Matthieu 8, 27
Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »
Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »
Jésus vivait en pleine harmonie avec la création, et les autres s’en émerveillaient : « Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent ? » (Mt 8, 27). Il n’apparaissait pas comme un ascète séparé du monde ou un ennemi des choses agréables de la vie. Il disait, se référant à lui-même : « Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : voilà un glouton et un ivrogne» (Mt 11, 19). Il était loin des philosophies qui dépréciaient le corps, la matière et les choses de ce monde. Cependant, ces dualismes malsains en sont arrivés à avoir une influence importante chez certains penseurs chrétiens au long de l’histoire, et ont défiguré l’Évangile. Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière créée par Dieu pour lui donner forme avec son habileté d’artisan. Il est frappant que la plus grande partie de sa vie ait été consacrée à cette tâche, dans une existence simple qui ne suscitait aucune admiration. « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?» (Mc 6, 3). Il a sanctifié de cette manière le travail et lui a conféré une valeur particulière pour notre maturation. Saint Jean-Paul II enseignait qu’« en supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la Rédemption ».
Ces hommes furent dans l'admiration. Ce verset décrit l’effet produit
par le miracle sur ceux qui en furent témoins. Mais quels sont ces « hommes » dont parle l’évangéliste ? On
a répondu de bien des manières à cette question. Pour Fritzsche ce serait « les hommes qui considéraient
toutes ces choses comme des présages », les auditeurs subséquents du prodige ; interprétation contredite par
S. Matthieu lui-même, dont le récit suppose qu’il n’y eut aucun intervalle entre le fait et l’étonnement auquel
il donna lieu. D’après S. Jean Chrysostôme, cette expression, malgré sa généralité, désignerait les apôtres
eux-mêmes ; mais cela paraît assez difficile, car pourquoi ne porteraient-ils pas ici leur nom habituel de
« disciples » ? Cf. vv. 23 et 25. Et puis, les disciples de Jésus, qui lui avaient vu opérer déjà tant de miracles, qui venaient même d’obtenir de sa bonté toute puissante, v. 25, l’apaisement subit de la tempête, ne
pouvaient guère témoigner une admiration aussi extraordinaire que celle dont nous lisons ici la description.
Nous préférons donc croire que les hommes en question étaient ou bien des étrangers qui conduisaient la
barque, ou bien des curieux qui avaient suivi Jésus à quelque distance sur d’autres bateaux, ainsi qu’on peut
le conclure du récit de S. Marc. 4, 36. Ils pouvaient sans doute avoir contemplé de leurs propres yeux à
Capharnaüm quelqu’une des guérisons miraculeuses du Sauveur : mais le prodige auquel ils venaient
d’assister sur le lac avait un caractère plus grandiose, plus directement divin en quelque sorte ; car la Bible
semble réserver à Dieu le pouvoir d’ébranler ou de calmer à son gré les flots des mers, Cf. Ps. 64, 8. On
comprend après cela l’exclamation qui s’échappa de leurs lèvres : Quel est celui-ci ! qu’on peut traduire
d’après le grec « qui est-ce, et combien est grand celui-ci ! ». - La mer et le vent ; même la mer, même les
vents, ces êtres fougueux que nulle main, si ce n’est celle de Dieu, n’a pu dompter, sont dociles à sa voix. -
Les applications morales qu’on pouvait tirer de cet épisode étaient trop manifestes et trop frappantes pour
être négligées par les moralistes et les exégètes. Les plus belles sont celles qui concernent l’âme humaine et
surtout l’Église. « Ce navire était une image de l’Église, qui, dans la mer, i.e. dans le siècle, est agitée par les
flots, i.e. les persécutions et les tentations, la patience du Seigneur ressemblant à un sommeil. Réveillé à la
fin par les prières des saints, le Christ dompte le siècle et rend la tranquillité aux siens », Tertul. de Bapt. 12.
N’est-ce pas, aujourd’hui plus que jamais, l’image de l’Église de Jésus ? - Signalons parmi les œuvres d’art
inspirées par ce miracle, outre de nombreuses fresques des catacombes, un tableau de Rembrandt et un riche
oratorio de Gounod.
1079. ALORS, SAISIS D’ÉTONNEMENT, etc. Ici est indiqué l’effet, à savoir, l’étonnement des foules. Lorsque [Matthieu] dit : LES HOMMES, il ne faut pas comprendre les apôtres, car jamais les apôtres ne sont ainsi désignés ; mais, par hommes, il faut entendre les matelots. Ou bien, selon Jérôme, «même si tu entends par hommes les apôtres, il se peut que ce soit parce qu’ils pouvaient douter en tant qu’hommes, en disant : QUEL EST CELUI-CI ?» Ici, Chrysostome ajoute «homme». En effet, parce qu’ils le voyaient endormi, ils l’appelaient homme ; parce qu’ils avaient vu un signe de la divinité, ils doutaient donc. QUE MÊME LES VENTS ET LA MER LUI OBÉISSENT, parce que toute créature obéit à son créateur, Ps 148[149], 8 : Le feu, la grêle, la neige, la glace, le souffle des tempêtes qui obéissent à sa parole, etc. Non pas parce que [ces créatures] ont une âme raisonnable, mais parce qu’elles se comportent à la manière de celui qui obéit : comme les mains et les membres obéissent à l’âme, parce qu’ils se meuvent selon sa volonté, ainsi tout obéit à Dieu.
La GloseOu bien encore, la barque c'est l'Église de la terre, dans laquelle le Christ traverse avec les siens la mer de ce monde et apaise les flots des persécutions, digne objet de notre admiration et de notre reconnaissance.
Nous voyons une figure de cet événement dans le prophète Jonas, qui, pendant que tous tremblent à la vue du danger, seul est tranquille, et dort si profondément qu'il faut le réveiller.
Cet acte de puissance doit nous faire conclure que toutes les créatures ont le sentiment de leur Créateur, car ceux qui reçoivent un commandement doivent avoir sentiment de celui qui leur commande ; nous ne partageons pas cependant l'erreur des hérétiques qui considèrent tous les êtres comme animés, mais nous disons que la majesté du Créateur rend pour ainsi dire sensibles pour lui les créatures qui demeurent insensibles pour nous.
Si quelqu'un cependant, par esprit de contradiction, prétend que ce sont les disciples de Jésus qui furent dans l'admiration, nous répondrons que c'est à juste titre que l'Évangéliste leur donne le nom d'hommes, car ils ne connaissaient pas encore la puissance du Sauveur.
Il prend ses disciples avec lui et les fait monter dans la même barque pour leur apprendre à ne pas s'effrayer au milieu des dangers, et leur enseigner à conserver toujours l'humilité au milieu des honneurs, car il permet qu'ils soient le jouet des flots, afin de prévenir la haute idée qu'ils auraient pu avoir d'eux-mêmes en voyant que Jésus les avait se tenus de préférence aux autres. Lorsqu'il opérait des prodiges éclatants, il permettait à la foule d'en être témoin ; mais lorsqu'il s'agit de se mesurer avec les tentations, avec les craintes, il ne prend avec lui que les athlètes qu'il devait former à combattre contre l'univers entier.
Ils avaient été témoins des bienfaits que Jésus répandait si libéralement sur les autres ; mais comme nous ne jugeons pas de la même manière de ce qui se fait dans l'intérêt des autres, et de ce que l'on fait pour nous, Notre-Seigneur voulut les faire jouir de ses bienfaits par une expérience personnelle ; il permit donc cette tempête, pour que leur délivrance leur fît comprendre plus clairement ce qu'il faisait en leur faveur. Or cette tempête était la figure des tentations qu'ils devaient éprouver dans l'avenir, et dont saint Paul a dit : « Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes frères, que nous avons été surchargés au-dessus de nos forces. » L'Évangéliste nous dit que Jésus dormait, parce qu'il voulait laisser à la crainte le temps de s'emparer de leur âme. Car si la tempête était survenue pendant qu'il était éveillé, ou ils n'auraient eu aucune crainte, ou ils n'auraient pas imploré son secours, ou ils n'auraient pas cru qu'il pût opérer un semblable miracle.
Ces paroles nous font voir encore que la tempête a été calmée tout d'un coup et tout entière, sans qu'il restât la moindre trace d'agitation ; chose tout à fait extraordinaire, car lorsque le soulèvement des flots s'apaise selon les lois ordinaires de la nature, ils restent encore longtemps agités, taudis qu'ici toute agitation cesse dans un instant. Ainsi Jésus-Christ accomplit en sa personne ce que le Roi-Prophète avait dit de Dieu le Père : « Il a parlé et la tempête s'est apaisée, » car d'une seule parole et par son seul commandement il a calmé la mer et mis un frein à la fureur des flots. Ceux qui étaient avec lui, à son aspect, à son sommeil, à l'usage qu'il faisait d'une barque, le regardaient seulement comme un homme ; aussi ce miracle les jette dans l'étonnement. Or les hommes furent dans l'admiration, et ils disaient : « Quel est celui-ci ? » etc.
Ou bien il dort, parce que notre propre sommeil l'assoupit au milieu de nous. C'est ce que Dieu permet pour nous faire espérer le secours du ciel au milieu de l'effroi que nous cause le danger, et plût à Dieu qu'une espérance même tardive nous donne l'assurance d'échapper au péril, grâce à la puissance du Christ qui veille au milieu de nous !
Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant fait éclater sur la terre de grands et d'étonnants prodiges, passe sur la mer pour y opérer des miracles plus extraordinaires encore, et se faire ainsi reconnaître partout comme le Seigneur de la terre et de la mer. « Et après qu'il fut monté dans une barque, » dit l'Évangéliste, il fut suivi de ses disciples qui n'étaient plus des disciples faibles, mais fermes et stables dans la foi. En le suivant, ils étaient moins attachés à ses pas qu'à la sainteté de sa vie qui les attirait à lui.
En disant : « Quel est donc celui-ci ? » ils ne font pas une question, mais ils affirment que c'est à cet homme que les vents et la mer obéissent. « Quel est donc celui-ci ? » C'est-à-dire quelle est sa puissance, quelle est sa force, quelle est sa grandeur ? Il commande à toute créature, et elle ne transgresse pas ses ordres ; les hommes seuls lui résistent, et seront pour cela condamnés au jugement.