seulement des actes. « À son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit » (v. 24). Voilà le portrait de l'obéissance de la foi : non une émotion, mais une décision prompte, silencieuse, intégrale. Joseph croit avant de comprendre, et il obéit sans délai. Saint Jean-Paul II, dans Redemptoris Custos (1989), médite ce « silence » de Joseph comme une plénitude de contemplation et de disponibilité ; le pape François, dans Patris Corde (2020), le présente comme le père « au courage créatif », qui accueille sans tout comprendre.
Un modèle de discernement dans l'épreuve
Devant une situation incompréhensible et douloureuse, Joseph ne cède ni à la dénonciation ni à la précipitation : il cherche d'abord à ne pas nuire, il prend le temps de la nuit, du silence et du songe — c'est-à-dire de l'écoute de Dieu — et c'est là qu'il est éclairé. Combien de décisions gagneraient à passer par ce « temps de Joseph ». Trois résolutions concrètes en découlent : protéger la réputation d'autrui plutôt que de l'exposer ; faire confiance quand le sens nous échappe ; agir sans tarder une fois la volonté de Dieu reconnue.
Gardien du mystère
En recevant Marie et en nommant l'enfant, Joseph devient le gardien du Rédempteur et de sa Mère. L'Église l'honore comme patron de l'Église universelle (proclamé par Pie IX en 1870), patron des époux, des pères, des travailleurs et des mourants. Sa figure enseigne la grandeur du service caché, de la paternité responsable, du travail offert.
Emmanuel : le cœur de toute vie spirituelle
Au centre de la page, ce nom à contempler : Emmanuel, « Dieu avec nous ». Toute la vie chrétienne tient dans cette certitude — non pas un Dieu lointain qu'il faudrait rejoindre, mais un Dieu qui est venu habiter notre histoire, jusque dans ses recoins les plus humbles et les plus douloureux. Et puisque l'enfant se nomme « Dieu sauve de ses péchés », l'accueillir, c'est lui ouvrir précisément ce qui en nous a le plus besoin d'être sauvé.
Pour la prière
Cette section nourrit la contemplation de l'Incarnation : on peut la prier avec le mystère joyeux du Rosaire, avec l'Angélus (« Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous »), et dans la liturgie de l'Avent et de Noël. Se tenir, comme Joseph, dans le silence d'adoration devant le Dieu qui se fait l'un de nous — et, comme lui, dire « oui » par des actes.
Cette semaine
- Dimanche 13 3e dimanche de l'Avent, de Gaudete Jn 1, 6-8.19-28
- Lundi 14 Lundi de la 3e semaine de l'Avent Mt 21, 23-27
- Mardi 15 Mardi de la 3e semaine de l'Avent Mt 21, 28-32
- Mercredi 16 Mercredi de la 3e semaine de l'Avent Lc 7, 18b-23
- Jeudi 17 17 décembre Mt 1, 1-17
- Vendredi 18 18 décembre Mt 1, 18-24
- Samedi 19 19 décembre Lc 1, 5-25
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