Matthieu 5, 5
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
« Bienheureux ceux qui pleurent, soit qu’ils pleurent leurs misères, soit qu’ils pleurent leurs péchés ; ils sont heureux et ils recevront la consolation véritable, qui est celle de l’autre vie, où toute affliction cesse, où toutes les larmes sont essuyées. » (BOSSUET.)
Cette Béatitude
s’appuie elle aussi sur une promesse spéciale de l’ancienne Alliance, où le royaume fondé par le Messie nous
apparaît comme un lieu dont les larmes sont bannies ; Cf. Is. 25, 6-8 ; 61, 1-3. - Ceux qui pleurent. Il faut
laisser au mot « pleurer » sa signification générale, sans vouloir lui donner des bornes trop étroites, par
exemple « ceux qui pleurent leurs péchés », ou bien « les leurs ou ceux des autres », S. Jérôme et S. Léon. Il
désigne toutes les afflictions, tout ce qui fait couler nos larmes, pourvu bien entendu que notre tristesse
demeure selon Dieu et qu’elle soit patiemment supportée, car il est des tristesses mondaines et charnelles ;
Cf. 2, Cor. 7, 10. - Ils seront consolés. Verbe de la forme moyenne employé avec le sens du passif ; Cf. 2,
18 ; Ps. 76, 4 ; 118, 52 ; Eccli. 35, 21. voir Hagen, Sprachtl. Erœterung. zur Vulgata, Fribourg, 1863, p. 66. -
D’autres passages du Nouveau testament contiennent des prédictions semblables ; en particulier Joan. 16,
20 ; Apoc. 7, 17 ; Luc 2, 25. Si leur plein accomplissement est réservé à un monde meilleur, il est vrai aussi
que, même ici-bas, le Christ a tari dans leur source ou rendu moins amères des millions de larmes, surtout en
les rendant méritoires. Aussi les rabbins l’appelaient déjà le Consolateur par antonomase. - Paradoxe : Les
pleurs et les souffrances, sources de consolation !
553. HEUREUX CEUX QUI PLEURENT, etc. Grâce aux deux premières béatitudes abordées, nous sommes arrachés au mal de la cupidité et de la méchanceté. Voici la troisième, par laquelle nous sommes arrachés au mal du plaisir coupable, de la jouissance. Ainsi, HEUREUX CEUX QUI PLEURENT.
554. Dans l’Ancien Testament, [le Seigneur] promettait des biens terrestres, la jouissance terrestre. Jr 31, 12 : Ils afflueront vers les biens du Seigneur, le froment, le vin et l’huile, etc. ; et plus loin [Jr 31, 13] : La jeune fille se réjouira dans la danse, jeunes et vieux ensemble. Le Seigneur, au contraire, met le bonheur dans le deuil. Il faut noter aussi que ce n’est pas n’importe quel pleur qui peut être appelé «deuil», mais celui où l’on pleure un mort qu’on aime. Car le Seigneur parle ici par excès. Comme plus haut HEUREUX LES PAUVRES, de même ici il parle du plus grand deuil. Car de même que ceux qui pleurent un mort ne reçoivent aucune consolation, de même le Seigneur veut que notre vie soit dans le deuil. Jr 6, 26 : Fais-toi un deuil d’enfant unique, une lamentation amère, etc.
555. Et ce deuil peut s’expliquer de trois façons. D’abord, [nous devons pleurer] non seulement sur nos propres péchés mais aussi sur ceux des autres ; car si nous pleurons ceux qui sont morts charnellement, [nous devons pleurer] bien davantage ceux qui sont morts spirituellement. 1 R [1 S] 16, 1 : Jusqu’à quand pleureras-tu Saül, etc. ? Jr 8, 23 : Qui donnera de l’eau à ma tête, et une source de larmes à mes yeux ? Et je pleurerai jour et nuit les tués de la fille de mon peuple.
556. Il est assez pertinent que cette béatitude soit mise après la précédente, car on pourrait dire : il suffit de ne pas faire le mal. Et c’est vrai au commencement, avant le péché. Mais après le péché commis, ce n’est pas assez si on ne satisfait pas.
557. Un deuxième sens est possible : nous pleurons sur l’exil en notre présente misère, Ps 119, 5 : Hélas pour moi ! Car mon exil a été prolongé. Ce sont les sources d’en haut et les sources d’en bas dont il est question en Jos 15, 19. Pleurez sur vos péchés et sur l’exil de la patrie céleste.
558. Troisième sens, selon Augustin : le deuil que les hommes font des joies du siècle, qu’ils quittent en venant au Christ, car certains meurent aux yeux du monde et le monde meurt à leurs yeux, Ga 6, 14 : Par qui le monde est pour moi crucifié, et moi un crucifié pour le monde. Quant à nous, de même que nous pleurons les morts, de même [ceux qui meurent au monde] pleurent, car il est impossible qu’en renonçant ils ne sentent quelque douleur.
559. À ce triple deuil répond une triple consolation. Au deuil pour les péchés est donnée la rémission des péchés que David demandait en disant, Ps 1, 14 : Rends-moi la joie de ton salut. À la patrie céleste qui se fait attendre et à l’exil de la misère présente, répond la consolation de la vie éternelle, dont parle Jr 31, 13 : Je changerai votre deuil en joie, je les consolerai, je les réjouirai après leur peine ; et Is 66, 13 : A Jérusalem vous serez consolés. Au troisième deuil répond la consolation de l’amour divin : quand on souffre de la perte d’un objet aimé, on reçoit consolation si on acquiert une chose qu’on aime davantage. C’est pourquoi les gens sont consolés quand, à la place des choses temporelles, ils reçoivent des réalités spirituelles et éternelles, ce qui est recevoir l’Esprit Saint. C’est pourquoi on l’appelle Paraclet, Jn 15, 26 : C’est grâce à l’Esprit Saint, qui est l’amour divin, que les hommes se réjouiront ; Jn 16, 20 : Votre tristesse se changera en joie.
560. Et il faut noter que cette béatitude va avec le don de science, car ceux-là pleurent qui savent les misères des autres. C’est donc de certains qui n’ont pas une telle science que parle Sg 14, 22 : Alors qu’ils vivent dans la grande guerre de l’ignorance, ils appellent tant de grands maux «paix». Qo 1, 18 [dit] au contraire : Qui ajoute de la science ajoute aussi de la peine.
561. Et il faut noter que ces récompenses sont organisées de façon que toujours la suivante ajoute à la précédente. En effet, il a dit d’abord : HEUREUX LES PAUVRES CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX. Ensuite : CAR ILS POSSÉDERONT LA TERRE : posséder, c’est plus que seulement avoir. De plus, ensuite : CAR ILS SERONT CONSOLÉS : être consolé, c’est plus que posséder, car certains possèdent ces choses mais n’en tirent pas de plaisir.
554. Dans l’Ancien Testament, [le Seigneur] promettait des biens terrestres, la jouissance terrestre. Jr 31, 12 : Ils afflueront vers les biens du Seigneur, le froment, le vin et l’huile, etc. ; et plus loin [Jr 31, 13] : La jeune fille se réjouira dans la danse, jeunes et vieux ensemble. Le Seigneur, au contraire, met le bonheur dans le deuil. Il faut noter aussi que ce n’est pas n’importe quel pleur qui peut être appelé «deuil», mais celui où l’on pleure un mort qu’on aime. Car le Seigneur parle ici par excès. Comme plus haut HEUREUX LES PAUVRES, de même ici il parle du plus grand deuil. Car de même que ceux qui pleurent un mort ne reçoivent aucune consolation, de même le Seigneur veut que notre vie soit dans le deuil. Jr 6, 26 : Fais-toi un deuil d’enfant unique, une lamentation amère, etc.
555. Et ce deuil peut s’expliquer de trois façons. D’abord, [nous devons pleurer] non seulement sur nos propres péchés mais aussi sur ceux des autres ; car si nous pleurons ceux qui sont morts charnellement, [nous devons pleurer] bien davantage ceux qui sont morts spirituellement. 1 R [1 S] 16, 1 : Jusqu’à quand pleureras-tu Saül, etc. ? Jr 8, 23 : Qui donnera de l’eau à ma tête, et une source de larmes à mes yeux ? Et je pleurerai jour et nuit les tués de la fille de mon peuple.
556. Il est assez pertinent que cette béatitude soit mise après la précédente, car on pourrait dire : il suffit de ne pas faire le mal. Et c’est vrai au commencement, avant le péché. Mais après le péché commis, ce n’est pas assez si on ne satisfait pas.
557. Un deuxième sens est possible : nous pleurons sur l’exil en notre présente misère, Ps 119, 5 : Hélas pour moi ! Car mon exil a été prolongé. Ce sont les sources d’en haut et les sources d’en bas dont il est question en Jos 15, 19. Pleurez sur vos péchés et sur l’exil de la patrie céleste.
558. Troisième sens, selon Augustin : le deuil que les hommes font des joies du siècle, qu’ils quittent en venant au Christ, car certains meurent aux yeux du monde et le monde meurt à leurs yeux, Ga 6, 14 : Par qui le monde est pour moi crucifié, et moi un crucifié pour le monde. Quant à nous, de même que nous pleurons les morts, de même [ceux qui meurent au monde] pleurent, car il est impossible qu’en renonçant ils ne sentent quelque douleur.
559. À ce triple deuil répond une triple consolation. Au deuil pour les péchés est donnée la rémission des péchés que David demandait en disant, Ps 1, 14 : Rends-moi la joie de ton salut. À la patrie céleste qui se fait attendre et à l’exil de la misère présente, répond la consolation de la vie éternelle, dont parle Jr 31, 13 : Je changerai votre deuil en joie, je les consolerai, je les réjouirai après leur peine ; et Is 66, 13 : A Jérusalem vous serez consolés. Au troisième deuil répond la consolation de l’amour divin : quand on souffre de la perte d’un objet aimé, on reçoit consolation si on acquiert une chose qu’on aime davantage. C’est pourquoi les gens sont consolés quand, à la place des choses temporelles, ils reçoivent des réalités spirituelles et éternelles, ce qui est recevoir l’Esprit Saint. C’est pourquoi on l’appelle Paraclet, Jn 15, 26 : C’est grâce à l’Esprit Saint, qui est l’amour divin, que les hommes se réjouiront ; Jn 16, 20 : Votre tristesse se changera en joie.
560. Et il faut noter que cette béatitude va avec le don de science, car ceux-là pleurent qui savent les misères des autres. C’est donc de certains qui n’ont pas une telle science que parle Sg 14, 22 : Alors qu’ils vivent dans la grande guerre de l’ignorance, ils appellent tant de grands maux «paix». Qo 1, 18 [dit] au contraire : Qui ajoute de la science ajoute aussi de la peine.
561. Et il faut noter que ces récompenses sont organisées de façon que toujours la suivante ajoute à la précédente. En effet, il a dit d’abord : HEUREUX LES PAUVRES CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX. Ensuite : CAR ILS POSSÉDERONT LA TERRE : posséder, c’est plus que seulement avoir. De plus, ensuite : CAR ILS SERONT CONSOLÉS : être consolé, c’est plus que posséder, car certains possèdent ces choses mais n’en tirent pas de plaisir.
La GlosePar ce deuil on peut encore entendre deux sortes de tristesse, ayant pour cause, l'une les misères de ce monde, l'autre le désir du ciel : c'est en figure de cette vérité que la fille de Caleb demanda des champs qui fussent arrosés en haut et en bas (Jos 15, 19 ; Jg 1, 15). Cette tristesse n'est propre qu'à celui qui a l'esprit de pauvreté et de douceur, et qui n'aimant pas le monde, reconnaît sa misère, et par cette connaissance s'élève jusqu'au désir du ciel. C'est avec raison que la consolation est promise à ceux qui pleurent, et il est juste que la joie de l'autre vie compense la tristesse et les larmes de la vie présente. Or la récompense de celui qui pleure est plus grande que celle qui est donnée aux pauvres d'esprit et à ceux qui sont doux, car il vaut mieux se réjouir dans le royaume que de l'avoir et de le posséder simplement. Que de choses en effet nous avons et que nous possédons au milieu de la douleur !
Le deuil c'est la tristesse que nous fait éprouver la perte de ceux qui nous sont chers ; or ceux qui se convertissent à Dieu perdent ce qui leur était cher dans le monde, leurs joies changent alors de nature et d'objet ; mais tant que l'amour des choses éternelles ne vit pas dans leur coeur, il est comme blessé par je ne sais quelle tristesse. Ils seront donc consolés par l'Esprit saint qui s'appelle pour cela Paraclet, c'est-à-dire consolateur, et qui au moment où ils perdent une joie passagère, les enrichit d'une joie éternelle, qu'expriment ces paroles : « Ils seront consolés. »
Les morts qu'il faut ici pleurer ne sont pas ceux qui ont payé le tribut à la commune loi de la nature, mais ceux qui sont comme ensevelis dans leurs péchés et dans leurs vices. C'est ainsi que Samuel pleura Saül (1 R 16) et saint Paul ceux qui n'avaient pas fait pénitence de leurs impuretés (cf. Ep 2, 15 ; Rm 6, 2 ; 1 P 2, 24).
Ceux qui pleurent leurs propres péchés sont heureux, mais d'un bonheur limité ; beaucoup plus heureux sont ceux qui pleurent les péchés des autres, et tels devraient être tous ceux qui sont les maîtres et les docteurs de leurs frères.
La consolation de ceux qui pleurent, c'est que leurs larmes cessent de couler, et voilà pourquoi ceux qui pleurent leurs péchés seront consolés par le pardon que Dieu leur accordera.
Bien que ce pardon dût leur suffire, Dieu ne borne pas sa récompense à la rémission des péchés, mais il répand sur eux l'abondance de ses consolations, ici-bas et dans la vie future, car les récompenses divines surpassent toujours beaucoup les travaux qui les ont méritées.
Quant à ceux qui pleurent les péchés des autres, ils seront aussi consolés ; car lorsqu'ils verront dans l'autre vie se dérouler devant eux les desseins de la Providence divine, et qu'ils comprendront que ceux qui ont péri n'appartenaient pas à Dieu, dont la main ne se laisse jamais ravir ce qu'elle tient, ils cesseront de les pleurer, et trouveront leur joie dans leur propre bonheur.
Remarquez que c'est avec dessein que dans l'énoncé de cette béatitude, Notre Seigneur ne dit pas : « ceux qui sont dans la tristesse, »mais plus énergiquement « ceux qui pleurent, ceux qui sont dans les larmes, » et en cela il nous donne une leçon de haute sagesse, car si ceux qui pleurent la mort de leurs enfants ou des autres personnes qui leur sont chères, cessent pendant ce temps de désirer les richesses ou les honneurs, et sont insensibles aux outrages ou aux atteintes des passions, à combien plus forte raison doit-on voir ces heureux effets dans ceux qui pleurent leurs péchés.
Lorsque vous aurez acquis la pauvreté d'esprit et la douceur, souvenez-vous que vous êtes pécheurs, et pleurez vos péchés ; c'est la troisième des béatitudes : « Bienheureux ceux qui pleurent. » Il est juste, en effet, que la troisième bénédiction soit pour celui qui pleure ses péchés, puisque c'est la Trinité qui les pardonne.
Ceux dont il est ici question ne sont pas ceux qui pleurent les pertes, les injures ou les dommages qu'ils ont soufferts, mais ceux qui pleurent leurs péchés passés.