Matthieu 5, 43
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
Ce même devoir s’étend à ceux qui pensent ou agissent différemment de nous. L’enseignement du Christ va jusqu’à requérir le pardon des offenses. Il étend le commandement de l’amour, qui est celui de la loi nouvelle, à tous les ennemis (cf. Mt 5, 43-44). La libération dans l’esprit de l’Evangile est incompatible avec la haine de l’ennemi en tant que personne mais non avec la haine du mal qu’il fait en tant qu’ennemi.
La prière chrétienne va jusqu’au pardon des ennemis (cf. Mt 5, 43-44). Elle transfigure le disciple en le configurant à son Maître. Le pardon est un sommet de la prière chrétienne ; le don de la prière ne peut être reçu que dans un cœur accordé à la compassion divine. Le pardon témoigne aussi que, dans notre monde, l’amour est plus fort que le péché. Les martyrs, d’hier et d’aujourd’hui, portent ce témoignage de Jésus. Le pardon est la condition fondamentale de la Réconciliation (cf. 2 Co 5, 18-21), des enfants de Dieu avec leur Père et des hommes entre eux (cf. Jean-Paul II, DM 14).
Tu aimeras ton prochain. Cette première partie de la citation est empruntée à la lettre même de la
Loi ; Cf. Lév. 19, 18. L’expression que la Vulgate a traduite d’une manière un peu servile par « ton ami »,
désigne plutôt en cet endroit le prochain en général, soit qu’il appartînt à la nation juive, soit même qu’il fût
étranger, Cf. Lév. 19, 34. - Quant aux paroles suivantes, et tu haïras ton ennemi..., elles ne se rencontrent
nulle part dans la Thora : les Pharisiens s’étaient permis de les ajouter au texte qui précède comme un
corollaire très naturel, croyaient-ils, tandis que ce n’était, selon la réflexion justement indignée de Bengel,
Gnomon in h. l., qu’une détestable glose. Ce n’est pas tout, ils en étaient venus jusqu’à ranger tous les
non-juifs, c’est-à-dire les païens sans exception, dans la catégorie des ennemis. « Ne témoigne au païen ni
bienveillance ni pitié, » dit R. Isaac, Midr. Tehill. f. 26, 4. « Nous n’avons pas le droit, enseigne Maimonides
résumant la tradition sur ce point, de tuer les païens avec lesquels nous ne sommes point en guerre ; mais il
est défendu de les secourir quand ils sont en danger de mort », etc. Ainsi se forma peu à peu, chez la nation
choisie, une « haine du genre humain » parfaitement avouée et que ses adversaires lui reprochent aussi bien
que ses amis. On connaît le mot de Tacite, Hist. 5, 4 : « Entre eux, une foi à toute épreuve, le cœur sur la
main, mais envers tous les autres une haine qui ne désarme pas ». Et S. Paul, si dévoué à ses coreligionnaires,
ne dit-il pas d’eux très ouvertement que « Ils déplaisent à Dieu ; ils sont les adversaires de tous les hommes »? 1. Thess. 2, 15.
845. VOUS AVEZ ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT : «TU AIMERAS TON PROCHAIN, etc.» Ici [le Seigneur] présente les conseils concernant la morale. Et parce que les conseils moraux s’accomplissent dans l’amour du prochain, Rm 13, 8 : Qui aime son prochain a accompli la loi, il exhorte à aimer n’importe quelle personne proche de toi et de semblable nature, comme sont même les ennemis. Ici trois choses sont dites : premièrement, la désapprobation de l’ancienne loi ; deuxièmement, la tradition établie par les Juifs, en cet endroit : ET TU HAÏRAS TON ENNEMI [5, 43] ; troisièmement, la perfection de la loi évangélique, en cet endroit : MAIS MOI JE VOUS DIS : «AIMEZ VOS ENNEMIS» [5, 44].
846. Il touche à quatre points : premièrement, l’amour des ennemis ; deuxièmement, le motif de son exhortation, en cet endroit : POUR QUE VOUS SOYEZ ENFANTS DE VOTRE PÈRE [5, 45] ; troisièmement, la preuve de son motif, en cet endroit : CAR SI VOUS AIMEZ CEUX QUI VOUS AIMENT, QUELLE RÉCOMPENSE AUREZ-VOUS ? [5, 46] ; quatrièmement, en conclusion, la perfection, en cet endroit : DONC VOUS, SOYEZ PARFAITS [5, 48].
847. Il dit donc : VOUS AVEZ ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT : «TU AIMERAS TON PROCHAIN», affectivement et effectivement, ET TU HAÏRAS TON ENNEMI. Cette phrase ne se trouve nulle part dans la loi ; elle a été ajoutée par une partie des Juifs, car ils pensaient que peut-être il fallait l’ajouter à cause de nombreuses paroles dites dans la loi. Ainsi Dieu a ordonné de détruire les Amalécites, et en Ex 23, 22 il est dit : Je serai l’ennemi de tes ennemis, et il y a d’autres exemples. C’est pourquoi, à l’opposé de cette opinion, il y a la perfection évangélique qui consiste en trois choses : en actes du cœur, en œuvres et en paroles.
846. Il touche à quatre points : premièrement, l’amour des ennemis ; deuxièmement, le motif de son exhortation, en cet endroit : POUR QUE VOUS SOYEZ ENFANTS DE VOTRE PÈRE [5, 45] ; troisièmement, la preuve de son motif, en cet endroit : CAR SI VOUS AIMEZ CEUX QUI VOUS AIMENT, QUELLE RÉCOMPENSE AUREZ-VOUS ? [5, 46] ; quatrièmement, en conclusion, la perfection, en cet endroit : DONC VOUS, SOYEZ PARFAITS [5, 48].
847. Il dit donc : VOUS AVEZ ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT : «TU AIMERAS TON PROCHAIN», affectivement et effectivement, ET TU HAÏRAS TON ENNEMI. Cette phrase ne se trouve nulle part dans la loi ; elle a été ajoutée par une partie des Juifs, car ils pensaient que peut-être il fallait l’ajouter à cause de nombreuses paroles dites dans la loi. Ainsi Dieu a ordonné de détruire les Amalécites, et en Ex 23, 22 il est dit : Je serai l’ennemi de tes ennemis, et il y a d’autres exemples. C’est pourquoi, à l’opposé de cette opinion, il y a la perfection évangélique qui consiste en trois choses : en actes du cœur, en œuvres et en paroles.
Revêtir le nom du Christ sans suivre la voie du Christ, n'est-ce point trahir le nom divin et abandonner le chemin du salut? Car le Seigneur lui-même enseigne et déclare que l'homme qui garde ses commandements entrera dans la vie, que celui qui écoute ses paroles et les met en pratique est un sage et que celui qui les enseigne et y conforme ses actes sera appelé "maître le plus grand" dans le Royaume des cieux. Toute prédication bonne et salutaire, affirme-t-il, ne profitera au prédicateur que si la parole qui sort de sa bouche se traduit ensuite en actes.
Or, y a-t-il un commandement que le Seigneur ait enseigné plus souvent à ses disciples que celui de nous aimer les uns les autres du même amour dont il a lui-même aimé ses disciples? Trouvera-t-on, parmi ses conseils salutaires et ses divins préceptes, un commandement plus important à garder et à observer? Mais comment celui que la jalousie a rendu incapable d'agir en homme de paix et de coeur pourra-t-il garder la paix ou la charité du Seigneur?
Voilà pourquoi l'Apôtre Paul a publié aussi les mérites de la paix et de la charité. Il a affirmé avec force et enseigné que ni la foi ni les aumônes, ni même les souffranc es du confesseur de la foi et du martyr ne lui serviraient de rien, s'il ne respectait pas intégralement et scrupuleusement les liens de la charité. Et il a ajouté: La charité est magnanime, la charité est serviable, la charité ne jalouse pas (1Co 13,4). Il nous apprend et nous fait voir ainsi que seul l'homme magnanime et bienveillant, sur qui la jalousie et l'envie, n'ont pas de prise, peut garder la charité.
De même, à un autre endroit, l'Apôtre a exhorté quiconque est déjà rempli du Saint-Esprit et devenu fils de Dieu par la naissance d'en-haut, à ne rechercher que les réalités spirituelles et divines. Puis il déclare: Pour moi, frères, je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des êtres de chair, comme à de petits enfants dans le Christ. C'est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide; vous ne pouviez encore la supporter. Mais vous ne le pouvez pas davantage maintenant, car vous êtes encore charnels. Du moment qu'il y a parmi vous jalousie, querelle et discorde, n'êtes: vous pas charnels et votre conduite n'est-elle pas tout humaine (1Co 3,1-3)?
Nous ne pouvons, en effet, revêtir l'image de l'homme céleste que si nous manifestons notre ressemblance au Christ à travers l'existence dans laquelle nous venons d'entrer maintenant. Ce qui équivaut, en vérité, à devenir différents de ce que nous étions, et à commencer d'être ce que nous n'étions pas. Ainsi notre divine naissance brillera en nous, notre conduite divine de Dieu nous rendra semblables à Dieu le Père, notre vie entourée d'honneur et de louange fera resplendir Dieu en l'homme. Dieu même nous y exhorte et nous y engage en promettant à ceux qui lui rendent gloire qu'ils seront glorifiés en retour. Car j'honorerai, dit-il, ceux qui m'honorent, et ceux qui me dédaignent tomberont dans le mépris (1S 2,30).
Pour nous éduquer à lui rendre cette gloire et nous y préparer, le Seigneur et Fils de Dieu a enseigné dans son Évangile ce qu'est la ressemblance avec Dieu le Père en ces termes: Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux (Mt 5,43-45).
Or, y a-t-il un commandement que le Seigneur ait enseigné plus souvent à ses disciples que celui de nous aimer les uns les autres du même amour dont il a lui-même aimé ses disciples? Trouvera-t-on, parmi ses conseils salutaires et ses divins préceptes, un commandement plus important à garder et à observer? Mais comment celui que la jalousie a rendu incapable d'agir en homme de paix et de coeur pourra-t-il garder la paix ou la charité du Seigneur?
Voilà pourquoi l'Apôtre Paul a publié aussi les mérites de la paix et de la charité. Il a affirmé avec force et enseigné que ni la foi ni les aumônes, ni même les souffranc es du confesseur de la foi et du martyr ne lui serviraient de rien, s'il ne respectait pas intégralement et scrupuleusement les liens de la charité. Et il a ajouté: La charité est magnanime, la charité est serviable, la charité ne jalouse pas (1Co 13,4). Il nous apprend et nous fait voir ainsi que seul l'homme magnanime et bienveillant, sur qui la jalousie et l'envie, n'ont pas de prise, peut garder la charité.
De même, à un autre endroit, l'Apôtre a exhorté quiconque est déjà rempli du Saint-Esprit et devenu fils de Dieu par la naissance d'en-haut, à ne rechercher que les réalités spirituelles et divines. Puis il déclare: Pour moi, frères, je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des êtres de chair, comme à de petits enfants dans le Christ. C'est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide; vous ne pouviez encore la supporter. Mais vous ne le pouvez pas davantage maintenant, car vous êtes encore charnels. Du moment qu'il y a parmi vous jalousie, querelle et discorde, n'êtes: vous pas charnels et votre conduite n'est-elle pas tout humaine (1Co 3,1-3)?
Nous ne pouvons, en effet, revêtir l'image de l'homme céleste que si nous manifestons notre ressemblance au Christ à travers l'existence dans laquelle nous venons d'entrer maintenant. Ce qui équivaut, en vérité, à devenir différents de ce que nous étions, et à commencer d'être ce que nous n'étions pas. Ainsi notre divine naissance brillera en nous, notre conduite divine de Dieu nous rendra semblables à Dieu le Père, notre vie entourée d'honneur et de louange fera resplendir Dieu en l'homme. Dieu même nous y exhorte et nous y engage en promettant à ceux qui lui rendent gloire qu'ils seront glorifiés en retour. Car j'honorerai, dit-il, ceux qui m'honorent, et ceux qui me dédaignent tomberont dans le mépris (1S 2,30).
Pour nous éduquer à lui rendre cette gloire et nous y préparer, le Seigneur et Fils de Dieu a enseigné dans son Évangile ce qu'est la ressemblance avec Dieu le Père en ces termes: Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux (Mt 5,43-45).