L'Évangile du jour
Jeudi 3 septembre 2026
Jeudi de la 22e semaine du Temps ordinaire
S. Grégoire le Grand, pape et docteur de l'Église · Mémoire
Mémoire Temps ordinaire Année paire Ornements blancs
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
« Laissant tout, ils le suivirent »
Alléluia. Alléluia.
« Venez à ma suite, dit le Seigneur,
et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Alléluia.
1Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.2Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.3Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.4Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »5Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »6Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.7Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.8A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »9En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;10et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »11Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Acclamons la Parole de Dieu.
Les lectures de cette messe
- Lecture 1 Co 3, 18-23« Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu »
- Psaume Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6
Comprendre ce passage
La pêche miraculeuse et l'appel de SimonLuc 5, 1-11
Le lac et le métier de pêcheur
La scène se déroule sur le lac de Génésareth, que Luc seul nomme ainsi (Marc et Matthieu disent « mer de Galilée »), nappe d'eau douce nichée à plus de deux cents mètres sous le niveau de la Méditerranée. La pêche y était une industrie prospère, dont Magdala exportait le poisson salé jusqu'à Rome. On pêchait de nuit, à la senne, quand les bancs remontent et que le filet reste invisible. Simon, Jacques et Jean forment une petite association (koinōnoi) avec barques et ouvriers : non des miséreux, mais de modestes patrons qui vivent de leur travail.
La barque, chaire de Jésus
Pressé par la foule qui « se serrait autour de lui pour entendre la parole de Dieu », Jésus monte dans la barque de Simon et, l'ayant fait écarter un peu du bord, enseigne assis — la posture du maître —, depuis l'eau. L'acoustique d'une anse au bord du lac portait naturellement la voix vers la pente du rivage où s'étageait la foule. Mais le détail est plus que pratique : la barque de Pierre devient le lieu d'où la Parole se répand sur le peuple, image que la Tradition, depuis les Pères, appliquera volontiers à l'Église, nacelle d'où retentit l'Évangile au milieu des flots du monde.
Un appel préparé
Chez Luc, l'appel de Simon ne surgit pas de rien. Jésus a déjà guéri sa belle-mère dans sa propre maison de Capharnaüm (4, 38-39), et Simon a prêté sa barque au prédicateur. La vocation mûrit ainsi dans une familiarité croissante, par étapes, avant de se sceller. Luc déplace d'ailleurs cet épisode après un premier ministère, là où Marc et Matthieu placent l'appel des quatre pêcheurs dès l'ouverture (Mc 1, 16-20) : il en fait le point culminant, déclenché non par une simple parole d'invitation, mais par un miracle de surabondance qui révèle la puissance du Maître.
« Avance au large »
L'enseignement achevé, Jésus passe à l'acte et commande : « avance au large (duc in altum) et jetez vos filets pour la pêche. » L'ordre heurte tout le savoir-faire du pêcheur, car on prenait le poisson la nuit, près du bord, jamais en plein jour au large. Simon objecte d'abord, fort de son métier : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. » Puis le verbe se renverse : « mais sur ta parole (epi tō rhēmati sou), je vais jeter les filets. » L'obéissance à la parole de Jésus l'emporte sur l'évidence de l'échec et sur l'expérience du métier : c'est déjà l'attitude de la foi.
La pêche surabondante
Le résultat dépasse toute mesure : ils prennent une telle quantité de poissons que les filets se rompent ; ils appellent les compagnons de l'autre barque, et les deux s'emplissent au point de s'enfoncer. Cette démesure n'est pas un simple succès de pêche, mais le signe de la surabondance de Dieu, qui déborde tout calcul humain. Le filet qui menace de céder préfigure la fécondité de la mission, comme la pêche finale de Jean 21, où le filet, cette fois, « ne se déchire pas » : annonce d'une Église remplie de tous les peuples sans se briser.
« Éloigne-toi, je suis un homme pécheur »
À ce signe, Simon — que Luc nomme ici pour la première fois « Simon-Pierre » — tombe aux genoux de Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » L'effroi (thambos) qui le saisit n'est pas peur du châtiment, mais sentiment de l'indignité devant le sacré soudain dévoilé, comme Isaïe au Temple criant « Malheur à moi, je suis perdu ! » (Is 6, 5), ou Pierre lui-même plus tard. Le miracle n'a pas seulement rempli des filets : il a révélé qui est Jésus, et du même coup la vérité du cœur de Simon.
« Tu seras pêcheur d'hommes »
Jésus, loin de s'éloigner comme on l'en priait, appelle : « Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Le verbe grec (zōgrōn) signifie « prendre vivants » : à rebours de la pêche qui tue, l'apôtre prendra les hommes pour la vie, pour les arracher à la mort et les gagner au Royaume. Et la réponse est totale : « ramenant les barques à terre et laissant tout, ils le suivirent. » La vocation naît ainsi d'un aveu de péché transfiguré par la grâce, et le pécheur reconnu devient pêcheur d'hommes.
Avancer au large sur sa parole
À l'exemple de Simon, le croyant est invité à jeter les filets sur la seule parole du Christ, là même où l'expérience murmure « à quoi bon ». La foi consiste souvent à recommencer dans la confiance après l'échec, à dépasser la nuit stérile par un acte d'obéissance. Le duc in altum — « avance au large » — est devenu l'image d'une vie qui refuse la médiocrité du bord et ose le risque de la profondeur, sûre que la fécondité ne vient pas de nos calculs mais de Celui qui commande.
La sainteté révèle le péché
Plus on approche du Christ, plus se découvre sa propre pauvreté : la lumière de la sainteté met au jour les ombres du cœur. Mais ce dévoilement ne doit pas écraser, car il est précisément la porte de l'appel. Loin de chasser Simon parce qu'il se dit pécheur, Jésus l'enrôle alors même qu'il l'avoue. Dieu choisit des pécheurs qui se reconnaissent tels : la conscience humble de son indignité, loin d'éloigner de Dieu, ouvre le cœur à sa miséricorde et le rend disponible à la mission.
Pêcheurs d'hommes
Tout disciple, à la suite de Pierre, est envoyé prendre des hommes pour la vie, c'est-à-dire les attirer au Christ et les gagner au Royaume. L'apostolat n'est pas affaire de force ni d'habileté humaine, mais de coopération avec la grâce qui, seule, remplit les filets : on peine en vain « toute la nuit » quand on travaille sans le Seigneur. La mission de l'Église demeure ce filet jeté sur sa parole, dans la confiance que la prise ne dépend pas de nous.
Tout quitter
« Laissant tout, ils le suivirent. » Suivre le Christ exige un détachement réel : les barques, les filets, le métier, c'est-à-dire la sécurité d'une vie. Pourtant ce qui est ainsi quitté n'est pas perdu, mais remis entre les mains de Celui qui appelle et qui rend au centuple. Le renoncement évangélique n'appauvrit pas : il libère pour un service plus grand, et change le pêcheur de poissons en pasteur d'hommes, capable enfin de tout donner parce qu'il a tout reçu.
Cette semaine
- Dimanche 30 22e dimanche du Temps ordinaire Mt 16, 21-27
- Lundi 31 Lundi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 4, 16-30
- Mardi 1 Mardi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 4, 31-37
- Mercredi 2 Mercredi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 4, 38-44
- Jeudi 3 Jeudi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 5, 1-11
- Vendredi 4 Vendredi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 5, 33-39
- Samedi 5 Samedi de la 22e semaine du Temps ordinaire Lc 6, 1-5
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