L'Évangile du jour

Lundi 10 novembre 2025

Lundi de la 32e semaine du Temps Ordinaire

S. Léon le Grand, pape et docteur de l'Église · Mémoire

Mémoire Temps ordinaire Année impaire Ornements blancs Semaine IV du Psautier

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Luc 17, 1-6

« Si sept fois par jour ton frère revient à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras »

Alléluia. Alléluia.
Vous brillez comme des astres dans l’univers
en tenant ferme la parole de vie.
Alléluia.

1Jésus disait à ses disciples : « Il est inévitable que surviennent des scandales, des occasions de chute ; mais malheureux celui par qui cela arrive !2Il vaut mieux qu’on lui attache au cou une meule en pierre et qu’on le précipite à la mer, plutôt qu’il ne soit une occasion de chute pour un seul des petits que voilà.3Prenez garde à vous-mêmes ! Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui.4Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. »5Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »6Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi.

Acclamons la Parole de Dieu.

Lire le chapitre 17 de saint Luc avec ses commentaires

Les lectures de cette messe

  • Lecture Sg 1, 1-7« La Sagesse est un esprit ami des hommes. L’esprit du Seigneur remplit l’univers »
  • Psaume Ps 138 (139), 1-3, 4-6, 7-8, 9-10

Lire toute la messe sur le site de l'AELF

Comprendre ce passage

La vie fraternelleLuc 17, 1-4

Contexte historique et social

Le scandale et la « meule de moulin »

Le mot grec skandalon désigne d'abord la pierre d'achoppement, le piège qui fait trébucher l'imprudent. Faire chuter « un seul de ces petits » (les disciples fragiles, encore mal affermis dans la foi) est si grave que « mieux vaudrait » être jeté à la mer une meule au cou. Il s'agit non de la pierre à main, mais de la grosse meule tournée par un âne (mylos onikos). La noyade, qui privait de sépulture, comptait parmi les supplices les plus redoutés : la sentence dit la gravité absolue du scandale.

La correction fraternelle dans le judaïsme

La Loi prescrivait déjà : « tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur, mais tu le reprendras » (Lv 19, 17), liant la réprimande à l'amour du prochain énoncé juste après. Les communautés juives du Ier siècle, et particulièrement celle de Qumrân avec sa règle interne, codifiaient cette réprimande comme un devoir de la vie commune. La parole de Jésus reçoit cet héritage et le transfigure : l'avertissement n'y vise plus la pureté du groupe, mais le salut même du frère qui s'égare.

La mesure du pardon dans la tradition rabbinique

Sur le pardon, l'enseignement des rabbins fixait une mesure : on conseillait couramment de pardonner jusqu'à trois fois, au-delà desquelles la rémission n'était plus tenue pour obligatoire. Ce seuil traduisait un souci de justice, mais restait un calcul. En posant « sept fois le jour », Jésus déborde sciemment cette limite reçue et déplace la logique : le pardon n'est plus une concession comptée, mais un mouvement habituel du cœur, à la mesure de la miséricorde de Dieu.

Lecture biblique et exégétique

« Malheur à celui par qui le scandale arrive »

Jésus reconnaît lucidement qu'en un monde marqué par le péché, il est inévitable que surviennent des occasions de chute ; mais ce constat ne diminue en rien la responsabilité de celui qui entraîne autrui au mal. Le « malheur » prononcé n'est pas une malédiction, mais l'avertissement grave du prophète. La dureté de la formule révèle le prix des âmes aux yeux de Dieu (cf. Mt 18, 6-7 ; Mc 9, 42).

« Prenez garde à vous »

Du devoir négatif de « ne pas faire chuter », Jésus passe à une exigence positive : la vigilance mutuelle, où les disciples veillent les uns sur les autres. Le verbe grec de la reprise (epitimaō) ne signifie pas condamner ni accabler, mais avertir en vue d'un redressement. Reprendre le frère devient ainsi un acte de charité et non un jugement : on ne cherche ni à humilier ni à avoir raison, mais à obtenir son repentir et sa guérison.

Le pardon sans mesure

« Sept fois le jour » : dans le langage biblique, le chiffre sept dit la plénitude ; il signifie donc un pardon sans terme assignable. Le parallèle de Matthieu le rend explicite : non « jusqu'à sept fois », mais « soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22), manière d'abolir tout décompte. La condition « s'il se repent » ne borne pas la miséricorde : elle décrit la réconciliation accomplie, quand l'offenseur revient. Le pardon, lui, demeure offert le premier, à l'exemple du Christ priant pour ses bourreaux (cf. Lc 23, 34).

Un petit code de la vie fraternelle

Ces quatre paroles brèves ne sont pas juxtaposées au hasard : elles s'enchaînent (scandale, vigilance, correction, pardon) comme un véritable code de la communauté des disciples. Saint Luc les place sur la route de Jérusalem, où Jésus forme les siens à la vie nouvelle. Là où Matthieu développe une catéchèse ecclésiale (Mt 18), Luc condense l'essentiel en quelques sentences : aimer concrètement le frère, c'est ne pas le perdre, le reprendre quand il faut, et lui rouvrir sans cesse la porte.

Pour la vie spirituelle et pratique

Ne faire chuter personne

Mes paroles, mes exemples et même mes silences peuvent devenir une occasion de chute pour les plus fragiles dans la foi. La parole de Jésus appelle un examen exigeant : ai-je, par légèreté ou mauvais exemple, scandalisé l'un de ces « petits » que Dieu chérit ? La responsabilité de l'exemple engage chaque baptisé, surtout envers ceux qui débutent ou qui chancellent. Cette vigilance n'est pas un scrupule, mais un fruit de l'amour.

Oser la correction fraternelle

Aimer véritablement, c'est aimer assez pour avertir le frère qui s'égare, sans le laisser seul dans son erreur. Mais cette correction demande un art délicat : la douceur, le moment juste, l'humilité de celui qui se sait pécheur lui aussi, et la seule recherche du bien de l'autre. Le silence complice, qui se drape parfois en respect ou en discrétion, n'est pas la charité : il abandonne le prochain à sa faute.

Pardonner sans compter

« Sept fois le jour » : voilà l'appel à renoncer une fois pour toutes à tenir les comptes des offenses reçues. Le pardon chrétien n'est pas un geste exceptionnel, arraché à grand-peine, mais une attitude habituelle et sans cesse renouvelée, qui devient le climat ordinaire du cœur. Il puise sa source dans la miséricorde du Père, que nous implorons et nous engageons à imiter chaque jour dans le Notre Père : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons ».

Le quotidien, lieu de la sainteté

La vie fraternelle la plus ordinaire (ne scandaliser personne, reprendre avec amour, pardonner sans relâche) constitue le terrain très concret où se joue la sainteté du disciple. Il n'est pas besoin d'exploits éclatants : c'est dans le tissu humble des relations quotidiennes, faites de patience et de réconciliations renouvelées, que se vérifie l'amour évangélique. Le Christ demande moins de grandes œuvres que cette fidélité menue et persévérante à la charité, là où nous sommes.

Cette semaine

  1. Dimanche 9 Dédicace de la Basilique du Latran Jn 2, 13-22
  2. Lundi 10 Lundi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 1-6
  3. Mardi 11 Mardi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 7-10
  4. Mercredi 12 Mercredi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 11-19
  5. Jeudi 13 Jeudi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 20-25
  6. Vendredi 14 Vendredi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 17, 26-37
  7. Samedi 15 Samedi de la 32e semaine du Temps Ordinaire Lc 18, 1-8

Calendrier et lectures selon l'AELF, ordo de la zone Luxembourg. Zone : RomeFranceCanadaBelgiqueSuisseLuxembourgAfrique