L'Évangile du jour
Mercredi 11 novembre 2026
Mercredi de la 32e semaine du Temps Ordinaire
S. Martin de Tours, évêque · Mémoire
Mémoire Temps ordinaire Année paire Ornements blancs
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
Alléluia. Alléluia.
Rendez grâce en toute circonstance :
c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus.
Alléluia.
11Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.12Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance13et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »14A cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.15L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.16Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.17Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?18Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »19Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture Tt 3, 1-7« Nous étions égarés, mais il nous a sauvés par sa miséricorde »
- Psaume 22 (23), 1-2a, 2b-3, 4, 5, 6
Comprendre ce passage
La guérison des dix lépreuxLuc 17, 11-19
La lèpre et l'exclusion
La « lèpre » biblique (tsara'at) ne désigne pas seulement la maladie de Hansen, mais tout un éventail d'affections cutanées que la Loi déclarait impures (Lv 13–14). Au-delà du mal physique, c'était une véritable mort sociale : le malade vivait à l'écart du camp, les vêtements déchirés et la tête nue, obligé de crier « Impur ! Impur ! » à l'approche d'autrui (Lv 13, 45-46). On comprend que les dix se tiennent à distance : retranchés du culte, de la famille et de la cité, ils n'ont plus que leur cri commun pour rejoindre les vivants.
Les prêtres et la réintégration
Dans l'économie de la Loi, seul le prêtre avait autorité pour constater la disparition du mal et prononcer la réintégration du guéri, au terme d'un rituel précis mêlant offrandes, aspersions et purification (Lv 14). Le sacerdoce n'opérait pas la guérison : il l'authentifiait et rouvrait au rétabli les portes de la communauté. L'ordre de Jésus, « allez vous montrer aux prêtres », s'inscrit donc dans le respect de cette institution ; mais il fait des prêtres les témoins d'une œuvre qui les dépasse, celle de Dieu agissant en sa personne.
Entre la Samarie et la Galilée
Luc situe la scène « entre la Samarie et la Galilée », sur la route qui monte vers Jérusalem (cf. 9, 51) : une zone-frontière où se côtoient deux mondes que tout opposait. Juifs et Samaritains se tenaient pour ennemis depuis des siècles, divisés par le culte du Garizim, le rejet mutuel et l'accusation d'hérésie. Le Samaritain du récit est ainsi doublement exclu : lépreux et étranger honni. Détail saisissant : la commune détresse a réuni dans un même groupe ceux que la religion séparait — la souffrance abat parfois les murs que l'orgueil avait dressés.
« Jésus, Maître, prends pitié »
Les dix élèvent la voix d'un seul élan : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ». Le titre Maître (epistata), propre à Luc et réservé jusque-là aux disciples, dit déjà une confiance qui dépasse la simple requête de guérison. Le cri « prends pitié » (eleēson) est celui des pauvres de l'Évangile, l'appel de qui n'a plus d'autre recours que la miséricorde. Dans cette supplication tiennent ensemble l'humilité de ceux qui se savent perdus et le germe d'une foi qui pressent en Jésus le Seigneur capable de relever.
La foi qui obéit avant de voir
Jésus ne touche pas, ne prononce aucune formule : il renvoie simplement les malades aux prêtres. Et « comme ils y allaient, ils furent purifiés ». Le détail est capital : ils se mettent en route encore lépreux, sans aucun signe visible de guérison, sur la seule parole du Maître. La purification advient dans le chemin de l'obéissance, non avant lui. Leur foi ne réclame pas de voir pour croire : elle agit, et c'est en agissant qu'elle reçoit. Telle est l'audace de la vraie foi, qui s'élance sur la promesse avant d'en tenir la réalisation.
Purifiés et sauvé : deux mots, deux dons
Le récit joue avec finesse sur deux verbes. Les dix sont « purifiés » (katharizō), guéris dans leur chair et rendus à la communauté. Mais seul celui qui revient s'entend dire : « ta foi t'a sauvé » (sōzō). Le passage du premier mot au second marque tout l'écart entre la santé retrouvée et le salut reçu. Neuf hommes obtiennent ce qu'ils demandaient ; un seul reçoit davantage que ce qu'il cherchait. La guérison touche le corps, mais la foi reconnaissante ouvre à la communion avec Dieu, ce don que nul rituel ne saurait conférer.
L'étranger qui rend gloire
Un seul revient « glorifiant Dieu à pleine voix », se jette face contre terre aux pieds de Jésus et lui rend grâce. Et Luc souligne, presque avec étonnement : « c'était un Samaritain ». Jésus relève la contradiction — « il ne s'est trouvé que cet étranger (allogenēs) pour revenir rendre gloire à Dieu ». On retrouve ici deux thèmes chers à Luc : l'universalisme du salut, offert au-delà des frontières d'Israël, et le renversement qui fait du méprisé le modèle de la vraie foi, comme déjà le bon Samaritain (Lc 10, 33). Son action de grâce (eucharistōn) le distingue des simples guéris.
Rendre grâce
Neuf hommes guéris oublient le Donateur ; un seul revient sur ses pas. Le contraste invite à un examen sévère sur l'ingratitude, cette tentation si commune de garder le don en délaissant celui qui le fait. Une fois la grâce reçue, combien la goûtent sans plus songer à en remercier la source ? La gratitude n'est pas un sentiment accessoire : elle est au cœur même de la prière chrétienne, qui commence toujours par reconnaître que tout est reçu et que rien ne nous est dû.
Revenir vers Celui qui donne
La tentation des neuf est subtile : ils ne sont pas méchants, seulement absorbés par le bienfait reçu, au point d'oublier celui qui l'a donné. Le Samaritain, lui, ne se contente pas du don ; il revient vers le Donateur. Là est tout l'enjeu de la vie spirituelle : ne pas s'arrêter aux grâces en chemin, mais remonter sans cesse vers leur source. Le salut se trouve dans cette relation retrouvée, aux pieds de Jésus, dans l'attitude de l'adoration et de la louange.
La foi qui sauve
« Ta foi t'a sauvé » : cette parole, que Jésus adresse ailleurs à la pécheresse et à l'aveugle, scelle ici un don plus grand que la santé. Les dix avaient assez de foi pour être guéris ; un seul en a eu assez pour être sauvé. La différence ne tient pas au miracle, mais au retour reconnaissant. À sa suite, le chrétien est invité à désirer non seulement les dons de Dieu, fussent-ils précieux, mais le Donateur lui-même et son Royaume, qui seuls comblent en vérité le cœur de l'homme.
L'eucharistie, action de grâce
Le mot grec employé par Luc, eucharistōn, donnera son nom à l'Eucharistie : « rendre grâce ». La tradition a vu dans ce lépreux revenu un visage de toute âme rachetée. La messe est précisément ce retour du guéri qui, conscient de son indignité, se jette aux pieds du Seigneur pour le remercier de l'avoir sauvé. Y participer, c'est refuser d'être du nombre des neuf : c'est revenir, encore et toujours, dire à Dieu la gratitude qui fait du simple miraculé un véritable sauvé.
Cette semaine
- Dimanche 8 32e dimanche du Temps ordinaire Mt 25, 1-13
- Lundi 9 Dédicace de la Basilique du Latran Jn 2, 13-22
- Mardi 10 Mardi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 7-10
- Mercredi 11 Mercredi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 11-19
- Jeudi 12 Jeudi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 20-25
- Vendredi 13 Vendredi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 26-37
- Samedi 14 Samedi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 18, 1-8
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