Matthieu 9, 9
Jésus partit de là et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Jésus partit de là et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Sortant de là. De la maison où il avait guéri le
paralytique, le divin Maître vient sur le rivage du lac. « Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la
foule venait à lui, et il les enseignait », Marc. 2, 13. C’est alors que il vit un homme… assis au bureau des
impôts. On appelait en latin « telonium » ou « teloneum », impôts, le bureau où se tenaient les receveurs
d’impôts, le bureau d’octroi, comme nous disons en France. C’était tantôt une maison ordinaire, tantôt une
baraque construite en planches, parfois même une simple table exposée en plein air et auprès de laquelle le
publicain de service se tenait assis, comme dans la circonstance présente. Voir à ce sujet un curieux
rapprochement fait par Maldonat. La charge des employés de l’octroi à Capharnaüm était considérable, car, outre les taxes personnelles, ils avaient à prélever de nombreux droits de péage ou de transit pour les
marchandises. Sur les rives du lac se croisaient, chargées des produits de cent pays divers, les caravanes de la
Phénicie, de l’Arabie, de l’Égypte, de l’Europe et des Indes, et alors, de même qu’aujourd’hui, rien ne passait
gratuitement. - Appelé Matthieu. Ce nom est complètement hébreu par son origine, mais les hébraïsans ne
sont pas tout à fait d’accord sur sa prononciation primitive ni, par conséquent, sur sa dérivation exacte.
Plusieurs croient qu’il équivalait à Matthiâ, mot formé de « don », et de l’abréviation de Jéhova, de sorte
qu’il correspondrait presque littéralement à l’appellation grecque de Théodore (Don de Dieu). D’autres le
rapprochent de Matthaï, « le donné », et, ce semble, avec beaucoup plus de justesse, les dénominations de
Matthias et de Matthieu étant soigneusement distinguées dans le Nouveau Testament. - Mais d’où vient que
le premier évangéliste soit le seul à attribuer ce nom au publicain converti de Capharnaüm, tandis que les
deux autres synoptiques le désignent par celui de Lévi ? Cette divergence a été cause qu’on a parfois essayé
de nier l’identité des personnages et des événements, soit pour admettre deux vocations distinctes, celle de
Matthieu et celle de Lévi, soit pour prétendre qu’il y a contradiction entre les récits. Toutefois l’identité est
parfaitement certaine et, comme l’observe M. David Brown, Portable Comment., il n’est pas un jury sérieux
qui ne se prononçât en sa faveur, puisque nous avons de part et d’autre les mêmes antécédents et les mêmes
conséquents. La différence des noms cesse d’être une difficulté, si l’on se rappelle que plusieurs des Apôtres
avaient deux noms distincts, ainsi que nous le verrons bientôt (voir la note de 10, 2-4), et que la coutume
juive était alors assez favorable à ce qu’un changement de vie amenât aussi un changement de nom. Le
même personnage aura donc été appelé Lévi et Matthieu : S. Marc et S. Luc adoptent le premier nom qui
paraît avoir été celui de la famille, « Levi Alphæi », Marc. 2, 14 ; le premier évangéliste choisit au contraire
le second, le nom de la conversion et de l’apostolat. Pour lui, car il s’agit bien ici de sa propre vocation
comme la tradition l’a toujours enseigné, l’appellation juive avait disparu devant le nom chrétien. Au reste
elle disparaît de même à partir de ce moment dans les autres Évangiles ; les listes des Apôtres qui nous ont
été transmises par S. Marc et par S. Luc ne mentionnent plus le publicain Lévi, mais simplement Matthieu.
De même que S. Paul s’humilie en racontant tout au long les persécutions qu’il avait fait autrefois endurer à
l’Église naissante de Jésus-Christ, de même S. Matthieu avoue hautement le rôle ignominieux qu’il jouait
avant sa conversion. - Suis-moi. Ce mot, dont Jésus se servait pour attacher définitivement à sa personne les
disciples qu’il avait choisis, Cf. 8, 22, retentit aux oreilles du nouvel élu tandis qu’il est en plein exercice des
fonctions de son métier : c’était une épreuve de plus, que d’être appelé en de telles conditions, à son
comptoir de publicain ; mais il la surmonte comme avaient fait avant lui Simon et André, Jacques et Jean, 4,
18 et ss. Ce n’était sans doute pas la première entrevue qu’il avait avec Jésus : son obéissance immédiate,
généreuse, et se levant il le suivit, s’explique donc d’elle-même. Et puis, quand on admettrait avec Sepp que
sa conversion fut vraiment l’œuvre d’un instant, ce phénomène psychologique n’est-il pas en parfait rapport
avec la puissance exercée par Jésus sur les cœurs, qu’a si bien décrite S. Jérôme ? « Certes, l’éclat lui-même
de la majesté de la divinité qui reluisait sur la face humaine, pouvait attirer à lui au premier regard. Si,
comme l’on dit, se trouve dans l’aimant et l'ambre une force qui attire à soi les anneaux, le chaume et les
fétus de paille, à plus forte raison le Seigneur de toutes les créatures pouvait-il attirer ceux qu’il voulait ». -
Nous devons de belles reproductions de cette scène au pinceau de Valentin, de Carrache et d’Overbeck. La
suivante, ou « Repas chez Lévi », a été l’occasion de l’un des chefs-d’œuvre de Paul Véronèse.
1111. Premièrement, la conversion des pécheurs est ici présentée [9, 9 10] ; deuxièmement, la controverse avec les Pharisiens, en cet endroit : CE QU’AYANT VU, LES PHARISIENS DISAIENT À SES DISCIPLES [9, 11].
1112. Premièrement, [Matthieu] dit comment [Jésus] appela quelqu’un à devenir [son] disciple [9, 9] ; deuxièmement, comment il en appela plusieurs à devenir ses familiers, en cet endroit : COMME IL ÉTAIT À TABLE DANS LA MAISON, etc. [9, 10].
1113. [Matthieu] dit donc : ÉTANT SORTI, JÉSUS. Pourquoi [Jésus] s’en alla-t-il ? Parce qu’on intriguait contre lui. C’est pourquoi il fuyait les foules, comme il est dit en Si 8, 13[10] : Ne mets pas le feu aux charbons du pécheur. IL VIT UN HOMME, un homme, à coup sûr, car il était pécheur, Ps 81[82], 7 : Vous, vous mourrez comme des hommes et vous tomberez comme l’un des princes. ASSIS AU BUREAU DE LA DOUANE, au bureau des impôts. C’était donc un endroit où on acquittait ses impôts. Il était donc dans un état où un homme peut difficilement être sans péché. PORTANT LE NOM DE MATTHIEU. D’autres l’appelaient Lévi, pour préserver son honneur, afin qu’on ne sache pas qu’il était un pécheur ; mais lui-même se désigne sous le nom de Matthieu, car le juste commence par s’accuser. Il donnait ainsi à entendre que le Seigneur ne fait pas acception de personnes. ET [JÉSUS] LUI DIT : «VIENS, SUIS-MOI.» Et cela est grand que le Seigneur invite à le suivre. SE LEVANT, IL LE SUIVIT. Ainsi, il pouvait dire ce que [dit] Jb 23, 11 : Mon pied a suivi ses pas, j’ai suivi son chemin et ne m’en suis pas écarté.
1114. Mais on objecte que cela n’a pas pu se produire que, sur une seule parole, celui-ci ait suivi [Jésus]. Il faut dire que la renommée de Jésus s’était tellement répandue que déjà celui qui le suivait s’estimait heureux. C’est pourquoi, sur une seule parole, celui-ci le suivit. Ainsi est montrée l’obéissance, car il le suivit aussitôt. Mais pourquoi [Jésus] ne l’a-t-il pas appelé dès le début ? Il faut dire que celui-ci était sage de la sagesse du siècle [1 Co 1, 20]. Le Seigneur tarda donc à l’appeler jusqu’à ce que les miracles l’interpellent. Ou bien il faut dire que cela est dit par mode de rappel, car celui-ci était présent lors de la prédication du Seigneur sur la montagne. Mais pourquoi Matthieu [le] présente-t-il ainsi ? Je dis que c’est en raison de [son] humilité. En effet, il considérait son appel comme un miracle. C’est pourquoi il le raconta parmi les miracles. Mais pourquoi est-il fait davantage mention de l’appel de Pierre, d’André et de Matthieu que des autres ? Il faut dire qu’ils étaient des pêcheurs, parmi les hommes les plus méprisables. De même comptaient parmi les pécheurs ceux qui percevaient l’impôt. C’est pourquoi il en est fait spécialement mention afin qu’il soit connu que Dieu ne fait pas acception de personnes [2 Ch 19, 7 ; Rm 2, 11 ; Ep 6, 9 ; Col 3, 25 ; 1 P 1, 17].
1112. Premièrement, [Matthieu] dit comment [Jésus] appela quelqu’un à devenir [son] disciple [9, 9] ; deuxièmement, comment il en appela plusieurs à devenir ses familiers, en cet endroit : COMME IL ÉTAIT À TABLE DANS LA MAISON, etc. [9, 10].
1113. [Matthieu] dit donc : ÉTANT SORTI, JÉSUS. Pourquoi [Jésus] s’en alla-t-il ? Parce qu’on intriguait contre lui. C’est pourquoi il fuyait les foules, comme il est dit en Si 8, 13[10] : Ne mets pas le feu aux charbons du pécheur. IL VIT UN HOMME, un homme, à coup sûr, car il était pécheur, Ps 81[82], 7 : Vous, vous mourrez comme des hommes et vous tomberez comme l’un des princes. ASSIS AU BUREAU DE LA DOUANE, au bureau des impôts. C’était donc un endroit où on acquittait ses impôts. Il était donc dans un état où un homme peut difficilement être sans péché. PORTANT LE NOM DE MATTHIEU. D’autres l’appelaient Lévi, pour préserver son honneur, afin qu’on ne sache pas qu’il était un pécheur ; mais lui-même se désigne sous le nom de Matthieu, car le juste commence par s’accuser. Il donnait ainsi à entendre que le Seigneur ne fait pas acception de personnes. ET [JÉSUS] LUI DIT : «VIENS, SUIS-MOI.» Et cela est grand que le Seigneur invite à le suivre. SE LEVANT, IL LE SUIVIT. Ainsi, il pouvait dire ce que [dit] Jb 23, 11 : Mon pied a suivi ses pas, j’ai suivi son chemin et ne m’en suis pas écarté.
1114. Mais on objecte que cela n’a pas pu se produire que, sur une seule parole, celui-ci ait suivi [Jésus]. Il faut dire que la renommée de Jésus s’était tellement répandue que déjà celui qui le suivait s’estimait heureux. C’est pourquoi, sur une seule parole, celui-ci le suivit. Ainsi est montrée l’obéissance, car il le suivit aussitôt. Mais pourquoi [Jésus] ne l’a-t-il pas appelé dès le début ? Il faut dire que celui-ci était sage de la sagesse du siècle [1 Co 1, 20]. Le Seigneur tarda donc à l’appeler jusqu’à ce que les miracles l’interpellent. Ou bien il faut dire que cela est dit par mode de rappel, car celui-ci était présent lors de la prédication du Seigneur sur la montagne. Mais pourquoi Matthieu [le] présente-t-il ainsi ? Je dis que c’est en raison de [son] humilité. En effet, il considérait son appel comme un miracle. C’est pourquoi il le raconta parmi les miracles. Mais pourquoi est-il fait davantage mention de l’appel de Pierre, d’André et de Matthieu que des autres ? Il faut dire qu’ils étaient des pêcheurs, parmi les hommes les plus méprisables. De même comptaient parmi les pécheurs ceux qui percevaient l’impôt. C’est pourquoi il en est fait spécialement mention afin qu’il soit connu que Dieu ne fait pas acception de personnes [2 Ch 19, 7 ; Rm 2, 11 ; Ep 6, 9 ; Col 3, 25 ; 1 P 1, 17].
Les autres Évangélistes n'ont pas voulu, par honneur et par respect pour lui, l'appeler du nom connu de Matthieu ; ils l'ont appelé Lévi, car il portait ces deux noms. Mais quant à lui il met en pratique cette maxime de Salomon : " Le juste est son propre accusateur " (Pv 18, 17), et se fait connaître sous le nom de Matthieu comme publicain ; il apprend ainsi à ceux qui liront son Évangile, que nul ne doit désespérer de son salut, s'il veut rentrer dans les sentiers de la vertu, puisque lui-même a été changé en un instant de publicain en apôtre.
Ce qui fait éclater encore davantage la puissance de celui qui l'appelle, c'est qu'il n'attend pas que Matthieu abandonne cette profession pleine de dangers, il l'arrache aux maux qui l'environnaient, comme Paul encore dans la fougue de ses égarements. (Ac 9.) Et il lui dit "Suivez-moi. " Vous avez vu la puissance de Dieu qui l'appelle, admirez aussi l'obéissance de celui qui est appelé. Il n'oppose aucune résistance ; il ne demande pas d'aller chez lui pour faire part de son dessein à sa famille.